3 exercices concrets pour calmer votre critique intérieur
Des outils simples pour apaiser la voix sévère en vous.
Un parcours vrai, sans filtre ni faux espoir.
Je ne sais pas si vous lisez ces lignes un matin de pluie ou un soir d’été. Peut-être que vous êtes au travail, le regard vide devant un écran. Peut-être que vous êtes chez vous, dans le silence qui pèse depuis qu’il n’est plus là. Je ne sais pas où vous en êtes. Mais si vous avez cliqué sur ce titre, c’est que cette histoire vous concerne d’une façon ou d’une autre.
Alors je vais vous parler de Julie.
Julie est venue me voir il y a deux ans. Elle avait 47 ans, deux enfants adolescents, et un deuil de dix-huit mois. Son mari, Vincent, était mort brutalement d’un arrêt cardiaque dans leur salon, un dimanche après-midi, alors qu’ils regardaient un film. Elle m’a dit, dès la première séance : « Je ne suis pas venue pour guérir. Je suis venue pour ne pas devenir folle. »
Je vais vous raconter son parcours. Pas pour vous donner une recette miracle — il n’y en a pas. Mais pour que vous sachiez que ce que vous vivez, d’autres l’ont vécu, et que certaines choses ont vraiment aidé.
Julie m’a décrit les premiers mois comme une chute libre. Elle ne mangeait plus que des biscottes et du café. Elle se levait la nuit pour vérifier qu’il ne respirait plus — alors qu’elle l’avait vu mort, qu’elle avait appelé les secours, qu’elle avait tenu sa main froide. Son cerveau refusait d’intégrer l’information.
« Je passais des heures à regarder son oreiller. Je touchais le creux qu’il avait laissé. Je sentais encore son odeur. Et je me disais : comment le monde peut continuer à tourner ? Comment les gens peuvent rire dans la rue ? »
Ce qu’elle vivait s’appelle un traumatisme complexe. Ce n’est pas seulement la tristesse du manque. C’est l’effondrement de tout ce qui faisait tenir le monde debout. Le cerveau, pour se protéger, peut dissocier : vous êtes là, mais pas vraiment. Vous voyez les choses comme à travers un verre dépoli. Vous fonctionnez en automatique, sans aucune sensation de présence.
Je lui ai expliqué que cette dissociation n’était pas une faiblesse. C’était une stratégie de survie. Son système nerveux avait dit : « Trop d’émotion, on coupe le son. » Le problème, c’est que cette stratégie, utile les premières semaines, devient un piège si elle s’installe. On ne peut pas faire son deuil si on n’est pas là pour le vivre.
« Je ne pleurais même plus. Je me suis dit que j’étais devenue folle. Mais mon corps, lui, n’avait pas oublié. » — Julie, 18 mois après la perte de son conjoint
Les symptômes physiques sont arrivés ensuite : douleurs thoraciques, migraines, troubles digestifs. Son médecin traitant lui avait prescrit des anxiolytiques. Elle les prenait sans effet, comme des bonbons. Ce n’est pas que le médicament ne marchait pas. C’est que son chagrin n’était pas un trouble chimique : c’était une blessure relationnelle qui demandait un autre type de présence.
Vous avez sûrement entendu parler des fameuses étapes du deuil : déni, colère, marchandage, dépression, acceptation. Cette théorie d’Elisabeth Kübler-Ross, initialement conçue pour des malades en phase terminale, a été détournée. On en a fait une checklist. On s’attend à passer d’une case à l’autre, comme si le chagrin était linéaire.
Julie avait lu ça. Elle s’en voulait de « stagner » au stade de la dépression. Elle se disait : « Je devrais déjà être à l’acceptation, ça fait un an et demi. Qu’est-ce qui cloche chez moi ? »
Ce qui clochait, c’est qu’elle essayait de rentrer dans un moule qui n’existe pas. Le deuil n’est pas une ligne droite. C’est une spirale. Vous pouvez passer une semaine à aller mieux, puis une phrase, une odeur, une chanson vous remet à zéro. Ce n’est pas une régression. C’est le processus normal d’intégration d’une perte.
Avec l’hypnose ericksonienne, je ne cherche pas à faire « passer » les émotions. Je cherche à créer un espace où elles peuvent être accueillies sans être submergées. On ne force pas le deuil. On l’accompagne.
