3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Un protocole simple pour renforcer votre mental.
Tu les vois arriver dans le cabinet avec cette fatigue qui n’est pas seulement physique. Celle qui creuse les cernes et assèche le regard. Ils me disent souvent la même chose : « Je ne sais pas comment tu fais, Thierry, pour encaisser tout ça. Moi, je craque à chaque fois. » Et je leur réponds toujours pareil : « Tu ne craques pas parce que tu es faible. Tu craques parce que personne ne t’a appris à plier sans rompre. »
La résilience, ce n’est pas un don. Ce n’est pas une qualité réservée aux héros de film ou aux athlètes de haut niveau. C’est une compétence qui s’apprend, comme on apprend à lire une carte ou à respirer en courant. Et comme toute compétence, elle a besoin d’un protocole, de répétitions et d’un peu de patience avec soi-même.
Dans cet article, je vais te montrer comment construire cette force pas à pas. Pas de recette miracle. Juste un chemin que j’ai vu fonctionner des centaines de fois, avec des sportifs qui doivent encaisser une défaite, des adultes qui traversent une séparation ou des personnes qui portent un trauma ancien. Tu vas voir que la résilience, ça se muscle.
Avant de parler de méthode, il faut qu’on soit clairs sur le mot. La résilience, dans mon métier, c’est la capacité à traverser une épreuve sans rester coincé dedans. Ce n’est pas l’absence de souffrance. Ce n’est pas non plus une armure qui te rend insensible. Si tu croises quelqu’un qui dit « Moi, rien ne m’atteint », méfie-toi. Soit il ment, soit il s’est coupé de ses émotions au point de ne plus sentir grand-chose. Et ça, ce n’est pas de la résilience, c’est de l’évitement.
La vraie résilience, elle ressemble à ça : tu prends un coup, tu vacilles, tu sens la douleur monter, tu peux même pleurer ou avoir peur. Mais tu sais que tu vas te relever. Pas tout de suite, peut-être. Mais tu sais que tomber n’est pas la fin de l’histoire.
Je pense à un coureur que j’accompagne. Il s’était blessé à trois semaines d’un ultra-trail. Dans sa tête, c’était la fin du monde. Il m’a dit : « Je n’y arriverai jamais, je suis nul. » On a travaillé là-dessus. Pas sur sa blessure — je ne suis pas kiné. Sur sa manière de raconter l’histoire. Petit à petit, il est passé de « je suis nul » à « je suis blessé, c’est temporaire, je peux adapter mon objectif ». Il a couru un trail plus court, il a souffert, il a fini en pleurant, mais il a fini. Et aujourd’hui, il sait qu’il peut traverser une déception sans s’effondrer. Voilà ce qu’est la résilience.
Ce qu’elle n’est pas : une promesse que tout ira bien. Parfois, ça ne va pas bien. Parfois, tu perds quelqu’un, tu rates un examen, tu es trahi. La résilience ne change pas la réalité. Elle change ton rapport à la réalité. Elle te donne un peu d’espace entre le choc et ta réaction. Et dans cet espace, il y a la liberté de choisir comment tu veux répondre.
La résilience, ce n’est pas l’absence de tempête. C’est la certitude que tu peux apprendre à naviguer dans la tempête sans perdre le cap.
Tu t’es déjà demandé pourquoi ton collègue semble traverser les crises sans bronzer, alors que toi, le moindre contretemps te déstabilise pour la journée ? La réponse n’est pas dans la génétique. Elle est dans l’histoire et dans l’entraînement.
Les personnes que tu perçois comme résilientes ont souvent eu une ou plusieurs expériences précoces où elles ont dû apprendre à s’adapter. Pas toujours dans de bonnes conditions, d’ailleurs. Parfois, c’est parce qu’elles ont grandi dans un environnement instable. Parfois, c’est parce qu’elles ont eu un parent qui leur a appris à rebondir. Parfois, c’est tout simplement qu’elles ont eu la chance de vivre des échecs dans un cadre sécurisé, et qu’elles ont pu expérimenter que l’échec n’était pas mortel.
Mais voici la bonne nouvelle : même si tu n’as pas eu cette chance, tu peux l’apprendre maintenant. Le cerveau est plastique. Il peut créer de nouveaux chemins neuronaux à tout âge. En hypnose, je vois ça tous les jours. Des personnes qui ont vécu des traumatismes graves — violences, deuils, abandons — et qui, en quelques mois, développent une capacité à rebondir qu’elles n’avaient jamais eue. Ce n’est pas magique. C’est un travail.
Ce qui bloque souvent, c’est une croyance : « Je suis comme ça, je ne changerai pas. » Cette croyance, elle a été construite par des expériences répétées. Mais elle peut être déconstruite de la même manière : par des expériences répétées de petites victoires. Et c’est exactement ce qu’on va faire ensemble dans les étapes suivantes.
