PsychologieTrauma Et Resilience

3 protocoles IFS pour calmer vos parties traumatisées

Des outils concrets pour apaiser votre système.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous venez de vivre une journée difficile. Un collègue a haussé le ton, ou bien vous avez croisé quelqu’un qui vous rappelle une vieille blessure. Et là, sans que vous ayez le temps de dire « ouf », votre corps réagit : le cœur qui s’emballe, les épaules qui se crispent, une boule dans le ventre. Une voix intérieure s’active, parfois paniquée, parfois dure : « Tu vois, tu n’y arriveras jamais. » ou « Il faut fuir, tout de suite. »

Si vous reconnaissez ces moments, vous n’êtes pas seul. Et ce n’est pas un défaut de caractère. C’est votre système qui parle. Depuis des années, j’accompagne des adultes à Saintes avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). L’IFS, c’est une façon de comprendre que nous sommes tous faits de « parties » – des petites voix, des émotions, des réactions automatiques. Certaines sont blessées, d’autres protectrices. Et quand un traumatisme – même ancien, même « petit » – est présent, ces parties peuvent prendre le contrôle.

Le problème, c’est qu’on ne peut pas simplement les faire taire. Les ignorer les rend plus fortes. Mais on peut les apaiser. L’IFS propose des protocoles précis pour entrer en relation avec ces parties, les comprendre, et leur offrir ce dont elles ont vraiment besoin : une présence calme, stable, bienveillante – ce qu’on appelle le Self.

Dans cet article, je vais vous partager trois protocoles IFS que j’utilise régulièrement en séance. Ce sont des outils concrets, que vous pouvez tester chez vous, en toute sécurité, à condition de respecter quelques règles simples. Je vais les illustrer avec des exemples anonymisés de personnes que j’ai accompagnées. L’objectif n’est pas de « guérir » tout seul – un accompagnement professionnel reste précieux – mais de vous donner des clés pour calmer votre système quand il s’emballe.

Alors, prenez une grande inspiration. On y va.


Pourquoi vos parties traumatisées ne veulent pas lâcher prise ?

Avant de plonger dans les protocoles, il est essentiel de comprendre un mécanisme clé : pourquoi certaines parties de vous sont si tenaces ? Pourquoi, malgré tous vos efforts, reviennent-elles encore et encore ?

Imaginez une partie de vous comme un petit pompier qui a été formé en urgence. Il y a des années, peut-être même dans l’enfance, vous avez vécu une situation où vous vous êtes senti en danger – physiquement, émotionnellement, ou socialement. Ce n’était pas forcément un « gros » traumatisme. Une humiliation en classe, une dispute parentale, une séparation brutale. Pour votre système nerveux, c’était une menace. Et une partie de vous a pris le relais : elle a créé une réaction protectrice. Par exemple, se refermer, attaquer, fuir, ou se faire tout petit.

Le problème, c’est que cette partie est restée bloquée dans le passé. Elle ne sait pas que la menace est terminée. Pour elle, le danger est toujours présent, partout. Alors elle continue à activer ses stratégies – anxiété, colère, contrôle, perfectionnisme, évitement – pour vous protéger. Et plus vous essayez de la chasser ou de l’ignorer, plus elle s’accroche, parce qu’elle pense que vous êtes en train de la négliger, et donc de vous mettre en danger.

J’ai accompagné Clara, une femme de 38 ans, cadre dans une entreprise. Elle venait pour des crises d’angoisse récurrentes, surtout avant des réunions. En explorant, on a trouvé une partie d’elle, une toute petite fille de 7 ans, qui avait été humiliée par un enseignant devant toute la classe. Cette partie était terrifiée à l’idée de se retrouver exposée à un regard critique. Aujourd’hui, même adulte, compétente, elle revivait cette peur. La partie ne voulait pas lâcher : elle pensait que sans cette anxiété, Clara ne serait pas « prudente » et risquait l’humiliation.

Le premier pas, c’est de reconnaître que cette partie a une bonne intention – vous protéger. Même si sa méthode est devenue inadaptée. Quand on comprend ça, on arrête de lutter contre elle. On peut commencer à dialoguer.


Protocole n°1 : Accueillir une partie avec curiosité (le « U-turn »)

Le premier protocole que je propose à presque tous mes patients, c’est ce que les praticiens IFS appellent le « U-turn ». L’idée est simple : au lieu de regarder la partie de loin, de la juger ou de la fuir, on fait un demi-tour pour se tourner vers elle avec curiosité.

Comment faire concrètement ?

  1. Identifiez une réaction récente. Prenez une situation qui a déclenché une émotion forte ces derniers jours. Par exemple, une remarque qui vous a mis en colère, ou une attente qui a provoqué de l’anxiété.
  2. Localisez la sensation dans le corps. Fermez les yeux une minute. Où ressentez-vous cette émotion ? Dans la poitrine ? La gorge ? Le ventre ? Les épaules ? Décrivez-la simplement : « C’est une boule chaude dans mon ventre », ou « C’est une pression derrière les yeux ».
  3. Tournez votre attention vers cette sensation. Au lieu de la juger (« C’est nul d’avoir peur »), vous lui envoyez de la curiosité. Vous pouvez poser des questions silencieuses : « Salut, je te vois. Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Qu’est-ce qui se passerait si tu n’étais pas là ? »
  4. Restez en lien sans vouloir changer. Le piège, c’est de vouloir immédiatement que la partie s’en aille. Résistez. Restez simplement présent, comme un ami qui écoute sans donner de conseils. Respirez doucement.

