3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Comment ces approches douces aident à réparer les parts blessées.
Tu arrives dans mon cabinet, tu t’installes dans le fauteuil, et tu me dis : « Je n’en peux plus de revivre sans cesse cette scène. » Parfois, c’est un accident de voiture vieux de dix ans. D’autres fois, c’est une parole blessante entendue dans l’enfance, ou une agression dont tu n’as jamais vraiment parlé. Tu as tout essayé pour oublier : te concentrer sur le travail, faire du sport jusqu’à l’épuisement, éviter les situations qui pourraient déclencher le souvenir. Mais le trauma revient, comme un invité qui s’incruste sans y être invité. Il te réveille la nuit, il te fait sursauter au moindre bruit, il te coupe de tes proches. Tu te sens coincé, et tu te demandes si un jour tu pourras vraiment t’en libérer.
Je travaille avec des adultes comme toi depuis 2014 à Saintes. Ce que j’ai appris, c’est que le trauma n’est pas une fatalité. Il ne s’efface pas par miracle, mais il peut se réparer en douceur, sans te forcer à revivre l’horreur en détail. Deux outils m’accompagnent dans ce chemin : l’hypnose ericksonienne et l’IFS, le « Internal Family Systems » – un modèle qui considère que notre psyché est composée de multiples parts. Ensemble, ils forment un duo redoutablement efficace pour aider les parts blessées à retrouver la paix. Dans cet article, je vais te montrer comment ces approches fonctionnent, pourquoi elles sont adaptées au trauma, et ce que tu peux faire dès maintenant pour commencer à alléger ta souffrance.
Avant de parler des solutions, il faut comprendre le problème. Le trauma, ce n’est pas juste un mauvais souvenir. C’est une expérience qui a débordé ta capacité à y faire face sur le moment. Ton système nerveux, pour te protéger, a fait ce qu’il sait faire de mieux : il a gelé la scène, comme une photo figée, pour que tu puisses survivre. Le problème, c’est que cette photo reste collée dans ton esprit et ton corps, sans date de péremption.
Tu as peut-être remarqué que ton corps réagit encore comme si le danger était présent. Ton cœur s’emballe quand tu entends une voiture klaxonner, tes muscles se tendent quand quelqu’un élève la voix, ou tu ressens une boule dans le ventre sans raison apparente. Ça s’appelle la mémoire implicite. Le cerveau n’a pas réussi à digérer l’événement pour le ranger dans le passé. Il reste actif, en temps réel, dans ton système nerveux. C’est pour ça que tu ne peux pas simplement « penser positivement » ou « tourner la page ». La partie de toi qui a vécu le trauma est restée coincée dans le moment où ça s’est produit.
« Le trauma n’est pas l’événement en lui-même, mais la réponse que ton système nerveux a gardée en mémoire. Le chemin de la guérison ne passe pas par la force, mais par la douceur et la réorganisation. »
J’ai accompagné un coureur qui avait eu un grave accident de vélo. Pendant des mois, il ne pouvait plus prendre un virage sans paniquer. Son corps avait enregistré la chute bien avant que son cerveau conscient ne puisse dire « stop ». C’est exactement ça, le trauma : une réponse qui persiste alors que le danger est parti. L’hypnose et l’IFS interviennent justement là où la volonté ne suffit pas : dans ces couches automatiques, inconscientes, de ton être.
L’hypnose que je pratique, c’est l’hypnose ericksonienne. Elle doit son nom à Milton Erickson, un psychiatre américain qui a révolutionné la manière d’utiliser l’état modifié de conscience. Contrairement à ce qu’on voit dans les spectacles, il ne s’agit pas de perdre le contrôle ou de faire des choses contre sa volonté. C’est plutôt un état de concentration intérieure, où ton conscient s’efface un peu pour laisser la parole à ton inconscient.
Pourquoi est-ce utile dans le trauma ? Parce que le trauma est stocké dans des zones de ton cerveau qui ne parlent pas le langage des mots. Quand je te dis « raconte-moi ce qui s’est passé », tu vas peut-être pleurer, bégayer, ou te bloquer. Ce n’est pas un manque de volonté. C’est que la partie de ton cerveau qui gère le langage est court-circuitée par l’amygdale, cette petite structure qui sonne l’alarme. L’hypnose, elle, parle le langage des sensations, des images, des métaphores. Elle permet de contacter le trauma sans passer par la réexposition brutale.
Prenons un exemple. Une dame que j’ai suivie – appelons-la Sophie – ne pouvait plus prendre sa voiture après un accident sur l’autoroute. En hypnose, je ne lui ai pas demandé de revivre l’accident en détail. Je l’ai invitée à imaginer une salle de cinéma intérieure, où elle pouvait regarder la scène sur un écran, avec la télécommande en main. Si c’était trop fort, elle pouvait mettre la vidéo en pause, la rendre en noir et blanc, ou même la réduire à la taille d’un timbre-poste. Progressivement, son système nerveux a appris que regarder la scène ne signifiait pas mourir. L’hypnose a permis de renégocier la mémoire traumatique, en sécurité.
