Thierry Sudan
— Psychologie

C-PTSD : causes, différences avec le PTSD, et pourquoi le corps garde les comptes

Ce qui distingue le trouble de stress post-traumatique complexe du PTSD classique, ses causes (traumatismes répétés, relationnels, précoces), son effet sur l’identité, les émotions et les relations, et les pistes pour apaiser le système nerveux.

C-PTSD : causes, différences avec le PTSD, et pourquoi le corps garde les comptes
Photo par FbyF Studio sur Pexels

Vous n’avez pas vécu « un » événement traumatique, une catastrophe précise que l’on pourrait dater. Vous avez vécu des années difficiles : une enfance dans la peur, des humiliations répétées, une relation d’emprise, une négligence silencieuse. Et aujourd’hui, vous vous sentez différent des autres, souvent submergé par vos émotions, méfiant dans vos relations, avec un sentiment profond de ne pas valoir grand-chose.

Ce tableau peut évoquer ce que l’on appelle le trouble de stress post-traumatique complexe, ou C-PTSD (de l’anglais complex post-traumatic stress disorder). Cet article vous aide à comprendre ce que recouvre ce terme, d’où il vient, et ce qui peut aider. Il ne remplace pas un diagnostic, qui doit être posé par un professionnel de santé.

C-PTSD et PTSD : quelles différences ?

Le trouble de stress post-traumatique (PTSD) survient après un ou plusieurs événements traumatiques (accident, agression, catastrophe, guerre). Il se caractérise notamment par :

  • des reviviscences : souvenirs envahissants, cauchemars, flashbacks ;
  • l’évitement de ce qui rappelle l’événement ;
  • un sentiment de menace persistant : hypervigilance, sursauts.

Le C-PTSD, reconnu depuis 2019 dans la classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé (CIM-11), comprend ces symptômes, auxquels s’ajoutent des difficultés plus profondes et durables :

  • une difficulté à réguler ses émotions : émotions très intenses, ou au contraire engourdissement ;
  • une image de soi très négative : sentiment d’être sans valeur, honte, culpabilité ;
  • des difficultés relationnelles : méfiance, difficulté à se sentir proche des autres.

Ces trois dimensions touchent l’identité et les relations, et pas seulement la mémoire de l’événement.

Les causes : quand le traumatisme se répète

Le C-PTSD est généralement associé à des traumatismes :

  • répétés ou prolongés, plutôt qu’uniques ;
  • relationnels, c’est-à-dire infligés par des personnes, souvent proches ;
  • dont il était difficile ou impossible de s’échapper ;
  • souvent précoces, pendant l’enfance.

Exemples : maltraitance ou négligence dans l’enfance, violences conjugales, emprise prolongée, harcèlement répété, exil, captivité, exposition prolongée à la guerre. Une enfance où l’enfant devait sans cesse surveiller l’humeur d’un parent imprévisible peut aussi laisser ce type de traces, même sans violence physique.

Ce qui rend ces situations si marquantes, c’est leur durée, et le fait que la source du danger était souvent aussi la source attendue de sécurité.

Pourquoi le corps garde les comptes

L’expression vient du titre d’un livre du psychiatre Bessel van der Kolk. Elle résume une idée centrale : le traumatisme ne s’inscrit pas seulement dans les souvenirs, mais dans le corps et le système nerveux.

Un enfant ou un adulte exposé longtemps à la menace développe un système nerveux en alerte permanente. Le corps apprend à se tendre, à guetter, à se figer. Ces réactions persistent bien après la fin du danger : une voix forte, un claquement de porte, un regard peuvent les déclencher en une fraction de seconde. La tête peut savoir que le danger est passé ; le corps, lui, ne l’a pas encore appris.

C’est pourquoi on peut comprendre parfaitement son histoire et continuer à réagir comme si elle se poursuivait.

Les émotions, un champ de bataille

Les personnes qui vivent un C-PTSD décrivent souvent des émotions qui les submergent : colère explosive, terreur, désespoir, honte écrasante. Ou à l’inverse, un vide, une absence, une coupure. Elles alternent parfois entre les deux, sans transition.

Ce n’est pas un manque de volonté. Un système nerveux qui a grandi dans la menace n’a pas pu développer pleinement ses capacités de régulation. Pour en savoir plus, voyez la fenêtre de tolérance.

