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Pourquoi vous résistez à avancer (même en souffrant)

Le vrai blocage n'est pas celui que vous croyez.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Vous êtes là, à lire ces lignes, parce qu’une partie de vous voudrait que quelque chose change. Peut-être que vous traversez une période difficile, que vous vous sentez coincé dans un travail qui ne vous convient plus, une relation qui s’étiole, ou simplement cette impression tenace de tourner en rond. Vous avez essayé des choses : lire des livres de développement personnel, prendre des décisions, peut-être même consulter quelqu’un. Et pourtant, vous êtes toujours là, dans le même fauteuil, à ressentir la même lourdeur. Vous vous demandez pourquoi vous n’arrivez pas à avancer, alors que vous souffrez. La réponse est plus simple – et plus déroutante – que vous ne l’imaginez : ce n’est pas un manque de volonté ou de courage. C’est que votre cerveau, dans un réflexe de survie, préfère la douleur que vous connaissez à l’inconnu. Et c’est ce mécanisme que je vais vous aider à comprendre.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes depuis 2014. Chaque jour, je reçois des adultes qui viennent avec cette même interrogation : « Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à bouger, même quand tout me dit que je devrais ? » Ils ont des métiers, des familles, des responsabilités. Ils ne sont pas paresseux. Pourtant, ils décrivent un mur invisible. Aujourd’hui, je vais vous montrer ce mur, comment il se construit, et surtout comment commencer à le traverser – sans vous forcer, sans vous brusquer.

Votre cerveau n’est pas fait pour vous rendre heureux

Commençons par une vérité inconfortable : votre cerveau n’a pas été conçu pour votre bien-être. Il a été conçu pour votre survie. Depuis des centaines de milliers d’années, son job numéro un est de vous garder en vie, pas de vous rendre épanoui. Quand vous êtes face à une décision qui implique un changement – quitter un emploi, mettre fin à une relation, vous lancer dans un projet – votre système limbique, cette partie ancienne du cerveau, ne fait pas la différence entre un danger réel (un prédateur) et un danger symbolique (l’inconnu d’un nouveau départ). Il active la même alarme : stress, anxiété, paralysie.

Prenons un exemple. Je reçois un jour un homme, appelons-le Marc. Marc est cadre commercial depuis quinze ans. Il gagne bien sa vie, mais chaque matin, il a la nausée en pensant à ses réunions. Il rêve de monter sa propre petite entreprise de conseil. Il a les compétences, l’épargne, et même des contacts. Pourtant, depuis trois ans, il ne fait rien. Il me dit : « Je sais que je souffre, je sais que je devrais partir, mais chaque fois que je m’apprête à envoyer ma lettre de démission, j’ai une boule au ventre et je trouve une excuse. » Ce n’est pas de la lâcheté. C’est son cerveau qui lui dit : « Reste dans la grotte que tu connais. Dehors, il y a des tigres. »

Le problème, c’est que la souffrance du statu quo – cette lassitude, cette frustration, cette impression de gâcher sa vie – est une douleur chronique, lente, supportable. Tandis que le changement représente une douleur aiguë, immédiate, terrifiante. Votre cerveau compare les deux et choisit toujours le moindre mal à court terme. Il sacrifie votre bonheur futur pour votre confort présent. Ce mécanisme s’appelle l’inertie comportementale. Et c’est lui qui vous maintient bloqué.

Alors, comment sortir de ce piège ? Pas en vous forçant à avoir du courage. Mais en comprenant que cette résistance n’est pas une ennemie. Elle est une partie de vous qui essaie de vous protéger. Quand vous arrêtez de la combattre, vous pouvez commencer à négocier avec elle.

