PsychologieTrauma Et Resilience

Le protocole en 4 étapes pour libérer une tension traumatique

Guide pratique pour accompagner votre guérison.

TSThierry Sudan
25 avril 202612 min de lecture

Tu viens de passer une mauvaise nuit. Encore une. Le réveil sonne, mais tu as l’impression de ne pas avoir fermé l’œil. Pourtant, tu es fatigué, vidé. Et cette boule dans le ventre, cette tension dans les épaules, elle est là, fidèle au poste, comme un colocataire indésirable que tu n’arrives pas à virer. Tu te dis que c’est le stress, le travail, les enfants, la vie. Et tu n’as pas tort. Mais si je te disais que cette tension n’est pas seulement une question de fatigue ou de charge mentale ? Qu’elle pourrait être la mémoire d’un événement passé, un choc émotionnel ou physique que ton corps n’a jamais eu l’occasion de digérer complètement ?

Je vois ça tous les jours dans mon cabinet à Saintes. Des hommes et des femmes, des adultes solides, qui viennent pour une anxiété, une insomnie, une irritabilité chronique, ou un mal de dos qui ne passe pas. Ils ont essayé les étirements, la relaxation, les médicaments. Ça soulage, mais ça ne dure pas. Parce que ce qu’ils portent, ce n’est pas juste une mauvaise posture ou des soucis passagers. C’est une tension traumatique. Une empreinte laissée dans le système nerveux par un événement que le cerveau n’a pas réussi à traiter sur le moment.

La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens de libérer cette tension. Pas en la forçant, pas en la combattant, mais en apprenant à l’écouter et à l’accompagner. Dans cet article, je vais te partager un protocole en quatre étapes que j’utilise avec mes patients. Il s’inspire de l’hypnose ericksonienne, de l’IFS (Internal Family Systems) et de l’Intelligence Relationnelle. Ce n’est pas une formule magique, mais un chemin concret que tu peux commencer à explorer, même seul, en toute sécurité.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, une chose importante : ce protocole est un outil d’accompagnement. Si tu vis des symptômes traumatiques sévères (flashbacks violents, attaques de panique régulières, dissociation fréquente), il est essentiel de consulter un professionnel formé. Ce texte est une ressource, pas un substitut à un suivi thérapeutique.

Qu’est-ce qu’une tension traumatique ? Pourquoi ton corps reste en alerte ?

Pour comprendre comment libérer une tension traumatique, il faut d’abord comprendre ce qu’elle est. Imagine ton système nerveux comme un détecteur de fumée ultra-sensible. Quand tu es en danger, il sonne l’alarme : ton cœur accélère, tes muscles se tendent, ta respiration devient rapide. C’est la réponse de survie, parfaitement normale. Une fois le danger passé, le détecteur se réinitialise. Le calme revient.

Mais parfois, le choc est trop fort, trop soudain, ou trop répété. Le détecteur reste bloqué sur “alarme”. Même quand la menace a disparu, ton corps continue de se préparer au combat ou à la fuite. Cette activation permanente, c’est la tension traumatique. Elle n’est pas “dans ta tête” au sens où tu l’imaginerais. Elle est dans ton corps : dans les fascias, les muscles profonds, le système nerveux autonome.

Prenons un exemple concret. Un patient, appelons-le Marc, est venu me voir pour des douleurs cervicales et une sensation d’étouffement récurrente. Rien d’organique. En discutant, il a évoqué un accident de voiture bénin cinq ans plus tôt. Pas de blessure physique grave, mais un choc émotionnel violent. Sur le moment, il était “resté stoïque”, avait fait les papiers, était rentré chez lui. Il pensait l’avoir “digéré”. Mais son corps, lui, n’avait pas fini le travail. Les cervicales en hypertonie, c’était la posture de protection qu’il avait prise au moment de l’impact. La sensation d’étouffement, c’était la respiration bloquée par la peur. Cinq ans après, le détecteur sonnait toujours.

Ce que tu dois retenir, c’est que la tension traumatique n’est pas une faiblesse. C’est une intelligence de ton corps qui a fait son boulot pour te protéger. Le problème, c’est qu’elle continue de le faire alors que ce n’est plus nécessaire. La libération ne passe pas par une lutte contre cette tension, mais par une communication avec elle. C’est ce que ce protocole va t’aider à faire.

Étape 1 : Accueillir la tension sans la juger (le phase de stabilisation)

La première étape est la plus contre-intuitive. Quand tu ressens une tension, une angoisse, une douleur, ton réflexe naturel est de vouloir t’en débarrasser. Tu la combats, tu la nies, tu la juges comme “mauvaise”. C’est humain, mais ça ne marche pas. Plus tu luttes contre une tension, plus elle s’ancre. Pourquoi ? Parce que la lutte est elle-même une forme de stress. Tu ajoutes de la tension à la tension.

Le travail commence par l’accueil. Pas la résignation, pas le laisser-faire passif, mais une forme d’attention curieuse et bienveillante. C’est ce qu’on appelle la stabilisation. Tu crées un espace intérieur de sécurité où la tension peut exister sans être menacée.

