3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Le chemin progressif pour transformer la douleur en force.
Tu arrives dans mon cabinet, tu t’assois, et tu ne dis rien. Pendant plusieurs minutes, tu regardes le sol. Quand je te demande ce qui t’amène, tu hausses les épaules. « Je ne sais pas par où commencer. » Parfois, tu ajoutes : « Je crois que je suis cassé. » C’est une phrase que j’entends souvent. Tu n’es pas cassé. Tu es en état de sidération. Et la sidération, c’est juste la première étape d’un chemin que tu peux parcourir.
Quand on vit un événement traumatique – un accident, une agression, une perte brutale, une trahison prolongée – notre système nerveux fait ce qu’il peut pour nous protéger. Il nous fige. C’est une réponse archaïque, héritée de nos ancêtres face au prédateur. Le corps se verrouille, l’esprit se brouille. Tu te souviens peut-être de cette sensation : tout semble irréel, comme si tu regardais un film dont tu n’es pas le personnage principal. Tu es là, mais pas tout à fait. C’est la sidération.
Pendant des années, j’ai vu des personnes arriver avec cette impression d’être bloquées « quelque part » dans le passé. Un coureur qui ne pouvait plus poser le pied gauche sans revivre sa chute. Une mère qui ne pouvait plus entendre la sonnerie du téléphone sans trembler. Un manager qui se figeait en réunion chaque fois qu’un collègue élevait la voix. Tous disaient la même chose : « Je veux que ça s’arrête. »
Le chemin de la guérison n’est pas une ligne droite. Ce n’est pas non plus un retour à l’état d’avant. Personne ne redevient celui ou celle qu’il était avant le traumatisme. Mais on peut devenir quelqu’un de plus entier, de plus solide, de plus conscient. C’est ce que j’appelle la résilience. Et elle se construit étape par étape.
Quand tu vis un choc, ton cerveau limbique – la partie la plus ancienne et la plus instinctive – prend le contrôle. Le cortex préfrontal, celui qui réfléchit, planifie et raisonne, se met en veille. Ce n’est pas un bug. C’est une fonction de survie. Si tu es face à un danger immédiat, réfléchir te ralentirait. Il faut agir ou, si agir est impossible, rester immobile pour ne pas attirer l’attention.
Le problème, c’est que cette réponse de survie peut s’installer. Elle devient un mode par défaut. Tu passes des mois, parfois des années, en mode « figé ». Tu te sens déconnecté de tes émotions, de ton corps, des autres. Tu peux même avoir l’impression de ne plus rien ressentir du tout. C’est ce que les spécialistes appellent la dissociation. Mais toi, tu appelles ça « ne plus se reconnaître ».
Je me souviens d’un patient, appelons-le Marc. Marc était commercial dans une grande entreprise. Un jour, il a été victime d’un braquage dans son agence. Il n’a pas été blessé physiquement, mais depuis, il ne pouvait plus entrer dans un espace clos sans paniquer. Il avait arrêté de prendre l’ascenseur, puis le métro, puis la voiture. Il venait me voir en marchant, même sous la pluie, parce que c’était le seul moyen de transport qu’il supportait. Marc me disait : « Je sais que c’est irrationnel. Mon cerveau le sait. Mais mon corps s’en fout. »
C’est exactement ça. La sidération n’est pas une faiblesse. C’est la preuve que ton système nerveux a fonctionné parfaitement pour te protéger sur le moment. Mais il est resté coincé. La première étape de la guérison, c’est d’accueillir cette sidération sans jugement. De dire : « OK, mon corps a fait ce qu’il devait. Maintenant, on va l’aider à comprendre que le danger est passé. »
Concrètement, ça commence par des choses simples. Reprendre contact avec le souffle. Sentir ses pieds sur le sol. Nommer ce qu’on voit autour de soi. Pas pour « évacuer » le traumatisme, mais pour dire à ton cerveau : « Regarde, je suis ici, maintenant, en sécurité. » C’est lent, c’est répétitif, et ça peut sembler ridicule. Mais c’est le fondement de tout le reste.
« La guérison ne commence pas quand tu arrêtes de souffrir. Elle commence quand tu arrêtes de lutter contre ta souffrance. »
Une fois que tu as posé les bases de la sécurité – dans ton corps, dans ton environnement, dans la relation thérapeutique – vient une phase inconfortable : le dégel. La sidération commence à se dissiper, et ce qui était gelé refait surface. Des émotions que tu avais enfouies reviennent. Parfois en vague, parfois en raz-de-marée.
C’est à ce moment que beaucoup de personnes veulent tout arrêter. « Je me sentais mieux avant, au moins je ne ressentais rien », me dit-on. Mais ne rien ressentir, ce n’est pas aller mieux. C’est être en survie. La vie, c’est ressentir. Même les émotions désagréables.