La première chose que je fais avec mes patients, c’est de leur apprendre à rester en contact avec une émotion difficile sans la fuir ni s’y effondrer. Ça paraît simple dit comme ça, mais c’est probablement le truc le plus dur. Nous avons tous des stratégies pour éviter la douleur : manger, scroller, travailler comme un fou, boire, s’énerver. Le problème, c’est que ce qui est évité s’installe.
Prenons un exemple. Une patiente, appelons-la Sophie, venait me voir parce qu’elle n’arrivait pas à surmonter une rupture amoureuse. Elle pleurait tous les soirs, se réveillait en panique, et se sentait incapable d’avancer. Elle me disait : « Je veux juste que ça s’arrête. » Je lui ai proposé le contraire : « Et si tu apprenais à rester avec cette tristesse sans la combattre ? »
On a fait un exercice simple. Je lui ai demandé de fermer les yeux et de localiser la tristesse dans son corps. Elle l’a sentie dans la poitrine, comme une boule. Puis je lui ai demandé de respirer autour de cette boule, sans essayer de la faire disparaître. Juste de l’observer. Au bout de deux minutes, elle m’a dit : « C’est moins serré. » Ce n’était pas parti, mais elle n’était plus en guerre contre son émotion. Elle avait gagné un peu d’espace.
Cette technique s’appelle la régulation émotionnelle. En hypnose ericksonienne, on utilise souvent la dissociation thérapeutique : tu apprends à observer ton émotion comme si tu regardais un nuage passer dans le ciel. Tu n’es pas le nuage. Tu es le ciel. Et ça change tout.
Pour toi, voici l’exercice à faire dès maintenant : la prochaine fois que tu sens une émotion forte — colère, tristesse, peur — ne fais rien pendant trente secondes. Pose ta main sur l’endroit du corps où tu la sens. Respire doucement. Dis-toi intérieurement : « Je sens une colère. Ce n’est pas agréable, mais c’est juste une sensation. » Tu ne vas pas la chasser. Tu vas l’accueillir. Et tu vas voir que, comme une vague, elle finit par redescendre.
La deuxième étape est cruciale. Nous sommes des machines à raconter des histoires. Chaque événement, on se le raconte d’une certaine manière. Et cette histoire influence tout : nos émotions, nos décisions, notre capacité à rebondir.
Prenons un footballeur que j’accompagne. Il rate un penalty décisif. Dans sa tête, l’histoire qu’il se raconte c’est : « Je suis un loser, je rate toujours au moment crucial, je n’ai pas les épaules. » Cette histoire le paralyse. Le match d’après, il a peur de toucher le ballon.
On a travaillé sur le récit. Pas pour nier l’échec — il a vraiment raté son penalty. Mais pour changer l’interprétation. On est passés de « je suis un loser » à « j’ai raté ce penalty, c’est un fait. Qu’est-ce que j’apprends de ça ? » Il a réalisé qu’il avait mal géré sa respiration avant le tir. Il a appris une technique. Et le match suivant, il a marqué. Le récit est devenu : « J’ai échoué, j’ai appris, je progresse. »
Cette technique, je l’utilise aussi avec les personnes qui portent un trauma. Une patiente avait vécu une agression. Son histoire intérieure était : « Je suis une victime, je ne suis plus en sécurité nulle part. » On a doucement reconstruit un récit plus large : « J’ai vécu une agression. C’est injuste et terrible. Mais aujourd’hui, je suis vivante, je suis ici, et je choisis de reconstruire ma confiance pas à pas. »
Ce n’est pas du déni. C’est une réécriture. Tu ne changes pas les faits, mais tu changes le sens que tu leur donnes. Et ce sens, c’est lui qui détermine ta résilience.
Pour toi, l’exercice : prends une difficulté actuelle. Note sur un papier l’histoire que tu te racontes. Puis demande-toi : « Si un ami me racontait cette histoire, qu’est-ce que je lui répondrais ? » Tu verras que tu es souvent plus dur avec toi-même qu’avec les autres. Réécris ton histoire avec la même bienveillance que tu aurais pour un ami.
L’hypnose ericksonienne utilise beaucoup les ancrages. C’est un mot un peu technique, mais le principe est simple : tu associes un souvenir de force à un geste ou une sensation. Ensuite, quand tu en as besoin, tu peux activer cet ancrage pour retrouver cette force.
Je vais te donner un exemple concret. Un coureur que j’accompagne avait peur avant chaque départ. Il doutait de lui. Je lui ai demandé de se souvenir d’un moment où il s’était senti fort, confiant, inarrêtable. Il a choisi la fin d’un trail où il avait dépassé ses limites. Pendant qu’il revivait ce souvenir en détails — les sensations, les couleurs, les odeurs, la fierté — je lui ai demandé de presser son pouce et son index ensemble. On a répété plusieurs fois. À la fin, le simple geste de presser les doigts déclenchait en lui la sensation de force.
