3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Ne pas tomber dans les pièges qui retardent votre rétablissement.
Vous venez de vivre un événement qui a ébranlé vos repères. Un accident, une agression, une perte brutale, une annonce médicale qui fait basculer. Dans les jours et les semaines qui suivent, vous faites ce que vous pouvez pour tenir le coup. Vous avez mal, vous êtes perdu, et vous cherchez désespérément à retrouver un semblant de contrôle. C’est humain, c’est compréhensible, et c’est aussi le moment où beaucoup de personnes, avec les meilleures intentions du monde, commettent des erreurs qui aggravent leur état au lieu de les aider à guérir.
Je vois cela tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes qui viennent me voir parce que « ça ne passe pas », parce que les nuits sont devenues un cauchemar, parce que les relations se tendent, ou parce que le corps ne suit plus. Et quand on remonte le fil, on retrouve souvent les mêmes schémas, les mêmes tentatives de survie qui se retournent contre eux. Ce ne sont pas des erreurs de faiblesse ou de bêtise. Ce sont des réactions normales face à l’anormal. Mais les connaître, c’est déjà avoir une longueur d’avance pour ne pas s’enliser.
Dans cet article, je vais vous montrer les trois pièges les plus fréquents que je constate chez les personnes qui vivent un trauma non résolu. Je vais vous expliquer pourquoi ils semblent logiques sur le moment, en quoi ils aggravent les symptômes, et surtout, comment faire autrement. Pas avec des recettes miracles, mais avec des pistes concrètes que vous pouvez commencer à explorer dès aujourd’hui, à votre rythme.
C’est la première réaction de beaucoup de personnes après un choc. Vous avez besoin de comprendre ce qui s’est passé, de mettre des mots sur l’indicible. Alors vous racontez, encore et encore. À votre conjoint, à vos amis, à votre thérapeute, sur les réseaux sociaux, dans votre tête en boucle. Vous détaillez chaque seconde, chaque sensation, chaque mot échangé. Vous cherchez la version parfaite, celle qui donnera enfin du sens à ce qui n’en a pas.
Je reçois régulièrement des personnes qui arrivent avec un récit déjà rodé, presque un script. Elles l’ont répété tellement de fois qu’il est devenu lisse, technique, comme si elles parlaient de quelqu’un d’autre. Et pourtant, elles ne vont pas mieux. Pire, elles ressentent une fatigue écrasante après avoir raconté leur histoire, des flashs plus intenses, une sensation de vide. Pourquoi ? Parce que raconter n’est pas guérir.
Le problème, c’est que le cerveau traumatisé ne fonctionne pas comme un récit linéaire. Le trauma est stocké dans des circuits sensoriels et émotionnels, pas dans le langage. Quand vous racontez les faits en détail, vous activez les mêmes zones cérébrales que pendant l’événement, sans pour autant permettre au système nerveux de se réguler. C’est comme gratter une plaie encore ouverte pour vérifier qu’elle est toujours là. Vous n’aidez pas la cicatrisation, vous l’empêchez.
Une patiente, appelons-la Claire, avait été victime d’une agression dans la rue. Pendant des mois, elle a raconté l’histoire à quiconque voulait l’entendre. Elle pensait que « sortir tout ça » finirait par la libérer. Chaque récit la laissait épuisée, avec des cauchemars plus vifs. Son corps tremblait, son cœur s’emballait. Elle était coincée dans une relecture traumatique déguisée en témoignage. Ce n’est qu’en apprenant à ressentir son corps en sécurité, sans verbaliser les détails, que la guérison a commencé.
Raconter un trauma sans régulation préalable, c’est comme réouvrir une plaie tous les jours sans la désinfecter. Vous ne videz pas l’abcès, vous l’entretenez.
Ce que vous pouvez faire à la place : si vous sentez le besoin de raconter, faites-le à doses homéopathiques et toujours en présence d’une personne capable de vous contenir émotionnellement. Avant de parler, prenez trois respirations profondes, les pieds ancrés au sol. Pendant le récit, observez ce qui se passe dans votre corps. Si vous sentez la tension monter, les mains froides, la respiration qui s’accélère, arrêtez-vous. Dites « j’ai besoin de faire une pause ». Revenez au moment présent : regardez autour de vous, touchez un objet, sentez vos pieds sur le sol. Le récit peut attendre. Votre système nerveux, lui, a besoin de sécurité avant tout.
Je propose souvent à mes patients de commencer par dessiner ou écrire ce qui s’est passé, sans chercher à être cohérent, sans le montrer à personne. L’écriture expressive peut être utile, à condition qu’elle soit suivie d’un retour au corps : un étirement, une douche chaude, une marche lente. L’idée n’est pas de supprimer le récit, mais de ne pas le laisser vous submerger.
