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Témoignage : « J’ai pleuré 3 mois, puis j’ai trouvé une issue »

L’histoire d’une femme qui a reconstruit sa vie après le divorce.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Elle est arrivée dans mon cabinet un mardi matin de novembre. La pluie battait contre la vitre, et elle avait les yeux rouges, pas à cause du vent. Elle s’est assise, a posé son sac à main par terre, et elle a dit : « Thierry, je pleure depuis trois mois. Tous les jours. Parfois toute la journée. Je ne peux plus conduire sans m’arrêter sur le bas-côté. Je ne peux plus lire une histoire à mes enfants sans craquer. Je suis devenue celle qu’on évite au supermarché. »

Elle s’appelle Charlotte (prénom modifié, comme toujours). 42 ans, deux enfants, un travail stable dans la fonction publique, un ex-mari parti six mois plus tôt. Rien de spectaculaire en apparence. Pas de cri, pas de vaisselle cassée. Juste un soir, il avait dit : « Je ne suis plus heureux. » Et il était parti. Proprement, sans violence, sans drame. Ce qui, paradoxalement, rendait tout pire. Parce que Charlotte n’avait rien à détester. Elle n’avait que du vide.

Son histoire, je la raconte aujourd’hui parce qu’elle n’est pas unique. Elle est même banale. Mais c’est dans ce banal que se cachent les plus grandes transformations. Charlotte a reconstruit sa vie après le divorce. Pas en un mois, pas en claquant des doigts. Mais elle l’a fait. Et ce qu’elle a traversé peut vous parler si vous êtes, vous aussi, en train de pleurer dans votre voiture, ou de vous demander si vous allez un jour arrêter d’avoir mal.

Pourquoi pleurer trois mois n’est pas un signe de faiblesse, mais un signal d’alarme

Quand Charlotte me racontait ses journées, j’entendais une femme qui se flagellait intérieurement. « Je devrais déjà aller mieux. » « Mes amies me disent que je devrais sortir. » « Je suis une mère indigne de pleurer autant devant mes enfants. » Elle s’ajoutait une couche de culpabilité sur une blessure déjà ouverte.

Alors je lui ai dit une chose qu’elle n’a pas oubliée : « Charlotte, si vous pleurez depuis trois mois, ce n’est pas parce que vous êtes faible. C’est parce que quelque chose d’important est en train de se passer. Et votre corps, votre psychisme, votre inconscient, ils essaient de vous le dire. »

Pleurer, ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est un processus. Dans notre société, on a tendance à pathologiser les larmes. On les voit comme un échec, une perte de contrôle. Mais en réalité, les larmes émotionnelles contiennent des hormones de stress, comme le cortisol. Pleurer, c’est littéralement évacuer une partie de la toxine émotionnelle qui vous empoisonne. Le problème, ce n’est pas de pleurer. Le problème, c’est de pleurer sans comprendre ce qui se joue.

Charlotte pleurait parce qu’elle perdait bien plus qu’un mari. Elle perdait une identité. Pendant quinze ans, elle avait été « Charlotte et Paul ». Elle avait construit ses habitudes, ses rêves, ses projets à deux. Et du jour au lendemain, il n’y avait plus de « deux ». Il n’y avait qu’elle, face à un miroir qui lui renvoyait une image qu’elle ne reconnaissait pas.

Ce que je veux vous dire, c’est que si vous pleurez depuis des semaines ou des mois, ne vous jugez pas. Posez-vous plutôt la question : « Qu’est-ce que ces larmes essaient de me montrer ? » Parce que souvent, elles ne parlent pas du départ de l’autre. Elles parlent de la partie de vous-même que vous avez abandonnée en chemin.

