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Témoignage : « J’ai mis un an à me reconstruire »

L’histoire d’une patiente qui a retrouvé sa vitalité.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

C’est Sarah qui m’a appelé un mardi de novembre. Dans ma boîte vocale, sa voix était à peine audible, comme si elle parlait depuis le fond d’un puits. Elle disait : « Je ne sais pas si vous pouvez m’aider. Je suis éteinte. J’ai l’impression d’être une coquille vide qui fait semblant de vivre. »

Quand je l’ai rencontrée la semaine suivante, Sarah avait 34 ans, un poste à responsabilités dans une agence de communication, un compagnon attentionné, deux enfants en bas âge, et un vide intérieur si profond qu’elle ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait ri pour de vrai.

« Je coche toutes les cases, m’a-t-elle dit en fixant ses mains. Mais je ne ressens plus rien. Le matin, je me lève parce qu’il faut le faire. Je fais du café, je prépare les lunchs, je réponds aux mails, je conduis les enfants. Je suis un robot bien programmé. Le soir, je m’effondre devant Netflix sans rien regarder. Et je me demande : à quoi bon ? »

Ce n’était pas une dépression clinique typique, pas de la tristesse spectaculaire. C’était une lente extinction de soi, une perte progressive de la joie, de la couleur, de la vitalité. Elle avait consulté deux médecins, essayé des anxiolytiques légers, fait une cure de magnésium. Rien n’avait changé.

Sarah est restée avec moi pendant un an. Pas en continu, mais avec des rendez-vous réguliers, des pauses, des retours. Et un jour, elle m’a dit : « Je crois que je suis revenue. Pas la Sarah d’avant. Une Sarah différente. Mais vivante. »

Voici son histoire. Ou plutôt : voici ce que son parcours peut t’apprendre si tu te reconnais dans cette fatigue d’être.

Ton épuisement n’est pas dans ton corps, il est dans ce que tu portes sans le savoir

La première chose que Sarah m’a dite, c’est : « Je suis fatiguée tout le temps. Pourtant je dors bien. Les analyses sont bonnes. Mon médecin dit que c’est le stress. »

Je lui ai demandé : « Si on imaginait ta fatigue comme un sac à dos, qu’est-ce qu’il contient ? »

Elle a fermé les yeux. Puis elle a listé : les deadlines qu’elle tient seule parce que ses collègues ne sont pas fiables. Le silence qu’elle garde sur ses difficultés avec sa mère qui critique tout. L’énergie qu’elle met à organiser les anniversaires parfaits pour ses enfants. Les nuits où elle vérifie trois fois que les portes sont fermées. Les sourires qu’elle affiche en réunion alors qu’elle a envie de pleurer.

« Et tout ça, tu le portes depuis quand ? »

Elle a marqué un temps. « Depuis toujours, je crois. »

C’est là qu’on touche à un mécanisme central dans l’épuisement qui dure : ce n’est pas le présent qui t’épuise, c’est tout ce que tu n’as jamais posé. Chaque jour, tu ajoutes une nouvelle charge sur un système qui n’a jamais été déchargé. Tes épaules portent les attentes de tes parents, les injonctions sociales, les peurs que tu as appris à ignorer, les émotions que tu as jugées inacceptables.

En hypnose ericksonienne, on travaille avec cette idée que ton inconscient sait exactement ce que tu portes. Il n’a pas besoin de te le dire, il te le montre dans tes symptômes. Sarah, par exemple, avait des douleurs chroniques aux épaules. Quand on a exploré, c’était littéralement le poids des responsabilités qu’elle ne déléguait jamais.

« Je croyais que ma fatigue était un problème physique. J’ai compris qu’elle était un signal d’alarme que mon corps m’envoyait depuis des années. J’avais juste appris à ne pas l’écouter. »

Ce que tu peux faire maintenant : prends un carnet et note tout ce que tu fais aujourd’hui « parce qu’il faut » sans que personne ne te l’ait demandé. La fatigue mentale naît souvent de ces tâches auto-imposées que tu pourrais alléger ou supprimer.

