3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les pièges de l’effort sur un corps marqué.
Tu t’es inscrit à un semi-marathon. Ou tu as repris la course après des années d’arrêt. Les premières séances sont dures, mais tu tiens bon. Sauf que, depuis quelques jours, quelque chose claque dans ta poitrine. Pas une douleur musculaire, pas un point de côté. Une sensation étrange, comme si ton cœur se souvenait d’une vieille peur. Ou alors, pendant un entraînement de foot, un coéquipier te bouscule un peu fort. Rien de méchant. Mais toi, tu te retrouves figé, le souffle court, sans raison apparente. Tu te dis : « C’est dans ma tête. » Ou pire : « Je suis nul, je n’ai pas le mental. »
Pourtant, ce n’est ni une faiblesse mentale, ni un manque de volonté. C’est ton corps qui parle une langue que tu n’apprends jamais à l’école : celle du trauma. Quand on a vécu une expérience marquante – un accident, une agression, un deuil brutal, une enfance sous tension – l’empreinte ne reste pas seulement dans les souvenirs. Elle s’inscrit dans la chair, dans les fascias, dans la manière dont tes muscles se contractent ou se relâchent. Et le sport, ce merveilleux allié pour la santé, peut parfois devenir un réveilleur involontaire de ces traces oubliées. Pas pour te punir. Pour te montrer ce qui n’a pas encore été digéré.
Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi ton corps peut réagir de cette façon, comment l’effort physique peut faire resurgir un trauma corporel, et surtout ce que tu peux faire pour ne pas rester bloqué dans ce cercle vicieux. Parce que tu n’es pas seul à vivre ça. Et parce que comprendre, c’est déjà commencer à apaiser.
Tu as peut-être déjà vécu une situation où, en courant ou en soulevant une charge, une émotion t’a submergé sans que tu saches pourquoi. Une tristesse soudaine, une colère inexplicable, une peur panique. Tu te demandes : « Mais d’où ça sort ? » C’est normal. Le trauma n’est pas une histoire que tu racontes, c’est une histoire que ton corps raconte à ton insu.
Quand tu vis un événement trop intense pour être traité par ton système nerveux, ton cerveau fait ce qu’il peut pour survivre. Il dissocie, il fige, il oublie. Mais le corps, lui, il garde la mémoire. Pas une mémoire verbale, comme celle d’un prénom ou d’une date. Plutôt une mémoire sensorielle : une tension dans les épaules, une crispation au niveau du ventre, un souffle court, une hypersensibilité au bruit ou au toucher. Ces traces, le neuroscientifique Bessel van der Kolk les appelle des « mémoires corporelles ». Elles ne disparaissent pas avec le temps. Elles attendent juste une occasion pour se manifester.
Le sport, par nature, sollicite ton corps de manière intense. Il accélère ton rythme cardiaque, augmente ta température, modifie ta respiration. Ce sont exactement les mêmes signaux physiologiques que ceux produits par un état de stress ou de peur. Pour un système nerveux déjà marqué par un trauma, cette similitude peut faire l’effet d’un faux signal d’alarme. Il ne fait pas la différence entre une course pour le plaisir et une fuite pour sauver sa vie. Il réagit comme si le danger était de retour.
Prenons un exemple. Marc, un coureur que j’ai accompagné, avait subi un accident de voiture quelques années plus tôt. Il ne pensait plus jamais à cet accident. Mais dès qu’il dépassait 12 km/h sur son tapis de course – la vitesse approximative de l’impact – il ressentait une oppression thoracique et une envie irrépressible de s’arrêter. Ce n’était pas une faiblesse cardiaque. C’était son corps qui revivait la collision, même si sa tête avait rangé l’événement au placard.
Ce mécanisme n’est pas une fatalité. C’est une information. Ton corps te dit : « Il y a quelque chose ici qui n’a pas été complètement digéré. » Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut travailler avec ça.
Tu as sûrement déjà entendu ces phrases : « No pain, no gain », « Repousse tes limites », « Le mental fait la différence ». Dans une certaine mesure, c’est vrai. Mais quand on parle d’un corps traumatisé, ces injonctions deviennent dangereuses. Pas parce que l’effort est mauvais, mais parce qu’il peut être appliqué au mauvais endroit, au mauvais moment.
Le problème, c’est que le discours dominant dans le sport – et surtout dans la préparation mentale classique – est souvent basé sur l’idée qu’on doit dominer son corps. Qu’on doit lui imposer notre volonté. On te dit : « Tu as mal ? Continue. Tu as peur ? Affronte. Tu es fatigué ? Pousse plus fort. » Ce modèle fonctionne pour des sportifs qui n’ont pas de charge traumatique. Mais pour toi, si tu as un vécu marqué, cette approche peut aggraver les choses.