« Les larmes ne sont pas une panne. Elles sont le langage de la partie de vous qui n’a pas encore trouvé les mots. » — Thierry Sudan

Le piège de la recherche de sens immédiat : pourquoi « comprendre » peut vous bloquer

Charlotte avait passé les deux premiers mois à tout analyser. Elle avait retourné chaque SMS, chaque silence, chaque regard de son ex-mari. Elle avait fait des listes de ses torts à elle, des listes de ses torts à lui. Elle avait consulté des articles sur « les signes d’un divorce annoncé », « comment survivre à une séparation », « les cinq étapes du deuil ». Elle voulait comprendre. Elle voulait une raison. Elle voulait que ça ait un sens.

Et plus elle cherchait du sens, plus elle s’enfonçait.

Pourquoi ? Parce que la recherche de sens, quand on est en plein traumatisme, c’est souvent une tentative désespérée de reprendre le contrôle. On croit que si on trouve la cause, on pourra éviter que ça recommence. On croit que si on comprend pourquoi il est parti, on pourra réparer quelque chose. Mais la vérité, c’est que certaines choses n’ont pas de sens satisfaisant. Les êtres humains sont complexes, contradictoires. Parfois, quelqu’un part simplement parce qu’il ne veut plus rester. Et ça, ça ne rentre dans aucune case logique.

Je travaille avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Dans ces approches, on ne cherche pas à tout comprendre avec la tête. On cherche à écouter ce que les différentes parties de nous-mêmes ont à dire. Charlotte avait une partie d’elle qui voulait absolument comprendre. Une autre partie qui voulait juste oublier. Une autre encore qui était terrorisée à l’idée de refaire confiance. Et une dernière, qu’on a découverte plus tard, qui était secrètement soulagée.

Tant qu’elle restait coincée dans la tête, elle ne pouvait pas entendre ces parties. Elle se cognait contre le mur de l’incompréhension.

Alors je lui ai proposé un arrêt. Pas un arrêt de la réflexion, mais un arrêt de la rumination. Je lui ai dit : « Pendant une semaine, vous avez le droit de ne pas comprendre. Vous avez le droit de dire “je ne sais pas” quand on vous demande pourquoi ça s’est passé. Vous avez le droit de laisser le mystère tranquille. »

Ce fut un soulagement immédiat pour elle. Comme si elle avait porté un sac de pierres et qu’elle le posait enfin.

Si vous êtes dans cette phase de recherche frénétique de sens, je vous invite à essayer la même chose. Juste une semaine. Notez vos questions, mais ne cherchez pas à y répondre. Laissez-les en suspens. Parfois, les réponses viennent quand on arrête de courir après.

Ce que l’hypnose et l’IFS m’ont appris sur la reconstruction après un divorce

Avec Charlotte, nous avons travaillé avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS. Je vais vous expliquer simplement ce que ça signifie, sans jargon.

L’hypnose ericksonienne, c’est un état de conscience modifié où vous n’êtes pas endormi, mais où vous êtes plus réceptif à votre monde intérieur. C’est comme si vous baissiez le volume du bruit extérieur pour mieux entendre votre voix intérieure. Dans cet état, on peut accéder à des ressources que la conscience habituelle ignore. Des souvenirs, des forces, des solutions créatives.

L’IFS, lui, part d’une idée simple mais puissante : notre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de plusieurs « parties » qui ont chacune leur propre perspective, leurs propres émotions, leurs propres croyances. Certaines de ces parties sont blessées. D’autres sont protectrices. Et au centre, il y a un « Soi » calme, confiant, compatissant, qui peut guérir les parties blessées si on lui laisse de l’espace.

Charlotte avait une partie qu’on a appelée « la petite fille abandonnée ». C’était une partie d’elle qui se sentait nulle, rejetée, indigne d’amour. Cette partie s’était réveillée au moment du divorce, mais elle venait de bien plus loin. Elle était liée à une enfance où Charlotte avait dû être parfaite pour être aimée. Le divorce avait activé cette vieille blessure.

Elle avait aussi une partie « la guerrière », qui lui disait de serrer les dents, de s’occuper des enfants, de faire semblant que tout allait bien. Cette partie l’avait aidée à tenir, mais elle l’empêchait aussi de ressentir sa tristesse.