La fausse croyance du « je ne suis pas prêt »

L’une des phrases que j’entends le plus souvent est : « Je ne suis pas prêt. » Elle sonne comme une évidence, une excuse légitime. « Je ne suis pas prêt à changer de job, pas prêt à quitter cette relation, pas prêt à me lancer. » Mais qu’est-ce que ça signifie, être prêt ? Dans votre tête, être prêt, c’est avoir éliminé toute peur, toute incertitude, tout risque. C’est attendre que le ciel soit parfaitement bleu avant de sortir de chez vous. Sauf que ce jour n’arrive jamais.

Je travaille souvent avec des sportifs – des coureurs, des footballeurs. Avant une compétition, ils ne sont jamais « prêts » au sens où vous l’entendez. Ils ont le trac, des doutes, des peurs. Pourtant, ils courent, ils jouent. Pourquoi ? Parce qu’ils ont appris que la préparation n’est pas l’absence d’émotions désagréables, mais la capacité à agir malgré elles. Dans votre vie, c’est pareil. Attendre d’être prêt, c’est attendre que la peur disparaisse. Et la peur ne disparaît que quand vous l’affrontez, pas avant.

Prenons un autre exemple. Une femme, appelons-la Sophie, vient me voir. Elle est dans un couple depuis vingt ans, mais elle se sent seule, invisible. Elle me dit : « Je sais que je devrais partir, mais je ne suis pas prête. Je dois d’abord être sûre de pouvoir assumer financièrement, être sûre que mes enfants s’en sortiront, être sûre que je ne regretterai pas. » Elle attend une certitude absolue. Mais la vie ne donne pas de certitudes. Elle donne des probabilités. En attendant, Sophie souffre chaque jour un peu plus, et cette souffrance s’installe, devient son nouveau normal. Son cerveau s’habitue à la douleur, comme on s’habitue à un bruit de fond. Et plus elle attend, plus il lui semble impossible de partir, parce que l’inconnu devient un monstre de plus en plus grand.

« Le moment où vous vous sentez le moins prêt est souvent le meilleur moment pour commencer. Parce que c’est là que votre croissance est la plus rapide. »

Si vous vous reconnaissez dans cette attente, je vous propose un petit exercice. Prenez une feuille. Notez ce qui se passerait si vous attendiez encore un an sans rien changer. Décrivez votre vie quotidienne, vos émotions, votre énergie. Ensuite, notez ce qui se passerait si vous faisiez un tout petit pas ce mois-ci, même imparfait. Comparez les deux scénarios. Vous verrez souvent que le coût de l’attente est plus élevé que le risque du changement.

Le piège de l’identité : qui seriez-vous si vous changiez ?

Il y a un autre blocage, plus profond, plus sournois. Il concerne votre identité. Vous avez passé des années à vous construire une histoire sur qui vous êtes. « Je suis quelqu’un de loyal, je ne quitte pas les gens. » « Je suis un battant, je n’abandonne pas. » « Je suis prudent, je ne prends pas de risques inutiles. » Ces histoires vous ont peut-être aidé à survivre, à vous sentir cohérent. Mais elles peuvent aussi devenir des prisons.

Quand vous envisagez un changement, vous ne menacez pas seulement une situation extérieure. Vous menacez votre propre définition de vous-même. Si vous quittez ce travail, qui êtes-vous ? Si vous mettez fin à cette relation, que devient votre histoire de personne fidèle ? Si vous vous lancez dans un projet artistique, que faites-vous de votre identité de « personne sérieuse et raisonnable » ? Votre cerveau résiste parce que le changement vous oblige à réécrire votre propre récit. Et ça, c’est terrifiant.

J’ai accompagné un homme, appelons-le Pierre. Il était pompier volontaire depuis vingt ans, et il voulait arrêter parce que cela ne lui apportait plus de sens, mais il culpabilisait énormément. Il me disait : « Je suis pompier. C’est ma vie. Si j’arrête, je ne sais plus qui je suis. » Son identité était collée à son rôle. Le simple fait d’imaginer arrêter déclenchait une crise existentielle. Ce n’était pas une question de logique, mais d’identité.

