PsychologieTrauma Et Resilience

Les 3 phases du deuil qui mènent à la renaissance

Un chemin en étapes pour sortir de l'ombre.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Tu lis ces lignes et quelque chose résonne. Peut-être une perte récente, une séparation qui te déchire encore, un rêve professionnel qui s’est effondré, ou même la fin d’une version de toi-même que tu croyais définitive. Le mot « deuil » évoque souvent la mort, mais dans mon cabinet à Saintes, je vois chaque jour des personnes qui traversent un deuil bien plus large : celui d’une relation, d’une identité, d’une certitude. Tu es peut-être dans cette zone grise où la douleur est encore vive, où tu te demandes si tu vas un jour te sentir vivant à nouveau.

Je suis Thierry Sudan, praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle. Depuis 2014, j’accompagne des adultes comme toi à travers ces tempêtes intérieures. Et si je te disais que le deuil n’est pas une fin, mais un passage – un chemin en trois phases qui mène à une renaissance ? Ce n’est pas une promesse de guérison magique, mais une cartographie honnête de ce qui se joue en toi. Dans cet article, je vais te guider à travers ces trois étapes, avec des exemples concrets, des mécanismes simples, et surtout, des pistes que tu peux commencer à explorer dès maintenant. Prêt à sortir de l’ombre ? Commençons par la première phase, celle où tout semble s’effondrer.

Qu’est-ce que le deuil, vraiment ? Pourquoi il ne se limite pas à la mort

Avant de plonger dans les trois phases, posons une base essentielle. Le deuil, dans son sens le plus large, est la réaction à une perte. Et cette perte peut prendre mille visages. Dans mon cabinet, j’ai reçu un cadre qui venait de perdre son poste après vingt ans dans la même entreprise. Il me disait : « Ce n’est pas juste un boulot, c’est mon identité. Sans lui, je ne sais plus qui je suis. » Ou cette mère dont la fille avait quitté la maison pour ses études : « La maison est vide, mais c’est mon cœur qui est vide. » Ou encore ce sportif de haut niveau que j’accompagne en préparation mentale : sa blessure avait mis fin à sa saison, et avec elle, à son rêve de podium.

Le deuil, c’est ce processus interne qui survient quand tu perds quelque chose ou quelqu’un auquel tu étais profondément attaché. Cela peut être une personne, un emploi, une maison, une santé, une croyance, ou même un espoir. Le problème, c’est que notre société nous pousse souvent à « passer à autre chose » rapidement. On te dit : « Courage, la vie continue », « Tu vas t’en remettre », « Il faut positiver ». Mais ton système nerveux, lui, ne suit pas ce rythme. Il a besoin de temps pour intégrer la perte, pour pleurer, pour se désorganiser avant de se réorganiser.

L’erreur que je vois le plus souvent, c’est de vouloir sauter les étapes. On essaie de rester fort, de masquer la tristesse, de remplacer la perte par autre chose – une nouvelle relation, un nouveau projet, une addiction. Mais le deuil non fait reste là, comme une ombre. Il peut se transformer en anxiété chronique, en dépression larvée, en colère inexpliquée, ou en un sentiment persistant de vide. Le vrai travail, c’est de traverser, pas de contourner.

C’est là que les trois phases que je vais te décrire prennent tout leur sens. Elles ne sont pas linéaires – tu peux faire des allers-retours, stagner, puis avancer. Mais elles offrent une trame pour comprendre où tu en es et ce dont tu as besoin. La première phase est souvent la plus brutale : celle de l’effondrement.

Phase 1 : L’effondrement – accepter de toucher le fond sans s’y noyer

La première phase, je l’appelle l’effondrement. C’est ce moment où la réalité de la perte te frappe en plein visage. Tu peux ressentir un choc, un déni, une incrédulité. « Non, ce n’est pas possible. » Puis vient la douleur brute, la tristesse qui te submerge, les nuits sans sommeil, les moments où tu te surprends à pleurer sans raison apparente. Certains vivent une colère sourde : contre la vie, contre l’autre, contre eux-mêmes. D’autres tombent dans une apathie, un engourdissement où tout semble gris et lourd.

Prenons l’exemple de Marc (prénom modifié), un coureur amateur que j’ai suivi en préparation mentale. Il s’était blessé au genou six mois avant son premier marathon. Il était venu me voir pour « gérer la frustration ». Mais en séance, ce qui est remonté, c’était bien plus profond. Il m’a dit : « Chaque fois que je vois un coureur dans la rue, j’ai envie de pleurer. Je me sens inutile. » Marc était en pleine phase d’effondrement. Son identité de coureur, ce qui lui donnait un sens, lui était arraché. Il vivait un deuil identitaire.

Ce qui est crucial ici, c’est de ne pas confondre effondrement et dépression clinique. L’effondrement est une réponse saine à une perte. C’est ton système qui dit : « Stop, je dois m’arrêter pour digérer cette perte. » Le problème, c’est que notre culture valorise la performance et le contrôle. Alors on se force à sourire, on se dit « ça va aller », on remplit son agenda pour ne pas penser. Mais cette fuite en avant ne fait que prolonger la souffrance. Le deuil a besoin d’être accueilli, pas évité.