Tu ne peux pas reconstruire si tu n’as pas d’abord arrêté de démolir

Quand Sarah a commencé à aller mieux, elle a eu une réaction surprenante : elle a paniqué.

« Je ne sais pas qui je suis sans la fatigue, m’a-t-elle dit un jour. La fatigue, c’est devenu mon identité. “Sarah la fatiguée”. Si je ne suis plus fatiguée, qui suis-je ? »

C’est une étape que beaucoup de personnes sous-estiment. Tu passes tellement de temps à survivre que tu ne sais plus comment vivre. Tu as construit toute ta vie autour de la gestion de ton épuisement : tu t’organises pour tenir le coup, tu planifies tes siestes, tu évites les imprévus. Et quand l’épuisement commence à se dissiper, tu te retrouves dans une clairière vide, sans savoir par où avancer.

Pendant plusieurs mois, on a travaillé avec l’IFS (Internal Family Systems) sur ce que j’appelle les « parties protectrices » de Sarah. C’est un modèle qui dit que nous sommes faits de différentes parties de nous-mêmes, comme une famille intérieure. Il y a la partie qui pousse à toujours faire plus, celle qui critique, celle qui se cache, celle qui s’épuise pour éviter de ressentir.

Sarah avait une partie très active qu’on a appelée « La Manager ». C’était celle qui organisait tout, anticipait tout, contrôlait tout. Pendant des années, elle l’avait remerciée : « Grâce à toi, je tiens bon. » Mais cette partie la consumait de l’intérieur.

Quand on a commencé à lui parler directement, en hypnose, elle a dit : « Si je lâche prise, tout s’effondre. » C’était sa peur la plus profonde. Alors on n’a pas lâché prise d’un coup. On a négocié. On lui a demandé : « Et si tu lâchais juste 5 % ? Et si tu laissais Sarah respirer une heure par jour sans rien planifier ? »

Cette partie a accepté, à une condition : que quelqu’un veille à ce que rien ne se casse. C’est là que le travail relationnel a pris tout son sens. Sarah a dû apprendre à déléguer, à dire non, à accepter que son compagnon fasse les choses différemment d’elle. Pas moins bien. Différemment.

Ce que tu peux faire maintenant : identifie une partie de toi qui te pousse à en faire toujours plus. Donne-lui un nom. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si je ralentis ? » Écoute sa réponse sans la juger. Cette partie a une bonne intention, même si sa méthode t’épuise.

La reconstruction passe par un deuil que personne ne t’a appris à faire

Au bout de six mois, Sarah a traversé une phase que je n’avais pas anticipée : une profonde tristesse. Pas pour un événement précis, mais pour tout ce qu’elle avait perdu en s’éteignant.

« J’ai réalisé, m’a-t-elle dit en pleurant, que j’ai passé cinq ans à ne pas être là. J’étais présente physiquement, mais absente émotionnellement. Mes enfants ont grandi avec une mère qui faisait semblant. Mon compagnon a vécu avec un fantôme. Et moi, j’ai raté ma propre vie. »

C’est un moment clé dans tout processus de reconstruction. On croit souvent que guérir, c’est juste arrêter de souffrir. Mais guérir, c’aussi faire le deuil de ce qui a été perdu pendant la souffrance. C’est pleurer les anniversaires où tu étais ailleurs, les rires que tu n’as pas partagés, les moments d’intimité que tu as évités parce que tu étais trop vide.

En Intelligence Relationnelle, on appelle ça « la réparation différée ». Tu ne peux pas revenir en arrière pour vivre ces moments autrement. Mais tu peux les reconnaître, les honorer, et leur donner une place. C’est ce qu’on a fait en séance : des rituels symboliques où Sarah écrivait des lettres à son moi passé, où elle exprimait ce qu’elle n’avait pas pu exprimer sur le moment.