Pour sortir de ce piège, il faut commencer par distinguer qui vous êtes de ce que vous faites. Vous n’êtes pas votre travail. Vous n’êtes pas votre relation. Vous êtes une personne qui, à un moment donné, a fait des choix qui avaient du sens. Mais ces choix ne vous définissent pas pour toujours. Vous pouvez être loyal et choisir de partir, parce que la loyauté envers vous-même est aussi importante. Vous pouvez être prudent et prendre un risque calculé.

Un exercice simple : écrivez trois phrases commençant par « Je suis… » qui décrivent votre identité actuelle (ex : « Je suis quelqu’un de fiable »). Ensuite, pour chacune, demandez-vous : « Est-ce que cette définition m’aide à avancer ou me retient ? » Si elle vous retient, réécrivez-la de manière plus flexible. Par exemple, « Je suis quelqu’un de fiable, et je peux aussi être fiable envers moi-même en choisissant de changer. » Vous n’abandonnez pas votre identité, vous l’élargissez.

La résistance est une information, pas un ennemi

Jusqu’ici, j’ai surtout parlé des mécanismes qui vous bloquent. Mais il y a une chose essentielle que je veux que vous compreniez : votre résistance n’est pas un problème à éliminer. C’est une information précieuse. Dans mon travail avec l’IFS (Internal Family Systems), j’apprends à mes clients à écouter les parties d’eux-mêmes qui résistent. Ces parties ne sont pas des saboteurs. Ce sont des protecteurs, souvent fatigués, qui ont pris le relais à un moment où vous aviez besoin d’eux.

Imaginez une partie de vous qui vous dit : « Ne change pas, c’est trop risqué. » Cette partie n’est pas votre ennemie. Elle a probablement été formée il y a longtemps, peut-être après une déception, un échec, une blessure. Elle vous a protégé de la douleur. Mais aujourd’hui, elle est devenue trop zélée. Elle vous empêche de vivre. Le travail n’est pas de la faire taire, mais de la remercier et de lui montrer que vous êtes maintenant un adulte capable de gérer l’incertitude.

Je me souviens d’une cliente, Anne, qui voulait se lancer dans l’écriture. Chaque fois qu’elle s’asseyait devant son ordinateur, une voix intérieure lui disait : « Tu n’es pas assez bonne. Tu vas te ridiculiser. » Elle passait des heures à lutter contre cette voix, à se forcer, sans succès. Quand nous avons exploré cette voix avec l’IFS, nous avons découvert qu’elle était liée à une expérience d’enfance où elle avait été moquée pour un poème. Cette partie de son psychisme avait pris son rôle très au sérieux : la protéger du ridicule. Une fois qu’Anne a reconnu cette partie, qu’elle l’a remerciée et lui a dit : « Je suis une adulte, je peux écrire même si ce n’est pas parfait », la résistance a diminué. Elle n’a pas disparu du jour au lendemain, mais elle est devenue gérable.

Alors, au lieu de vous battre contre votre résistance, posez-vous ces questions : « Qu’est-ce que cette résistance essaie de me protéger ? De quoi a-t-elle peur ? » Vous découvrirez souvent une peur ancienne, légitime, mais qui n’a plus lieu d’être aussi puissante. Et en la comprenant, vous pourrez la rassurer, et avancer.

Le moteur invisible : l’Intelligence Relationnelle

J’ai parlé de votre relation avec vous-même. Mais il y a un autre facteur, souvent négligé, qui vous maintient bloqué : vos relations avec les autres. Nous sommes des êtres sociaux. Notre cerveau est câblé pour l’appartenance. La peur du rejet, du jugement, de décevoir, est l’un des plus puissants freins au changement.

Vous ne changez pas de carrière parce que vous avez peur que votre famille pense que vous êtes instable. Vous ne quittez pas une relation parce que vous avez peur d’être seul, ou de ce que diront vos amis. Vous ne vous lancez pas dans un projet parce que vous avez peur du regard de vos collègues. Ces peurs ne sont pas superficielles. Elles touchent à votre besoin fondamental d’être accepté.