Je travaille avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Dans l’IFS, on considère que chaque partie de toi – même celle qui a peur, même celle qui est en colère – a une intention positive. La partie qui panique quand tu penses à l’accident essaie de te protéger pour que ça ne se reproduise pas. La partie qui se met en colère contre ceux qui ne comprennent pas ta douleur essaie de défendre ta vulnérabilité.
Le dégel, c’est apprendre à écouter ces parties sans se laisser submerger. C’est leur dire : « Je te vois, je t’entends, merci de faire ton job. Maintenant, laisse-moi reprendre le volant. »
Prenons un exemple. Une patiente, Sophie, était suivie pour un burn-out sévère. Elle avait vécu des années de surcharge au travail, à ignorer les signaux de son corps – fatigue, insomnies, irritabilité. Quand elle a commencé à « dégeler », elle a ressenti une vague de colère immense contre son ancien patron. Mais cette colère était tellement forte qu’elle l’effrayait. Elle disait : « Je ne veux pas devenir quelqu’un de haineux. »
Je lui ai proposé un exercice simple d’hypnose : visualiser sa colère comme une entité séparée, assise en face d’elle. Lui poser des questions : « Qu’est-ce que tu veux me dire ? Qu’est-ce que tu veux pour moi ? » La colère a répondu : « Je veux que tu poses des limites. Je veux que tu ne te laisses plus jamais écraser. » Sophie a pleuré. Pas de tristesse, mais de reconnaissance. Sa colère n’était pas une ennemie. C’était une alliée maladroite.
Cette étape est cruciale. Elle demande du courage, parce que tu vas sentir des choses que tu as évitées pendant longtemps. Mais c’est aussi là que tu commences à récupérer des morceaux de toi-même que tu croyais perdus.
Un piège fréquent dans la guérison, c’est de croire qu’il faut « effacer » le souvenir. Beaucoup de personnes viennent me voir en disant : « Je veux oublier. » Je comprends l’envie. Mais la mémoire traumatique ne fonctionne pas comme un fichier qu’on supprime. Elle est encodée dans le corps, dans les sensations, dans les réactions automatiques.
Quand tu revis un flash-back, tu ne te souviens pas de l’événement comme d’un film. Tu le revis. Ton cœur s’emballe, ta respiration s’accélère, tes muscles se tendent. Ton cerveau ne fait pas la différence entre le passé et le présent. C’est pour ça que les paroles rassurantes du genre « calme-toi, c’est fini » ne marchent pas. La partie de toi qui est en train de paniquer n’entend pas les mots. Elle sent le danger.
L’étape suivante, c’est la réorganisation de la mémoire traumatique. Pas pour l’effacer, mais pour la remettre à sa place : dans le passé. Pour que ton cerveau apprenne que cet événement est terminé, qu’il appartient à l’histoire, et que maintenant, tu es en sécurité.
En hypnose ericksonienne, on utilise des techniques de dissociation thérapeutique. Je t’invite à observer la scène traumatique comme si tu la regardais sur un écran, avec la possibilité de modifier l’image, le son, la distance. On peut rendre l’image plus petite, plus floue, plus lointaine. On peut ajouter une bande-son dérisoire, ou accélérer le film en mode comique. Cela peut sembler étrange, mais ces modifications sensorielles envoient un signal puissant à ton cerveau : « Ce n’est pas la réalité du moment présent, c’est un souvenir. »
Un patient, ancien militaire, revivait chaque nuit une embuscade en Afghanistan. Il se réveillait en sueur, le cœur battant. Après plusieurs séances, nous avons travaillé à « placer » ce souvenir dans un conteneur métallique imaginaire, avec un cadenas. Pas pour l’oublier, mais pour lui donner une limite. Il pouvait choisir d’ouvrir ce conteneur en thérapie, mais il n’était plus obligé d’y vivre 24 heures sur 24. Peu à peu, les cauchemars ont diminué. Il a recommencé à dormir.
Cette étape n’est pas un tour de magie. Elle demande de la répétition. Le cerveau a besoin de temps pour créer de nouveaux chemins neuronaux. Mais c’est faisable. Des milliers de personnes l’ont fait avant toi.
Arrivé à ce stade, tu te sens peut-être plus léger. Les symptômes intrusifs – flash-backs, hypervigilance, insomnie – ont diminué. Tu recommences à sortir, à parler, à rire. Mais il reste une question profonde : « Qui suis-je maintenant ? »
Le traumatisme t’a changé. Tu ne peux pas revenir à l’avant. Mais tu peux choisir ce que tu deviens. C’est ce que j’appelle la reconstruction identitaire. C’est une étape souvent sous-estimée, mais fondamentale.
Beaucoup de personnes, après avoir traversé une épreuve, développent une sensibilité accrue aux injustices, une capacité à lire les émotions des autres, une force intérieure qu’elles ne soupçonnaient pas. Ce sont les fameux « bénéfices secondaires » du trauma – expression que je n’aime pas, car elle minimise la douleur. Je préfère parler de « croissance post-traumatique ».
