3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Apprenez à utiliser vos larmes comme un moteur.
Je reçois souvent dans mon cabinet des personnes qui me disent, d’une voix hésitante : « Je ne comprends pas, d’habitude je tiens le coup, mais là… je craque pour rien. » Elles parlent d’une dispute avec un collègue, d’un regard qu’elles ont mal interprété, d’une fatigue qui s’accumule. Et puis elles ajoutent, presque gênées : « Je me suis mise à pleurer. Devant tout le monde. »
Ce qui est frappant, c’est que ces larmes sont vécues comme une faiblesse, une perte de contrôle, un échec. Comme si la résilience, cette capacité à rebondir après une épreuve, devait absolument passer par l’absence d’émotion. Comme si être fort, c’était ne rien ressentir.
Je vais vous dire une chose que j’ai apprise en accompagnant des centaines de personnes à Saintes depuis 2014 : la résilience n’est pas une armure. C’est une capacité à naviguer dans ses émotions, à les accueillir, à les comprendre, et à les utiliser comme des signaux. Vos larmes ne sont pas l’ennemi de votre force. Elles en sont souvent le carburant.
Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi les émotions sont au cœur de la résilience, comment les mécanismes fonctionnent, et surtout, comment vous pouvez commencer dès aujourd’hui à transformer ce que vous appelez « faiblesse » en un véritable moteur.
La première chose que je remarque chez les personnes que j’accompagne, c’est l’immense culpabilité qui entoure leurs émotions. On nous a appris très tôt, souvent dans l’enfance, à contrôler nos débordements. « Arrête de pleurer, ce n’est pas grave. » « Sois fort, ne montre pas tes sentiments. » « Les garçons ne pleurent pas. » « Tu fais une montagne de tout. »
Ces phrases, répétées comme des mantras, s’impriment dans notre système nerveux. Elles créent ce que j’appelle des « croyances émotionnelles ». Votre cerveau associe alors une larme à une alerte : « Attention, danger, tu es vulnérable, cache-toi. »
Prenons un exemple concret. J’ai reçu un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre dans une entreprise locale. Appelons-le Marc. Il venait me voir parce qu’il faisait des crises d’angoisse dès qu’il devait prendre la parole en réunion. En creusant, il m’a raconté une scène de son enfance : à 8 ans, il avait pleuré après une chute à vélo. Son père lui avait dit, sur un ton sec : « Arrête de chialer, tu vas attirer l’attention. Tu n’es pas un bébé. »
Marc avait intégré que pleurer = être faible = être rejeté. Alors, toute sa vie, il avait réprimé ses émotions. Il les avait enfouies sous une carapace de contrôle et de performance. Mais cette carapace, à force d’être sollicitée, s’était fissurée. Son corps avait dit stop. Les crises d’angoisse étaient la seule façon pour son système de libérer une pression accumulée pendant trente ans.
Ce que Marc ne savait pas, c’est que ses larmes n’étaient pas le problème. Elles étaient la solution que son corps avait trouvée pour survivre à une pression inhumaine.
Point clé : La résilience ne consiste pas à ne pas pleurer. Elle consiste à pleurer quand c’est nécessaire, puis à savoir pourquoi, et à décider quoi faire de cette information.
Pour comprendre pourquoi les émotions sont essentielles à la résilience, il faut d’abord saisir ce qui se passe dans votre cerveau quand vous les réprimez.
Imaginez votre système nerveux comme une cocotte-minute. Chaque émotion – colère, tristesse, peur, honte – est une montée de vapeur. Si vous laissez la soupape s’ouvrir de temps en temps, la pression se régule naturellement. Mais si vous vissez le couvercle en vous disant « je dois tenir », la pression monte, monte, jusqu’à ce que ça explose.
Ce n’est pas une métaphore poétique. C’est une réalité neurologique. Quand vous réprimez une émotion, votre cortex préfrontal – la partie rationnelle de votre cerveau – doit constamment inhiber les signaux venus de votre système limbique, le centre émotionnel. Cela consomme énormément d’énergie. Résultat : vous êtes moins disponible pour réfléchir, pour décider, pour rebondir.
Vous devenez plus irritable, plus fatigué, plus vulnérable au stress. Et surtout, vous perdez l’accès à une information précieuse : l’émotion est un signal. La tristesse vous dit que vous avez besoin de réconfort ou de temps pour digérer une perte. La colère vous dit qu’une limite a été franchie, qu’un besoin fondamental n’est pas respecté. La peur vous dit qu’il y a un danger réel ou perçu à évaluer.
En ignorant ces signaux, vous naviguez à l’aveugle. Vous croyez être fort, mais vous êtes juste déconnecté.
