3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Ne pas se contenter de guérir, mais viser une vie plus riche.
Je ne sais pas pour vous, mais moi, je reçois régulièrement dans mon cabinet des personnes qui me disent : « Je veux juste retrouver ma vie d’avant. » C’est compréhensible. Quand on souffre, quand on traverse un burn-out, une dépression, un deuil ou un traumatisme, la priorité absolue, c’est de faire cesser la douleur. On veut que ça s’arrête. On veut que les nuits d’insomnie, les crises d’angoisse, cette sensation d’être en pilotage automatique ou ce poids sur la poitrine disparaissent. On veut revenir à la case départ, à ce temps béni où tout allait « bien ».
Pourtant, il y a un problème avec ce désir de retour. Un problème qui, si on n’y prend pas garde, peut nous maintenir coincé dans un cycle de souffrance bien plus longtemps qu’il ne le faudrait. Le « retour à la normale » est un piège. Un piège confortable, rassurant, mais un piège quand même. Parce que la « normale » d’avant, c’est souvent exactement ce qui nous a conduits là où nous sommes aujourd’hui. Vouloir y retourner, c’est un peu comme vouloir réparer une voiture pour qu’elle refasse exactement le même accident.
Je m’appelle Thierry Sudan, je suis praticien à Saintes, et j’accompagne des adultes en souffrance depuis 2014. Je travaille avec l’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’Intelligence Relationnelle. Je vois aussi des sportifs, coureurs et footballeurs, pour la préparation mentale. Et dans tous ces contextes, une vérité s’impose : guérir, ce n’est pas revenir en arrière. Guérir, c’est construire un chemin vers un état plus riche, plus solide, plus aligné. Un état que vous n’avez peut-être jamais connu.
Dans cet article, je vais vous montrer pourquoi ce piège est si séduisant, ce qu’il cache, et comment viser plus haut n’est pas un luxe, mais une nécessité pour une vraie résilience.
Prenons un exemple. J’ai reçu il y a quelques années un homme, appelons-le Marc. Marc était cadre commercial, passionné par son travail, mais aussi rongé par une anxiété de performance qui le faisait dormir trois heures par nuit. Il était en burn-out. Quand il est arrivé, il m’a dit : « Thierry, je veux juste retrouver mon énergie d’avant. Je veux pouvoir enchaîner les réunions, les déplacements, et avoir encore la force d’aller courir le weekend. »
Ce « d’avant » était pour lui la normale. Mais est-ce que cette normale était saine ? Non. Elle était dysfonctionnelle. Elle était maintenue par une surcharge d’adrénaline et de cortisol, une absence de limites, et une incapacité à dire non. Revenir à cela, c’était garantir une rechute dans les six mois. Le piège, c’est que notre cerveau a une mémoire du « familier » plus forte que celle du « bon ». Ce qui est familier nous semble sûr, même si c’est toxique.
Sur le plan biologique, quand vous vivez un stress chronique ou un trauma, votre système nerveux se réorganise. Votre amygdale (le détecteur d’alerte) devient hyperactive. Votre cortex préfrontal (le centre de la raison et de la régulation) s’affaiblit. Revenir à la normale, ce serait essayer de remettre ces circuits exactement comme avant. Mais « avant », ces circuits étaient déjà fragiles ou en déséquilibre. C’est pour ça qu’ils ont craqué.
Sur le plan psychologique, le « retour à la normale » est souvent une tentative d’évitement. On ne veut pas regarder ce qui s’est passé. On ne veut pas voir les failles de notre ancien système de vie. On veut juste que la douleur s’arrête pour pouvoir recommencer à faire semblant. Mais la souffrance n’est pas une erreur de parcours. C’est un signal. Un signal que l’ancienne carte n’est plus valable. Ignorer ce signal, c’est comme rouler avec le voyant d’huile allumé en espérant qu’il s’éteigne tout seul.
« Le retour à la normale, c’est la tentative de réparer un pont qui s’est effondré en utilisant les mêmes matériaux qui ont causé sa chute. »
Vouloir revenir à la normale, c’est aussi nier que vous avez changé. Le trauma, la dépression, le burn-out, ça transforme une personne. Vous n’êtes plus celui ou celle d’avant. Et c’est une bonne nouvelle. Parce que cette transformation, si elle est bien accompagnée, peut vous rendre plus lucide, plus fort, plus connecté à vos vrais besoins.
