PsychologieTrauma Et Resilience

Petit protocole d'hypnose pour apaiser une mémoire douloureuse

Un exercice simple à faire chez soi pour alléger le passé.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Je vais te raconter une histoire qui ressemble sans doute à la tienne.

Hier, j’ai reçu un message de Julien, 38 ans. Il m’écrivait : « Thierry, ça fait trois nuits que je me réveille à 3h du matin. Je revois cette scène au travail, ce moment où j’ai perdu mon sang-froid devant mon chef. Ça s’est passé il y a six mois, mais mon corps réagit comme si c’était hier. »

Julien n’est pas seul. Toi aussi, tu as probablement une ou plusieurs mémoires qui te reviennent sans prévenir. Un regard qui t’a traversé. Une phrase qui t’a blessé. Un moment de honte, de peur ou de colère que tu aimerais pouvoir ranger dans un tiroir et ne plus jamais ouvrir.

Le problème, c’est que ces souvenirs ne se rangent pas tout seuls. Ils s’invitent à l’improviste, dans une conversation anodine, dans un rêve, ou pire, dans une réaction émotionnelle qui te dépasse. Tu sais, ce moment où tu exploses pour une broutille, et qu’après tu te demandes : « Mais pourquoi j’ai réagi comme ça ? »

La réponse est simple. Ce n’est pas toi qui réagis. C’est ta mémoire qui se réactive.

Aujourd’hui, je vais te proposer un protocole d’hypnose que tu peux faire chez toi. Un exercice concret pour apaiser ces mémoires douloureuses. Mais avant, comprenons ensemble pourquoi ton cerveau fonctionne ainsi.

Pourquoi une mémoire douloureuse reste-t-elle active ?

Ton cerveau possède un système de survie ancestral. Quand tu vis un événement marquant, surtout s’il est chargé émotionnellement (peur, humiliation, colère, tristesse), ton cerveau l’enregistre comme une information prioritaire. Il se dit : « Attention, ça pourrait arriver à nouveau. Je dois garder ça sous le coude. »

Concrètement, cette mémoire n’est pas rangée correctement. Elle reste « chaude », active, disponible. Le moindre déclencheur (une odeur, un son, un mot, un lieu) la réactive comme si l’événement se produisait à nouveau. C’est pour ça que tu peux trembler en repensant à une dispute vieille de dix ans.

La bonne nouvelle, c’est que la mémoire n’est pas figée. Chaque fois que tu te souviens de quelque chose, tu ne le « rejoues » pas comme un film. Tu le reconstruis. Et cette reconstruction est une opportunité.

L’hypnose ericksonienne, l’IFS (Internal Family Systems) et l’intelligence relationnelle que j’utilise dans mon cabinet à Saintes depuis 2014 m’ont appris une chose essentielle : on ne supprime pas une mémoire, on la transforme. On lui donne une nouvelle forme, une nouvelle texture, une nouvelle signification.

Point clé : Une mémoire douloureuse n’est pas un fichier corrompu qu’il faut effacer. C’est une expérience qui a besoin d’être revisitée avec des ressources nouvelles. Ton cerveau peut apprendre à la ranger dans un tiroir différent, un tiroir qui ne te fait plus mal.

Comment ton cerveau stocke-t-il les souvenirs traumatiques ?

Imagine ton cerveau comme une immense bibliothèque. Les souvenirs ordinaires sont rangés proprement sur des étagères, avec une date, un contexte, une émotion associée. Tu peux les consulter sans être submergé.

Les mémoires douloureuses, elles, sont comme des livres qui traînent par terre, ouverts à la mauvaise page, avec des mots qui saignent. Pourquoi ? Parce que l’émotion était trop forte au moment de l’encodage. Ton cerveau n’a pas eu le temps de « ranger ». Il a juste sauvegardé en urgence.

Résultat : quand tu croises un déclencheur, ton cerveau ne se dit pas « je me souviens que ça s’est passé il y a cinq ans ». Il se dit « ça se passe maintenant ». La réaction physiologique est la même : accélération du cœur, transpiration, tension musculaire. Tu revis.