Un exemple concret : une patiente, Sophie, infirmière, venait me voir parce qu’elle se sentait « vidée », incapable d’être présente pour ses patients. Elle disait : « Je n’ai plus de larmes, je suis devenue insensible. » En travaillant ensemble, nous avons découvert qu’elle avait accumulé des années de tristesse face à la souffrance des autres, sans jamais se permettre de la ressentir. Elle s’était blindée. Mais ce blindage l’avait coupée d’elle-même. Sa résilience était devenue une muraille qui l’isolait.
Quand elle a appris à accueillir ses émotions, même les plus douloureuses, elle a retrouvé une forme de souplesse intérieure. Elle pouvait pleurer le soir chez elle, et le lendemain, être pleinement présente pour ses patients. Ses larmes n’étaient plus un ennemi, mais une soupape qui lui permettait de continuer.
Beaucoup de mes patients me demandent : « Mais à quoi ça sert de pleurer, concrètement ? » La réponse est fascinante. Les larmes émotionnelles (par opposition aux larmes réflexes, comme celles du vent ou de l’oignon) ont une composition chimique spécifique.
Des études, notamment celles du biochimiste William Frey, ont montré que les larmes émotionnelles contiennent des hormones de stress comme la prolactine, l’adrénocorticotrophine (ACTH) et la leucine-enképhaline, un analgésique naturel. En d’autres termes, quand vous pleurez, votre corps évacue physiquement des substances toxiques liées au stress.
C’est un processus physiologique de régulation. Pleurer, c’est comme faire une purge de votre système nerveux. C’est pourquoi après un bon pleur, vous ressentez souvent un apaisement, une légèreté. Votre rythme cardiaque ralentit, votre respiration s’approfondit. Vous entrez dans un état parasympathique, celui de la récupération.
Mais attention : ce processus fonctionne si vous laissez l’émotion se déployer sans la juger. Si vous pleurez tout en vous disant « je suis nul, je n’aurais pas dû », vous activez en même temps le stress. Vous bloquez le processus. C’est ce que j’appelle « pleurer contre soi-même ».
L’idée, c’est d’apprendre à pleurer avec soi-même. C’est-à-dire : accueillir la larme comme une information, sans la condamner. Vous pouvez même lui parler intérieurement : « Ah, voilà la tristesse. Bonjour. Je sens une boule dans ma gorge. Je sens une pression dans ma poitrine. Je laisse faire. »
Moment fort : La résilience n’est pas l’absence de larmes. C’est la capacité à pleurer, à comprendre ce que cette émotion vous dit, puis à utiliser cette compréhension pour avancer. Un résilient n’est pas un robot. C’est un humain qui sait que ses émotions sont des alliées, pas des ennemies.
Parlons maintenant de la tristesse, l’émotion la plus souvent rejetée. On la fuit, on la masque avec du travail, des écrans, des sorties, de l’alcool parfois. Mais plus on la fuit, plus elle s’installe en embuscade.
Dans mon travail, j’utilise souvent l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) pour aider les personnes à rencontrer leurs émotions. L’IFS, en particulier, considère que chaque émotion est une « partie » de nous, une sous-personnalité qui a une intention positive. La tristesse, par exemple, a souvent pour mission de nous ralentir, de nous protéger d’une surcharge, de nous permettre de digérer un événement.
Imaginez que vous venez de perdre quelque chose d’important : un emploi, une relation, un proche. Votre tristesse est là pour vous dire : « Stop. Tu as besoin de repos. Tu as besoin de pleurer cette perte avant de pouvoir reconstruire. » Si vous l’ignorez, vous risquez de vous jeter dans une nouvelle activité pour oublier, mais vous emporterez le poids non digéré avec vous. Et ce poids finira par peser sur votre prochaine épreuve.
Un exemple : un patient, Jean, avait perdu son père. Il avait « tenu le choc » pendant l’enterrement, aidé sa mère, repris le travail trois jours après. Six mois plus tard, il faisait des insomnies, des crises de colère, et son couple battait de l’aile. Il ne comprenait pas. En séance, nous avons exploré cette tristesse qu’il n’avait jamais laissée venir. Quand il a enfin pleuré, c’était une libération. Il a compris que sa tristesse n’était pas une faiblesse, mais un hommage à son père. En l’accueillant, il a pu faire son deuil, et sa résilience est devenue plus souple, plus authentique.
Pour accueillir la tristesse, vous pouvez essayer ce petit exercice : la prochaine fois qu’elle monte, au lieu de la chasser, asseyez-vous avec elle cinq minutes. Posez-vous dans un endroit calme. Fermez les yeux. Respirez. Dites-vous : « Je ressens de la tristesse. C’est juste une émotion. Elle est là pour une raison. Je ne lui résiste pas. » Vous verrez, souvent, après quelques minutes, l’émotion se transforme. Elle devient moins aiguë. Vous retrouvez une clarté.
La tristesse n’est pas la seule émotion essentielle. La colère et la peur sont tout aussi importantes, mais souvent mal comprises.
