3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Distinguer une tristesse normale d’un mal-être profond.
Tu as passé des années à courir. Entre le réveil à 6h, les dossiers qui s’accumulent, les réunions où tu dois être au top, les enfants à gérer, les parents qui vieillissent. Et puis un jour, tu arrives à la ligne d’arrivée. La retraite. Tu t’es dit : « Enfin, je vais souffler. » Sauf que, quelques semaines plus tard, tu ne souffles pas. Tu t’éteins. Le lit devient ton meilleur ami, mais pas pour dormir. Pour ruminer. Pour ne rien faire. Pour attendre que le temps passe. Et là, une question pointe, discrète d’abord, puis insistante : est-ce que je suis juste en train de décompresser, ou est-ce que je sombre ?
Je reçois régulièrement des hommes et des femmes dans mon cabinet à Saintes, qui viennent avec cette interrogation. Ils ont entre 60 et 70 ans, parfois un peu moins, parfois un peu plus. Ils ont coché la case « retraite » sur leur liste de vie, et pourtant, ils ont l’impression d’avoir coché la case « vide ». Leur entourage leur dit : « C’est normal, tu as besoin de temps pour t’adapter. » Mais eux sentent bien que ce n’est pas juste une fatigue. C’est une chute. Alors comment savoir si ce que tu vis est une transition normale ou un passage dans une dépression qui mérite qu’on s’y attarde ?
Voici ce que j’ai appris en accompagnant des dizaines de personnes dans cette situation, et ce que tu peux observer chez toi aujourd’hui.
On nous vend la retraite comme une libération. Plus de patron, plus de réveil douloureux, plus de pression. Mais on oublie de dire ce qu’on perd. Et ce qu’on perd est massif.
Pendant 40 ans, ton travail t’a donné une structure. Tu savais à quelle heure tu te levais, à quelle heure tu mangeais, à quelle heure tu rentrais. Même si tu te plaignais de cette routine, elle était un cadre. Un cadre qui tenait debout ta journée. Du jour au lendemain, ce cadre disparaît. Et toi, tu te retrouves au milieu d’un terrain vague, sans plan, sans boussole.
Tu perds aussi un rôle social. Tu n’es plus « le comptable », « l’infirmière », « le chef d’équipe ». Tu deviens juste « le retraité ». Et ce mot, dans notre société, est souvent synonyme d’inutilité. On te dit : « Profite », mais on ne te donne plus de mission. Tu passes de quelqu’un qui compte à quelqu’un qui n’est plus compté.
Tu perds des relations. Tes collègues, que tu voyais tous les jours, deviennent des souvenirs. Les déjeuners, les pauses café, les blagues dans le couloir : tout ça s’arrête. Même si tu ne les aimais pas tous, ils faisaient partie de ton tissu social. Sans eux, le silence s’installe.
Tu perds une identité. Pendant des décennies, on t’a défini par ton métier. « Je suis ingénieur », « Je suis professeure ». Maintenant, tu es qui ? Cette question, elle te heurte en pleine face quand tu remplis un formulaire et que tu coches « retraité(e) ». Tu as l’impression de ne plus exister dans la case d’avant.
Tout ça, c’est normal. C’est même sain de le ressentir. Le deuil de ta vie active est un processus légitime. Mais il y a une différence entre traverser un deuil et s’y noyer.
La tristesse de la retraite est une tristesse qui a une cause claire. La dépression, elle, est une tristesse qui s’installe sans que tu puisses la rattacher à quelque chose de précis, ou qui persiste bien au-delà de ce qui serait attendu.
Quand tu vis un deuil – et la retraite en est un – tu passes par des phases. Tu es triste, tu es en colère, tu négocies avec toi-même (« Si j’avais pris une retraite progressive… »), tu es perdu. Mais ces phases ne durent pas éternellement. Elles ont une intensité qui fluctue. Un jour, tu pleures. Le lendemain, tu te surprends à sourire en jardinant. La semaine d’après, tu as un coup de mou. Puis tu rebondis.
Ce qui distingue cette tristesse normale d’une dépression, c’est que tu retrouves des moments de répit. Tu peux encore rire. Tu peux encore ressentir de la curiosité. Tu peux encore te lever, même si c’est dur, et faire quelque chose qui t’anime un peu. La tristesse n’est pas permanente. Elle est comme une vague : elle monte, elle redescend.