L’hypnose permet de créer un espace de sécurité dans ton esprit. Un endroit où tu peux observer cette mémoire sans être submergé. Et une fois que tu es dans cet état d’observation calme, tu peux commencer à la transformer.

Le protocole en 5 étapes pour apaiser une mémoire douloureuse

Voici un exercice que j’ai adapté de techniques utilisées en hypnose ericksonienne et en IFS. Il est simple, mais il demande de la pratique. Ne t’attends pas à un résultat miraculeux du premier coup. Fais-le plusieurs fois, avec douceur.

Avant de commencer :

  • Choisis un moment où tu ne seras pas dérangé (minimum 15 minutes).
  • Installe-toi confortablement, assis ou allongé.
  • Aie un carnet et un stylo à proximité (tu en auras besoin à la fin).
  • Identifie une mémoire spécifique que tu souhaites apaiser. Pas un traumatisme majeur tout de suite. Commence par un souvenir qui te met un peu mal à l’aise, mais que tu peux évoquer sans être complètement submergé.

Étape 1 : Créer un lieu de sécurité intérieure

Ferme les yeux. Prends trois respirations profondes. Inspire par le nez en comptant jusqu’à 4, retiens 2 secondes, expire par la bouche en comptant jusqu’à 6.

Maintenant, imagine un endroit où tu te sens totalement en sécurité. Ce peut être un lieu réel (ta chambre d’enfant, une plage, une forêt) ou complètement imaginaire. L’important n’est pas que ce lieu existe, mais que tu ressentes physiquement la sécurité quand tu l’évoques.

Ajoute des détails : quelles couleurs vois-tu ? Quels sons entends-tu ? Quelle est la température ? Y a-t-il une odeur ? Prends le temps de ressentir cet endroit dans ton corps. Peut-être que tes épaules se détendent, que ta mâchoire se relâche, que ta respiration devient plus ample.

Cet espace est ton refuge. Tu pourras y revenir à tout moment pendant l’exercice.

Étape 2 : Accueillir la mémoire à distance

Toujours dans cet état de sécurité, imagine que tu te trouves dans une salle de cinéma. Toi, tu es confortablement installé dans un fauteuil. Devant toi, il y a un grand écran.

Sur cet écran, tu vas projeter la mémoire douloureuse. Mais pas en plein milieu. Commence par la voir comme une image fixe, en noir et blanc, un peu floue. Elle est sur l’écran, pas dans la salle. Tu es en sécurité dans ton fauteuil.

Observe l’image. Qu’y a-t-il ? Qui est présent ? Que se passe-t-il ? Mais surtout, observe depuis ton fauteuil. Tu es le spectateur, pas l’acteur.

Si l’émotion devient trop forte, tu peux éloigner l’écran, le rendre plus petit, ou revenir à ton lieu de sécurité. Tu as le contrôle.

Étape 3 : Donner une forme à la mémoire

Maintenant, imagine que cette image sur l’écran n’est pas figée. Elle a une forme, une texture, une consistance. Peut-être que c’est une boule d’énergie, une pierre dans ton ventre, une corde serrée autour de ta poitrine.

Ne cherche pas à la décrire parfaitement avec des mots. Laisse ton inconscient faire le travail. Peut-être que tu vois une couleur dominante (souvent du rouge, du gris ou du noir). Peut-être que tu sens une température (chaud ou froid). Peut-être que tu entends un bruit.

Ressens cette forme dans ton corps. Où se situe-t-elle ? Dans la poitrine, le ventre, la gorge ? Quelle est sa taille ? Est-elle dure ou molle ? Immobile ou en mouvement ?

Cette étape est importante car elle transforme une émotion vague en quelque chose de concret que tu peux manipuler.

Étape 4 : Transformer la forme

C’est ici que la magie opère. Tu vas modifier cette forme.

Imagine que tu as entre les mains un pinceau magique, une baguette ou simplement une intention douce. Commence par changer la couleur. Si la mémoire est rouge (colère, peur), transforme-la en bleu doux ou en vert apaisant. Si elle est noire (tristesse, vide), ajoute des touches de lumière dorée.

Ensuite, change la température. Si elle est brûlante, refroidis-la. Si elle est glaciale, réchauffe-la doucement.