Comment faire concrètement ?

  1. Trouve un endroit calme où tu ne seras pas dérangé pendant 10 à 15 minutes. Assieds-toi confortablement, les pieds à plat sur le sol, les mains sur les cuisses.
  2. Porte ton attention sur ta respiration. Ne cherche pas à la modifier. Observe simplement l’air qui entre et qui sort. Fais-le pendant une minute. C’est ton point d’ancrage.
  3. Localise la tension. Où est-elle dans ton corps ? Dans la poitrine ? Les épaules ? Le ventre ? La mâchoire ? Ne cherche pas à la décrire en détail. Donne-lui juste une adresse approximative. “Il y a une tension dans ma poitrine.”
  4. Dis-lui bonjour. Intérieurement, adresse-toi à cette tension comme à une présence. Tu peux dire : “Bonjour, je sens que tu es là.” Ou “Je te vois.” C’est tout. Pas de jugement, pas de demande de départ. Juste une reconnaissance.
  5. Reste avec elle 2 à 3 minutes. Si ton esprit s’évade, ramène-le doucement à la tension et à ta respiration. Observe si elle change de forme, d’intensité, de lieu. Peut-être qu’elle s’intensifie un peu au début. C’est normal. C’est le signe qu’elle se sent vue et qu’elle commence à se montrer vraiment.

Cette étape est fondamentale. Elle envoie un signal à ton système nerveux : “Je ne suis plus en danger immédiat. Cette tension n’est pas une ennemie à abattre. C’est une part de moi qui a besoin d’attention.” C’est le socle de tout le travail. Sans cette stabilisation, les étapes suivantes risquent d’être vécues comme une intrusion, une menace supplémentaire.

“Le corps ne peut lâcher ce qu’il ne se sent pas autorisé à ressentir.”

Tu peux pratiquer cette étape plusieurs fois par jour, même pour 2 minutes. Dans les transports, avant une réunion stressante, le soir dans ton lit. Plus tu t’entraînes à accueillir, plus ton système nerveux apprend qu’il peut tolérer la sensation sans devoir fuir ou combattre. C’est la porte d’entrée de la libération.

Étape 2 : Donner une voix à la tension (le phase d’exploration)

Une fois que tu as installé une relation d’accueil avec la tension, tu peux passer à l’étape suivante : l’exploration. L’idée est simple : la tension n’est pas juste une sensation physique vide. Elle est souvent porteuse d’une histoire, d’une émotion, d’une croyance. En lui donnant une voix, tu commences à décoder le message qu’elle essaie de te transmettre.

C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) entre en jeu. Dans cette approche, on considère que chaque tension, chaque émotion forte, chaque comportement répétitif est une “partie” de nous. Une partie qui a une intention positive, même si ses méthodes sont devenues inadaptées. La tension dans ta poitrine, par exemple, pourrait être une partie qui te protège en te comprimant, pour que tu ne “craques” pas en public.

Comment pratiquer l’exploration ?

  1. Reprends la position d’accueil (calme, respiration, attention sur la tension).
  2. Pose-lui des questions, comme si tu t’adressais à une personne silencieuse en toi. Ne force pas les réponses. Laisse venir ce qui vient, même si c’est flou, bizarre ou illogique. Tu peux demander :
    • “Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?”
    • “Depuis quand es-tu là ?”
    • “Qu’est-ce qui te déclenche ?”
    • “Qu’aurais-tu besoin que je sache ?”
  3. Observe les réponses. Elles peuvent prendre la forme de mots, d’images, de souvenirs, de sensations qui se déplacent. Peut-être que tu “vois” une scène de ton enfance. Peut-être que tu “entends” une phrase : “Tu dois être fort.” Peut-être que la tension se transforme en chaleur ou en vibration.
  4. Note sans juger. Prends un carnet après l’exercice si tu veux. Mais pendant, reste dans l’expérience. Ne t’attache pas à une interprétation. “J’ai senti une boule dans la gorge, et une image de mon père est venue. Je ne sais pas ce que ça veut dire.” C’est parfait. L’important, c’est le dialogue, pas la solution.

Prenons un exemple. Une patiente, Sophie, ressentait une tension chronique dans la mâchoire. En l’accueillant, elle a commencé à “entendre” une voix intérieure dire “Tais-toi, tu vas dire une bêtise.” En explorant, elle a compris que cette tension était liée à un événement où, enfant, elle avait été humiliée pour avoir parlé à table. La partie “mâchoire serrée” la protégeait de revivre cette honte. En comprenant cela, Sophie a pu ressentir de la compassion pour cette partie, au lieu de la détester.

L’exploration n’est pas une psychanalyse sauvage. C’est une écoute. Tu ne cherches pas à “résoudre” le trauma. Tu cherches à établir une relation avec la partie qui porte la tension. Souvent, le simple fait d’être entendue suffit à ce que la tension commence à se relâcher un peu. Elle n’a plus besoin de crier pour se faire remarquer.