Et elle avait une partie « la juge », qui la critiquait sans cesse. « Tu n’aurais pas dû pleurer. Tu aurais dû voir les signes. Tu es nulle en couple. »

En hypnose, nous avons appris à dialoguer avec ces parties. Pas pour les faire taire, mais pour les comprendre. La guerrière avait besoin de savoir qu’on pouvait la remercier pour son travail, et qu’on allait prendre le relais. La juge avait besoin de sentir qu’elle était utile, mais qu’on pouvait lui confier une autre mission. Et la petite fille abandonnée avait besoin d’être consolée par le Soi de Charlotte elle-même.

Ce processus ne s’est pas fait en une séance. Il a pris du temps. Mais à chaque séance, Charlotte sortait avec un peu plus de légèreté. Elle pleurait encore, mais différemment. Pas des larmes de désespoir. Des larmes de libération.

« Ce que j’ai découvert, c’est que derrière chaque crise, il y a une partie de moi qui attend que je la regarde. Pas que je la répare. Juste que je la voie. » — Charlotte, après trois mois de travail

Les trois piliers qui ont permis à Charlotte de se reconstruire vraiment

Après plusieurs mois d’accompagnement, Charlotte a identifié trois piliers qui ont structuré sa reconstruction. Je les partage ici parce qu’ils sont transférables à beaucoup de situations de transition de vie, pas seulement le divorce.

1. Accepter de ne pas savoir qui l’on est pendant un temps

Charlotte avait passé quinze ans à être « la femme de Paul ». Quand Paul est parti, elle s’est retrouvée sans définition. Elle ne savait plus qui elle était, ce qu’elle aimait, ce qu’elle voulait. Son identité s’était effondrée.

La tentation, dans ces moments-là, c’est de se reconstruire immédiatement. De trouver une nouvelle identité de substitution. De se dire « je suis une mère célibataire », « je suis une femme libre », « je suis une survivante ». Mais ces étiquettes, si elles sont posées trop vite, peuvent nous enfermer dans un nouveau rôle sans nous laisser le temps de vraiment nous rencontrer.

Charlotte a accepté de rester dans le flou pendant plusieurs mois. Elle ne savait pas qui elle était, et elle a appris à dire « je ne sais pas » sans paniquer. Elle a tenu un journal où elle notait non pas ce qu’elle faisait, mais ce qu’elle ressentait. Elle s’est autorisée à essayer des choses sans se définir par elles. Un cours de poterie ? Pas pour devenir potière. Juste pour voir. Un week-end seule ? Pas pour prouver son indépendance. Juste pour être avec elle-même.

2. Renouer avec son corps

Quand on traverse une rupture, on peut avoir tendance à vivre dans sa tête. On rumine, on analyse, on anticipe. Le corps devient un véhicule qu’on oublie. Charlotte avait mal au dos, des maux de tête, des insomnies. Elle vivait dans un état de tension permanent.

L’hypnose l’a aidée à redescendre dans son corps. Pas par la méditation classique, qu’elle trouvait frustrante (« je n’arrive pas à vider mon esprit »), mais par des exercices d’ancrage. Par exemple, je lui ai demandé de poser ses deux pieds à plat sur le sol, de fermer les yeux, et de simplement sentir le contact de ses pieds avec le sol. Rien d’autre. Pendant trente secondes. Puis une minute. Puis cinq.

Elle a aussi commencé à marcher sans écouter de podcast ni de musique. Juste marcher, sentir l’air, voir les arbres. Au début, elle disait que c’était insupportable, que son mental s’emballait. Puis, progressivement, elle a commencé à apprécier ces moments. Son corps n’était plus une prison. Il redevenait une maison.

3. Cultiver la gratitude sans nier la douleur

Attention, je ne parle pas ici de « positive attitude » forcée ou de déni. Charlotte n’a jamais nié sa souffrance. Mais elle a appris, en parallèle, à reconnaître ce qui restait bon dans sa vie.

