3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Une approche douce pour dénouer les blocages.
Voilà, vous êtes là, assis en face de moi dans mon cabinet, et vous me dites : « Je ne comprends pas, Thierry. J’ai tout fait. J’ai parlé, j’ai pleuré, j’ai compris pourquoi j’étais en colère contre mon père. Mais mon dos, là, cette boule dans le ventre, cette sensation d’oppression… ça ne passe pas. » Et vous avez raison. Vous avez fait le travail cognitif, le travail émotionnel, mais il reste quelque chose d’ancré, de physique, de tenace. Ce quelque chose, c’est le trauma somatique. Il ne se loge pas dans les mots, il se loge dans les tissus, dans les fascias, dans la mémoire implicite de votre corps. Aujourd’hui, je veux vous parler d’une approche que j’utilise quotidiennement pour libérer ces blocages : l’hypnose éricksonienne, associée à l’Intelligence Relationnelle et à l’IFS (Internal Family Systems). Pas de promesses magiques, juste une méthode douce, respectueuse, qui part du principe que votre corps n’est pas l’ennemi à vaincre, mais un allié à réapprivoiser.
Vous avez peut-être déjà entendu l’expression « le corps garde les comptes ». Elle est de Bessel van der Kolk, un des grands spécialistes du trauma. Mais concrètement, qu’est-ce que ça signifie pour vous ? Imaginez un instant que vous êtes un animal sauvage dans la forêt. Vous croisez un prédateur. Votre système nerveux s’active en un millième de seconde : combat, fuite, ou figement. Si vous combattez ou fuyez avec succès, l’énergie de cette activation se dissipe. Vous tremblez, vous courez, vous criez, puis vous retombez dans un état de calme. Mais si vous ne pouvez ni combattre ni fuir – un enfant face à un parent violent, un adulte dans un accident de voiture immobilisé, une agression sexuelle où le corps est paralysé –, alors le système nerveux reste en hyperactivation. Le figement s’installe. Cette énergie, cette décharge électrique, ne trouve pas d’issue. Elle reste là, stockée dans les muscles, dans le diaphragme, dans la nuque, dans le plancher pelvien.
Je reçois souvent des sportifs de haut niveau, des coureurs ou des footballeurs, qui viennent pour une baisse de performance inexplicable. Ils ont un bon entraîneur, une bonne hygiène de vie, mais ils « bloquent » dans certaines phases du jeu. Quand on gratte un peu, on découvre souvent un petit trauma somatique non résolu : une chute à vélo à 8 ans, une humiliation en match, une pression parentale écrasante. Le corps s’est figé à ce moment-là, et il continue de se figer aujourd’hui, dans des contextes qui ressemblent de loin à cette situation initiale. Le cerveau cognitif a oublié, mais le corps, lui, se souvient. C’est ce qu’on appelle la mémoire procédurale : elle n’est pas verbale, elle est sensorielle, motrice, viscérale.
L’hypnose ericksonienne, dans ce cadre, ne cherche pas à « faire parler » le trauma. Elle cherche à créer un espace de sécurité suffisamment grand pour que le corps puisse, à son rythme, décharger cette énergie bloquée. On ne force rien. On invite. On suggestionne des images, des sensations, des mouvements infimes. Parfois, je demande simplement à la personne de « laisser son corps bouger tout seul », comme si elle regardait un film d’elle-même. Et là, sans comprendre pourquoi, elle se met à trembler, à bâiller, à avoir des spasmes. Ce sont des décharges neurovégétatives. C’est le système nerveux qui se réinitialise. C’est la libération somatique.
« Le corps n’est pas un dépotoir à émotions. C’est un système vivant qui cherche constamment à retrouver son équilibre. L’hypnose, c’est juste lui donner la permission de le faire. »
Il y a une chose que j’observe chez beaucoup de personnes qui arrivent en consultation : elles ont essayé de se détendre. Vraiment essayé. Elles ont fait du yoga, de la méditation, des exercices de respiration. Et pourtant, elles se sentent encore plus tendues. Pourquoi ? Parce que la volonté, quand elle s’applique au corps, crée une contraction supplémentaire. « Je dois me détendre » devient une injonction, une performance. Le système nerveux perçoit cette injonction comme un danger. « On me dit de me calmer, donc je ne suis pas en sécurité. Je dois rester en alerte. » C’est le paradoxe du contrôle : plus vous essayez de lâcher prise, plus vous serrez.
L’hypnose ericksonienne contourne ce piège avec élégance. Milton Erickson, son fondateur, était un maître de l’indirection. Il ne disait pas « détendez-vous », il disait « vous pouvez peut-être remarquer que votre main droite est un peu plus lourde que la gauche… ou pas. » Il utilisait le « oui-set » : une série de petites affirmations indiscutables qui créent un sentiment d’accord. « Vous êtes assis dans ce fauteuil. Vous entendez ma voix. Vous pouvez sentir l’air entrer dans vos narines. » Le cerveau, progressivement, abaisse ses défenses. Il n’est plus en mode combat contre lui-même.
