3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une méthode en douceur pour retrouver la paix.
C’est une histoire que j’entends souvent dans mon cabinet, à Saintes. Un homme ou une femme assis en face de moi, la quarantaine, la cinquantaine, parfois plus jeune. Ils ont tout pour être heureux : un travail stable, une famille aimante, une vie qui, vue de l’extérieur, semble bien rangée. Pourtant, il y a ce poids. Cette ombre qui revient sans prévenir. Une réaction disproportionnée à un mot anodin, une boule dans le ventre quand un collègue élève la voix, une insomnie qui survient sans raison apparente. Et au fond, une question qui tourne en boucle : « Pourquoi je n’arrive pas à passer à autre chose ? »
Je vous rassure tout de suite : ce n’est pas une question de volonté. Le trauma ancien, celui qui s’est installé dans l’enfance ou à un moment charnière de la vie, ne se commande pas. Il ne se chasse pas non plus en se répétant que « c’est fini maintenant ». Votre cerveau, lui, n’a pas intégré que c’est fini. Il est resté bloqué, comme un disque rayé, dans l’instant où l’événement a eu lieu. Et c’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Pas comme une baguette magique, mais comme un chemin doux, presque discret, pour remettre en mouvement ce qui est figé.
Dans cet article, je vais vous expliquer comment cette méthode fonctionne concrètement pour libérer un trauma ancien. Pas de théorie abstraite, mais des mécanismes clairs, des exemples de ce que je vois en séance, et surtout, des pistes que vous pouvez explorer dès maintenant. Parce que oui, la paix est possible. Pas en effaçant le passé, mais en lui redonnant sa juste place.
Avant de parler de libération, il faut comprendre ce qu’on appelle un trauma ancien. Je ne parle pas ici d’un simple souvenir désagréable. Le trauma, c’est une expérience qui a dépassé les capacités de votre système nerveux à la digérer sur le moment. Cela peut être un accident, une agression, une humiliation répétée, un deuil brutal, ou même une accumulation de micro-traumatismes : des remarques constantes, un parent imprévisible, une pression scolaire démesurée.
La particularité du trauma ancien, c’est qu’il n’est pas stocké comme un souvenir normal. En temps normal, quand vous vous rappelez un événement, vous savez qu’il est dans le passé. Vous pouvez le raconter sans revivre l’émotion à 100 %. Mais avec un trauma, le cerveau a enregistré l’information de manière brute, sans la dater. Il a mis l’expérience dans une case à part, dans le système limbique, cette partie archaïque qui gère la survie. Résultat : quand un déclencheur apparaît – une odeur, un ton de voix, une sensation corporelle – votre corps réagit comme si l’événement avait lieu maintenant. Le cœur s’emballe, la respiration se bloque, les muscles se tendent. Vous n’êtes plus en 2025. Vous êtes de retour, à 8 ans, à 15 ans, à 25 ans.
Un patient, appelons-le Marc, est venu me voir pour des crises d’angoisse qui survenaient systématiquement avant ses réunions d’équipe. Rien de menaçant en apparence : il était compétent, respecté. Mais chaque fois qu’un collègue haussait le ton pour discuter un point, Marc sentait une pression dans la poitrine, une envie de fuir. En travaillant ensemble, nous avons remonté à un souvenir d’enfance : son père, qui criait souvent, et cette peur viscérale de ne pas être à la hauteur. Son corps avait gardé la mémoire de cette peur, bien avant que son esprit conscient ne fasse le lien.
Le trauma ancien, c’est un passé qui n’a pas eu le temps de devenir du passé. Il reste présent, vivant, dans vos cellules et vos réactions.
Voilà pourquoi se dire « c’est fini » ne suffit pas. Votre cortex préfrontal, la partie rationnelle, peut bien comprendre que le danger n’est plus là. Votre système nerveux, lui, n’a pas reçu le message. L’hypnose ericksonienne va justement permettre de renouer le dialogue entre ces deux parties.
Vous avez peut-être une image de l’hypnose issue de spectacles ou de films : un hypnotiseur autoritaire qui claque des doigts et vous fait faire n’importe quoi. L’hypnose ericksonienne, du nom du psychiatre Milton Erickson, est tout le contraire. C’est une approche permissive, indirecte, respectueuse de votre rythme. Erickson disait souvent que chaque personne a déjà en elle les ressources nécessaires pour guérir. Son rôle n’est pas de commander, mais de créer un espace où ces ressources peuvent émerger.
Pourquoi est-ce crucial avec un trauma ancien ? Parce que la confrontation directe peut être retraumatisante. Si je vous force à revivre un souvenir douloureux en pleine conscience, votre système de défense peut se verrouiller davantage. L’hypnose ericksonienne, elle, travaille en périphérie. Elle utilise des métaphores, des suggestions indirectes, des histoires. Votre conscient peut ne pas comprendre où je veux en venir, mais votre inconscient, lui, capte le message et commence à faire son travail de réorganisation.