Dans notre culture, on a une vision très mécaniste de la guérison. On imagine le psy ou le médecin comme un garagiste : on amène la voiture, il change la pièce défectueuse, et on repart comme si de rien n’était. Les approches centrées uniquement sur la « réparation » du symptôme (supprimer l’angoisse, effacer le souvenir traumatique, muscler la volonté) tombent dans ce piège.
Je ne dis pas que ces approches sont inutiles. Loin de là. L’hypnose ericksonienne que je pratique peut soulager un symptôme rapidement. L’IFS peut apaiser des parts de nous en souffrance. Mais si j’arrête là, si je ne fais que « réparer », je manque l’essentiel.
Prenons l’exemple de Sophie. Sophie était une jeune femme qui venait pour des crises d’angoisse liées à une relation toxique avec son père. Elle voulait « ne plus avoir peur de lui ». On aurait pu, avec une technique de désensibilisation, lui faire associer son père à une image neutre. Elle serait repartie « guérie » sur le papier. Mais sa vie n’aurait pas changé profondément. Elle serait restée dans une dynamique relationnelle où elle s’oublie, où elle ne pose pas ses limites, où elle cherche l’approbation. Le symptôme (la peur) serait peut-être parti, mais la cause sous-jacente (le schéma relationnel) serait restée intacte.
Les approches uniquement réparatrices vous promettent un retour à l’état antérieur. Elles vous disent : « On va effacer ça, et vous serez comme avant. » Mais « comme avant », c’est aussi fragile qu’avant. C’est comme si on vous recousait une déchirure sans retirer l’épine qui l’a provoquée.
La guérison véritable, celle qui tient dans la durée, n’est pas un effacement. C’est une intégration. C’est apprendre à vivre avec ce qui s’est passé, non pas en le niant, mais en le digérant. C’est transformer l’expérience douloureuse en une source de connaissance de soi. C’est ce que les Anglo-Saxons appellent le « post-traumatic growth » (la croissance post-traumatique). Ce n’est pas une mode. C’est un phénomène documenté : des personnes qui, après un trauma, développent une appréciation plus grande de la vie, des relations plus authentiques, une force personnelle accrue, et une vie spirituelle ou existentielle plus riche.
Viser plus haut, ce n’est pas nier la douleur. C’est refuser qu’elle soit la seule chose qui définisse votre avenir.
C’est ici que l’IFS, ou le « Système Familial Intérieur », change la donne. L’IFS part d’un postulat radical : vous n’êtes pas un bloc uniforme. Vous êtes composé de multiples « parts » ou sous-personnalités. Il y a la part qui veut tout contrôler, la part qui a peur, la part qui se sacrifie, la part qui se met en colère, et au centre, il y a un « Soi » fondamentalement calme, curieux, confiant et compatissant.
Dans le piège du retour à la normale, on essaie de faire taire ou de bannir les parts qui souffrent. On veut se débarrasser de la part anxieuse, de la part triste, de la part en colère. On les traite comme des ennemies. « Je ne devrais pas ressentir ça », « Il faut que je positive », « Je dois être fort ». C’est une guerre intérieure, et elle est épuisante.
L’IFS propose une autre voie : on ne bannit pas les parts, on les écoute. On ne cherche pas à les faire taire, on cherche à comprendre quel est leur rôle, quelle est leur peur, ce qu’elles protègent. Et là, on fait une découverte stupéfiante : ces parts qui nous font souffrir (le perfectionnisme, l’auto-sabotage, la dépendance affective) ne sont pas malveillantes. Ce sont des parts qui ont pris un rôle extrême pour nous protéger, souvent depuis l’enfance.
Prenons un cas concret. Un sportif que j’accompagne (appelons-le Lucas) était bloqué par une peur panique de l’échec. Chaque course, chaque match, il était terrorisé à l’idée de décevoir. Il voulait « revenir à la normale », c’est-à-dire retrouver la confiance qu’il avait à 15 ans. Mais en travaillant avec l’IFS, on a rencontré la part qui avait peur. C’était une part très jeune, qui s’était formée quand son père, pourtant bien intentionné, lui disait : « Si tu n’es pas premier, tu n’es rien. » Cette part avait pris le contrôle pour le pousser à être parfait, pour éviter la honte et le rejet. Elle n’était pas son ennemie. Elle était son gardien, mais un gardien qui avait abusé de ses pouvoirs.