Après un choc, votre système de survie devient hyperactif. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’événement original déclenche une alerte maximale. Votre cerveau cherche à vous protéger en vous faisant éviter les situations, les lieux, les personnes, les bruits, les odeurs qui pourraient réactiver la mémoire traumatique. C’est logique. Si vous avez eu un accident de voiture, vous évitez de conduire. Si vous avez été agressé dans la rue, vous sortez le moins possible. Si vous avez vécu une trahison, vous ne faites plus confiance à personne.
L’évitement est une stratégie de survie à court terme. Le problème, c’est qu’à moyen et long terme, il enferme. Votre monde rétrécit comme une peau de chagrin. Vous arrêtez les activités qui vous faisaient du bien. Vous vous coupez de vos proches. Vous passez des heures à planifier pour éviter tout risque. Et pendant ce temps, votre cerveau n’apprend jamais que ces situations pourraient être sûres. La peur reste figée, sans possibilité de correction.
Je vois souvent des sportifs, des coureurs ou des footballeurs, qui après une blessure traumatique (une chute, un choc violent) développent une peur panique du geste technique qui a précédé l’accident. Ils contournent, adaptent leur foulée, évitent certains appuis. Et leur performance chute. Mais le vrai problème, c’est que leur cerveau associe désormais le mouvement à un danger de mort. L’évitement renforce cette association. Plus ils évitent, plus la peur s’ancre.
À l’inverse, d’autres personnes adoptent la stratégie inverse : l’exposition massive. « Je vais y retourner tout de suite, comme ça je n’aurai plus peur. » C’est ce qu’on appelle le « forcing ». Certains thérapeutes mal formés encouragent même cette approche. Le problème, c’est que si vous vous exposez à une situation traumatique alors que votre système nerveux est en pleine tempête, vous risquez de revivre le trauma en direct. Vous n’apprenez pas que c’est sûr. Vous confirmez que c’est dangereux, parce que votre corps a réagi comme si l’événement se reproduisait. C’est la porte ouverte à la retraumatisation.
Un patient, Marc, ancien rugbyman, avait été victime d’un placage violent qui avait provoqué une commotion cérébrale. Son entraîneur, avec les meilleures intentions du monde, l’a poussé à rejouer dès que possible. « Il faut remonter sur le cheval. » Résultat : Marc a eu une crise d’angoisse sur le terrain, a dû sortir, et a développé un syndrome de stress post-traumatique sévère. Le forcing a transformé un trauma potentiel en trauma installé.
Ce que vous pouvez faire à la place : il existe un chemin du milieu, celui de l’exposition progressive avec régulation. Vous n’évitez pas, mais vous ne forcez pas non plus. Vous avancez pas à pas, en restant à l’écoute de votre corps. Si vous évitez de conduire après un accident, commencez par vous installer dans la voiture à l’arrêt, moteur éteint. Restez-y cinq minutes, respirez, sentez le contact du siège, touchez le volant. Quand cela devient tolérable, tournez la clé sans bouger. Puis faites le tour du pâté de maisons avec un accompagnant. Chaque étape doit être validée par un sentiment de sécurité. Si l’angoisse monte trop, vous reculez d’un cran. Ce n’est pas de la lâcheté, c’est de la sagesse.
La guérison ne consiste pas à affronter seul ce qui vous terrifie, mais à apprendre à votre système nerveux qu’il peut être en sécurité, même en présence d’un rappel du passé.
L’idée est de créer des fenêtres de tolérance. Votre cerveau a besoin de nouvelles expériences correctrices : « Je suis dans une situation qui ressemble au trauma, mais je ne suis pas en danger, et mon corps peut rester calme. » Cela ne se fait pas en un jour. C’est un réapprentissage progressif, comme on rééduque un muscle après une fracture.
C’est probablement l’erreur la plus répandue, et la plus dommageable. Nous vivons dans une culture qui valorise le mental, la raison, l’analyse. Alors quand un trauma survient, on cherche à le comprendre, à le raisonner, à le « dépasser par la pensée ». On lit des livres, on écoute des podcasts, on consulte un psy et on parle, parle, parle. Tout cela peut être utile, mais si vous oubliez votre corps, vous passez à côté de l’essentiel.
Le trauma n’est pas seulement une histoire qui s’est mal passée. C’est une empreinte dans le système nerveux, dans les muscles, dans la respiration, dans la digestion. Quand vous avez vécu un événement traumatique, votre corps s’est figé ou a mobilisé une énergie immense pour survivre. Si cette énergie n’est pas évacuée, elle reste stockée. C’est ce qui provoque les tensions chroniques, les douleurs incompréhensibles, les insomnies, l’hypervigilance.
Je reçois des cadres stressés, des sportifs de haut niveau, des mères de famille épuisées. Tous disent la même chose : « Je sais ce qui s’est passé, j’ai tout compris, mais mon corps ne suit pas. » Ils ont analysé leur trauma sous toutes les coutures, mais leur nuque est toujours verrouillée, leur ventre toujours noué, leur sommeil toujours haché. Parce que le dialogue avec le corps n’a pas eu lieu.