Un jour, elle m’a dit : « J’ai compris que je ne peux pas être une mère parfaite pour réparer le passé. Mais je peux être une mère présente pour construire le présent. »

Cette phrase, je l’ai entendue des dizaines de fois chez des personnes qui se reconstruisent. C’est le passage du regret à l’action. Tu arrêtes de regarder en arrière avec culpabilité. Tu commences à regarder devant avec intention.

« Mon plus grand deuil n’a pas été la perte de quelqu’un. Ça a été la perte de moi-même. Et le reconnaître, pleurer cette femme que j’avais abandonnée, ça a été le début de ma renaissance. »

Ce que tu peux faire maintenant : prends un moment pour toi. Demande-toi : « Qu’est-ce que j’ai perdu pendant que j’étais éteint(e) ? » Écris-le. Pleure si ça vient. Ce deuil n’est pas une faiblesse, c’est un passage obligé. Tu ne peux pas reconstruire sur une fondation que tu refuses de voir.

Ralentir n’est pas un luxe, c’est le carburant de ta reconstruction

Sarah avait un rapport très particulier au temps. Elle le voyait comme une ressource rare qu’il fallait optimiser à chaque seconde. « Perdre du temps » était une angoisse. Alors quand je lui ai proposé, après huit mois de travail, de prendre un jour par semaine sans rien faire, elle a ri nerveusement.

« Un jour entier ? Sans rien faire ? C’est impossible. J’ai deux enfants, un travail, une maison. »

Je lui ai dit : « Je ne te demande pas de ne rien faire. Je te demande de faire uniquement ce qui te fait du bien. Pas ce qui est utile. Pas ce qui est productif. Ce qui te fait du bien. »

Elle a essayé. Le premier samedi, elle a tenu deux heures avant de ranger la cuisine. Le deuxième samedi, elle s’est assise dans le jardin quinze minutes. Le troisième, elle a lu un roman entier, sans culpabilité.

Ce qu’elle a découvert, c’est que son cerveau avait besoin de ce qu’on appelle en neurosciences le « mode par défaut ». C’est l’état où ton esprit n’est pas focalisé sur une tâche, où il vagabonde, où il fait des connexions inattendues. C’est dans cet état que naissent la créativité, l’intuition, et surtout la régulation émotionnelle.

Pendant des années, Sarah avait maintenu son cerveau en mode « tâche » permanent. Résultat : elle n’avait plus accès à ses propres ressources intérieures. Elle fonctionnait en pilotage automatique, sans jamais descendre dans la salle des machines.

Ralentir, ce n’est pas être paresseux. C’est laisser ton système nerveux se réinitialiser. C’est permettre à tes émotions de remonter à la surface sans être immédiatement étouffées par une nouvelle occupation. C’est réapprendre à être, avant de faire.

Aujourd’hui, Sarah a gardé ce rituel. Elle appelle ça « son samedi sauvage ». Parfois elle ne fait rien. Parfois elle peint, ce qu’elle avait abandonné depuis l’adolescence. Parfois elle marche seule dans la forêt. Mais elle a cessé de considérer ce temps comme du temps perdu.

Ce que tu peux faire maintenant : bloque une heure cette semaine où tu ne feras rien de productif. Pas de téléphone, pas de liste de courses, pas de rangement. Assieds-toi, promène-toi, regarde le plafond. Observe ce qui se passe. Au début, ton mental va protester. Reste. C’est le premier pas vers ta récupération.

Un an après, elle ne s’est pas « réparée », elle s’est réinventée

Quand Sarah est venue pour sa dernière séance, elle avait un an de travail derrière elle. Elle n’était plus la même personne. Pas une version améliorée d’avant. Une personne différente.