Prenons un exemple concret. Un coureur que j’accompagne en préparation mentale avait subi une grave blessure à la cheville. Pendant des mois, il ne pouvait plus courir. Il a vécu une dépression. Mais au fil du travail, il a réalisé que son identité était trop liée à la performance. « J’étais un coureur, pas une personne qui court », m’a-t-il dit. La blessure l’a obligé à développer d’autres aspects de lui-même : la patience, l’écoute de son corps, la joie simple d’un mouvement sans douleur. Aujourd’hui, il court moins, mais il en profite plus. Et il se dit plus complet.
Cette étape, c’est celle où tu transformes la douleur en boussole. Tu apprends à reconnaître ce qui est bon pour toi et ce qui ne l’est pas. Tu poses des limites. Tu dis non sans culpabilité. Tu t’autorises à être vulnérable sans avoir honte. Tu deviens plus toi-même, pas moins.
« La résilience, ce n’est pas l’absence de blessure. C’est la capacité à faire de sa blessure une cicatrice qui raconte une histoire, pas une plaie qui saigne encore. »
Le traumatisme isole. Parce que tu as peur que les autres ne comprennent pas. Parce que tu as honte. Parce que tu ne veux pas « ennuyer » avec tes histoires. Pourtant, la guérison a besoin de lien. L’isolement maintient la sidération. Le lien permet le dégel.
L’Intelligence Relationnelle, c’est la capacité à naviguer dans les relations humaines avec conscience et authenticité. Cela passe par trois compétences : savoir exprimer ce que tu ressens sans accuser, savoir écouter sans vouloir réparer, et savoir demander de l’aide sans te sentir faible.
J’ai vu des personnes transformer leur vie simplement en apprenant à dire : « Là, je ne vais pas bien. Tu peux rester avec moi sans rien dire ? » C’est énorme. Parce que la plupart des gens, quand ils voient quelqu’un souffrir, veulent immédiatement donner des conseils ou minimiser. « Allez, ça va aller, pense à autre chose. » Ce n’est pas de la méchanceté, c’est de la maladresse. Mais pour toi, ça peut être invalidant.
En thérapie, on travaille à reconstruire ta capacité à être en relation. D’abord avec toi-même (via l’IFS, tu apprends à dialoguer avec tes parties), puis avec les autres. On peut faire des exercices de communication non-violente, des jeux de rôle, ou simplement parler de ce qui se passe dans la relation thérapeutique elle-même.
Un exemple : une patiente, Claire, avait été trahie par son conjoint. Depuis, elle ne faisait plus confiance à personne, surtout aux hommes. En séance, elle a pu exprimer sa colère, sa tristesse, mais aussi son besoin profond : être vue et respectée. Progressivement, elle a osé dire à son nouveau compagnon : « J’ai besoin que tu me rassures, même si ça te semble évident. » Il l’a fait. Et petit à petit, la confiance est revenue. Pas complètement, pas naïvement, mais suffisamment pour qu’elle se sente vivante.
L’Intelligence Relationnelle, c’est aussi savoir repérer les relations toxiques. Certaines personnes, après un trauma, attirent ou tolèrent des relations qui reproduisent le schéma de la victimisation. Apprendre à dire non, à partir, à se protéger, fait partie intégrante de la guérison.
Tu es peut-être en train de lire cet article et de te reconnaître dans certaines étapes. Peut-être que tu es encore en sidération, à te sentir engourdi. Peut-être que tu commences à ressentir des émotions et que ça te fait peur. Peut-être que tu as déjà fait un bout de chemin et que tu cherches à consolider.
Voici ce que tu peux faire maintenant, tout de suite, sans attendre une séance :
Pose-toi cette question : « Où est-ce que je me situe sur ce chemin ? » Pas pour te juger, mais pour t’observer. La sidération ? Le dégel ? La reconstruction ? Il n’y a pas de bonne réponse. Juste un point de départ.
Offre-toi un geste de sécurité : Mets ta main sur ton cœur ou sur ton ventre. Respire lentement. Dis-toi intérieurement : « Je suis là, maintenant. Je peux ressentir ce que je ressens. Ce n’est pas un danger. »
Écris une phrase : « Ce que j’aimerais que quelqu’un comprenne de moi, c’est… » Ne réfléchis pas trop. Laisse venir. Si rien ne vient, c’est OK. Reviens-y demain.
Choisis une petite action de lien : Envoie un message à une personne de confiance. Pas pour raconter toute ton histoire, juste pour dire : « Je pense à toi. » Le lien guérit.
Si tu sens que tu as besoin d’un accompagnement plus structuré, sache que tu n’es pas obligé de traverser ça seul. Mon cabinet à Saintes est ouvert. On peut travailler ensemble, en hypnose, en IFS, ou avec les outils de l’Intelligence Relationnelle. On peut aussi échanger par visio si tu es loin. L’important, c’est que tu fasses le premier pas, à ton rythme.
La résilience n’est pas un exploit. C’est un chemin. Et chaque pas
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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