Prenons l’exemple de Michel, un ancien cadre commercial que j’ai accompagné. À 63 ans, il a pris sa retraite il y a six mois. Les premiers mois, il a adoré. Il a bricolé, voyagé, vu ses petits-enfants. Puis, vers le quatrième mois, il a commencé à se sentir vide. Il restait au lit le matin. Il regardait la télé sans voir. Sa femme lui disait : « Tu es grognon. » Michel s’inquiétait : « Est-ce que je fais une dépression ? »
En parlant avec lui, j’ai vu que ses journées n’étaient pas toutes grises. Le mercredi, quand il gardait son petit-fils, il était joyeux. Le samedi, il allait au marché et aimait ça. Le dimanche, il regardait un match et vibrait. Ses moments de vide étaient surtout le lundi, le mardi, le jeudi. Des jours sans rendez-vous, sans structure. Michel n’était pas en dépression. Il était en transition, et il avait besoin de se reconstruire un cadre. Il avait besoin de réapprendre à remplir son temps avec des choses qui ont du sens, pas juste avec des habitudes.
À l’inverse, une dépression ne fait pas de pause. Elle est là tous les jours. Elle ne te laisse pas de répit. Tu ne retrouves plus de plaisir, même dans ce que tu aimais avant. Le petit-fils que tu adores ? Tu le vois arriver, et tu te forces à sourire. Le match ? Tu le regardes sans savoir qui joue. Le jardin ? Tu le regardes par la fenêtre, et tu n’as même pas la force d’y penser. C’est là que la frontière est franchie.
Un des signes les plus parlants que j’observe, c’est ce que j’appelle le « syndrome de la boîte aux lettres vide ». Pendant ta vie active, tu recevais des emails, des appels, des sollicitations. Ta boîte aux lettres, qu’elle soit physique ou numérique, était pleine. Elle te donnait l’impression d’être utile, attendu, nécessaire.
À la retraite, plus rien. Le facteur ne passe que pour les factures et les publicités. Ton téléphone ne sonne plus pour le travail. Et cette absence de sollicitations, si elle est normale, peut devenir un terrain fertile pour la dépression.
Je pense à Sylvie, 66 ans, ancienne directrice d’école. Pendant 35 ans, elle a géré une équipe, des parents, des enfants, des inspections. Chaque jour, on avait besoin d’elle. À la retraite, elle s’est retrouvée chez elle, dans le silence. Les premiers mois, elle a décoré, lu, cuisiné. Puis elle a arrêté. Elle ne cuisinait plus que des plats surgelés. Elle ne lisait plus. Elle restait assise, à regarder le mur. Sa fille l’a poussée à consulter.
Ce qui frappait chez Sylvie, c’est qu’elle ne ressentait plus rien. Pas de tristesse, pas de colère, pas d’angoisse. Juste un grand vide. Un désert intérieur. Elle me disait : « Je ne suis pas malheureuse, je ne suis rien. » Ce « je ne suis rien » est un signal d’alarme. La tristesse normale, tu la ressens. Tu peux pleurer. Tu peux dire « je suis triste ». Mais quand tu es dans le rien, quand l’émotion s’est éteinte, c’est souvent que la dépression a pris le dessus.
La dépression n’est pas toujours une tristesse bruyante. Elle peut être un silence. Un silence qui te coupe de toi-même, des autres, du monde. Et ce silence, à la retraite, est particulièrement sournois parce que tu n’as plus rien pour le combler. Plus de collègues pour te faire rire, plus d’échéances pour te forcer à agir, plus de stress pour te maintenir en éveil. Tu es seul avec ce silence, et il t’engloutit.
Je ne suis pas là pour te faire peur, mais pour t’aider à distinguer ce qui est une transition douloureuse de ce qui est une maladie. Il y a des signaux qui, si tu les observes chez toi, méritent que tu consultes un professionnel. Pas dans six mois, pas dans un an. Maintenant.
1. La perte de plaisir persistante Tu as arrêté de faire ce que tu aimais. Et pas juste par flemme. Tu n’as plus d’envie. Le jardin, la pêche, le tricot, les balades, les jeux de cartes : tout te semble fade. Tu te forces parfois, mais tu ne ressens rien. Et ça dure depuis plus de deux semaines, quasiment tous les jours. Ce n’est pas une baisse de moral passagère. C’est un symptôme central de la dépression : l’anhédonie, l’incapacité à ressentir du plaisir.
2. Les troubles du sommeil et de l’appétit Tu dors mal. Tu te réveilles à 3h du matin, et tu n’arrives pas à te rendormir, l’esprit vide ou rempli de pensées noires. Ou alors tu dors 12 heures, et tu es encore fatigué en te levant. Pareil pour l’appétit : tu manges sans faim, ou tu as perdu tout intérêt pour la nourriture. Ces changements physiologiques sont souvent les premiers signes que le corps ne suit plus.
3. La culpabilité ou le sentiment d’inutilité Tu te dis : « Je ne sers à rien », « Je suis un poids pour ma famille », « J’aurais dû continuer à travailler ». Ces pensées tournent en boucle, et tu n’arrives pas à les arrêter. Tu te compares à d’autres retraités qui semblent heureux, et tu te juges sévèrement. Cette auto-critique constante est épuisante et typique d’une dépression.