Étape 3 : Négocier et apaiser la réponse de survie (le phase de régulation)

L’accueil et l’exploration ont préparé le terrain. Maintenant, tu passes à une phase plus active : la régulation. L’objectif est de calmer la réponse de survie que la tension incarne. Tu as identifié une partie qui te protège en te serrant, en te raidissant, en t’étouffant. Cette partie croit sincèrement que tu es encore en danger. Il faut donc lui montrer, avec des preuves corporelles, que la menace est passée.

C’est là que l’hypnose ericksonienne et l’Intelligence Relationnelle sont précieuses. On ne parle pas à la raison, on parle au système nerveux. On utilise des ressources internes (souvenirs, images, sensations de sécurité) pour créer un contrepoids à l’activation.

Comment réguler concrètement ?

  1. Rappelle-toi une ressource. Ferme les yeux et évoque un moment où tu t’es senti en sécurité, calme, fort. Ça peut être un lieu (une plage, une forêt, ton canapé), une personne (un grand-parent, un ami), ou même une sensation (la chaleur d’une couverture, la douceur d’un animal). Laisse l’image se former, les sons, les odeurs. Reste dans cette sensation de ressource pendant 1 à 2 minutes.
  2. Reviens à la tension. Garde un pied dans la ressource (par exemple, la sensation de chaleur dans le ventre) et un autre dans la tension (la mâchoire serrée). Observe comment la tension réagit à la présence de la ressource. Est-ce qu’elle se modifie ? Est-ce qu’elle devient plus floue, plus lourde, plus légère ?
  3. Propose une alternative à la partie protectrice. Tu peux lui dire intérieurement : “Je te remercie de m’avoir protégé. Maintenant, je suis en sécurité. Tu peux peut-être te relâcher un tout petit peu ? Juste 5%.” Ou : “Je sais que tu veux me garder prêt à agir. Et si on respirait ensemble un instant ?”
  4. Utilise des gestes apaisants. Pose une main sur la zone tendue (poitrine, ventre, cou). La chaleur de ta main est un signal puissant de sécurité pour le système nerveux. Tu peux aussi faire des mouvements lents et rythmés, comme un balancement doux.

Tu ne forces pas le lâcher-prise. Tu invites le système à se détendre. C’est une négociation subtile. Tu n’es pas en guerre contre la tension ; tu es en train de rassurer une partie effrayée de toi.

“La guérison ne vient pas de la disparition du symptôme, mais de la transformation de notre relation avec lui.”

Si la tension ne se relâche pas, ce n’est pas un échec. C’est une information. Peut-être que la partie a besoin de plus de temps pour te faire confiance. Peut-être que la ressource que tu as choisie n’est pas assez puissante. Peut-être que tu as besoin d’un professionnel pour t’accompagner dans cette phase. L’important, c’est d’apprendre à cohabiter avec la tension sans qu’elle te submerge. C’est la régulation.

Étape 4 : Intégrer le changement dans ta vie quotidienne (le phase d’incarnation)

Les trois premières étapes sont comme des séances d’entraînement. La quatrième, c’est le match. L’intégration, c’est le moment où tu sors de ton espace calme et tu ramènes ce que tu as appris dans le tumulte de ta vie quotidienne. Sans cette étape, les bénéfices restent fragiles, confinés à ton tapis de yoga ou à ton fauteuil de consultation. Il faut que le changement s’incarne dans ta réalité : dans tes interactions, tes réactions, tes choix.

L’Intelligence Relationnelle joue ici un rôle clé. Une tension traumatique n’est pas seulement une affaire individuelle ; elle se joue dans tes relations. Peut-être que ta tension à la mâchoire apparaît quand ton conjoint te fait une remarque. Peut-être que la boule dans ta poitrine se réveille quand ton chef te met la pression. L’intégration, c’est repérer ces schémas et expérimenter une nouvelle réponse.

Comment intégrer durablement ?

  1. Identifie tes déclencheurs quotidiens. Prends un carnet et note les situations où la tension revient fortement. Le moment précis ? La personne ? L’émotion qui précède ? Par exemple : “Chaque fois que je dois prendre la parole en réunion, ma gorge se serre.”
  2. Crée un “rituel de transition”. Avant d’entrer dans une situation déclencheuse, prends 30 secondes pour appliquer l’étape 1 et 2. Tu vas aux toilettes, tu poses une main sur ton ventre, tu respires, et tu dis à la tension : “Je sais que tu es là. Merci de me protéger. Je suis là maintenant.” C’est un pont entre ton travail intérieur et l’action.
  3. Expérimente une micro-action différente. Quand la tension monte, au lieu de la subir ou de la combattre, fais un petit geste. Ouvre la mâchoire consciemment, expire longuement, détends les épaules, ou même dis à la personne en face : “Laisse-moi une seconde, je respire.” Ce n’est pas une fuite ; c’est un acte d’autorégulation en contexte réel.
  4. Célèbre les petites victoires. Tu as réussi à ne pas serrer la mâcho

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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