Prenons l’exemple d’une patiente, Sophie, qui avait vécu une agression dans un parking il y a dix ans. Elle ne pouvait plus conduire seule la nuit, et les places de parking sombres déclenchaient des sueurs froides. En séance, je ne lui ai pas demandé de revivre la scène. Je lui ai plutôt proposé une métaphore : celle d’un jardin où certaines zones étaient envahies par des ronces. Sans arracher les ronces d’un coup – ce qui aurait blessé la terre – nous avons commencé par amener de la lumière, de l’eau, un peu d’espace. Peu à peu, les ronces se sont desserrées d’elles-mêmes. Sophie n’a pas eu besoin de raconter les détails de l’agression. Son inconscient a fait le tri.
Cette méthode est douce, mais elle n’est pas molle. Elle demande une présence et une confiance. Vous n’êtes pas passif : vous êtes en état de conscience modifiée, mais vous restez aux commandes. Vous pouvez à tout moment ouvrir les yeux, parler, arrêter. L’hypnose ericksonienne, c’est un partenariat.
Quand je travaille avec un patient sur un trauma ancien, je m’appuie sur trois mécanismes bien précis. Les comprendre vous aide à voir comment le processus opère, sans mystère.
1. La dissociation thérapeutique : prendre de la distance
En hypnose, la dissociation n’est pas un mot savant pour dire « perdre les pédales ». C’est la capacité à se séparer d’une expérience pour l’observer de loin. Vous avez déjà fait l’expérience de la dissociation légère : quand vous êtes dans le métro, perdu dans vos pensées, et que vous ne voyez plus les autres voyageurs. C’est une forme de mise à distance.
Dans un trauma, la personne est souvent collée à l’événement. Elle le revit de l’intérieur, avec les mêmes sensations. En hypnose, je vais l’inviter à imaginer qu’elle regarde la scène depuis un écran de cinéma, ou depuis un balcon. Elle voit la scène, mais elle n’est plus dedans. Cette distance permet au système nerveux de baisser la garde. Le souvenir n’est plus une menace immédiate, mais une image que l’on peut regarder sans être submergé.
2. La reconsolidation de la mémoire : réécrire le scénario
La recherche en neurosciences a montré que chaque fois que vous rappelez un souvenir, il devient temporairement malléable. C’est ce qu’on appelle la reconsolidation. L’hypnose ericksonienne profite de cette fenêtre. Pendant que le souvenir est « ouvert », je peux introduire une nouvelle information, une ressource, une perspective différente.
Par exemple, pour un patient qui se souvient d’une humiliation en classe, je peux suggérer que la version adulte de lui-même entre dans la scène et pose une main sur l’épaule de l’enfant qu’il était. Pas pour effacer l’humiliation, mais pour ajouter une présence rassurante. Le cerveau enregistre alors une version modifiée du souvenir : l’humiliation reste, mais elle est désormais accompagnée de soutien. La charge émotionnelle diminue.
3. L’activation des ressources internes : retrouver ce qui a été perdu
Le trauma ne vole pas seulement la paix, il vole aussi des ressources. Une personne qui a été humiliée peut avoir perdu confiance en elle. Une personne qui a été abandonnée peut avoir perdu la capacité à faire confiance. L’hypnose ericksonienne va chercher, dans l’histoire de la personne, des moments où elle était compétente, forte, en sécurité. Même infimes.
Je me souviens d’un patient, Antoine, qui avait vécu un divorce traumatique. Il se sentait brisé, incapable de prendre des décisions. En hypnose, je l’ai invité à se souvenir d’une fois où il avait réparé un vélo, tout seul, à 12 ans. Ce souvenir semblait anodin, mais il contenait une ressource : la persévérance, la débrouillardise. Une fois cette ressource activée, nous l’avons reliée à sa situation actuelle. Il a pu aborder ses décisions avec un autre état d’esprit.
L’hypnose ne vous enlève pas votre histoire, elle vous donne une nouvelle façon de la porter.
Je veux être honnête avec vous. L’hypnose ericksonienne est un outil puissant, mais ce n’est pas une solution universelle. Elle ne convient pas à tout le monde ni à toutes les situations. Et il est essentiel de poser ces limites pour que vous sachiez à quoi vous attendre.
Elle ne supprime pas la mémoire. Votre cerveau n’est pas un disque dur qu’on formate. Le souvenir restera. Ce qui change, c’est la charge émotionnelle qui lui est associée. Vous pourrez penser à l’événement sans être paralysé, sans revivre la peur ou la honte. Mais l’histoire fait partie de vous.
Elle ne remplace pas un suivi médical ou psychiatrique. Si vous souffrez de dépression sévère, de troubles psychotiques, ou si vous avez des idées suicidaires, l’hypnose ne doit pas être votre seul recours. Elle peut être un complément, mais un diagnostic et un suivi par un médecin ou un psychiatre sont indispensables.
Elle demande une certaine ouverture. Certaines personnes sont très rationnelles, très dans le contrôle, et ont du mal à lâcher prise. Ce n’est pas un échec. Parfois, il faut plusieurs séances pour apprivoiser l’état hypnotique. Parfois, une autre approche, comme l’EMDR ou la thérapie sensorimotrice, peut être plus adaptée.