4. L’absence de réaction aux bonnes nouvelles Quand ta fille t’annonce qu’elle est enceinte, ou que ton petit-fils a eu une bonne note, tu devrais ressentir de la joie. Même si tu es triste, une bonne nouvelle te fait normalement un peu de bien. Si tu n’arrives plus à être touché par rien, ni par les bonnes ni par les mauvaises nouvelles, c’est que ton système émotionnel est en panne. Et ça, c’est un signal fort.
Si tu coches deux ou trois de ces signaux, et qu’ils durent depuis plusieurs semaines, ne te dis pas que ça va passer tout seul. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est un déséquilibre chimique et psychologique qui a besoin d’être pris en charge.
La dépression n’est pas une faiblesse de caractère. C’est une maladie qui a des causes biologiques, psychologiques et sociales. Tu n’as pas à en avoir honte, mais tu dois agir.
Quand je reçois quelqu’un qui doute entre une tristesse de retraite et une dépression, je ne pose pas un diagnostic médical. Je ne suis pas médecin. Mon rôle est d’explorer avec toi ce qui se passe, et de t’aider à retrouver du mouvement, du sens, et de la connexion à toi-même.
L’hypnose ericksonienne est un outil précieux dans ces moments. Elle permet de contourner les résistances du mental. Quand tu passes des heures à ruminer « je ne sers à rien », ton cerveau est coincé dans une boucle. L’hypnose, en te mettant dans un état de relaxation profonde, permet de créer une distance avec ces pensées. Tu n’es plus tes pensées, tu les observes. Et de cette observation naît un espace de liberté. On peut ensuite, par des suggestions douces, réactiver des ressources que tu as en toi : des souvenirs de plaisir, des sensations de compétence, des moments où tu te sentais vivant. L’hypnose ne va pas effacer la tristesse, mais elle va réduire son intensité et te redonner accès à des émotions positives.
L’IFS (Internal Family Systems) est une autre approche que j’utilise beaucoup. Elle part du principe que nous sommes tous composés de plusieurs « parties » en nous. Il y a une partie de toi qui est triste, une partie qui est en colère, une partie qui veut rester au lit, une partie qui veut se battre. Mais il y a aussi un « Soi » calme et compétent, qui peut accueillir toutes ces parties sans se laisser submerger. En travaillant avec l’IFS, on va identifier la partie qui porte la dépression ou la tristesse. On va l’écouter, comprendre ce qu’elle essaie de protéger. Souvent, cette partie a un bon objectif – éviter la souffrance, te protéger d’un nouveau vide – mais elle le fait de manière trop radicale. En dialoguant avec elle, tu peux la rassurer, et lui trouver un nouveau rôle. C’est un travail profond, qui ne se fait pas en une séance, mais qui peut transformer durablement ton rapport à toi-même.
L’intelligence relationnelle, enfin, est cruciale à la retraite. Parce que le vide social est un facteur majeur de dépression. Je travaille avec toi pour reconstruire un réseau, mais pas n’importe comment. Pas en te forçant à aller à des clubs de bridge si tu détestes ça. Mais en identifiant ce qui te relie vraiment aux autres. Qu’est-ce qui te fait vibrer ? Qu’est-ce qui te donne envie de partager ? Parfois, c’est un bénévolat. Parfois, c’est un groupe de randonnée. Parfois, c’est juste d’apprendre à dire à ton conjoint ou ta conjointe : « J’ai besoin de parler de ce que je ressens. » L’intelligence relationnelle, c’est aussi apprendre à demander de l’aide, à exprimer tes besoins sans culpabilité. Beaucoup d’hommes, surtout, ont du mal avec ça. Ils ont été élevés dans l’idée qu’il faut se débrouiller seul. Mais la solitude est un terreau pour la dépression.
Avant de prendre rendez-vous avec un professionnel, il y a une chose simple que tu peux faire dès aujourd’hui. Un petit geste qui va te donner une indication précieuse.
Prends un carnet, ou une feuille. Note la date. Puis pose-toi deux questions :
Si la réponse à ces deux questions est « je ne sais pas » ou « ça fait des semaines, des mois », c’est un signal. Si tu arrives à répondre, même avec un souvenir récent, note-le. Puis, chaque soir, pendant une semaine, note un petit plaisir et un petit moment d’utilité. Même minuscules.
Ce que tu observes, c’est la courbe. Si tu vois que tu retrouves des petits plaisirs, que tu arrives à en créer, c’est que tu es dans une transition, et tu peux la traverser avec un accompagnement léger. Si, au contraire, tu n’arrives même pas à en trouver un, et que tout te semble plat, c’est le moment de consulter.
Si tu lis ces lignes, et que tu te reconnais, sache que tu n’es pas en train de perdre la tête. Tu es en train de traverser une des transitions les plus complexes de la vie adulte. La
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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