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Témoignage : j'ai traversé un divorce grâce à l'IFS

Un récit authentique pour retrouver espoir.

TSThierry Sudan
28 avril 202613 min de lecture

Vous lisez peut-être ces lignes parce que vous traversez ou avez traversé une séparation. Peut-être que, comme beaucoup de personnes que je reçois à Saintes, vous cherchez une lumière dans ce tunnel qui semble soudainement si sombre. Je vais vous raconter l’histoire de Claire (prénom modifié), une femme que j’ai accompagnée il y a quelques années, et comment l’IFS (Internal Family Systems) a transformé son divorce, non pas en une fin, mais en un véritable chemin de renaissance. Ce n’est pas un récit magique. C’est un récit authentique, parfois douloureux, mais porteur d’un espoir que je souhaite partager avec vous.

Claire est arrivée dans mon cabinet en janvier 2021. Elle avait 42 ans, deux enfants, et son mari venait de lui annoncer, après quinze ans de mariage, qu’il voulait divorcer. Elle était anéantie. Pendant les premières séances, elle répétait sans cesse la même phrase : « Je n’ai plus de raison de vivre. » Pas de menace, pas de drame – juste une sensation de vide absolu. Elle se décrivait comme « vidée de l’intérieur », comme si une partie d’elle-même était morte le jour où il avait prononcé ces mots.

Elle avait déjà consulté une psychologue classique. Cela l’avait aidée à verbaliser, à comprendre les dynamiques du couple, mais elle restait bloquée dans une boucle de tristesse et de colère. « Je sais pourquoi je souffre, me disait-elle, mais je n’arrive pas à arrêter de souffrir. » C’est là que je lui ai parlé de l’IFS, une approche que j’utilise depuis des années pour accompagner les transitions de vie difficiles.

L’IFS, ou modèle des Systèmes Familiaux Internes, part d’une idée simple : notre esprit n’est pas une entité unique, mais une famille de parties. Il y a la partie qui panique, la partie qui juge, la partie qui veut tout contrôler, et surtout, une partie centrale que l’on appelle le Self – ce noyau de calme, de compassion et de clarté qui est déjà en nous. Le problème, c’est que lorsque nous vivons un événement traumatique comme un divorce, certaines parties prennent le contrôle. Elles deviennent bruyantes, protectrices, parfois extrêmes. Et on croit qu’elles sont nous.

Claire a accepté d’essayer. Elle était prête à tout, disait-elle, pour ne plus se sentir « habitée par cette douleur qui l’empêchait de respirer ».

« Je pensais que j’étais brisée, mais j’ai découvert que j’étais juste protégée »

Lors de notre troisième séance, je lui ai demandé de fermer les yeux et de porter son attention à l’intérieur. « Où est-ce que tu ressens cette tristesse dans ton corps ? » Elle a posé la main sur sa poitrine. « Là, juste sous la gorge. C’est une boule, froide, lourde. » Je lui ai proposé de ne pas la combattre, mais simplement de l’observer. « Si cette tristesse pouvait parler, que dirait-elle ? »

Elle a eu un moment de silence. Puis, d’une voix changée, plus jeune, elle a répondu : « Elle dit qu’elle veut juste que je sois en sécurité. Que je ne fasse pas confiance aux hommes. Que si je reste triste, je ne serai plus jamais blessée. »

C’était une révélation pour elle. Cette tristesse n’était pas une ennemie. C’était une protectrice. Une partie d’elle-même qui avait pris cette forme extrême pour la garder à l’abri. Dans l’IFS, on appelle cela un manager – une partie qui organise notre vie pour éviter la douleur. Celle-ci avait décidé que la meilleure stratégie était de maintenir Claire dans un état de chagrin permanent, pour qu’elle ne tente plus jamais l’amour.

Claire a alors compris une chose essentielle : elle n’était pas « brisée ». Elle était protégée. Une nuance qui a tout changé. Elle n’avait pas à se débarrasser de cette tristesse, mais à en faire une alliée. « Qu’est-ce que tu ressens envers cette partie ? » lui ai-je demandé. « De la compassion, a-t-elle répondu en pleurant. Elle a fait tout ce qu’elle a pu pour moi. » Ce premier pas – reconnaître une partie comme une protectrice et non comme un défaut – a ouvert la porte à tout le reste.

« La tristesse n’était pas mon identité. C’était une partie de moi qui essayait de me garder en vie. Quand j’ai arrêté de la combattre, elle a commencé à se détendre. »

Pourquoi la colère contre votre ex n’est pas ce que vous croyez

Au fil des séances, une autre partie a émergé. Une colère brûlante, presque physique. Claire ne supportait plus d’entendre le nom de son ex-mari. Elle rêvait de lui faire du mal, de lui dire des mots terribles. Elle avait honte de cette colère. « Je ne suis pas une personne violente, me disait-elle. Pourquoi je ressens ça ? »

Dans l’IFS, on ne juge pas les parties. On les accueille. J’ai invité Claire à se tourner vers cette colère. « À quoi ressemble-t-elle ? » « À un feu. Un feu qui veut tout brûler. » « Et si ce feu pouvait parler, que dirait-il ? » La réponse est venue, cinglante : « Il dit que personne ne mérite de lui faire du mal. Que je dois me défendre. Que si je ne me fâche pas, je vais me faire écraser. »

Cette colère n’était pas dirigée contre son ex-mari, en réalité. Elle était dirigée contre une injustice ancienne, bien plus profonde. En remontant dans le temps, Claire a découvert une petite fille de 8 ans qui avait été humiliée par un enseignant, et qui n’avait jamais pu exprimer sa rage. Cette enfant était restée piégée, silencieuse, et la colère d’aujourd’hui était sa façon de parler.