Quand Lucas a pu remercier cette part pour son travail, et lui montrer qu’aujourd’hui, adulte, il n’avait plus besoin d’elle pour survivre, la peur s’est naturellement apaisée. Il n’a pas eu à la combattre. Il a juste eu à l’écouter et à la libérer de son fardeau. Le résultat ? Il n’est pas « revenu à la normale ». Il est allé plus loin. Il a développé une confiance qui n’est pas basée sur la performance, mais sur la connaissance de ses propres mécanismes. Il court aujourd’hui pour le plaisir, pas pour la validation.
« Guérir, ce n’est pas se débarrasser de ses parts blessées. C’est leur rendre leur place, et prendre la place qui nous revient : celle du Soi, calme et confiant. »
C’est ça, viser plus haut. Ce n’est pas être parfait. C’est être entier.
Mon travail de préparateur mental sportif m’a appris quelque chose de crucial : un athlète ne cherche pas à revenir à son niveau d’avant une blessure. Il cherche à revenir plus fort. Parce qu’il sait que le chemin de la rééducation, s’il est bien fait, lui a appris des choses sur son corps, sur sa récupération, sur sa discipline, qu’il n’aurait jamais apprises sans cette blessure. C’est exactement la même chose pour la santé mentale.
L’Intelligence Relationnelle, c’est l’art de comprendre et de naviguer dans nos relations avec nous-mêmes et avec les autres. Elle est la clé pour ne pas retomber dans les mêmes schémas. Quand vous avez vécu un trauma ou un effondrement, vous avez probablement été exposé à des relations dysfonctionnelles (avec vous-même ou avec les autres) qui ont contribué à votre souffrance. Vouloir revenir à la normale, c’est vouloir revenir à ces relations dysfonctionnelles.
Viser plus haut, c’est utiliser la crise comme un laboratoire pour développer de nouvelles compétences relationnelles :
J’ai accompagné une femme, Anne, qui sortait d’une relation violente psychologiquement. Elle voulait « juste ne plus avoir peur des hommes ». C’était sa normale d’avant : une vie de méfiance et de contrôle. Le travail n’a pas été de la « guérir » de sa peur. Le travail a été de l’aider à construire une nouvelle relation à elle-même, une relation fondée sur la confiance en son propre jugement et sur la capacité à choisir des partenaires respectueux. Aujourd’hui, elle ne dit pas : « Je suis revenue à la normale. » Elle dit : « Je suis devenue celle que j’aurais aimé être à 20 ans. »
C’est un saut qualitatif. On ne revient pas. On devient.
Alors, comment savoir si vous êtes, vous aussi, en train de tomber dans ce piège du retour à la normale ? Voici quelques signes qui ne trompent pas :
Si vous vous reconnaissez dans un ou plusieurs de ces points, ne vous inquiétez pas. C’est humain. Mais vous pouvez faire un pas de côté dès maintenant. Voici un exercice simple, que vous pouvez faire en cinq minutes, seul ou avec un carnet.
L’exercice des deux colonnes :
Prenez une feuille. Tracez une ligne au milieu.
Maintenant, regardez les deux colonnes. La colonne de gauche, c’est le piège. La colonne de droite, c’est la clé. Votre nouvel objectif n’est pas de retrouver la colonne de gauche. Votre nouvel objectif est de construire une vie qui ait les bénéfices de la colonne de gauche (énergie, joie, connexion) SANS les coûts de la colonne de droite (épuisement, peur, sacrifice de soi).
C’est ça, viser plus haut. Ce n’est pas une fuite en avant. C’est une construction consciente.
Je ne vais pas vous mentir : ce chemin est exigeant. Il demande de regarder en face des choses inconfortables. Il demande de renoncer à l’idée que vous pouvez « tout contrôler » en revenant en arrière. Il demande une forme de courage qui n’est pas celle de l’endurance, mais celle de la vulnérabilité.
Mais la récompense est immense. Ce n’est pas une vie sans douleur. C’est une vie où la douleur a un sens, où elle est un signal et non un ennemi. C’est une vie où vous ne vous contentez pas de survivre, mais où vous vous épanouissez, dans une relation plus
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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