« Quand vous accueillez une partie avec curiosité, vous cessez d’être un ennemi pour elle. Vous devenez un allié. Et c’est là que la transformation commence. »

Exemple anonymisé : J’ai reçu Marc, 45 ans, pour des ruminations nocturnes. Il se réveillait à 3h du matin avec des pensées sur son travail – toujours les mêmes scénarios d’échec. On a fait le U-turn. Il a localisé une sensation de « noeud serré » dans le plexus solaire. Il a posé la question : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » La réponse est venue : « Si tu ne te prépares pas, tu vas te planter. » Marc a reconnu que cette partie était un protecteur anxieux. Il lui a simplement dit : « Je te vois. Je sais que tu veux mon bien. » La sensation a changé : le noeud s’est un peu desserré. Il n’a pas disparu, mais Marc a pu se rendormir plus facilement.

Ce que ce protocole fait et ne fait pas :

  • Il fait : Créer une distance entre vous et la partie. Vous n’êtes pas l’émotion, vous êtes celui qui l’observe. Cela réduit l’intensité.
  • Il ne fait pas : Guérir le traumatisme en profondeur. C’est une première étape d’apaisement, pas une résolution complète.

À essayer maintenant : Pensez à une petite contrariété récente. Pas un gros traumatisme. Une contrariété. Prenez 30 secondes pour localiser la sensation dans votre corps. Dites-lui silencieusement : « Je te vois. » Notez ce qui se passe.


Protocole n°2 : Dialoguer avec un protecteur pour comprendre son rôle

Une fois que vous avez accueilli la partie, vous pouvez passer à l’étape suivante : dialoguer avec elle pour comprendre son rôle. Dans l’IFS, on distingue deux types de parties traumatisées : les exilés (les parties blessées, souvent jeunes, qui portent la douleur) et les protecteurs (les parties qui tentent d’éviter que les exilés ne soient exposés). La plupart du temps, on rencontre d’abord les protecteurs – ce sont eux qui font du bruit : anxiété, colère, contrôle, procrastination.

Ce protocole consiste à interviewer un protecteur avec respect, sans le forcer à se retirer.

Les étapes :

  1. Choisissez un protecteur. Quel est le comportement ou l’émotion qui vous gêne le plus ? L’anxiété sociale ? La colère facile ? Le perfectionnisme ? Nommez-le : « Ma partie anxieuse » ou « Ma partie en colère ».
  2. Asseyez-vous en face de lui. Mentalement, imaginez que cette partie est une personne assise en face de vous. Vous pouvez lui donner une forme, un âge, une couleur. Ne forcez rien, laissez venir.
  3. Posez des questions ouvertes. Avec curiosité, demandez :
    • « Quel est ton travail pour moi ? »
    • « De quoi as-tu peur qu’il arrive si tu ne faisais pas ton travail ? »
    • « Depuis quand fais-tu ce travail ? »
    • « Quel âge as-tu ? »
  4. Écoutez sans juger. La réponse peut être une phrase, une image, une sensation. Ne la jugez pas. Remerciez la partie d’avoir répondu.
  5. Validez son intention. Dites-lui : « Je comprends que tu fais de ton mieux pour me protéger. Merci. » Cela peut sembler étrange, mais c’est très puissant.

Exemple anonymisé : Sophie, 29 ans, venait pour une phobie de l’échec. Elle procrastinait énormément sur ses projets personnels. On a dialogué avec sa partie « procrastinatrice ». La partie a répondu : « Si tu ne fais rien, tu ne risques pas d’échouer. Je te protège de la honte. » Sophie a demandé : « Depuis quand ? » La partie a montré une image : Sophie à 10 ans, ayant rendu un dessin en classe et s’étant fait ridiculiser. La partie avait 10 ans. Sophie a pu lui dire : « Je vois. Je comprends que tu veux m’éviter cette douleur. » La partie s’est un peu détendue. Sophie a ressenti une bouffée de tristesse pour elle-même – une tristesse du Self, pas une noyade.

Ce que ce protocole fait et ne fait pas :

  • Il fait : Révéler la logique interne de la partie. Comprendre pourquoi elle agit vous permet d’arrêter de la combattre et de coopérer.
  • Il ne fait pas : Résoudre le traumatisme de l’exilé. On travaille ici avec le protecteur, pas encore avec la blessure originelle.

Astuce pratique : Si la partie ne répond pas, ne forcez pas. Vous pouvez dire : « Ce n’est pas grave. Je suis là. Tu peux me parler quand tu veux. » Parfois, les parties ont besoin de temps pour faire confiance.