La dissociation, plus fréquente et plus discrète

La dissociation est une manière de se protéger d’une expérience insupportable en s’en coupant : sensation d’irréalité, d’être hors de son corps, trous de mémoire, impression de vivre derrière une vitre. Dans le C-PTSD, elle est souvent plus fréquente et plus installée, au point de passer inaperçue, même pour la personne concernée.

La honte et la culpabilité, carburant du C-PTSD

Les enfants qui grandissent dans la maltraitance ou la négligence concluent souvent qu’ils en sont responsables : « si j’avais été plus sage, ça ne serait pas arrivé ». Cette conclusion, absurde du point de vue adulte, avait une logique pour l’enfant : se sentir coupable lui donnait l’illusion de pouvoir changer les choses. Elle laisse une honte profonde, qui persiste à l’âge adulte et nourrit le sentiment d’être sans valeur.

Pourquoi les relations sont si difficiles

Quand le danger est venu des personnes proches, la proximité elle-même devient menaçante. On désire le lien, et on le craint. On peut se méfier des personnes bienveillantes, attirer des relations qui rejouent l’ancien schéma, ou s’isoler. Ce dilemme rappelle celui de l’attachement désorganisé.

Comment reconnaître si vous êtes concerné

Vous pouvez vous poser quelques questions :

  • Avez-vous vécu des situations difficiles prolongées, dont vous ne pouviez pas vous échapper ?
  • Êtes-vous souvent submergé par vos émotions, ou au contraire coupé d’elles ?
  • Avez-vous un sentiment profond et persistant de honte, ou de ne pas valoir grand-chose ?
  • Avez-vous du mal à faire confiance et à vous sentir proche des autres ?
  • Avez-vous des souvenirs envahissants, des cauchemars, des réactions de sursaut ?

Ces questions ne remplacent pas une évaluation. Si vous vous reconnaissez, parlez-en à votre médecin, à un psychiatre ou à un psychologue formé au trauma.

Une guérison qui demande une approche spécifique

Le C-PTSD se soigne, mais le chemin est souvent plus long que pour un traumatisme unique. Les professionnels recommandent généralement une approche par phases :

  1. La stabilisation et la sécurité : apprendre à réguler ses émotions, à revenir dans son corps, à se sentir en sécurité dans le présent et dans la relation thérapeutique.
  2. Le travail sur les souvenirs traumatiques, quand la personne est prête, avec des méthodes adaptées.
  3. L’intégration : reconstruire une image de soi, des relations, une vie qui ne soit plus organisée autour du traumatisme.

Plusieurs thérapies ont fait leurs preuves, notamment des thérapies centrées sur le trauma et l’EMDR. Un suivi médical peut aussi être nécessaire.

Ce que l’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle peuvent apporter

En complément d’un suivi adapté :

  • l’hypnose ericksonienne, utilisée avec prudence, aide surtout dans la phase de stabilisation : installer des ressources de sécurité, un lieu intérieur, des ancrages corporels ;
  • l’IFS (Internal Family Systems) offre un cadre doux et non pathologisant : les réactions extrêmes sont vues comme des parts protectrices, et les blessures comme des parts exilées à accueillir progressivement, avec la permission des protecteurs ;
  • l’Intelligence Relationnelle aide à reconstruire des liens plus sûrs, à poser des limites, à reconnaître les relations qui répètent le passé.

Avec des personnes vivant un C-PTSD, je travaille toujours lentement, en priorité sur la sécurité, et en lien avec les autres soignants lorsque c’est nécessaire.

Ce que vous pouvez faire maintenant

  1. Ancrez-vous : pieds au sol, nommez cinq choses que vous voyez, respirez lentement en allongeant l’expiration.
  2. Repérez vos déclencheurs, sans vous juger.
  3. Identifiez une personne ou un lieu sûrs, vers lesquels vous tourner dans les moments difficiles.
  4. Prenez rendez-vous avec un professionnel formé au trauma.

En cas d’idées suicidaires, appelez le 3114, gratuit et disponible jour et nuit. Si vous êtes en danger, appelez le 17.

Une invitation à reprendre contact avec vous-même

Ce que vous avez vécu a laissé des traces profondes, et elles ne sont pas de votre faute. Le corps qui garde les comptes peut aussi, peu à peu, apprendre la sécurité. Si vous souhaitez être accompagné, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact →
— Dans la même thématique