Alors comment traverser cette phase sans s’y noyer ? D’abord, autorise-toi à ressentir. La tristesse, la colère, la peur – ce sont des vagues. Elles viennent, elles passent, si tu ne les retiens pas. Tu peux pleurer, crier dans un oreiller, écrire tout ce qui te traverse sans filtre. L’hypnose ericksonienne peut être une alliée précieuse ici : elle t’aide à créer un espace intérieur sécurisé où tu peux observer tes émotions sans être submergé. Je l’utilise souvent avec des personnes qui se sentent « noyées » : on installe une respiration, une image de refuge, un ancrage pour que la douleur soit présente mais pas totale.

Un conseil pratique : chaque jour, accorde-toi 10 minutes de « temps de deuil ». Assieds-toi, mets un minuteur, et laisse venir ce qui vient. Pas de jugement. Quand le minuteur sonne, reprends tes activités. Ce rituel contient la douleur dans un cadre – elle a sa place, mais elle ne prend pas toute la journée.

« Le deuil est comme une rivière souterraine. Si tu construis un barrage pour l’arrêter, il finira par tout inonder. Si tu creuses un lit pour l’accueillir, il t’emmènera vers un nouvel horizon. »

Cette phase peut durer des semaines ou des mois. Ce n’est pas une course. L’important, c’est de ne pas rester seul. Parle à un ami qui ne te jugera pas, rejoins un groupe de parole, ou viens consulter. Dans mon cabinet, je vois souvent des personnes qui ont « tenu » seules pendant des mois, jusqu’à l’épuisement. Ne fais pas cette erreur. L’effondrement est une porte, pas une prison. Et une fois que tu as touché le fond, quelque chose de nouveau peut émerger.

Phase 2 : Le chaos intérieur – naviguer dans le brouillard des émotions contradictoires

Après l’effondrement vient une phase que j’appelle le chaos intérieur. C’est peut-être la plus déroutante. Tu n’es plus en pleine crise, mais tu n’es pas non plus « guéri ». Tu te sens comme dans un brouillard : des moments de calme, puis une nouvelle vague de tristesse, de la colère qui surgit sans prévenir, ou une étrange indifférence qui te fait douter de toi-même. « Est-ce que je suis en train de devenir fou ? » me demandent souvent mes patients. La réponse est non. Tu es en train de te réorganiser.

Imagine ton psychisme comme une maison après un tremblement de terre. La phase 1, c’est l’effondrement des murs. La phase 2, c’est le moment où tu marches dans les décombres, tu ramasses des morceaux, tu ne sais pas encore ce qui est réparable ou ce qui doit être jeté. Tout est instable. Tu peux passer de la nostalgie à la colère, de l’espoir au désespoir en une heure. C’est épuisant.

Prenons l’exemple de Sophie, une femme de 45 ans venue me voir après une séparation brutale. Elle avait été quittée après vingt ans de mariage. En phase 1, elle avait beaucoup pleuré, s’était isolée. Mais en phase 2, elle vivait un vrai chaos : certains jours, elle voulait le reconquérir ; d’autres, elle le haïssait. Elle culpabilisait de ressentir du soulagement parfois, puis se sentait coupable de ne pas être plus triste. « Je ne sais plus ce que je veux, je ne sais plus qui je suis », répétait-elle.

Ce chaos est en réalité le signe que ton système nerveux commence à intégrer la perte. Les émotions contradictoires sont normales. En IFS (Internal Family Systems), on dirait que différentes « parties » de toi émergent : une partie blessée qui veut pleurer, une partie en colère qui veut se protéger, une partie rationnelle qui veut « passer à autre chose », une partie nostalgique qui veut revenir en arrière. Le conflit entre ces parties crée le chaos.

Le piège, dans cette phase, c’est de vouloir tout contrôler. Tu pourrais être tenté de prendre des décisions radicales : déménager, changer de travail, couper les ponts avec tout le monde. Ou au contraire, te figer complètement, ne plus rien décider. L’un comme l’autre peut être contre-productif. Le chaos a besoin d’être accueilli, pas résolu par la force.

Comment naviguer ? D’abord, arrête de te juger pour ce que tu ressens. Tu n’es pas « faible » parce que tu pleures encore, ni « insensible » parce que tu ris. Chaque émotion est une information. Ensuite, crée une stabilité minimale dans ton quotidien : des horaires de repas réguliers, un rituel du matin, une activité physique douce. Cette routine est comme une bouée dans la tempête.

L’hypnose peut t’aider à calmer ce chaos en te donnant accès à une partie plus calme de toi-même – ce que j’appelle ton « observateur intérieur ». En séance, on peut explorer ces parties contradictoires, les écouter sans les combattre. Tu découvres alors que la partie en colère protège la partie vulnérable, et que la partie qui veut « tourner la page » est en fait fatiguée de souffrir. La clé, c’est la curiosité, pas la lutte.