Le jour de la course, il a utilisé cet ancrage. Il m’a dit : « J’ai pressé mes doigts et j’ai senti que je pouvais le faire. » Ce n’est pas de la magie. C’est une reprogrammation neurologique. Le cerveau ne fait pas bien la différence entre un souvenir vécu et un souvenir imaginé intensément. Tu peux donc créer des ressources internes que tu n’as jamais eues.
Pour toi : choisis un moment où tu t’es senti capable, fort, fier. Ferme les yeux, revis-le pleinement. Quand la sensation est à son maximum, crée un geste simple (presser le poing, toucher ton poignet, respirer d’une certaine manière). Répète trois fois. Puis teste : fais le geste et vois si la sensation revient. Si oui, tu as ton ancrage. Utilise-le avant une situation difficile.
Cette étape est plus philosophique, mais elle est essentielle. La résilience repose sur une acceptation profonde : tout passe. Les moments difficiles passent. Les moments heureux aussi. Rien n’est permanent.
En IFS, on appelle ça la capacité à être en contact avec le Soi — cette partie de toi qui observe sans jugement et qui sait que les tempêtes finissent par se calmer. Les personnes qui souffrent de stress post-traumatique vivent souvent dans la peur que le danger soit permanent. Leur système nerveux est coincé en mode alerte. Le travail consiste à leur montrer, doucement, que le moment présent est différent du moment passé.
Prenons une patiente qui avait vécu un accident de voiture. Chaque fois qu’elle montait dans une voiture, son cœur s’emballait. Elle revivait l’accident. On a travaillé avec l’hypnose pour lui apprendre à distinguer le souvenir de la réalité présente. Je lui disais : « L’accident est fini. Il est dans le passé. Maintenant, tu es dans cette voiture, tu entends le moteur, tu sens le siège. C’est différent. » Petit à petit, son cerveau a appris à faire la différence.
L’acceptation de l’impermanence, c’est aussi accepter que tu ne contrôles pas tout. Et c’est dur. Nous voulons maîtriser notre vie, éviter la douleur. Mais la résilience, c’est justement d’accepter que tu ne peux pas tout contrôler, et de te concentrer sur ce que tu peux influencer : ta réponse.
Un exercice simple : chaque soir, écris trois choses que tu as acceptées aujourd’hui. Pas résignées. Acceptées. Par exemple : « J’ai accepté que mon entretien ne s’est pas passé comme je voulais. » « J’ai accepté que mon ami n’ait pas répondu à mon message. » Cette pratique t’entraîne à lâcher prise.
Accepter ne veut pas dire approuver. Accepter, c’est arrêter de se battre contre ce qui est déjà là. Et c’est là que commence la vraie force.
La résilience n’est jamais un exploit solitaire. Toutes les études le montrent : les personnes qui rebondissent le mieux sont celles qui ont un réseau de soutien. Un ami qui écoute, un thérapeute qui guide, un coach qui pousse, une famille qui soutient.
Mais attention : toutes les relations ne sont pas bonnes pour la résilience. Certaines te vident, te jugent, te comparent. D’autres te portent, te sécurisent, te permettent d’être vulnérable. Faire le tri est essentiel. Je vois des patients qui restent dans des relations toxiques par peur de la solitude. Et ça les empêche de guérir.
Si tu veux être résilient, tu dois accepter d’être vulnérable avec les bonnes personnes. Dire : « Je vais mal, j’ai besoin d’aide. » C’est un acte de force, pas de faiblesse. Les sportifs que j’accompagne l’apprennent vite. Le meilleur coureur du monde ne gagne pas seul. Il a un staff, des proches, un préparateur mental. Pourquoi toi tu devrais tout porter seul ?
Prends un moment pour regarder ton entourage. Qui sont les personnes avec qui tu te sens mieux après avoir parlé ? Qui sont celles qui te laissent un vide ? Investis dans les premières, protège-toi des secondes.
La dernière étape est peut-être la plus simple à comprendre, et la plus difficile à appliquer : la régularité. Tu ne deviens pas résilient en un jour. Tu le deviens en répétant des gestes, des pensées, des habitudes. Comme un sportif qui s’entraîne chaque jour.
Je propose à mes patients un rituel quotidien de cinq minutes. Le matin, avant de commencer la journée, ils ferment les yeux et se disent : « Quoi qu’il arrive aujourd’hui, je peux y faire face. » C’est une affirmation, mais pas n’importe laquelle. Elle est réaliste. Elle ne dit pas « tout va bien se passer », elle dit « je peux y faire face ». C’est une déclaration de résilience.
Le soir, ils font un petit bilan : « Qu’est-ce que j’ai traversé aujourd’hui ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est-ce que j’ai fait de bien pour moi ? » Ce simple rituel ancre l’idée que tu es acteur de ta vie, pas victime.
Pour les sportifs, j’ajoute une visualisation : ils imaginent
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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