Protocole n°3 : Délivrer un exilé (le travail en douceur)

Le troisième protocole est plus profond. Il vise à entrer en contact avec un exilé – une partie jeune, blessée, souvent cachée derrière les protecteurs. C’est le cœur du travail IFS. L’exilé porte la douleur originelle : la honte, la peur, l’abandon, la solitude. Quand on libère un exilé, on libère une énorme charge émotionnelle.

Attention : Ce protocole est puissant. Si vous avez des antécédents de traumatisme complexe, ou si vous vous sentez fragile, faites-le avec un thérapeute. Ne forcez pas. L’idée n’est pas de « revivre » le traumatisme, mais de le revisiter avec la présence de votre Self adulte.

Les étapes simplifiées :

  1. Trouvez l’exilé. Revenez au protecteur que vous avez dialogué. Demandez-lui : « Peux-tu me montrer la partie que tu protèges ? » ou « Qui est-ce que tu caches ? » Laissez venir une image, un âge, une sensation.
  2. Approchez-vous avec douceur. Vous voyez cette partie (par exemple, un enfant seul dans une pièce). Ne vous précipitez pas. Approchez-vous lentement. Asseyez-vous à côté d’elle, sans la toucher si elle ne le veut pas.
  3. Offrez votre présence. Dites-lui : « Je suis là maintenant. Je suis adulte. Je peux être avec toi. » Vous n’avez pas besoin de « réparer » quoi que ce soit. Votre simple présence calme, bienveillante, est thérapeutique.
  4. Demandez ce dont elle a besoin. « Qu’est-ce que tu aimerais que je te dise ? » ou « Qu’est-ce dont tu as besoin maintenant ? » Parfois, c’est juste d’être vue. Parfois, c’est une phrase : « Tu n’es pas coupable. » ou « Je suis fier de toi. »
  5. Accueillez la libération. Il est fréquent que des émotions émergent – larmes, tremblements, chaleur. Restez avec. Respirez. Laissez l’émotion circuler sans la juger. Le Self peut contenir tout ça.

Exemple anonymisé : Jean, 52 ans, souffrait d’un sentiment d’insécurité permanent, malgré une réussite professionnelle. On a trouvé un exilé : un garçon de 6 ans, assis dans un coin de sa chambre, après que ses parents se soient violemment disputés. Jean s’est assis à côté de lui (dans son imagination). Il a dit : « Je suis là. Je ne te laisse pas tout seul. » L’enfant a eu besoin de savoir : « Est-ce que c’est ma faute ? » Jean a répondu : « Non, ce n’est pas ta faute. Tu es juste un enfant. » Jean a pleuré – des larmes de soulagement. La sensation d’insécurité a diminué de façon durable.

« Un exilé n’a pas besoin d’un sauveur. Il a besoin d’un témoin compatissant. Quelqu’un qui reste avec lui dans la douleur, sans la fuir ni la minimiser. »

Ce que ce protocole fait et ne fait pas :

  • Il fait : Alléger la charge émotionnelle de l’exilé. La partie se sent vue, comprise, et peut commencer à se détendre. Les protecteurs, voyant que l’exilé est en sécurité, peuvent lâcher prise à leur tour.
  • Il ne fait pas : Effacer le souvenir. Vous vous souviendrez de l’événement, mais il perdra son pouvoir émotionnel. C’est ce qu’on appelle la « réorganisation de la mémoire ».

Précaution importante : Si en faisant ce protocole, vous vous sentez submergé – comme si vous « deveniez » l’enfant, sans distance – arrêtez. Revenez à votre respiration, ouvrez les yeux. C’est un signe que vous êtes « fusionné » avec la partie. Revenez au protocole n°1 : accueillez la sensation de submersion comme une partie elle-même. Ou demandez l’aide d’un professionnel.


Comment intégrer ces protocoles dans votre quotidien ?

Vous avez maintenant trois outils. Mais un outil qui reste dans la boîte ne sert à rien. Voici comment les intégrer progressivement.

1. Commencez par le protocole n°1 (U-turn) tous les jours. Choisissez un moment calme – le matin au réveil, ou le soir avant de dormir. Pendant 2 minutes, scannez votre corps. Identifiez une tension. Tournez votre attention vers elle avec curiosité. C’est comme un muscle : plus vous le faites, plus c’est facile.

2. Utilisez le protocole n°2 (dialogue) pour les réactions fortes. Quand vous sentez une émotion intense – colère, peur, tristesse – qui persiste plus de quelques minutes, prenez un temps d’arrêt. Même dans les toilettes du bureau. Posez la question : « Quelle partie de moi est active ? Quel est son travail ? » Vous n’avez pas besoin d’une réponse complète. Juste l’intention d’écouter.

3. Réservez le protocole n°3 (exilé) pour un cadre sécurisé. Ne le faites pas en conduisant ou avant une réunion. Si vous voulez l’explorer, créez un espace : 20 minutes, seuls, sans distraction. Après, prenez le temps de revenir doucement – boire un verre d’eau, marcher, noter ce qui s’est passé. Si des

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit