3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L’anesthésie émotionnelle et les pistes pour la guérir.
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi, face à une situation qui devrait vous faire réagir, vous restez étonnamment calme ? Pas ce calme serein de celui qui a médité vingt ans, non. Plutôt cette espèce de vide, comme si vos émotions avaient déserté votre corps, vous laissant spectateur de votre propre vie. Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Je sais que je devrais être triste, mais je ne ressens rien. » Ou encore : « Ma femme me dit que je suis froid, mais je ne le fais pas exprès. »
Ce n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie de survie qui s’est emballée, et on appelle ça l’anesthésie émotionnelle. Si vous vous reconnaissez là-dedans, sachez que vous n’êtes pas seul, et qu’il existe des chemins pour retrouver le contact avec ce monde intérieur que vous avez dû, un jour, mettre sous cloche. On va voir ensemble comment ça se met en place, et surtout, comment on peut commencer à en sortir.
Imaginez votre cerveau comme un système d’alarme ultra-perfectionné. Des capteurs partout, qui détectent le danger, la joie, la peine, la colère. C’est pratique pour vivre. Mais si un jour, l’alarme se déclenche en continu, sans arrêt, à cause d’un traumatisme ou d’un stress chronique, que faites-vous ? Vous finissez par couper le son. Vous ne désactivez pas le système – il tourne toujours –, mais vous mettez la notice en silencieux. C’est exactement ce qu’il se passe avec l’anesthésie émotionnelle.
Le mécanisme s’appelle la dissociation. C’est un processus neurologique automatique. Quand un événement est trop violent, trop insoutenable pour votre psychisme, votre cerveau dit : « Stop, on ne peut pas encaisser ça en pleine conscience. On va mettre de la distance. » Cette distance peut être spatiale (vous avez l’impression d’être à côté de vous-même), temporelle (vous ne vous souvenez plus de pans entiers de votre enfance), ou émotionnelle : vous ne ressentez plus rien.
Prenons l’exemple de Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Marc a vécu une enfance où pleurer était signe de faiblesse, puni systématiquement. À 35 ans, il est un athlète performant, mais il se plaint d’un « plafond de verre » dans sa progression. En séance, on s’est rendu compte qu’il ne ressentait absolument pas la fatigue. Il poussait, poussait, jusqu’à la blessure. Son corps lui envoyait des signaux, mais son système émotionnel, formé à ne rien laisser passer, avait coupé le volume. Résultat : il ne pouvait plus ajuster son effort, car pour ajuster, il faut sentir.
Ce qui est crucial à comprendre, c’est que cette anesthésie n’est pas un choix. C’est une adaptation. Votre cerveau a fait ce qu’il a pu pour vous protéger. Le problème, c’est que ce mécanisme, une fois installé, ne se désactive pas tout seul quand le danger est passé. Il devient un mode de fonctionnement par défaut. Vous ne ressentez plus la peine, mais vous ne ressentez plus non plus la joie intense, l’excitation, l’amour profond. La vie devient en noir et blanc.
« L’anesthésie émotionnelle n’est pas un vide, c’est une salle d’attente blindée. On y a mis toutes les émotions pour les protéger, mais on a perdu la clé. »
Comment savoir si vous êtes concerné ? Ce n’est pas toujours évident, car quand on est dedans, on ne sait pas ce qu’on ne ressent pas. C’est comme demander à un poisson ce qu’est l’eau. Voici quelques indicateurs concrets que je vois défiler dans mon cabinet à Saintes.
Le premier signe, c’est la difficulté à nommer ce que vous ressentez. On vous demande « Comment ça va ? » et vous répondez « Bien. » Point. Pas de nuance. Pas de « un peu fatigué mais content », ou « mitigé à cause de cette réunion ». Juste « bien », comme un coupe-faim émotionnel. Si on insiste, vous pourriez même ressentir de l’agacement : « Je vous ai dit que ça va, non ? »
Le deuxième signe, c’est la tendance à intellectualiser tout. Vous expliquez vos problèmes avec des schémas, des théories, des analyses. Vous parlez de votre tristesse comme on parlerait d’un problème mécanique : « Oui, j’ai perdu mon emploi, donc logiquement je devrais être triste, mais je comprends le processus économique qui a mené à ce licenciement. » Vous sautez par-dessus l’étape émotionnelle pour atterrir directement dans la compréhension cognitive. C’est élégant, mais ça laisse votre corps en plan.
Le troisième signe, plus physique, c’est une forme de lourdeur ou au contraire de déconnexion corporelle. Vous avez peut-être des tensions chroniques, des maux de dos, des migraines, ou au contraire une impression de flotter, de ne pas être vraiment dans votre corps. Certaines personnes décrivent cela comme « vivre derrière une vitre ». Vous voyez les autres rire, pleurer, s’énerver, mais vous êtes de l’autre côté, à les regarder.
Je pense à Sophie, une cadre commerciale venue me voir pour ce qu’elle appelait une « perte de saveur ». Elle réussissait tout professionnellement, mais elle avait l’impression que sa vie était un film en noir et blanc. Le déclic a eu lieu quand elle m’a raconté que, lors du décès de son grand-père qu’elle aimait beaucoup, elle n’avait pas pleuré. Elle s’était sentie coupable de ne pas ressentir de chagrin. En explorant son histoire, on a découvert qu’à 8 ans, ses parents avaient divorcé dans des conditions très violentes, et qu’elle avait « décidé » de ne plus rien ressentir pour ne pas souffrir. 25 ans plus tard, le système tournait toujours.
Si vous cochez plusieurs de ces cases, ne vous inquiétez pas. Ce n’est pas un diagnostic définitif, mais un indicateur. La bonne nouvelle, c’est que ce mécanisme peut se défaire. Il a été appris, il peut être désappris.
L’hypnose, je l’utilise quasi quotidiennement, et c’est un outil remarquable pour ces situations. Pourquoi ? Parce que l’anesthésie émotionnelle, c’est d’abord une histoire de corps et de inconscient. Votre conscient a décidé de ne plus ressentir, mais votre inconscient, lui, continue d’enregistrer. Chaque émotion refoulée est stockée quelque part dans votre système nerveux, dans vos fascias, dans votre souffle.
L’hypnose ericksonienne ne cherche pas à forcer la porte. Milton Erickson, le père de cette approche, disait qu’on ne peut pas ordonner à une fleur de pousser, mais qu’on peut lui donner l’eau et la lumière dont elle a besoin. En séance, je vais vous accompagner dans un état de conscience modifié, un état de détente profonde où votre conscient lâche un peu les rênes. C’est dans cet espace que l’on peut commencer à négocier avec ce gardien qui verrouille l’accès à vos émotions.
Concrètement, on peut travailler avec des métaphores. Je vais par exemple vous raconter l’histoire d’une rivière gelée. La glace, c’est votre anesthésie. Elle a protégé ce qui se trouve en dessous. Mais pour que la vie circule à nouveau, il faut que la glace fonde. Pas d’un coup, pas en un jour, mais progressivement, au rythme du soleil. Votre inconscient sait parfaitement à quelle vitesse il peut relâcher cette protection sans vous submerger.
Un autre outil puissant, c’est le travail avec les parties. En IFS, on considère que chaque comportement, chaque émotion, chaque blocage est porté par une « partie » de vous. Cette partie qui vous anesthésie, ce n’est pas vous. C’est une partie protectrice qui a pris son rôle très au sérieux. En hypnose, on peut entrer en contact avec elle, la remercier pour son travail, et lui demander de se détendre un peu. Pas d’abandonner son poste, juste d’autoriser une petite fenêtre.
« Ce n’est pas parce que vous ne ressentez rien que vous n’êtes pas en train de ressentir. Parfois, l’absence d’émotion est l’émotion la plus bruyante de toutes. »
L’hypnose ouvre la porte, mais ensuite, il faut apprendre à marcher sur ce nouveau terrain. C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle entrent en jeu. L’IFS, développé par Richard Schwartz, repose sur une idée simple mais révolutionnaire : votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de multiples « parties », chacune avec ses croyances, ses émotions et son rôle.
Vous avez probablement une partie qui contrôle tout, celle qui vous dit « Ressentir, c’est dangereux », « Montrer tes émotions, c’est faible ». Cette partie a été formée dans un contexte spécifique, souvent pour vous protéger. Mais elle est devenue rigide. En IFS, on va l’approcher avec curiosité, pas avec hostilité. On va lui demander : « Qu’est-ce qui te fait si peur que tu doives tout anesthésier ? » Et souvent, la réponse est touchante : « J’ai peur que si on laisse une seule émotion passer, toutes les autres déferlent comme un tsunami. »
C’est une peur légitime. Quand vous avez refoulé pendant des années, l’idée de rouvrir la vanne fait peur. C’est pour ça qu’on procède par petites touches. L’IFS permet d’identifier la partie protectrice, de l’apaiser, et de renouer avec ce que Schwartz appelle le « Self » – cette essence calme, curieuse et compatissante qui est en vous. C’est depuis cet espace du Self que vous pouvez accueillir vos émotions sans vous laisser submerger.