Je me souviens d’un patient, un cadre commercial, qui venait pour des douleurs chroniques à la mâchoire et à la nuque. Il serrait les dents la nuit, au point de se réveiller avec des migraines. Il avait tout essayé : gouttière, ostéopathe, relaxation. Rien n’y faisait. En séance, je lui ai proposé une hypnose très simple : je lui ai demandé de visualiser sa mâchoire comme un poing fermé, puis de laisser ce poing s’ouvrir tout seul, comme une fleur au ralenti. Pas d’effort. Juste une image. Au bout de quelques minutes, sa mâchoire s’est détendue de plusieurs millimètres, et il a fondu en larmes. Ce n’était pas la douleur qui pleurait, c’était la tension qui avait enfin la permission de s’en aller. La volonté n’avait pas réussi. L’imagination, oui.
Dans l’Intelligence Relationnelle, on appelle ça « la posture basse » : on arrête de vouloir diriger le processus. On devient un observateur curieux de ce qui se passe. C’est exactement ce que l’hypnose propose au corps : une présence sans intention. Et c’est dans cet espace que le trauma somatique peut se dénouer, parce qu’il n’est plus menacé par la volonté de le faire disparaître.
L’un des outils les plus précieux que j’utilise en complément de l’hypnose, c’est l’IFS, ou Internal Family Systems. L’idée de base est simple : votre esprit n’est pas un bloc monolithique. Il est composé de « parties », des sous-personnalités qui ont chacune un rôle, une émotion, une croyance. Par exemple, il y a une partie qui veut absolument contrôler votre alimentation, une autre qui veut se faire discrète en société, une autre encore qui se met en colère dès que vous vous sentez rejeté. Ces parties ne sont pas des pathologies, ce sont des stratégies de survie. Le problème, c’est qu’elles sont souvent en conflit entre elles, et qu’elles verrouillent l’accès au trauma.
Quand vous avez un trauma somatique, il y a généralement une partie « pompier » qui fait tout pour que vous n’ayez pas à ressentir la sensation corporelle associée. Cette partie peut vous pousser à manger, à boire, à travailler frénétiquement, à vous dissocier en regardant votre téléphone. Elle fait un bruit de fond constant pour couvrir le silence du corps. Et il y a une partie « manager » qui organise votre vie pour éviter toute situation qui pourrait réveiller le trauma. Vous ne faites plus de sport, vous évitez les relations intimes, vous vous tenez toujours droit pour ne pas sentir votre dos. Ces parties sont vos alliées, elles vous ont protégé. Mais elles sont aussi devenues des geôlières.
L’hypnose, couplée à l’IFS, permet d’entrer en dialogue avec ces parties sans les combattre. En état d’hypnose, je peux inviter la partie « pompier » à prendre un peu de recul, à s’asseoir sur une chaise à côté de vous, à vous faire confiance pour quelques minutes. Et sous cette couche de protection, on trouve souvent une partie « exilée » : une jeune partie de vous, un enfant qui a vécu le trauma et qui porte encore toute la charge émotionnelle et sensorielle. C’est elle qui a la douleur au ventre, la boule dans la gorge, la sensation d’étouffement. En hypnose, on peut aller vers elle, non pas pour la « guérir » ou la « faire disparaître », mais pour l’écouter, la prendre dans les bras, lui dire « je te vois, je suis là maintenant ».
Un exemple concret : une jeune femme venait pour des crises d’angoisse inexplicables, surtout le soir, quand elle était seule dans son lit. Son corps se raidissait, son cœur s’emballait, elle avait l’impression d’étouffer. En hypnose, nous avons rencontré une partie qui lui disait « tu dois rester vigilante, ne t’endors pas, c’est dangereux ». En dialoguant avec cette partie, nous avons découvert qu’elle protégeait une petite fille de 6 ans qui avait été réveillée en pleine nuit par une dispute violente entre ses parents. La petite fille avait appris que dormir, c’était risquer d’être surprise. La partie vigilante avait fait son travail pendant 30 ans. En séance, nous avons remercié cette partie, puis nous avons invité la petite fille à venir dans un endroit sûr, sous une couverture chaude, avec une lumière douce. La patiente, en larmes, a senti son corps se détendre pour la première fois depuis des années. Le trauma somatique n’avait pas besoin d’être « analysé », il avait besoin d’être accueilli.
Il y a un malentendu courant sur l’hypnose : on imagine une personne allongée, immobile, complètement endormie. C’est une image de cinéma. En réalité, l’hypnose thérapeutique, surtout quand on travaille sur le trauma somatique, est un état profondément actif. Pas actif dans le sens d’un effort musculaire, mais actif dans le sens d’une réorganisation intérieure. Le corps bouge, même imperceptiblement. Et c’est ce mouvement, souvent involontaire, qui est le signe de la libération.
