PsychologieTrauma Et Resilience

IFS et trauma : parler à vos parties qui protègent le corps

Apaiser les gardiens intérieurs de la douleur.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

J’ai reçu un message d’un coureur, la semaine dernière. Il me disait : « Thierry, depuis mon accident de vélo il y a deux ans, j’ai une douleur à la hanche droite qui ne part jamais. Les médecins disent qu’il n’y a plus rien de cassé, que tout est consolidé. Mais la douleur est là, tous les jours. Je commence à croire que c’est dans ma tête. »

Je lui ai répondu : « Ce n’est pas dans ta tête. C’est entre ta tête et ton corps. Et c’est là que l’IFS peut t’aider. »

Cet échange illustre une réalité que je rencontre plusieurs fois par semaine dans mon cabinet à Saintes. Vous avez peut-être vécu quelque chose d’approchant : une douleur qui persiste alors que les examens sont normaux, une tension chronique dans une zone précise, ou une sensation d’oppression qui revient dès que vous êtes dans certaines situations. Votre corps semble vous envoyer un message que votre esprit conscient ne comprend pas.

L’IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) offre une grille de lecture puissante pour ces situations. Elle ne remplace pas un diagnostic médical, mais elle ouvre une porte que la médecine conventionnelle ne sait pas toujours pousser. Dans cet article, je vais vous montrer comment vos parties protectrices – ces gardiens intérieurs – peuvent verrouiller une douleur dans le corps, et comment vous pouvez commencer à les apaiser.

Pourquoi votre corps continue-t-il à souffrir alors que la menace est partie ?

C’est la question qui revient le plus souvent dans mon cabinet. Vous avez guéri d’une blessure, d’une opération, ou même d’un événement traumatique ancien, mais votre dos, votre ventre, votre nuque ou votre mâchoire restent en alerte. Vous avez l’impression que votre corps n’a pas reçu le message que tout va bien.

En IFS, on considère que le système psychique est composé de plusieurs « parties » – des sous-personnalités qui ont chacune un rôle, une émotion, une croyance et un âge. Certaines parties sont ce qu’on appelle des protecteurs. Leur job : vous éviter de ressentir une douleur émotionnelle ou physique qu’ils jugent insupportable. Le problème, c’est qu’ils utilisent souvent des stratégies qui ont fonctionné dans le passé, mais qui deviennent inadaptées aujourd’hui.

Prenons un exemple concret. Je reçois une femme d’une cinquantaine d’années, appelons-la Sophie. Elle souffre de migraines chroniques depuis son divorce, il y a huit ans. Tout a été exploré : ophtalmo, neuro, ostéo. Rien. En séance, on découvre une partie en elle qui « serre » sa tête pour l’empêcher de penser à la rupture. Cette partie s’est activée au moment du choc émotionnel et n’a jamais reçu l’ordre de relâcher. Elle est devenue une gardienne verrouillant la boîte crânienne.

Le mécanisme est simple : une partie protectrice perçoit un danger (réel ou symbolique) et met le corps en tension pour vous protéger. Si la menace est passée mais que la partie ne le sait pas, elle continue. Et la douleur devient chronique.

« Une partie qui protège ne se trompe pas sur son intention. Elle se trompe seulement sur la temporalité. Elle croit que le danger est toujours là. »

Ce n’est pas un défaut. C’est une fidélité absolue à ce qu’elle a vécu. Le problème, c’est que vous payez le prix fort : fatigue, raideur, douleur, épuisement nerveux.

Qui sont ces gardiens intérieurs qui bloquent votre corps ?

En IFS, on distingue plusieurs types de protecteurs. Ceux qui agissent sur le corps sont souvent silencieux, discrets, et extrêmement loyaux. Ils ne parlent pas avec des mots, mais avec des sensations. Voici les trois profils que je rencontre le plus souvent dans mon travail à Saintes.

Le manager. C’est la partie qui organise, contrôle, anticipe. Elle aime que tout soit sous contrôle pour éviter la surprise, l’imprévu, le danger. Dans le corps, elle se manifeste par des tensions musculaires diffuses, une mâchoire serrée, des épaules remontées, une respiration haute et courte. Vous la reconnaissez quand vous vous dites : « Je dois tenir le coup », « Je n’ai pas le temps de m’écouter », « C’est comme ça, on avance. »

Le pompier. C’est la partie d’urgence. Elle sort la lance quand le feu est déjà pris. Elle peut vous pousser à manger, boire, fumer, vous épuiser au sport, ou au contraire vous figer complètement. Dans le corps, elle produit des douleurs aiguës, des spasmes, des blocages soudains. Elle vous dit : « Vite, change quelque chose, n’importe quoi, mais ne reste pas avec cette sensation. » Elle est souvent en lien avec des traumatismes plus anciens, des chocs émotionnels non résolus.