Chaque soir, elle écrivait trois choses pour lesquelles elle était reconnaissante. Pas des grandes choses. « Le café était bon ce matin. » « Mon fils m’a fait un dessin. » « J’ai réussi à dormir cinq heures d’affilée. » Au début, ça lui semblait artificiel. Mais au bout de quelques semaines, elle a remarqué que son cerveau commençait à chercher spontanément ces petites lumières dans la journée. Ce n’est pas un remède miracle. C’est un entraînement. Comme muscler un bras cassé en rééducation. Ça fait mal au début, mais ça permet de retrouver la mobilité.

Ces trois piliers ne sont pas une recette. Ce sont des directions. Et Charlotte les a adaptées à son rythme, à ses besoins, à ses résistances.

Comment j’ai utilisé l’Intelligence Relationnelle pour l’aider à redéfinir ses liens avec les autres

Un des plus grands défis après un divorce, c’est la relation aux autres. Pas seulement avec l’ex-conjoint, mais avec la famille, les amis, les collègues. Charlotte m’a raconté que certaines amies s’étaient éloignées, comme si le divorce était contagieux. D’autres, au contraire, étaient trop présentes, avec des conseils non sollicités.

L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à naviguer dans les relations avec conscience et authenticité. Charlotte avait besoin de réapprendre à poser des limites, à exprimer ses besoins, à dire non sans culpabilité.

Un exemple concret : une de ses amies, Sophie, l’appelait tous les jours pour prendre des nouvelles. Au début, Charlotte était touchée. Mais au bout de deux mois, elle se sentait étouffée. Chaque appel était une répétition de la même conversation, et Charlotte avait l’impression de devoir rassurer Sophie plutôt que l’inverse.

En séance, nous avons travaillé sur la manière de dire à Sophie : « J’ai besoin de moins parler de ça pour l’instant. Je t’aime, mais je préfère qu’on parle d’autre chose quand on se voit. » Charlotte avait peur de blesser Sophie, peur de perdre cette amitié. Mais elle a appris que poser une limite, c’est aussi un acte de respect pour l’autre. Ne pas dire ce qu’on ressent, c’est construire une relation sur un mensonge.

Elle a aussi dû gérer les relations avec ses enfants. Son ex-mari avait une nouvelle compagne, et les enfants passaient un week-end sur deux chez eux. Charlotte était tiraillée entre la jalousie, la peur d’être remplacée, et le désir sincère que ses enfants soient heureux. L’Intelligence Relationnelle l’a aidée à distinguer ses propres émotions de celles de ses enfants. Elle pouvait ressentir de la tristesse pour elle, tout en étant capable de dire à ses enfants : « Je suis contente que tu t’entendes bien avec elle. »

Ce n’était pas facile. Elle pleurait parfois après les avoir déposés. Mais elle ne mélangeait plus ses émotions avec les leurs. Elle apprenait à être une mère séparée, mais entière.

« La reconstruction après un divorce, ce n’est pas remplacer une relation par une autre. C’est apprendre à être en relation avec soi-même d’abord. Ensuite, tout devient plus simple. »

Ce que Charlotte a gagné qu’elle n’aurait jamais imaginé

Un jour, Charlotte est arrivée en séance avec un sourire que je ne lui avais pas vu depuis le début. Elle m’a dit : « Thierry, je crois que je vais mieux. Pas guérie, pas finie. Mais mieux. »

Elle m’a raconté qu’elle avait passé le week-end seule, sans les enfants. Et pour la première fois, elle n’avait pas eu peur du silence. Elle avait lu un roman entier, sans décrocher. Elle avait cuisiné pour le plaisir. Elle s’était promenée en forêt. Et le soir, elle s’était endormie sans angoisse.

Ce qu’elle a gagné, ce n’est pas une nouvelle vie parfaite. C’est une relation différente avec elle-même. Avant, elle avait besoin d’être en couple pour se sentir complète. Aujourd’hui, elle sait qu’elle peut être complète seule. Pas fermée à l’amour, mais pas dépendante non plus.

Elle

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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