Ce qui fait la force de l’hypnose ericksonienne, c’est qu’elle utilise tes propres ressources. Tu as déjà en toi des capacités d’apaisement, d’imagination, de dissociation positive. Mon rôle est simplement de t’aider à les activer. Pour le trauma, cela signifie que tu n’es pas passif. Tu es acteur de ta guérison, même si tu as les yeux fermés et que tu sembles « ailleurs ».
L’IFS, ou « Internal Family Systems », a été développé par Richard Schwartz dans les années 1980. L’idée de base est simple et puissante : ton esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de multiples « parts » ou sous-personnalités, chacune avec son rôle, ses émotions, ses croyances. Certaines parts sont protectrices – elles te poussent à être parfait, à éviter les conflits, à contrôler ton environnement. D’autres sont blessées – elles portent la douleur du trauma, la honte, la peur.
Dans le trauma, ces parts sont souvent en conflit. Une part blessée peut être terrifiée, tandis qu’une part protectrice la réprime en te faisant dire « arrête de pleurer, c’est du passé ». Le problème, c’est que plus tu réprimes la part blessée, plus elle crie fort. Elle va se manifester par des cauchemars, des flashs, des tensions corporelles. L’IFS propose une autre voie : au lieu de combattre ces parts, tu apprends à les accueillir avec curiosité et compassion.
« Chaque part de toi, même celle qui semble destructrice, a une intention positive. Elle essaie de te protéger, même si sa méthode est devenue obsolète. »
J’ai travaillé avec un footballeur qui avait une peur panique de rater un penalty. En explorant avec l’IFS, on a découvert une part jeune de lui, âgée d’environ 8 ans, qui s’était sentie humiliée après avoir manqué un tir décisif en match. Cette part était restée figée dans la honte. Le footballeur adulte, lui, avait développé une part « performeuse » qui le poussait à s’entraîner sans relâche, mais aussi à stresser énormément. Au lieu de dire à la part performeuse de se calmer, on a d’abord écouté la part blessée. On l’a remerciée d’avoir porté cette honte toutes ces années. On lui a montré que l’adulte était là, en sécurité. Progressivement, la part blessée a pu lâcher prise, et la part performeuse s’est adoucie.
L’IFS ne demande pas de « supprimer » les parts. Il te ramène à ce que Schwartz appelle le « Self » – une essence centrale de toi, calme, curieuse, confiante, créative, connectée. Le Self n’est pas une part parmi d’autres ; c’est la source de guérison. Quand tu peux te connecter à ton Self, tu deviens capable d’écouter tes parts sans être submergé par elles. Pour le trauma, c’est révolutionnaire : tu n’es plus victime de tes réactions automatiques, tu deviens le leader bienveillant de ta propre psyché.
Maintenant, tu te demandes peut-être : pourquoi combiner les deux ? L’hypnose, c’est un état modifié de conscience. L’IFS, c’est un modèle de travail avec les parts. En réalité, ils se complètent magnifiquement. Laisse-moi t’expliquer comment.
L’hypnose facilite l’accès aux parts. Dans un état hypnotique, ton conscient critique s’apaise, et les parts peuvent se présenter plus facilement. Tu n’as pas besoin d’analyser, de juger ou de comprendre intellectuellement. Tu peux simplement ressentir. Par exemple, je peux te guider en hypnose pour que tu rencontres une part qui porte une peur viscérale. Plutôt que de te dire « je suis en colère », tu vas peut-être voir une image : une petite fille recroquevillée dans un coin. Ou ressentir une lourdeur dans la poitrine. L’hypnose rend ces expériences plus vivantes, plus directes.
Ensuite, l’IFS structure le travail. Une fois que la part est présente, je t’aide à entrer en relation avec elle. On va lui demander ce qu’elle ressent, ce dont elle a besoin, ce qu’elle craint si elle lâche son rôle. Tout cela peut se faire en hypnose, sans que tu aies à sortir de cet état de profonde concentration. Le cadre IFS t’évite de te perdre dans l’émotion brute. Il te donne une feuille de route : accueillir, remercier, décharger, libérer.
J’ai eu un patient qui avait vécu un harcèlement scolaire intense. En hypnose, une part de lui s’est présentée comme un adolescent enfermé dans une cage de verre. Grâce à l’IFS, on a pu dialoguer avec cette part, comprendre qu’elle s’était isolée pour ne plus souffrir. Ensuite, en hypnose, on a imaginé ouvrir la cage, lentement, avec la présence du Self. Ce n’était pas une solution magique en une séance, mais un processus. À chaque fois, la part se sentait un peu plus en sécurité. Au bout de quelques mois, le patient m’a dit : « Je peux maintenant retourner dans ma ville natale sans avoir la nausée. »
Cette alliance est particulièrement puissante pour le trauma car elle respecte ton rythme. Tu n’es jamais forcé. Si une part se montre réticente, on s’arrête, on l’écoute. L’hypnose n’est pas un « viol de l’inconscient », comme certains le craignent. C’est une danse, où je suis un guide, et toi, tu restes aux commandes. L’IFS, de son côté, garantit que chaque part est honorée. Ensemble, ils créent un espace de guérison où la douleur peut se transformer sans être niée.