Le porteur. Cette partie est moins connue, mais je la vois très souvent. C’est une partie qui a accepté de porter la douleur pour protéger quelqu’un d’autre – un parent, un enfant, un conjoint. Elle se manifeste par des douleurs dans le dos, les épaules, le thorax. Une patiente me disait : « Chaque fois que ma mère va mal, j’ai mal au ventre. » C’est le porteur à l’œuvre.

Ces parties ne sont pas vos ennemies. Elles sont vos alliées, mais elles sont coincées dans une mission qui a dépassé sa date de péremption. L’IFS propose de les rencontrer, de les comprendre, et de leur montrer qu’aujourd’hui, vous êtes capable de gérer ce qu’elles ont tenté de vous cacher.

Comment l’IFS entre-t-elle en dialogue avec une douleur sans mots ?

C’est la question technique la plus importante. Vous n’allez pas parler à votre douleur comme on parle à un collègue. L’IFS utilise une méthode qui s’appelle le focus sensing (ou sentir depuis l’intérieur). Il ne s’agit pas de verbaliser pour verbaliser, mais d’entrer en contact avec la sensation corporelle comme si elle était une présence.

Voici comment je procède avec les personnes que j’accompagne, et comment vous pouvez commencer à le faire seul, en douceur.

Première étape : localiser et décrire. Vous fermez les yeux, vous portez votre attention sur la zone douloureuse. Vous ne cherchez pas à la faire disparaître. Vous l’observez. Vous lui donnez des qualités : est-ce une brûlure, une pression, une torsion, un poids ? Est-ce chaud, froid, vibrant ? Quelle forme ? Quelle couleur ? Vous n’interprétez pas. Vous décrivez.

Deuxième étape : accueillir sans jugement. Vous dites intérieurement à cette sensation : « Je te vois. Je sais que tu es là pour une raison. Je ne te demande pas de partir. Je veux juste te connaître. » C’est un geste radical de non-violence envers vous-même. La plupart des gens passent leur temps à lutter contre la douleur. L’IFS propose de poser les armes.

Troisième étape : demander ce qu’elle veut. Vous posez une question simple à la sensation ou à la partie qui est derrière : « Qu’est-ce que tu veux que je sache ? » ou « Qu’est-ce que tu crains qu’il arrive si tu relâches ? » Vous n’attendez pas une phrase complète. Vous attendez une impression, un mot, une image, une émotion qui monte. Parfois, c’est juste un « non » ou un « attention ». Parfois, c’est une image d’un enfant qui pleure.

Je me souviens d’un sportif de haut niveau que j’ai suivi. Il avait une contracture récurrente au mollet gauche, systématiquement avant les compétitions importantes. En dialoguant avec la sensation, il a vu un petit garçon de six ans, terrorisé par son père qui criait avant un match de foot. La partie dans le mollet disait : « Je bloque pour que tu ne fasses pas de faux pas et que tu ne te fasses pas gronder. » Cette partie avait trente ans de plus que l’événement. Elle ne savait pas que le père était mort depuis dix ans.

« Quand une partie du corps reçoit enfin la preuve que le danger n’est plus là, elle peut commencer à relâcher. Mais il faut lui montrer, pas lui ordonner. »

Pourquoi certaines parties refusent-elles catégoriquement de lâcher la douleur ?

Vous avez peut-être déjà essayé des techniques de relaxation, de respiration, de méditation. Et vous vous êtes dit : « Ça ne marche pas sur moi. Dès que je me détends, ça revient plus fort. » C’est normal. Ce n’est pas un échec. C’est le signe que vous avez affaire à un protecteur verrouillé.

Certaines parties ne lâchent pas parce qu’elles sont liées à un traumatisme non résolu. Le traumatisme n’est pas seulement un souvenir. C’est une empreinte dans le système nerveux. Une partie qui a vécu un viol, un accident grave, une trahison ou une perte brutale ne va pas se contenter d’une intention de bien-être. Elle a besoin de preuves. Elle a besoin de sentir que vous êtes capable de faire face à ce qu’elle a dû encaisser seule.

Dans ces cas-là, la douleur physique est un verrou de sécurité. La partie se dit : « Si je relâche la tension, tout va sortir, et il/elle ne pourra pas le supporter. » Et elle a raison sur un point : sans cadre, sans présence stable, la décharge émotionnelle peut être déstabilisante. C’est pourquoi je ne recommande jamais d’aller forcer le dialogue avec une partie traumatique sans accompagnement professionnel.

Mais vous pouvez déjà poser un geste préparatoire. Vous pouvez dire à cette partie : « Je ne te demande pas de lâcher maintenant. Je te demande juste de me faire confiance un tout petit peu, le temps qu’on se connaisse mieux. » C’est une négociation respectueuse. Vous ne lui demandez pas de disparaître. Vous lui demandez de vous laisser approcher.

Comment l’Intelligence Relationnelle complète-t-elle l’approche IFS sur la douleur ?

Je ne travaille pas uniquement avec l’IFS. J’utilise aussi l’Intelligence Relationnelle (IR), une approche qui s’intéresse à la qualité de la relation que vous entretenez avec vous-même et avec les autres. Et c’est là que le lien avec la douleur devient très concret.