C’est un mécanisme fréquent dans les divorces. La colère que vous ressentez contre votre conjoint(e) est souvent une colère déplacée. Elle vient d’ailleurs, d’un endroit plus ancien, plus vulnérable. L’IFS permet de remonter à la source. Une fois que Claire a pu dialoguer avec cette petite fille, la rassurer, lui dire qu’elle était en sécurité aujourd’hui, la colère a changé de nature. Elle n’a pas disparu – elle s’est transformée en une force calme et affirmée. Claire a pu dire à son ex-mari, sans hurler : « Ce que tu as fait m’a profondément blessée. » Elle n’avait plus besoin de brûler. Elle avait juste besoin d’être entendue.

Le moment où j’ai arrêté de vouloir le récupérer

C’est sans doute la phase la plus délicate. Pendant plusieurs mois, Claire oscillait entre l’espoir d’une réconciliation et la certitude que tout était fini. Elle passait ses soirées à analyser les moindres signes. « Il m’a souri en déposant les enfants. Tu crois qu’il regrette ? » C’était épuisant. Une partie d’elle, que j’appelle la partie « sauveuse » , était convaincue que si elle était assez aimante, assez parfaite, assez compréhensive, il reviendrait.

Cette partie était une survivante. Elle venait de son enfance, où elle avait appris que l’amour se méritait, que pour être aimée, il fallait tout donner. C’est une croyance que je vois très souvent chez les personnes qui traversent un divorce : la peur de ne pas être assez.

Un jour, en séance, Claire a eu une conversation avec cette partie. « Qu’est-ce que tu veux vraiment ? » a-t-elle demandé. La partie a répondu : « Je veux qu’il revienne pour que tu n’aies pas à ressentir la douleur d’être abandonnée. » Claire a réalisé que cette partie ne cherchait pas à sauver son couple. Elle cherchait à la sauver, elle, de la douleur de l’abandon. C’était une protectrice déguisée en romantique.

À partir de ce moment, elle a pu prendre une décision claire : arrêter d’attendre. Non pas par résignation, mais par choix. « Je ne vais plus nourrir cette partie, m’a-t-elle dit. Je vais plutôt la remercier d’avoir essayé de me protéger, et lui montrer que je peux survivre seule. » C’est un processus que j’appelle le désinvestissement : on cesse d’alimenter les parties qui nous tirent en arrière, non pas en les combattant, mais en les rassurant.

Comment l’IFS m’a réconciliée avec mon passé (et mon avenir)

L’une des forces de l’IFS, c’est qu’il ne s’arrête pas au symptôme. Il va chercher les racines. Pour Claire, le divorce a été le révélateur d’une blessure plus ancienne : celle de l’abandon. Son père était parti quand elle avait 5 ans. Il n’était jamais revenu. Cette petite fille de 5 ans, que j’appelle une partie exilée, était restée enfermée dans une cave émotionnelle, croyant qu’elle était responsable du départ de son père.

Le divorce a réveillé cette exilée. Tout son corps lui disait : « Tu vois, tu es abandonnable. Tu n’es pas aimable. C’est ta faute. » Ces croyances n’étaient pas rationnelles, mais elles étaient puissantes. Dans l’IFS, on ne cherche pas à les nier. On va les accueillir, les écouter, et surtout, on va libérer la partie exilée.

Nous avons passé plusieurs séances avec cette petite Claire de 5 ans. Je lui ai demandé de l’imaginer assise sur un banc, dans un jardin. Elle était seule, pleurant. Claire adulte, depuis son Self, s’est approchée d’elle. « Qu’est-ce que tu ressens en la voyant ? » « De la tendresse. Et de la colère contre mon père. » « Est-ce que tu peux t’asseoir à côté d’elle ? » Elle l’a fait. Puis, elle lui a dit : « Ce n’est pas ta faute. Tu n’as rien fait de mal. Tu es parfaite comme tu es. »

Ce n’est pas une technique de visualisation « feel good ». C’est un processus neurologique qui permet de reconsolider la mémoire traumatique. Quand Claire a pu offrir à cette petite fille ce qu’elle n’avait jamais reçu – une présence aimante et inconditionnelle – la charge émotionnelle liée au divorce a diminué de manière spectaculaire. Elle n’était plus en réaction. Elle était en choix.