Nous avons travaillé sur ce que j’appelle la métaphore du tiroir. Dans votre cerveau, il y a des tiroirs. Certains contiennent des souvenirs joyeux, d’autres des traumatismes. Après une perte brutale, le tiroir « Vincent vivant » et le tiroir « Vincent mort » sont restés ouverts en même temps. Le cerveau essaie de les fusionner, mais ça fait court-circuit. L’hypnose permet de ranger chaque expérience à sa place, sans nier l’une ou l’autre.
Julie a appris à dire : « Vincent est mort. Et je l’aime toujours. » Pas « je l’aimais » au passé. « Je l’aime » au présent. Cette nuance a changé beaucoup de choses.
Il y a eu un déclic, six mois après le début de notre travail. Julie est venue à une séance et m’a dit : « Hier, j’ai ri. Vraiment ri. Avec ma fille. Et j’ai eu honte. »
La honte de la joie est un classique du deuil. On se sent coupable de survivre. On croit que sourire, c’est trahir. Que s’autoriser un plaisir, c’est oublier. Alors on se force à rester triste, comme un devoir de mémoire.
Je lui ai demandé : « Si Vincent pouvait vous voir maintenant, qu’est-ce qu’il voudrait pour vous ? »
Elle a pleuré. Longtemps. Et elle a dit : « Il voudrait que je vive. Il détestait me voir pleurer. »
Ce n’est pas une phrase magique. Ça n’a pas tout résolu. Mais ça a ouvert une porte. Julie a commencé à s’autoriser des petits moments de vie sans culpabilité. Un café avec une amie. Une série qu’elle regardait seule. Une promenade sans musique triste.
L’Intelligence Relationnelle que j’enseigne m’a appris une chose : la relation avec un disparu ne s’arrête pas à sa mort. Elle se transforme. Vous pouvez continuer à dialoguer avec lui, intérieurement. Vous pouvez lui poser des questions, lui dire ce que vous vivez, lui demander son avis. Ce n’est pas de la folie. C’est une façon de maintenir un lien symbolique qui permet de lâcher le lien physique.
Beaucoup de personnes en deuil ont peur de « laisser partir » leur conjoint. Elles confondent faire son deuil et oublier. Or, le deuil réussi, ce n’est pas l’absence de douleur. C’est la capacité à aimer quelqu’un qui n’est plus là, sans que cet amour vous empêche de vivre.
Julie a écrit des lettres à Vincent pendant des mois. Elle les brûlait dans la cheminée. Elle n’attendait pas de réponse. Elle avait juste besoin de poser des mots sur ce qu’elle n’avait pas pu lui dire avant.
À un moment, Julie a rencontré un blocage. Elle ne comprenait pas pourquoi, deux ans après, elle faisait encore des cauchemars où Vincent revenait, où il lui disait qu’il n’était pas mort, où elle se réveillait en hurlant. Elle se sentait figée, incapable d’avancer.
C’est là que j’ai proposé de travailler avec l’IFS — l’Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur. Cette approche considère que notre psychisme est composé de différentes « parties » qui ont chacune une fonction et une histoire. Dans le deuil, certaines parties peuvent être en conflit.
Chez Julie, j’ai identifié trois parties principales :
Ces trois parties étaient en guerre. La veuve courage méprisait la petite fille perdue. Le juge intérieur critiquait tout le monde. Résultat : Julie était bloquée, écartelée entre des exigences contradictoires.
L’IFS ne cherche pas à éliminer ces parties. Il cherche à les comprendre, à les remercier pour leur protection, et à négocier un nouveau rôle pour elles. La veuve courage a accepté de prendre des pauses. La petite fille perdue a eu le droit de pleurer sans honte. Le juge intérieur a été invité à se taire, juste un peu.
« J’ai compris que je n’étais pas folle. J’étais juste plusieurs. Et toutes ces moi voulaient m’aider, même si elles se tiraient dans les pattes. » — Julie
Pour Julie, le tournant a été de reconnaître que la partie qui ressentait de la colère contre Vincent — pour l’avoir laissée seule — n’était pas une trahison. C’était une émotion légitime. Elle pouvait être en colère et l’aimer en même temps. Les émotions ne sont pas des exclusives.
Vous vous demandez peut-être ce que la préparation mentale sportive vient faire dans un deuil. C’est une bonne question.
Ce que j’observe chez les coureurs et les footballeurs que j’accompagne, c’est que la performance ne dépend pas de l’absence de difficulté, mais de la capacité à revenir après un échec. Un marathonien qui se blesse à mi-course doit décider : j’abandonne ou je continue en marchant ? Un footballeur qui rate un penalty doit trouver comment rester dans le match.
Le deuil, c’est un peu ça. Vous ne pouvez pas éviter la douleur. Mais vous pouvez décider comment vous traversez le terrain.