Une partie qui verrouille le corps est souvent une partie qui porte une croyance relationnelle blessée. Par exemple : « Si je montre ma faiblesse, on va m’abandonner », « Si je ne suis pas parfait, je ne mérite pas d’être aimé », « Si je lâche prise, tout va s’effondrer. »

Ces croyances ne viennent pas de nulle part. Elles ont été construites dans des relations précoces ou traumatiques. Et elles sont maintenues actives par des parties protectrices qui vous empêchent de tester la réalité. L’IR permet de repérer ces schémas et de les dénouer dans le lien thérapeutique.

Concrètement, quand une personne arrive avec une douleur chronique à l’épaule droite, je ne vais pas seulement dialoguer avec la partie dans l’épaule. Je vais aussi regarder comment elle se positionne dans ses relations : est-ce qu’elle porte tout ? Est-ce qu’elle n’ose pas demander de l’aide ? Est-ce qu’elle a appris qu’elle devait « être forte » pour être aimée ?

La douleur devient alors un symptôme relationnel. Et en travaillant la relation à soi – en apprenant à dire non, à poser une limite, à recevoir – la partie dans l’épaule reçoit un message plus fort que tous les étirements : « Tu n’es plus seule. Je suis là, et je peux partager le poids. »

« Une douleur qui persiste est parfois une fidélité silencieuse à un ancien mode de survie. La guérison, c’est offrir une nouvelle option à cette fidélité. »

Ce que l’IFS ne fait pas (et pourquoi c’est important à savoir)

Je veux être très clair, parce que mon métier repose sur la confiance et l’honnêteté. L’IFS n’est pas une méthode magique. Elle ne remplace pas un suivi médical. Si vous avez une douleur, vous devez d’abord consulter un médecin, faire les examens nécessaires, écarter les causes organiques. L’IFS intervient en complément, quand le corps dit « je ne comprends pas pourquoi ça continue ».

L’IFS ne vous promet pas une vie sans douleur. Personne ne peut promettre ça. Mais elle peut vous aider à changer votre relation à la douleur, à réduire son intensité, à comprendre son message, et parfois à la faire disparaître quand elle était uniquement maintenue par un protecteur.

L’IFS ne vous demande pas de « pardonner » ou de « lâcher prise » comme un ordre. C’est un processus de négociation intérieure, pas une injonction au bien-être. Certaines parties mettent des mois à lâcher. Et c’est OK.

Enfin, l’IFS peut révéler des émotions ou des souvenirs que vous aviez enterrés. C’est un processus puissant, et parfois déstabilisant. Il est important d’être accompagné par un praticien formé, surtout quand on aborde des traumatismes complexes.

Comment commencer dès maintenant à apaiser un gardien intérieur ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour poser un premier geste. Voici un exercice très simple, que je donne à toutes les personnes que je reçois à Saintes.

Installez-vous dans un endroit calme. Posez une main sur la zone douloureuse ou tendue. Pas pour masser, pas pour forcer. Juste pour poser une présence. Respirez doucement.

Dites à voix haute ou intérieurement : « Je te remercie d’être là. Je sais que tu fais de ton mieux pour me protéger. Je ne te demande pas de partir. Je veux juste te connaître. »

Restez ainsi une à deux minutes. Observez ce qui se passe. Peut-être que la sensation change légèrement. Peut-être qu’une émotion monte. Peut-être que rien ne se passe. C’est parfait. Vous venez de poser un acte de reconnaissance envers une partie de vous qui n’a probablement jamais été remerciée pour son travail.

Vous pouvez répéter cet exercice chaque jour, sans forcer, sans objectif. L’idée n’est pas de guérir en une fois. L’idée est d’ouvrir une ligne de communication. Et ça, c’est déjà immense.

Ce que je retiens de mon travail à Saintes

Depuis 2014, j’accompagne des adultes qui souffrent. Beaucoup sont venus pour une douleur physique, et ont découvert en chemin une souffrance émotionnelle plus ancienne. L’IFS et l’Intelligence Relationnelle leur ont offert un langage pour se comprendre, et une méthode pour se libérer progressivement.

Je ne dis pas que tout disparaît. Je dis que la relation change. Et quand la relation change, le corps peut enfin envoyer un nouveau message. Un message qui dit : « Je suis en sécurité. Je peux relâcher. »

Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, si vous sentez qu’une partie de vous voudrait être entendue, je vous reçois dans mon cabinet à Saintes, ou en visio si vous êtes plus loin. On peut commencer par un échange simple, sans engagement, pour voir si cette approche vous correspond.

Vous n’êtes pas seul avec cette douleur. Et ce n’est pas une fatalité. Votre corps vous parle. Il est peut-être temps de lui répondre avec la même attention qu’il vous offre chaque jour.

Thierry Sudan
Praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle
Préparateur mental sportif
Saintes – Visio possible

Pour prendre contact, un message suffit. Je vous réponds toujours personnellement.

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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