3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les flashs, souvenirs intrusifs et leur impact.
Vous êtes en train de conduire. Il fait beau, la radio joue une chanson que vous aimez bien. Soudain, une odeur de gasoil, un bruit de moteur un peu trop fort, et votre cœur s’emballe. Vos mains se mettent à trembler, vous avez chaud, vous cherchez une sortie, une échappatoire. Rien ne s’est passé. Pas d’accident, pas de danger immédiat. Pourtant, votre corps réagit comme si vous étiez sur le point de percuter un mur à pleine vitesse. Vous êtes en 2025, mais une partie de vous est restée bloquée en 2012, sur cette autoroute de nuit où tout a basculé.
Je vois souvent des hommes et des femmes arriver dans mon cabinet de Saintes avec cette plainte : « Je n’arrive pas à tourner la page. » Ils croient qu’ils ruminent, qu’ils manquent de volonté, qu’ils sont faibles. En réalité, ils ne tournent pas la page parce que leur cerveau est toujours en train de lire le même chapitre, en boucle, comme un disque rayé. Le trauma non-résolu n’est pas un mauvais souvenir. C’est une prison temporelle.
On parle beaucoup des « flashs », surtout depuis que le cinéma et les séries ont popularisé le trouble de stress post-traumatique (TSPT). Mais dans la réalité, les souvenirs intrusifs sont rarement aussi spectaculaires qu’un retour en arrière au montage. Ils sont plus sournois.
Un souvenir intrusif, c’est une information sensorielle – une image, un son, une odeur, une sensation tactile – qui surgit dans votre esprit sans que vous l’ayez invitée. Elle n’est pas volontaire, pas contrôlée, et surtout, elle n’est pas traitée comme un souvenir normal. Elle arrive avec la charge émotionnelle et physiologique du moment original.
Prenons un exemple concret. J’ai accompagné un jour un coureur amateur, appelons-le Marc. Marc avait été victime d’un grave accident de vélo il y a cinq ans. Il s’en était sorti physiquement, mais depuis, il ne pouvait plus descendre une pente à plus de 30 km/h. Dans sa tête, il savait que la route était sèche, que son vélo était en parfait état. Mais son corps, lui, « voyait » encore le gravier, la chute, le bruit de la roue qui se tord. À chaque sortie, son rythme cardiaque grimpait pour une raison qu’il jugeait « stupide ».
Ce n’est pas stupide. C’est un souvenir intrusif qui a piraté son système de navigation intérieur.
La particularité de ces souvenirs, c’est qu’ils sont atemporels. Dans le cerveau, un souvenir normal est rangé dans une boîte étiquetée « passé ». Quand vous vous rappelez vos dernières vacances, vous savez que c’est fini, que vous êtes dans votre salon en train de vous souvenir. Avec un souvenir intrusif, l’étiquette est mal collée. Le cerveau ne fait pas la différence entre « se souvenir de l’accident » et « revivre l’accident ». La réponse physiologique est la même : fuite, combat, sidération.
Le trauma, ce n’est pas ce qui vous est arrivé. C’est ce qui est resté coincé dans votre système nerveux.
Ce mécanisme explique pourquoi vous pouvez avoir l’impression de « perdre du temps » dans votre vie. Vous n’êtes pas distrait. Vous êtes en partie encore là-bas, dans ce moment où vous avez été submergé. Et tant que cette partie n’est pas libérée, vous allez continuer à la revivre, encore et encore, jusqu’à épuisement.
Vous avez sûrement déjà entendu l’expression « le corps garde les comptes ». Ce n’est pas une métaphore poétique. C’est une réalité neurologique. Lors d’un événement traumatique, le cerveau limbique – la partie émotionnelle et instinctive – prend le contrôle. Le cortex préfrontal, celui qui analyse, raisonne et met en perspective, est partiellement mis hors ligne. C’est une question de survie : face à un danger immédiat, vous n’avez pas le temps de philosopher, vous devez agir.
Le problème, c’est que lorsque l’événement est trop intense ou trop long, cette mise hors ligne peut devenir une habitude. Le souvenir de l’événement n’est pas encodé comme une histoire avec un début et une fin. Il est encodé comme une série de fragments sensoriels : la texture du tissu sous vos doigts, une voix qui crie, une odeur de transpiration, une douleur à l’épaule gauche.