Je veux être honnête avec toi. L’hypnose et l’IFS sont des alliés puissants, mais ils ne sont pas des baguettes magiques. Il faut que tu saches ce qu’ils ne font pas, pour ne pas avoir d’attentes irréalistes.
D’abord, ils n’effacent pas les souvenirs. Le trauma fait partie de ton histoire. Tu ne vas pas te réveiller un matin en ayant oublié ce qui s’est passé. Ce qui change, c’est la charge émotionnelle attachée au souvenir. La scène peut encore être présente dans ta mémoire, mais elle ne te fait plus trembler. Elle devient un événement du passé, rangé dans une boîte, au lieu d’être un fantôme qui hante ton présent.
Ensuite, ces approches ne te rendent pas passif. Certains imaginent qu’en hypnose, le praticien « fait tout » et que le patient n’a qu’à se laisser faire. C’est faux. Ton engagement est crucial. Entre les séances, tu peux avoir des réactions, des rêves, des moments de fragilité. C’est normal. Le travail continue dans ta vie quotidienne. L’IFS, en particulier, t’invite à développer une pratique d’écoute intérieure, comme une méditation guidée. Plus tu t’entraînes, plus tu deviens autonome.
Enfin, ils ne conviennent pas à tout le monde, ni à tous les moments. Si tu es en pleine crise – par exemple, si tu as des idées suicidaires ou si tu es dans un état de dissociation sévère – un travail plus stabilisant est nécessaire avant. Je suis formé pour évaluer ça. Mon rôle est aussi de te dire non si ce n’est pas le bon moment. La sécurité prime toujours.
« La guérison du trauma n’est pas une ligne droite. C’est un chemin sinueux avec des avancées et des retours. Ce qui compte, c’est la direction : aller vers plus de liberté intérieure. »
Tu es peut-être en train de lire cet article en te disant : « D’accord, mais moi, qu’est-ce que je peux faire ce soir ? » Voici une petite pratique que tu peux essayer, seule ou seul, pour goûter à l’esprit de l’IFS et de l’hypnose. Elle ne remplace pas un accompagnement professionnel, mais elle peut t’aider à amorcer un premier contact avec tes parts.
Installe-toi dans un endroit calme. Ferme les yeux. Prends trois respirations profondes, en laissant l’air descendre jusqu’au ventre. Maintenant, porte ton attention sur une sensation inconfortable que tu ressens souvent : une tension dans les épaules, une boule dans la gorge, un poids sur la poitrine. Ne cherche pas à la faire disparaître. Observe-la comme si tu regardais un nuage dans le ciel. Puis, doucement, demande-lui : « Si tu pouvais parler, qu’est-ce que tu voudrais me dire ? » Laisse venir la réponse, même si elle est étrange. Peut-être que c’est une phrase, une image, une émotion. Ne juge pas. Si une réponse arrive, remercie-la. Dis-lui : « Je t’entends. Je suis là. » Puis, reprends trois respirations et ouvre les yeux.
Ce petit exercice est un premier pas. Il te montre que tu peux entrer en contact avec des parties de toi sans être submergé. Si tu ressens que c’est trop fort, arrête-toi. Ce n’est pas un test. C’est juste une invitation à la curiosité.
Pour aller plus loin, je te propose de tenir un petit carnet. Note les moments où tu te sens réactif : une colère soudaine, une peur irraisonnée, un besoin de contrôle. Demande-toi : « Quelle part de moi est activée en ce moment ? » Tu n’as pas besoin d’avoir la réponse tout de suite. Le simple fait de poser la question ouvre une porte.
Avant de conclure, je veux te parler d’un aspect spécifique de ma pratique : la préparation mentale sportive. J’accompagne des coureurs et des footballeurs, et le trauma n’est pas réservé aux civils. Un sportif peut être traumatisé par une blessure grave, une humiliation publique, ou un échec répété. J’ai vu des athlètes développer des blocages inexplicables : ne plus oser sprinter, avoir peur du contact, perdre confiance sans raison.
L’hypnose et l’IFS sont particulièrement adaptés ici parce qu’ils respectent la culture du sportif. Un athlète n’aime pas parler de ses faiblesses. L’hypnose, elle, ne demande pas de tout raconter en détail. On peut travailler sur une sensation, un geste, une image. L’IFS, de son côté, permet de dénouer la part blessée sans que le sportif ait à se sentir vulnérable devant un public. C’est un travail en coulisses, discret et efficace.
Un footballeur que j’ai suivi avait peur de prendre un carton
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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