« J’ai passé des années à fuir la petite fille que j’étais. L’IFS m’a appris à m’asseoir à côté d’elle, à l’écouter, et à lui dire ce que personne ne lui avait jamais dit : tu es aimable, quoi qu’il arrive. »

Ce que l’IFS ne fait pas (et c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec vous. L’IFS n’efface pas la douleur d’un divorce. Il ne vous fait pas passer à autre chose en trois séances. Il ne vous promet pas que vous ne pleurerez plus. Ce n’est pas une baguette magique.

Ce que l’IFS fait, c’est changer votre relation à la douleur. Avant, Claire était submergée par ses émotions. Elle était la tristesse, la colère, la peur. Après, elle a appris à les observer, à les écouter, à les comprendre. Elle a cessé de s’identifier à ses parties pour incarner son Self – cette partie calme, curieuse, confiante et compatissante qui est en chacun de nous.

Concrètement, cela signifie qu’elle a pu :

  • Dire non à son ex-mari sans culpabilité, lorsqu’il a demandé à reporter une garde.
  • Pleurer sans s’effondrer, en se disant : « C’est une partie de moi qui pleure, et c’est normal. »
  • Rester présente pour ses enfants, sans projeter sa propre détresse sur eux.
  • Envisager l’avenir avec une curiosité nouvelle, sans peur panique de l’inconnu.

L’IFS ne vous enlève pas votre histoire. Il vous donne une nouvelle façon de la porter. Il vous redonne accès à des ressources que vous pensiez avoir perdues – la confiance, la clarté, la joie même. Parce que ces ressources n’ont jamais disparu. Elles étaient juste cachées derrière le bruit des parties protectrices.

Et vous, par où commencer ?

Si vous vous reconnaissez dans ce récit, si vous sentez que vous êtes en train de vous noyer dans un divorce ou une séparation, sachez que vous n’êtes pas seul(e). Vous n’êtes pas fou (folle) de ressentir tout cela. Vous êtes humain(e). Et surtout, vous avez en vous la capacité de traverser cette épreuve, non pas en la subissant, mais en la transformant.

Voici une première chose que vous pouvez faire dès maintenant, chez vous, sans attendre une séance :

  1. Asseyez-vous calmement, dans un endroit où vous ne serez pas dérangé(e). Fermez les yeux. Respirez trois fois profondément.
  2. Portez votre attention à l’intérieur. Quelle est l’émotion la plus forte en ce moment ? Tristesse ? Colère ? Peur ? Vide ?
  3. Ne la jugez pas. Observez-la comme vous observeriez un nuage dans le ciel. Où est-elle dans votre corps ? À quoi ressemble-t-elle ? A-t-elle une couleur, une forme, une texture ?
  4. Adressez-vous à elle avec curiosité. Dans votre tête, dites-lui : « Je te vois. Je suis là. Je ne veux pas te chasser. Je veux juste te connaître. » Si elle pouvait parler, que dirait-elle ? Attendez la réponse. Elle peut venir sous forme de mots, d’images, de sensations.
  5. Remerciez-la. Quelle que soit la réponse, remerciez cette partie d’avoir essayé de vous protéger. Elle a fait de son mieux. Vous pouvez lui dire : « Merci d’avoir pris soin de moi. Je suis en sécurité maintenant. »

Cet exercice simple est le cœur de l’IFS : se connecter à nos parties avec compassion, plutôt que de les combattre. Vous pouvez le répéter chaque jour, même deux minutes. Il ne remplace pas un accompagnement, mais il vous remet en contact avec votre propre sagesse intérieure.

Un dernier mot, de moi à vous

Claire va mieux aujourd’hui. Elle a divorcé, bien sûr. Mais elle a aussi retrouvé un travail qui la passionne, une relation apaisée avec son ex-mari pour leurs enfants, et surtout, une paix intérieure qu’elle n’avait jamais connue. Elle m’a dit récemment : « Je n’aurais jamais imaginé dire ça, mais ce divorce a été la meilleure chose qui me soit arrivée. Non pas parce qu’il était souhaitable, mais parce qu’il m’a forcée à me rencontrer vraiment. »

Si vous êtes en train de traverser une séparation, je sais que ces mots peuvent sembler lointains, voire irréels. C’est normal. Vous êtes en pleine tempête. Mais sachez que la tempête ne dure pas éternellement. Et qu’il existe des chemins pour la traverser, pas seulement pour survivre, mais pour en sortir plus entier(e), plus libre, plus vous-même.

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes. Je reçois des adultes en souffrance, et j’utilise l’IFS, l’hypnose ericksonienne et l’Intelligence Relationnelle pour les accompagner dans ces transitions de vie. Mon cabinet est un espace où vous pouvez poser votre histoire, sans jugement, sans pression, à votre rythme.

Si cet article a résonné en vous, si vous sentez que vous avez besoin d’être accompagné(e) dans ce chemin, je vous invite simplement à me contacter. Pas pour prendre une décision tout de suite. Juste pour poser une question, pour dire ce qui vous traverse, pour voir si ce que je propose peut vous correspondre.

Vous pouvez m’écrire via le formulaire de contact sur mon site thierrysudan.com, ou m’appeler directement. Je vous répondrai avec la même écoute que celle que j’offre à chaque personne qui franchit la porte de mon cabinet.

Prenez soin de vous. Vous êtes déjà en chemin.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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