Julie n’était pas sportive, mais elle avait une endurance émotionnelle qu’elle ne soupçonnait pas. Nous avons utilisé des techniques de visualisation issues de la préparation mentale : elle s’imaginait traverser une forêt sombre, avec un chemin qui s’éclairait pas à pas. Elle apprenait à respirer quand l’angoisse montait. Elle se fixait des micro-objectifs : « Aujourd’hui, je vais prendre une douche. » « Cette semaine, je vais appeler une amie. »
Ces petites victoires, cumulées, ont reconstruit sa confiance. Pas en la vie — ça viendrait plus tard. Mais en elle-même. Elle a découvert qu’elle pouvait survivre à l’insurmontable. Et ça, personne ne peut vous l’enlever.
Aujourd’hui, Julie va bien. Pas « comme avant » — elle vous dira elle-même que cette version d’elle-même n’existe plus. Elle a changé. Elle est plus calme, plus présente, plus capable de dire non. Elle a arrêté de vouloir contrôler l’incontrôlable.
Elle a rencontré quelqu’un, il y a un an. Elle m’a dit, avec un sourire gêné : « Je me sens coupable. Pas d’être heureuse. Mais de ne plus être aussi triste. » Je lui ai répondu : « La tristesse n’est pas une preuve d’amour. L’amour, c’est ce que tu fais de ta vie avec ce qu’il t’a donné. »
Elle garde les lettres brûlées. Elle parle de Vincent à ses enfants, sans drame, comme on parle d’un être cher qui voyage loin. Parfois, une chanson la fait pleurer. Elle accepte ces moments. Elle sait qu’ils passeront.
Ce qui a changé, ce n’est pas la perte. C’est le rapport à la perte. Julie n’est plus en guerre contre son chagrin. Elle a appris à vivre avec. Comme on vit avec une cicatrice qui fait mal quand il pleut, mais qui ne vous empêche pas de marcher.
Si vous lisez ce témoignage et que vous êtes en plein deuil, je ne vais pas vous dire « ça va aller ». Je ne sais pas si ça va aller. Je ne vous connais pas. Mais je peux vous proposer trois choses que vous pouvez essayer, ce soir, sans rendez-vous, sans inscription.
1. Écrivez une lettre que vous ne posterez pas. Prenez un stylo, une feuille. Écrivez à votre conjoint disparu. Dites-lui tout ce que vous n’avez pas dit. La colère, le manque, les regrets, mais aussi les souvenirs doux. Ne vous censurez pas. Brûlez la lettre ensuite, ou rangez-la dans une boîte. L’important, c’est le geste, pas le résultat.
2. Autorisez-vous un plaisir minuscule sans culpabilité. Choisissez quelque chose de très simple : une tasse de thé que vous aimez, un bain chaud, cinq minutes de musique. Avant de le faire, dites-vous : « Je peux ressentir du plaisir sans trahir. » Si la culpabilité arrive, accueillez-la sans la chasser. Mais faites quand même le geste.
3. Parlez à la partie de vous qui souffre le plus. Fermez les yeux. Respirez. Demandez-vous : « Quelle partie de moi a le plus mal en ce moment ? » Peut-être que c’est une image, une sensation dans le ventre, une voix intérieure. Posez-lui une question simple : « Qu’est-ce que tu as besoin que je sache ? » Écoutez la réponse sans jugement. Remerciez cette partie d’avoir tenu le choc jusqu’ici.
Ces trois gestes ne remplacent pas un accompagnement professionnel. Mais ils peuvent vous aider à reprendre un peu de contact avec vous-même, là où tout semble s’être effondré.
Si vous êtes dans ce que Julie a traversé, je veux que vous sachiez une chose : vous n’êtes pas faible parce que vous souffrez. Vous n’êtes pas en retard parce que vous n’avancez pas. Vous êtes en train de faire l’une des choses les plus difficiles qu’un être humain puisse faire : continuer à vivre quand une partie de vous est morte.
Je ne promets pas de solution miracle. Je promets une présence. Je promets un cadre où vous pourrez déposer ce qui pèse, sans qu’on vous dise comment vous devriez vous sentir.
Si vous avez envie d’en parler, je suis là. Un appel, un mail, une séance. À Saintes ou en visio. Pas pour vous « réparer » — vous n’êtes pas cassée. Pour vous accompagner sur ce chemin que vous n’avez pas choisi, mais que vous pouvez apprendre à traverser.
Prenez soin de vous. Une minute à la fois.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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