Une patiente, Sophie, avait vécu une séparation brutale et violente. Elle avait fait des années de thérapie par la parole. Elle comprenait parfaitement les mécanismes de son ex-compagnon, ses propres schémas d’attachement, l’histoire de sa famille. Et pourtant, elle faisait toujours des crises d’angoisse quand elle croisait une voiture de la même couleur que celle de son ex. Son corps n’avait pas été informé que le danger était passé. Il réagissait comme si l’événement datait de la veille.
Le travail corporel est souvent négligé parce qu’il fait peur. Se reconnecter à son corps, c’est risquer de ressentir des sensations désagréables, des douleurs, des émotions enfouies. On préfère rester dans la tête, là où on croit contrôler. Mais c’est un leurre. Le corps ne ment pas, et il finit toujours par parler, sous forme de symptômes.
Ce que vous pouvez faire à la place : intégrez des pratiques corporelles simples et régulières dans votre quotidien. Pas besoin de devenir yogi ou de courir un marathon. Commencez par des choses minuscules. Le matin, avant de sortir du lit, prenez trois minutes pour scanner votre corps : quelles parties sont tendues ? Où sentez-vous une chaleur, une froideur, une lourdeur ? Respirez dans ces zones. Le soir, avant de dormir, posez une main sur votre ventre et une main sur votre cœur. Sentez la chaleur de vos paumes. Restez là, sans rien faire, pendant cinq respirations.
Si vous êtes sportif, le travail corporel est encore plus crucial. Beaucoup de coureurs et de footballeurs que j’accompagne utilisent leur corps comme une machine, sans jamais écouter ses signaux. Après un trauma, ils veulent reprendre l’entraînement coûte que coûte. Je leur propose plutôt des séances de « mouvement lent » : marcher en pleine conscience, sentir le contact du pied au sol, la rotation du bassin, le balancement des bras. Réapprendre à habiter son corps, et non plus seulement à le performer.
L’hypnose ericksonienne que je pratique est un outil puissant pour ce travail. Elle permet de contourner le mental et d’aller dialoguer directement avec les parties du corps qui portent la mémoire du trauma. L’IFS (Internal Family Systems) aussi, en permettant de parler à la partie de vous qui a été blessée, non pas en l’analysant, mais en l’écoutant avec compassion. Mais vous n’avez pas besoin d’un thérapeute pour commencer. Vous pouvez, dès ce soir, poser votre main sur une zone douloureuse et lui dire simplement : « Je suis là, je t’écoute. »
Le trauma s’imprime dans les tissus avant de s’imprimer dans les mots. Guérir, c’est d’abord redonner au corps la permission de se détendre, de trembler, de pleurer, de respirer.
Vous l’avez compris, le piège principal est de vouloir aller trop vite, de vouloir contrôler un processus qui échappe par nature au contrôle. Le trauma est une blessure invisible, mais elle suit les mêmes règles qu’une blessure physique : elle a besoin de repos, de soins doux, et de temps. Vous ne demanderiez pas à quelqu’un qui a une jambe cassée de courir un cent mètres le lendemain. Alors pourquoi exiger de votre psychisme qu’il « passe à autre chose » en quelques semaines ?
Voici trois principes simples à garder en tête, qui résument ce qu’on a vu :
Parlez moins de l’événement, ressentez plus votre corps. Avant de raconter, vérifiez que vous êtes ancré. Si le récit vous épuise, c’est un signe que vous n’êtes pas prêt. Prenez soin de votre système nerveux avant de chercher à donner du sens.
Avancez à petits pas, sans éviter ni forcer. Chaque fois que vous êtes confronté à un rappel du trauma, demandez-vous : « Est-ce que je peux rester ici, en sécurité, sans me figer ni fuir ? » Si la réponse est non, reculez d’un cran. Si oui, restez un moment, respirez, et félicitez-vous.
Faites du corps votre allié, pas votre ennemi. Intégrez des micro-pratiques corporelles chaque jour. Le simple fait de poser une main sur votre ventre quand vous êtes stressé change votre chimie interne. Vous n’avez pas besoin de techniques complexes, juste de présence.
Je ne vous promets pas que tout cela sera facile. Il y aura des jours où vous aurez l’impression de régresser, où les vieilles peurs reviendront en force. C’est normal. La guérison n’est pas linéaire. Elle ressemble plus à une spirale : vous repassez par les mêmes points, mais à chaque fois, vous êtes un peu plus haut, un peu plus solide.
Si vous lisez ces lignes, c’est probablement parce que vous cherchez des réponses, des outils, une lumière au bout du tunnel. Je ne peux pas vous dire combien de temps cela prendra, ni vous garantir que tout ira bien. Ce que je peux vous dire, c’est que vous n’êtes pas seul, et que ces erreurs ne sont pas des fatalités. Vous pouvez apprendre à les reconnaître, à les éviter, et à choisir un chemin plus doux pour vous-même.
Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des personnes qui ont essayé toutes ces stratégies, souvent sans le savoir. Elles arrivent épuisées, découragées, avec la sensation d’
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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