Un exercice pratique : prends un carnet. Divise une page en deux colonnes. À gauche, écris tout ce que tu ressens de négatif ou de confus. À droite, écris le besoin caché derrière chaque émotion. Par exemple : « Colère contre mon ex » devient « besoin de reconnaissance ». « Tristesse » devient « besoin de connexion ». Ce simple geste met de l’ordre dans le chaos. Tu commences à voir que derrière le brouillard, il y a des besoins humains simples. Et c’est là que la troisième phase peut germer.

Phase 3 : La réorganisation – reconstruire une vie qui a du sens

La troisième phase, c’est la réorganisation. J’aurais pu l’appeler « renaissance », mais ce mot est trop glamour. La renaissance n’est pas un feu d’artifice, c’est un travail de reconstruction patient. Tu as touché le fond, tu as traversé le chaos, et maintenant, tu commences à poser des briques. Mais attention : il ne s’agit pas de revenir à « l’avant ». Ce serait une illusion. La perte t’a changé, et la réorganisation consiste à intégrer cette perte dans une nouvelle version de toi-même.

Reprenons l’exemple de Marc, le coureur blessé. Après plusieurs mois de deuil, il a commencé à accepter que son genou ne lui permettrait plus de courir un marathon. Il a dû réorganiser son identité. Il a découvert le vélo, puis le coaching d’autres coureurs. Aujourd’hui, il m’a dit : « Je ne cours plus, mais j’ai trouvé une autre façon d’être dans le sport. Je ne suis plus un athlète, je suis un transmetteur. » Ce n’est pas une compensation, c’est une transformation.

Dans cette phase, tu commences à répondre à des questions fondamentales : Qui suis-je maintenant ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? Quels sont mes besoins non négociables ? Tu ne cherches plus à remplacer ce que tu as perdu, mais à créer du nouveau à partir de ce qui reste. C’est un processus actif, pas une attente passive.

L’Intelligence Relationnelle (IR) est un outil puissant ici. Elle t’aide à reconnaître tes besoins émotionnels profonds – sécurité, valorisation, connexion, autonomie – et à trouver des façons saines de les satisfaire, sans dépendre de la personne ou de la situation perdue. Par exemple, si tu as perdu un partenaire qui te donnait un sentiment de sécurité, tu peux apprendre à cultiver cette sécurité en toi-même, via une routine, un réseau de soutien, ou un travail sur tes croyances.

La réorganisation n’est pas linéaire. Tu auras des rechutes – un anniversaire, une odeur, une chanson qui te ramène à la douleur. Mais ces rechutes sont moins intenses, plus courtes. Tu sais maintenant que la vague passe. Tu as développé des ressources : la respiration, l’ancrage, la capacité à observer tes émotions sans t’y identifier.

Un signe que tu es en réorganisation : tu commences à avoir de l’énergie pour des projets, même petits. Tu redécouvres le plaisir. Tu n’es plus obsédé par la perte. Tu peux penser à elle sans t’effondrer. Tu n’as pas « oublié », tu as intégré. La perte fait partie de ton histoire, mais elle ne définit plus ton présent.

C’est ici que l’hypnose ericksonienne peut t’aider à consolider ce nouveau chemin. On peut travailler sur des métaphores de renaissance – un arbre qui repousse après un incendie, une rivière qui creuse un nouveau lit. Ces images parlent à ton inconscient et accélèrent la réorganisation. Mais je suis honnête : cela demande du temps et de la pratique. Il n’y a pas de baguette magique.

« La renaissance n’est pas un retour à la normale. C’est l’art de devenir quelqu’un que tu n’aurais jamais été sans la perte. »

Si tu es dans cette phase, félicite-toi. Tu as fait le plus dur. Mais si tu es encore dans l’effondrement ou le chaos, ne désespère pas. Chaque phase a son rythme. Et tu n’es pas seul.

Comment savoir où tu en es ? Trois questions pour te situer

Parfois, on ne voit pas clairement dans quelle phase on se trouve. Voici trois questions simples pour t’aider à te situer :

  1. Phase 1 (effondrement) : Est-ce que la douleur est encore si intense qu’elle occupe la majeure partie de tes pensées et de ton énergie ? As-tu du mal à fonctionner au quotidien (travailler, manger, dormir) ? Si oui, tu es probablement en phase 1. Priorise le repos et l’accueil des émotions.

  2. Phase 2 (chaos) : Est-ce que tu te sens instable, avec des émotions contradictoires, mais que tu arrives quand même à faire des choses de base ? As-tu des moments de calme entre les vagues ? Si oui, tu es en phase 2. Cultive la routine et la curiosité envers toi-même.

  3. Phase 3 (réorganisation) : Est-ce que tu commences à avoir des projets, même petits ? La perte est-elle moins présente, et quand elle revient, sais-tu comment la gérer ? Si oui, tu es en phase 3. Continue à construire, mais sans te forcer.

Si tu hésites entre deux phases, c’est normal. Le deuil n’est pas une autoroute, c’est un chemin de montagne avec des lacets. L’important, c’est de savoir que chaque phase a une fonction. L’effondrement te permet de lâ

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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