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à naviguer dans ces eaux. Ce n’est pas faire plaisir à tout le monde, ni ignorer les autres. C’est distinguer les relations qui vous soutiennent de celles qui vous emprisonnent. C’est apprendre à dire non, à poser des limites, à supporter le mécontentement des autres sans vous effondrer.

Prenons un cas concret. Un jeune homme, Lucas, voulait arrêter ses études de médecine pour devenir musicien. Mais ses parents étaient fiers de lui, et il ne supportait pas l’idée de les décevoir. Il passait ses nuits à angoisser. Quand nous avons travaillé sur l’Intelligence Relationnelle, il a compris que sa peur n’était pas tant de décevoir ses parents que de perdre leur amour. Il a appris à distinguer son propre désir de leur attente. Il a eu une conversation difficile avec eux, où il a exprimé son besoin sans les accuser. Ils ont été déçus, mais ils ne l’ont pas rejeté. Et Lucas a pu commencer à avancer.

Si vous sentez que les relations vous retiennent, posez-vous cette question : « De qui ai-je peur de décevoir ? » Ensuite, demandez-vous : « Est-ce que cette personne serait vraiment plus heureuse si je restais dans ma souffrance ? » Souvent, la réponse est non. Et parfois, le changement que vous faites pour vous-même inspire les autres à faire le même pour eux.

Le premier pas n’est pas celui que vous croyez

Tout ce que je viens de dire peut sembler lourd. Vous vous dites peut-être : « D’accord, mais par où commencer ? » C’est la question la plus importante. Et la réponse est souvent surprenante : ne commencez pas par l’action que vous pensez devoir faire. Ne commencez pas par démissionner, par quitter, par annoncer. Commencez par une micro-action, si petite qu’elle ne déclenche pas votre alarme intérieure.

Votre cerveau résiste au changement parce qu’il le perçoit comme un saut dans le vide. Mais si vous transformez ce saut en une série de petits pas, il ne s’affole pas. C’est ce que j’appelle le principe de la porte à peine entrebâillée. Par exemple, si vous voulez quitter votre travail, ne démissionnez pas demain. Prenez rendez-vous avec un conseiller en orientation, ou mettez à jour votre CV, ou parlez à un ami de votre projet. Un seul petit geste, sans engagement. Vous verrez que la résistance est moins forte.

Si vous voulez améliorer votre relation, n’annoncez pas une séparation. Commencez par écrire une lettre que vous n’enverrez pas, ou par identifier trois choses que vous aimeriez changer. Si vous voulez vous lancer dans un projet créatif, n’essayez pas d’écrire un chapitre. Écrivez une phrase. Une seule.

L’important, c’est de casser l’inertie. Une fois que vous avez fait ce premier pas minuscule, vous avez prouvé à votre cerveau que le changement est possible. Vous avez créé une brèche. Et de cette brèche, un mouvement peut naître. Ne sous-estimez jamais le pouvoir d’un petit pas. Il n’a pas besoin d’être parfait. Il a juste besoin d’être fait.

« Le plus grand obstacle au changement n’est pas la peur de l’échec, mais l’illusion qu’il faut tout changer d’un coup. »

Je vous invite à faire cet exercice maintenant. Prenez un sujet qui vous préoccupe. Identifiez le plus petit pas possible – quelque chose qui vous prendrait moins de cinq minutes, qui ne vous demande pas d’engagement, qui ne vous expose pas à un jugement. Faites-le aujourd’hui. Pas demain. Aujourd’hui. Envoyez ce mail, écrivez cette phrase, prenez ce rendez-vous. Vous verrez, l’air sera plus léger.

Conclusion : Vous n’êtes pas seul, et vous n’êtes pas brisé

Je termine cet article avec une certitude : vous n’êtes pas brisé. Vous n’êtes pas faible.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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