La colère est peut-être l’émotion la plus stigmatisée. On nous apprend à la réprimer, à « rester calme », à « ne pas s’énerver ». Pourtant, la colère est un formidable moteur d’action. Elle vous signale qu’une injustice a eu lieu, qu’une limite a été franchie, qu’un besoin est ignoré. Elle vous donne de l’énergie pour agir.
Prenons un exemple : une patiente, Claire, se faisait marcher sur les pieds par sa hiérarchie. Elle accumulait des heures supplémentaires non payées, acceptait des remarques désobligeantes. Elle disait : « Je n’ose pas me fâcher, je vais passer pour une hystérique. » Sa colère était là, mais elle la retournait contre elle-même : maux de tête, tensions musculaires, insomnies.
En travaillant avec elle, nous avons appris à reconnaître sa colère comme un signal légitime. « Ta colère te dit que tu mérites d’être respectée », lui ai-je dit. Elle a appris à l’exprimer, non pas en criant, mais en posant des limites claires. Elle a demandé une augmentation, elle a refusé une tâche abusive. Sa colère, bien canalisée, est devenue le moteur de sa résilience professionnelle.
La peur, elle, est souvent vue comme un frein. Mais la peur est un radar. Elle vous alerte sur des dangers réels ou imaginaires. Si vous l’écoutez, elle peut vous aider à éviter des pièges. Le problème, c’est quand la peur devient chronique et disproportionnée. Là encore, l’accueillir plutôt que la fuir permet de la désamorcer.
L’hypnose ericksonienne est particulièrement efficace pour cela : elle permet de revenir à l’origine de la peur, souvent une situation passée, et de la retraiter. Vous pouvez ainsi utiliser l’énergie de la peur pour vous préparer, pour être vigilant, sans être paralysé.
Je vous propose maintenant une méthode concrète, que j’utilise souvent avec mes patients, pour transformer vos émotions en moteur de résilience. Elle repose sur trois étapes : Identifier, Accueillir, Décoder.
1. Identifier l’émotion : La prochaine fois que vous sentez une montée émotionnelle – que ce soit de la tristesse, de la colère, de la peur, de la honte –, prenez une seconde pour la nommer. « Je ressens de la colère. » « Je ressens de la tristesse. » Le simple fait de nommer l’émotion active votre cortex préfrontal et réduit l’intensité de la réponse émotionnelle. C’est un outil de régulation puissant.
2. Accueillir l’émotion sans jugement : Ne vous dites pas « je ne devrais pas ressentir ça ». Dites-vous plutôt « c’est normal de ressentir ça dans cette situation ». Placez une main sur votre cœur ou votre ventre, respirez profondément, et laissez l’émotion être là. Vous n’avez pas à agir immédiatement. Vous pouvez juste la ressentir. Si des larmes viennent, laissez-les couler. Si vous avez envie de taper dans un coussin (pour la colère), faites-le en conscience.
3. Décoder le message : Une fois que l’émotion s’est un peu apaisée, posez-vous la question : « Que me dit cette émotion ? De quoi ai-je besoin ? » Par exemple : la colère peut vous dire « j’ai besoin que mes limites soient respectées » ; la tristesse peut dire « j’ai besoin de repos et de réconfort » ; la peur peut dire « j’ai besoin de sécurité ou d’informations ».
Ensuite, agissez en fonction de ce message. Pas nécessairement tout de suite, mais planifiez une action. Par exemple, si votre colère vous dit que vous avez besoin de poser une limite, préparez une conversation. Si votre tristesse vous dit que vous avez besoin de repos, accordez-vous une pause.
Cette méthode transforme vos émotions en boussole. Au lieu de subir, vous utilisez l’énergie émotionnelle pour orienter vos choix. C’est ça, la résilience active : non pas éviter les tempêtes, mais apprendre à naviguer avec elles.
Moment fort : La résilience n’est pas une destination. C’est un processus. Chaque émotion que vous accueillez est une vague que vous apprenez à surfer. Plus vous pratiquez, plus vous devenez habile.
Je termine souvent mes séances par une phrase simple : « Vous n’êtes pas brisé parce que vous pleurez. Vous êtes humain parce que vous pleurez. » La résilience ne se mesure pas à la sécheresse de vos yeux, mais à votre capacité à rester en contact avec vous-même, même dans la douleur.
Marc, le cadre dont je vous parlais au début, a fini par comprendre cela. Il a appris à pleurer sans honte, chez lui, parfois en séance. Et étrangement, ses crises d’angoisse ont diminué. Il était devenu plus fort, non pas parce qu’il ne ressentait plus rien, mais parce qu’il avait appris à utiliser ses émotions comme un moteur. Il pouvait désormais prendre la parole en réunion, non pas en réprimant sa peur, mais en l’accueillant et en l’utilisant pour être plus authentique.
Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans ce que j’ai déc
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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