Ces fragments sont stockés dans ce qu’on appelle la mémoire implicite. Vous ne pouvez pas les rappeler volontairement comme vous rappelez un numéro de téléphone. Ils se déclenchent automatiquement, par association. Une intonation de voix, une lumière tamisée, une date sur un calendrier, et soudain, vous n’êtes plus dans votre salon : vous êtes de retour dans le bureau de ce chef, dans cette salle d’attente, dans cette voiture.
Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Je ne comprends pas pourquoi je réagis comme ça. Je sais que ce n’est plus d’actualité. » Et c’est là toute la finesse du trauma : la connaissance intellectuelle ne suffit pas. Vous savez que vous êtes en sécurité, mais votre corps ne le sent pas. Il y a un décalage entre ce que vous pensez et ce que vous ressentez.
Un exemple que j’observe souvent en préparation mentale sportive, c’est le coureur qui a vécu une contre-performance humiliante. Il se prépare pour une nouvelle course, il a répété son plan, il est en forme. Mais au moment du départ, son estomac se noue, ses jambes deviennent lourdes. Son corps se souvient de la honte, de l’épuisement, de la déception. Il n’y a pas de mot pour décrire ça sur le moment. Juste une sensation physique qui sabote tout.
Votre corps ne fait pas la différence entre un danger réel et un danger mémorisé. Pour lui, un souvenir intense est une menace actuelle. C’est pour cela que tant de personnes vivent dans une hypervigilance constante, sans même savoir pourquoi. Elles ont appris à être en alerte, parce qu’à un moment donné, ne pas l’être a failli leur coûter cher.
Quand on parle de trauma, on imagine souvent des scènes violentes, des guerres, des agressions. Mais la majorité des traumas que je traite à Saintes sont plus silencieux. Ce sont des traumas relationnels, des humiliations répétées, des abandons progressifs, des environnements imprévisibles. Et leurs manifestations sont tout aussi intrusives, mais moins spectaculaires.
Les flashs ne sont pas toujours visuels. Ils peuvent être :
Ces manifestations sont des « portes d’entrée » vers le trauma non-résolu. Elles indiquent qu’une partie de vous est encore coincée dans une situation passée, et qu’elle attend d’être vue et libérée.
Prenons le cas d’une personne qui a grandi avec un parent imprévisible. Aujourd’hui adulte, elle ne supporte pas les silences dans une conversation. Dès que l’autre ne parle pas, elle ressent une angoisse massive et se met à parler pour combler le vide, ou au contraire, se referme complètement. Elle ne fait pas le lien avec le passé. Elle se dit qu’elle est « mal à l’aise en société ». Mais ce silence, pour son système nerveux, est un signal d’alarme qui annonce une explosion, une punition, un rejet. Le silence est un flash auditif.
Ces formes cachées sont souvent plus invalidantes que les flashs visuels, parce qu’on ne les identifie pas comme des symptômes de trauma. On les prend pour des traits de personnalité. On se dit : « Je suis comme ça, je suis anxieux, je suis colérique, je suis hypersensible. » Non. Vous avez probablement un système nerveux qui a appris à survivre dans un environnement qui n’existe plus.
Vivre avec un trauma non-résolu, c’est comme conduire avec le frein à main serré. Vous avancez, mais vous consommez énormément d’énergie et vous usez vos pneus prématurément. Cet épuisement chronique a des conséquences concrètes et mesurables sur trois piliers de votre vie.
Les relations. Si une partie de vous vit encore dans la méfiance, l’abandon ou la peur de l’autre, vous allez reproduire des schémas. Vous allez choisir des partenaires qui vous rappellent inconsciemment vos figures d’attachement passées. Vous allez réagir de manière disproportionnée à une critique, à un retard, à un désaccord. Vous allez fuir l’intimité parce que l’intimité, pour votre système, rime avec danger. Je vois souvent des couples qui tournent en rond autour du même conflit depuis des années. Ce n’est pas un problème de communication. C’est un trauma non-résolu qui crie à travers les deux partenaires.
Le travail. La concentration devient un luxe. Vous êtes facilement débordé par les stimuli. Un bruit, une lumière, un collègue qui vous interrompt, et vous voilà à cran. Vous évitez les réunions, les prises de parole, les responsabilités. Ou au contraire, vous devenez un contrôleur obsessionnel, parce que lâcher prise vous semble trop dangereux. La procrastination est souvent une réponse traumatique : remettre à plus tard, c’est éviter le risque d’être submergé.