Elle ne fait pas tout en une séance. Un trauma ancien, surtout s’il est complexe ou répété, demande du temps. Je vois souvent des améliorations significatives en 3 à 6 séances, mais chaque parcours est unique. Méfiez-vous des promesses de guérison express.
Enfin, l’hypnose ne vous rendra pas dépendant. Vous n’aurez pas besoin de revenir sans cesse. L’objectif est de vous rendre autonome, de vous donner des clés pour que vous puissiez, à terme, gérer vous-même vos états internes.
Si vous êtes curieux de savoir à quoi ressemble une séance, voici un aperçu. Bien sûr, chaque praticien a sa manière, mais voici comment je procède, à Saintes, avec une personne qui vient pour un trauma ancien.
L’accueil et la sécurisation (15-20 minutes)
On ne plonge pas dans le trauma tout de suite. D’abord, je prends le temps de vous connaître, de comprendre votre histoire, mais surtout de créer un cadre de sécurité. Je vous explique comment je travaille, je réponds à vos questions. Je vous invite à me dire ce qui est acceptable pour vous et ce qui ne l’est pas. Votre consentement est la base.
Ensuite, je vous propose un petit exercice pour vous montrer ce qu’est l’état hypnotique. Par exemple, vous fixez un point, je vous guide avec ma voix, et vous sentez votre corps se détendre. Rien d’impressionnant. Juste une preuve que vous pouvez entrer dans cet état en toute confiance.
L’induction et la recherche de ressources (10-15 minutes)
Une fois que vous êtes confortable, je vous guide vers un état de relaxation profonde. Je peux utiliser une métaphore : un escalier qui descend, un nuage qui vous porte, une forêt calme. Dans cet état, je vais chercher avec vous une ressource. Cela peut être un lieu de sécurité (une plage, votre salon d’enfance), une personne bienveillante, ou une qualité que vous avez déjà eue.
Cette ressource devient une ancre. Un point d’appui auquel vous pourrez revenir si le travail devient trop intense.
Le travail sur le trauma (20-30 minutes)
C’est le cœur de la séance. Je ne vous force jamais à entrer dans le souvenir. Je l’approche par la périphérie. Par exemple : « Et si vous regardiez cette scène depuis une certaine distance… Que voyez-vous ? Qu’entendez-vous ? » Ou bien : « Imaginez que le souvenir est une pièce dans une maison. Vous pouvez ouvrir la porte un tout petit peu, juste assez pour laisser entrer un peu de lumière. »
Je travaille avec des suggestions indirectes. Je peux raconter une histoire qui fait écho à votre situation. Je peux suggérer que votre main inconsciente peut faire un geste quand le travail est fait. Le but est que votre inconscient trouve sa propre solution.
La réorientation et l’intégration (5-10 minutes)
Je vous ramène doucement à l’état de veille, en comptant de 1 à 5. Vous ouvrez les yeux, vous vous étirez. Puis nous prenons un temps pour parler de ce qui s’est passé, sans analyse forcée. Parfois, les patients ne se souviennent pas de tout, et c’est normal. Ce qui compte, c’est ce qui a changé dans le corps.
Une séance réussie n’est pas celle où vous avez pleuré ou revécu des choses. C’est celle où vous ressentez un allègement, une respiration plus libre, même subtil.
Comment savoir si le processus fonctionne ? Les changements ne sont pas toujours spectaculaires. Ils sont souvent progressifs, presque discrets. Voici quelques signes que je vois régulièrement chez les personnes que j’accompagne.
Les déclencheurs perdent de leur puissance. Ce qui vous faisait sursauter, angoisser, fuir, devient moins fort. Vous pouvez entendre ce ton de voix, voir cette lumière, sentir cette odeur, sans que votre corps ne s’emballe.
Vous dormez mieux. Le sommeil est un excellent indicateur. Moins de cauchemars, moins de réveils en sursaut, moins d’insomnies liées à l’anxiété.
Vous avez plus de tolérance émotionnelle. Vous pouvez ressentir de la tristesse ou de la colère sans être submergé. Vous les laissez passer, comme des nuages.
Vous arrêtez de vous blâmer. Le trauma ancien s’accompagne souvent d’une culpabilité toxique : « J’aurais dû réagir autrement », « C’est de ma faute ». Quand le trauma se libère, cette voix s’adoucit. Vous commencez à accueillir l’idée que vous avez fait ce que vous pouviez.
Votre corps se détend. Les tensions chroniques – mâchoires serrées, épaules hautes, ventre noué – se relâchent. Vous respirez plus profondément, sans y penser.
Un patient m’a dit un jour : « Je n’ai pas changé d’histoire, mais elle ne me fait plus mal de la même manière. » C’est exactement ça. La libération n’est pas une amnésie. C’est une réconciliation.
Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer à apaiser votre système nerveux. Voici trois choses simples que vous pouvez essayer chez vous, en toute sécurité.
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À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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