Prenons l’exemple de Julie, une footballeuse que j’ai suivie en préparation mentale. Elle avait vécu une agression dans son adolescence. Rien de spectaculaire dans son discours, mais elle avait développé une hypervigilance : elle avait toujours besoin de voir les gens arriver vers elle, elle ne supportait pas d’être prise par surprise. Sur le terrain, elle était excellente techniquement, mais dès qu’un défenseur la chargeait dans son dos, elle se figeait. Elle perdait ses moyens. Son coach lui disait : « Tu dois être plus dure mentalement. » Alors elle forçait. Elle serrait les dents. Et à chaque fois, elle finissait en larmes dans les vestiaires, sans comprendre pourquoi.
Le piège, c’est de croire que la solution est de « casser » la résistance. Or, dans un corps traumatisé, cette résistance n’est pas une faiblesse. C’est une protection. Quand tu forces le passage, tu ne fais que renforcer le mécanisme de défense. Le corps apprend qu’il n’est pas écouté, et il se verrouille encore plus.
Ce que je vois souvent, c’est des sportifs qui s’épuisent à essayer de « passer outre » leurs sensations. Ils accumulent des blessures à répétition, des tendinites, des douleurs chroniques. Parce que le corps, lui, continue à dire non – mais personne ne l’écoute. Le vrai travail n’est pas de pousser plus fort. C’est d’apprendre à entendre ce que le corps dit, et à lui répondre avec douceur.
Le sport n’est pas un champ de bataille contre ton corps. C’est une conversation. Et une conversation, ça s’écoute autant que ça se parle.
Quand je travaille avec des sportifs qui vivent ces blocages, j’utilise deux approches qui se complètent parfaitement : l’IFS (Internal Family Systems) et l’hypnose ericksonienne. L’IFS, c’est une manière de comprendre les différentes parties de toi-même – ces voix intérieures qui parfois s’opposent. L’hypnose, elle, permet d’accéder à des ressources inconscientes et de modifier la relation que tu entretiens avec tes sensations.
En IFS, on part du principe qu’il n’y a pas de « mauvaises » parties en toi. La peur qui te fige pendant ta course, ce n’est pas un ennemi. C’est une partie de toi qui s’est activée pour te protéger, souvent depuis longtemps. Peut-être depuis un événement que tu as vécu enfant, ou une situation où tu n’avais pas le contrôle. Cette partie a pris le pouvoir pour que tu survives. Aujourd’hui, elle continue à faire son boulot, même si le danger a disparu. Le problème, ce n’est pas elle. C’est le fait qu’elle soit devenue la seule voix qui compte.
Prenons un exemple. Tu es en pleine séance de fractionné. Tu dois tenir une allure soutenue pendant trois minutes. Mais au bout de trente secondes, une voix intérieure te dit : « Arrête-toi, tu vas craquer, c’est trop dur. » Si tu écoutes cette voix, tu t’arrêtes. Si tu la forces, tu risques de déclencher une réaction de panique. En IFS, on va plutôt dialoguer avec cette partie. On va lui demander : « Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si tu continues ? » Et souvent, la réponse est surprenante : « J’ai peur que tu te blesses comme la dernière fois », ou « J’ai peur que tu perdes le contrôle et que tu ne puisses plus t’arrêter ». Cette peur a une histoire. Elle n’est pas idiote.
L’hypnose, ensuite, permet de créer un espace de sécurité à l’intérieur de toi. En état hypnotique, tu peux revisiter la sensation de blocage sans être submergé. Tu peux apprendre à la regarder de loin, à lui donner une forme, une couleur, une texture. Et progressivement, tu peux modifier ta relation à elle. Tu passes de « Je suis cette peur » à « Je ressens une peur, et je peux choisir comment y répondre ».
Un exemple concret : un marathonien que j’ai suivi avait une douleur récurrente au mollet droit, sans lésion visible. En hypnose, il a découvert que cette douleur était liée à une scène de son enfance où il avait dû fuir un danger en courant. Son mollet se souvenait de cette fuite. En travaillant avec cette mémoire corporelle, il a pu lui dire : « Merci de m’avoir protégé à l’époque. Aujourd’hui, je suis en sécurité. Tu peux te détendre. » La douleur a disparu en trois séances.
Comment savoir si ce que tu vis est un simple inconfort normal de l’entraînement ou un réveil traumatique ? Il n’y a pas de test sanguin pour ça, mais il y a des indices. Voici quelques signaux qui devraient t’alerter :
Si tu reconnais plusieurs de ces signes, ce n’est pas une raison pour arrêter le sport. C’est une raison pour changer de méthode. Tu n’es pas faible. Tu es en train de prendre conscience d’une couche plus profonde de ton histoire.