Je travaille beaucoup avec des coureurs et des footballeurs en préparation mentale. Un coureur qui a une foulée bloquée, qui manque de relâchement dans la cheville ou la hanche, a souvent un petit trauma somatique non résolu. En hypnose, je ne lui dis pas « relaxe ta cheville », je lui propose d’imaginer que sa cheville est une rivière, que l’eau coule à travers, qu’elle trouve son chemin. Et sans qu’il le veuille consciemment, sa cheville commence à faire de petits cercles, à s’assouplir. Le corps sait ce qu’il doit faire. Il a juste besoin d’une permission non verbale.
Dans le cadre du trauma, ce mouvement peut être plus spectaculaire : des tremblements, des secousses, des torsions lentes du tronc, des bâillements profonds, des soupirs. Ce sont des décharges de l’énergie bloquée. Le système nerveux autonome, qui était resté en mode « sympathique » (alerte) ou « dorsal » (figement), passe en mode « ventral » (sécurité sociale, connexion). C’est le but du travail. Et l’hypnose n’est pas un état de sommeil, c’est un état de conscience modifié où le cortex préfrontal – le chef d’orchestre de la volonté – se met en retrait, laissant le tronc cérébral et le système limbique faire leur travail de régulation.
Je me rappelle d’un patient qui avait vécu un accident de voiture grave. Il avait peur de conduire, mais surtout, il avait une douleur persistante à l’épaule droite, côté conducteur. Les médecins ne trouvaient rien d’organique. En hypnose, je lui ai demandé de revoir la scène de l’accident, mais comme s’il était un témoin dans un avion au-dessus. Pas de reviviscence, juste une observation. À un moment, son bras droit a commencé à se lever tout seul, lentement, comme s’il voulait pousser quelque chose. Il a dit « je me souviens, j’ai mis le bras en travers pour me protéger au moment de l’impact ». Ce mouvement de protection, qui n’avait pas été complété (la voiture avait continué sa trajectoire), était resté bloqué dans l’articulation. En laissant son bras faire le mouvement au ralenti, en le complétant dans l’espace sécurisé de l’hypnose, la douleur a disparu. Le corps avait enfin fini son geste.
« Le trauma, c’est un mouvement interrompu. L’hypnose, c’est l’espace pour le terminer, en toute sécurité. »
Je veux être clair avec vous : l’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne fait pas disparaître les souvenirs traumatiques. Elle ne change pas le passé. Elle ne guérit pas les blessures d’attachement profondes en une séance. Et elle ne remplace pas un suivi médical ou psychiatrique quand c’est nécessaire. Si vous avez des symptômes physiques aigus, un avis médical est indispensable avant d’attribuer quoi que ce soit à un trauma somatique.
Ce que l’hypnose fait, c’est changer la relation que vous avez avec votre corps et avec votre histoire. Elle ne supprime pas la douleur, elle transforme la façon dont vous l’habitez. Elle ne vous rend pas « insensible », elle vous rend plus présent à ce qui est là, sans que cela vous submerge. C’est une différence fondamentale. Beaucoup de personnes confondent guérison et amnésie. « Je veux oublier », me disent-elles. Mais l’oubli forcé est une dissociation, pas une libération. Le but n’est pas que le corps ne se souvienne plus, c’est qu’il ne soit plus contrôlé par ce souvenir.
Il y a aussi des limites pratiques. Certaines personnes, surtout celles qui ont été gravement traumatisées dans la petite enfance, peuvent avoir des réactions de décharge très intenses en hypnose. C’est pourquoi je travaille toujours avec des fenêtres de tolérance : on n’ouvre pas la porte en grand d’un coup, on l’entrouvre, on regarde, on respire, on referme. Le rythme est celui de la personne, pas le mien. L’hypnose ericksonienne est douce, mais elle n’est pas « légère ». Elle peut remuer des choses profondes. C’est pourquoi un cadre sécurisé, une relation de confiance, et un praticien formé sont essentiels.
Enfin, je veux dire un mot sur la notion de « lâcher prise ». C’est un terme galvaudé. Lâcher prise ne veut pas dire abandonner, se résigner, ou ne plus rien faire. Cela veut dire cesser de lutter contre ce qui est déjà là. C’est un acte de courage, pas de faiblesse. L’hypnose vous aide à trouver ce courage en vous-même, pas en vous forçant, mais en vous montrant que vous avez déjà survécu à ce qui vous est arrivé. Et que votre corps, malgré tout, est un allié incroyablement résilient.
Vous n’avez pas besoin d’être en séance pour commencer ce travail. Il y a des micro-gestes que vous pouvez faire, dès ce soir, pour renouer avec votre corps et lui donner une chance de se libérer un peu. Je vais vous en proposer un, simple, que j’appelle la « pause somatique ».
Installez-vous confortablement, assis ou allongé. Fermez les yeux si vous le souhaitez. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Ne cherchez pas à modifier
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
Prendre contactDes techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Des routines anodines qui renforcent l'anxiété sans que vous le réalisiez.
Des micro-actions pour briser la léthargie dès le réveil.
Parlons-en — premier échange, sans engagement.