L’Intelligence Relationnelle, elle, vient vous outiller pour le quotidien. Une fois que vous commencez à ressentir à nouveau, il faut savoir quoi faire de ces sensations. C’est un peu comme si on vous avait coupé les jambes pendant des années, et qu’on vous rendait soudain la capacité de marcher. Il faut réapprendre. L’Intelligence Relationnelle vous apprend à identifier vos émotions, à les nommer, à les exprimer de manière saine, et à les utiliser comme des informations plutôt que comme des ennemis.
Un exemple concret : un patient, footballeur amateur, venait de retrouver sa capacité à ressentir de la colère sur le terrain. Avant, il encaissait tout, puis explosait hors match. En travaillant avec l’IFS, on a découvert qu’une partie de lui avait peur de sa colère, l’associant à un parent violent. L’Intelligence Relationnelle lui a appris à dire à son entraîneur : « Je suis en colère parce que tu m’as fait une remarque injuste. Je vais prendre cinq minutes pour respirer, et après on en reparle. » Résultat : moins de tensions, plus de performance.
On ne vous l’a peut-être jamais dit, mais vos émotions ne sont pas vos ennemies. Elles sont votre système de navigation intérieur. La tristesse vous dit que vous avez besoin de réconfort, de ralentir. La colère vous dit qu’une limite a été franchie, que quelque chose doit changer. La joie vous dit « Continue, c’est bon pour toi ». L’anxiété vous dit « Sois vigilant, prépare-toi ».
Quand vous êtes anesthésié, c’est comme si vous naviguiez sans boussole, sans GPS, sans carte. Vous avancez, mais vous ne savez pas si vous allez vers le nord ou le sud. Vous vous épuisez. Vous prenez des décisions basées uniquement sur la logique, et vous vous demandez pourquoi vous vous sentez vide, pourquoi vos relations sont superficielles, pourquoi vous n’arrivez pas à vous engager vraiment.
Retrouver vos émotions, c’est retrouver votre capacité à être en vie. C’est accepter que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais qu’elle est faite de vagues. Certaines sont douces, d’autres sont des rouleaux. Mais sans vagues, l’eau stagne. Et l’eau stagnante, ça sent mauvais.
Je me souviens d’une patiente, Anne, qui après plusieurs mois de travail, a pleuré pour la première fois en séance. Elle avait 42 ans. Elle m’a dit : « Je n’avais pas pleuré depuis l’âge de 8 ans. Je ne savais pas que ça pouvait être doux. » Elle ne pleurait pas de tristesse, mais de soulagement. Elle retrouvait une partie d’elle-même qu’elle croyait morte. Et à partir de là, sa vie a changé. Elle a quitté un travail toxique, renoué avec sa passion pour la peinture, et s’est autorisée à tomber amoureuse.
Ce n’est pas un chemin facile. Parfois, les émotions reviennent en force, et on a l’impression de se noyer. C’est normal. C’est pour ça qu’on ne fait pas ça seul. Un accompagnement permet de réguler le flux, de ne pas se laisser submerger. C’est comme apprendre à nager : au début, on a peur de l’eau, on boit la tasse, puis on trouve son rythme, et un jour, on flotte.
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez, voici ce que vous pouvez faire dès maintenant. Pas un grand chamboulement, juste un premier pas.
Asseyez-vous tranquillement, dans un endroit où vous ne serez pas dérangé. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Fermez les yeux. Respirez lentement. Et posez-vous cette question : « Qu’est-ce que je ressens, là, tout de suite, dans mon corps ? » Ne cherchez pas une émotion compliquée. Peut-être une tension dans les épaules, une chaleur dans le ventre, un fourmillement dans les mains. C’est tout. C’est un début. Vous venez de rétablir une connexion.
Faites cela une minute par jour. Pas plus. Juste une minute. C’est votre dose quotidienne de réhabilitation sensorielle.
Vous l’aurez compris, l’anesthésie émotionnelle n’est pas une fatalité. C’est une adaptation qui a eu son utilité, mais qui peut être dépassée. Avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle, on peut progressivement rouvrir les vannes, à votre rythme, sans vous noyer.
Je suis Thierry Sudan, installé à Saintes depuis 2014. Je reçois des adultes qui, comme vous peut-être, ont perdu le contact avec leurs émotions et veulent le retrouver. Pas pour devenir des pleurnicheurs, mais pour redevenir des êtres humains complets, capables de ressentir la joie autant que la peine, capables d’être en relation vraie avec les autres, capables de se faire confiance.
Si cet article a résonné en vous, si vous sentez que c’est le moment de faire quelque chose pour vous, je vous invite à me contacter. On peut échanger par téléphone ou par mail, sans engagement. Juste pour parler de vous, de ce que vous vivez, et voir si un accompagnement pourrait vous être utile.
Vous n’êtes pas brisé. Vous êtes simplement en mode survie. Et la survie, ça s’apprend à quitter, doucement, quand on se sent prêt.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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