« Avant, m’a-t-elle dit, je pensais que la reconstruction c’était retrouver la Sarah d’avant, celle qui était joyeuse et spontanée. Mais cette Sarah-là n’existe plus. Et c’est très bien comme ça. Parce que celle que je suis devenue a traversé l’épreuve. Elle sait ce que c’est que de toucher le fond. Elle sait ce que c’est que de renaître. »

Elle a changé des choses concrètes : elle a réduit son temps de travail à 80 %, elle a arrêté d’organiser les anniversaires parfaits, elle a appris à dire non à sa mère. Mais le plus grand changement était intérieur.

Elle avait développé ce que j’appelle une « boussole interne ». Elle savait désormais reconnaître les signes avant-coureurs de l’épuisement : la tension dans la mâchoire, l’irritabilité, l’envie de tout contrôler. Et elle savait quoi faire : ralentir, respirer, demander de l’aide.

Son couple s’était transformé. Son compagnon, qui avait vécu son épuisement comme un échec personnel, avait lui aussi fait un chemin. Ils avaient appris à communiquer autrement, à se soutenir sans s’étouffer. Sarah avait compris que la vulnérabilité n’était pas une faiblesse mais une force relationnelle.

Et ses enfants ? « Ils ont retrouvé une mère qui rit. Pas tout le temps, pas parfaitement. Mais qui rit. Et ça, pour eux, c’est tout ce qui compte. »

Ce que tu peux faire maintenant : pose-toi cette question : « Si je devais choisir une seule chose que je veux retrouver de moi-même, quelle serait-elle ? » Pas une obligation. Pas un devoir. Une chose qui te ferait du bien. Et demande-toi : « Quelle est la première petite action que je peux faire cette semaine pour m’en rapprocher ? »

Si tu te reconnais dans cette histoire, sache que tu n’es pas obligé(e) d’attendre d’être au bord du gouffre

Sarah a mis un an à se reconstruire. Un an de rendez-vous réguliers, de rechutes, de petites victoires, de larmes et de rires. Un an à réapprendre à être vivante.

Mais elle aurait pu mettre moins de temps si elle était venue plus tôt. Si elle n’avait pas attendu d’être complètement éteinte pour consulter. Si elle avait écouté les premiers signaux de son corps au lieu de les étouffer avec du café et de la volonté.

Je ne te dis pas ça pour te faire culpabiliser. Je te dis ça parce que c’est une information précieuse : tu n’es pas obligé(e) d’attendre le fond. Tu peux commencer maintenant, là où tu es, avec ce que tu as.

Tu n’as pas besoin d’être en crise pour venir me voir. Tu as le droit de venir parce que tu sens que quelque chose s’éteint en toi, même si tu ne sais pas quoi. Tu as le droit de venir parce que tu es fatigué(e) de faire semblant. Tu as le droit de venir simplement parce que tu as envie de te sentir vivant(e).

Le travail que j’accompagne, que ce soit en hypnose, en IFS ou en Intelligence Relationnelle, n’est pas un traitement miracle. C’est un chemin. Parfois doux, parfois raboteux. Mais c’est ton chemin. Et tu n’es pas obligé(e) de le faire seul(e).

Si cet article t’a parlé, si tu t’es reconnu(e) dans la fatigue de Sarah, dans son vide, dans sa peur de ne jamais retrouver la joie, je t’invite à franchir un premier pas. Pas un grand pas. Juste un petit.

Prends ton téléphone. Envoie-moi un message. Dis-moi ce qui t’a touché dans cette histoire. Ou dis-moi simplement : « J’aimerais essayer. »

Je te répondrai. Pas avec un discours commercial, pas avec une promesse irréaliste. Je te répondrai avec ce que je sais faire : être présent, écouter, et t’accompagner là où tu as besoin d’aller.

Parce que la reconstruction n’est pas un luxe réservé à quelques-uns. C’est un processus naturel, comme la sève qui remonte dans un arbre après l’hiver. Parfois, elle a juste besoin qu’on lui fasse un peu de place.

Tu peux m’écrire à [email protected] ou

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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