Le sommeil. Le sommeil est le premier indicateur d’un système nerveux dysrégulé. Si vous vous réveillez plusieurs fois par nuit, si vous faites des cauchemars récurrents, si vous avez du mal à vous endormir parce que votre esprit « rumine », il y a de fortes chances que votre cerveau utilise la nuit pour tenter de traiter ce qu’il n’a pas pu trailer le jour. Le problème, c’est qu’il le fait mal, en boucle, sans aboutir. Les insomnies chroniques sont souvent des nuits de « guerre interne » entre la partie qui veut dormir et la partie qui doit rester en alerte.
Un patient m’a dit un jour : « Je ne me souviens pas de la dernière fois où je me suis senti reposé. » Il avait 34 ans. Son trauma datait de ses 8 ans. Il avait passé 26 ans à vivre avec un frein à main serré, sans le savoir.
Je pratique trois approches principales dans mon cabinet, et je les utilise souvent de manière combinée, parce que le trauma est un problème multidimensionnel. Il touche le corps, les émotions, les croyances et la relation à l’autre.
L’hypnose ericksonienne permet de contourner le cortex analytique, celui qui vous dit « je sais que c’est fini, mais je ne le sens pas ». En état hypnotique, vous pouvez accéder à la mémoire implicite, à ces fragments stockés dans le corps. L’idée n’est pas de revivre le trauma, mais de le revisiter avec les ressources d’aujourd’hui. Vous pouvez, par exemple, imaginer que vous, adulte, entrez dans la scène du passé pour protéger l’enfant que vous étiez. C’est une réorganisation profonde de la façon dont le souvenir est stocké.
L’IFS (Internal Family Systems) , que j’utilise beaucoup, repose sur une idée simple : votre esprit n’est pas monolithique. Il est composé de « parties ». Certaines parties portent le trauma (les exilés), d’autres le protègent en vous faisant fuir, vous mettre en colère, ou vous engourdir (les managers et les pompiers). Le travail consiste à entrer en contact avec ces parties, non pas pour les combattre, mais pour les comprendre et les libérer de leur rôle. Quand une partie qui porte la peur se sent enfin écoutée et comprise, elle peut lâcher prise.
L’Intelligence Relationnelle est le cadre qui permet de réparer les liens. Le trauma isole. Il vous fait croire que vous êtes seul au monde avec votre histoire. En séance, je crée un espace où vous pouvez expérimenter une relation sécurisée, où vous pouvez dire les choses sans être jugé, sans être abandonné. C’est une rééducation du système d’attachement. Petit à petit, votre cerveau apprend qu’il est possible d’être vulnérable sans être en danger.
Ces trois approches ont un point commun : elles ne cherchent pas à effacer le passé. Elles cherchent à le remettre à sa place. Le trauma ne disparaît pas. Il se transforme. Il devient une expérience qui a eu lieu, et non plus une expérience qui a lieu en permanence.
Le but n’est pas d’oublier. Le but est que le passé arrête de diriger votre présent.
Vous n’allez pas résoudre un trauma en lisant un article. Mais vous pouvez commencer à reprendre le contrôle sur votre système nerveux. Voici un exercice simple que je donne souvent à mes patients entre deux séances. Il s’appelle le repérage sensoriel.
Cet exercice est minuscule. Il ne guérit pas le trauma. Mais il crée une brèche. Il vous rappelle que vous avez un corps dans le présent, et pas seulement un corps dans le passé. Faites-le plusieurs fois par jour, dès que vous sentez une vague d’inconfort monter. C’est un entraînement. Plus vous le faites, plus votre système nerveux apprend à revenir au calme.
Je termine souvent mes consultations par cette phrase : « Vous n’êtes pas brisé. Vous êtes adapté. » Votre cerveau a fait exactement ce qu’il devait faire pour vous protéger. Il a gardé le souvenir actif parce que, sur le moment, c’était vital. Le problème, c’est que le danger est passé, mais l’adaptation est restée.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, si vous sentez que vous vivez à moitié dans le présent et à moitié dans un passé qui ne passe pas, sachez que des solutions existent. L’hypnose, l’IFS et l’Intelligence Relationnelle ne sont pas des promesses magiques. Ce sont des outils concrets qui vous permettent de renégocier votre rapport au temps.
Vous n’êtes pas condamné à revivre éternellement la même scène. Vous pouvez la regarder, la comprendre, et enfin la laisser derrière vous. Cela demande du courage, de la patience, et un accompagnement adapté. Mais c’est possible. Je le vois chaque semaine dans mon cabinet de Saintes, chez ces hommes et ces femmes qui, comme vous, croyaient être condamnés à leur histoire.
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À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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