Je me souviens de Claire, une triathlète qui ne supportait plus les séances de natation en eau libre. Elle avait peur de l’eau, mais sans savoir pourquoi. En travaillant ensemble, on a découvert qu’elle avait failli se noyer à 5 ans. Elle n’en avait aucun souvenir conscient. Mais son corps, lui, se souvenait parfaitement de l’eau qui entrait dans ses poumons. Chaque fois qu’elle mettait la tête sous l’eau, son système nerveux revivait la noyade. Comprendre ça a tout changé. Elle n’a pas arrêté la natation. Elle a appris à entrer dans l’eau avec des rituels de sécurité, à respirer consciemment, à faire confiance à son corps pas à pas.
Tu es peut-être en train de te dire : « OK, je comprends le mécanisme, mais concrètement, je fais quoi demain matin quand je vais courir ? » Voici quelques pistes simples, que tu peux mettre en place tout de suite.
1. Ralentis, vraiment. Pas par faiblesse, par stratégie. Si tu sens une résistance, ne la force pas. Réduis l’intensité de 50 %. Marche si tu dois. Le but n’est pas la performance, le but est de renouer une relation de confiance avec ton corps. Tu as le temps.
2. Parle à la partie qui a peur. Avant ou pendant l’effort, pose-toi la question : « Qu’est-ce qui, en moi, a peur en ce moment ? » Si tu entends une réponse, remercie cette partie. Dis-lui : « Merci de me protéger. Je suis là, je t’écoute. On peut y aller doucement. » Ça peut sembler bizarre, mais ça change tout. Tu passes du combat au dialogue.
3. Utilise ta respiration comme un ancrage. Quand la panique monte, ramène ton attention sur ton souffle. Pas pour le contrôler, mais pour le suivre. Inspire pendant 4 secondes, expire pendant 6. Cela active ton système parasympathique, celui qui calme. Fais-le plusieurs fois, sans jugement.
4. Note ce qui se passe après l’effort. Tiens un petit carnet. Après chaque séance, écris deux ou trois phrases : qu’as-tu ressenti ? Où dans ton corps ? Quelle émotion est apparue ? Avec le temps, tu vas voir des motifs apparaître. C’est une carte de ton territoire intérieur.
5. Consulte un professionnel formé au trauma. Ce n’est pas une honte. Un préparateur mental classique ne sera pas toujours outillé pour ça. Cherche quelqu’un qui connaît l’IFS, l’hypnose ou les approches somatiques. Tu n’as pas à traverser ça seul.
La vraie force, ce n’est pas d’ignorer la douleur. C’est de l’écouter suffisamment pour savoir quand elle a quelque chose à t’apprendre.
J’aimerais te laisser avec une idée qui, je l’espère, te fera du bien : ton corps n’est pas ton ennemi. Même s’il a gardé des traces de ce qui t’a blessé, il n’est pas un traître. Il est un gardien fidèle, qui a fait de son mieux pour te protéger avec les moyens du bord. Le sport, quand il est pratiqué avec conscience, peut devenir l’un des plus beaux outils pour réhabiliter cette relation abîmée.
Imagine un instant que chaque course, chaque séance de vélo, chaque match de foot devienne une occasion de rencontrer une partie de toi que tu avais abandonnée. Imagine que la fatigue ne soit plus un signe d’échec, mais une invitation à ralentir et à écouter. Imagine que la peur ne soit plus un mur, mais une porte.
C’est possible. Je le vois tous les jours dans mon cabinet. Des sportifs qui arrivent avec des blocages qu’ils pensaient indépassables, et qui repartent avec une liberté nouvelle. Pas parce qu’ils ont tout « cassé », mais parce qu’ils ont appris à danser avec leurs ombres.
Si tu te reconnais dans ce que j’ai décrit, si tu sens que quelque chose cloche dans ta pratique sportive, je t’invite à ne pas rester seul avec ça. Tu peux m’écrire, prendre rendez-vous, ou simplement continuer à explorer par toi-même. L’important, c’est que tu saches maintenant que ce que tu vis a un nom, une explication, et des solutions.
Tu n’es pas en panne. Tu es en train de te révéler. Et le sport peut t’y aider, à condition que tu l’écoutes avec les oreilles du cœur, pas seulement avec celles du chronomètre.
Thierry
Praticien à Saintes – Hypnose, IFS, Intelligence Relationnelle
Préparateur mental pour coureurs et footballeurs
Si tu veux en parler, je suis là. Pas de pression, juste une écoute.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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