Puis, change la texture. Si elle est dure comme une pierre, rends-la plus souple, plus élastique. Si elle est liquide et débordante, donne-lui un contenant.

Enfin, change la taille. Rends-la plus petite. Pas pour la faire disparaître, mais pour qu’elle prenne moins de place. Tu peux l’imaginer qui devient de la taille d’une balle de ping-pong, puis d’un petit caillou.

Pendant toute cette transformation, tu restes dans ton fauteuil de cinéma. Tu observes le changement. Tu peux même ajouter une bande-son ridicule (une musique de cirque, un bruit de klaxon) pour alléger la charge émotionnelle.

Moment fort : Une patiente m’a dit un jour : « J’ai transformé la boule rouge dans ma poitrine en une bulle de savon. Elle a flotté un instant, puis elle a éclaté en mille gouttelettes de lumière. Je n’ai pas oublié ce qui s’est passé, mais ça ne me fait plus mal. » C’est exactement ça. Tu ne changes pas l’événement, tu changes la relation que tu entretiens avec lui.

Étape 5 : Intégrer et ancrer la nouvelle mémoire

Maintenant que la forme est transformée, ramène-la doucement dans ton corps. Pas la mémoire douloureuse d’origine, mais la version allégée. Imagine qu’elle se dépose dans un endroit neutre (la paume de ta main, le creux de ton sternum) et qu’elle devient une ressource.

Par exemple, si la mémoire était liée à une humiliation, la version transformée pourrait devenir une leçon apprise, une force discrète. Si elle était liée à une peur, elle pourrait devenir une vigilance apaisée.

Prends un moment pour ressentir cette nouvelle présence. Comment ton corps réagit-il ? Y a-t-il une sensation de légèreté, de chaleur, de calme ?

Enfin, ouvre les yeux doucement. Prends ton carnet et écris en quelques mots ce que tu as vécu. Note les couleurs, les formes, les sensations. Ce n’est pas un rapport à rendre, c’est une trace pour toi.

Pourquoi cet exercice fonctionne-t-il ?

Tu pourrais penser que c’est un peu « magique » ou « tiré par les cheveux ». Laisse-moi t’expliquer le mécanisme neurologique.

Quand tu évoques une mémoire douloureuse, ton cerveau active les mêmes réseaux neuronaux que lors de l’événement original. C’est ce qu’on appelle la reconsolidation de la mémoire. À chaque fois que tu te souviens, ta mémoire devient temporairement malléable. Elle peut être modifiée.

L’hypnose crée un état de relaxation profonde qui abaisse le seuil de défense de ton cerveau. Dans cet état, tu peux associer la mémoire à de nouvelles informations (couleur, texture, température, bande-son) qui n’étaient pas présentes à l’origine. Ton cerveau réencode alors la mémoire avec ces nouveaux éléments.

Résultat : la prochaine fois que tu évoqueras ce souvenir, il sera plus neutre. L’émotion sera moins forte. Peut-être même que tu souriras en repensant à la manière dont tu as transformé la mémoire en bulle de savon.

Ce que cet exercice ne fait pas :

  • Il n’efface pas la mémoire. Tu te souviendras toujours de ce qui s’est passé.
  • Il ne guérit pas les traumatismes complexes. Pour ça, un accompagnement professionnel est nécessaire.
  • Il ne remplace pas un suivi thérapeutique si tu souffres de stress post-traumatique, de dépression ou d’anxiété chronique.

Ce qu’il fait :

  • Il réduit la charge émotionnelle associée à la mémoire.
  • Il te redonne un sentiment de contrôle sur ton vécu.
  • Il libère de l’énergie psychique que tu dépensais à éviter ou à combattre ce souvenir.

Et si ça ne marche pas du premier coup ?

C’est normal. Ton cerveau a passé des années à consolider cette mémoire dans un état douloureux. Il ne va pas tout changer en une séance de 15 minutes.

Je te conseille de répéter cet exercice plusieurs fois, sur la même mémoire, jusqu’à ce que tu sentes un apaisement. Tu peux aussi le faire sur différentes mémoires.

Parfois, une mémoire résiste. Elle refuse de se transformer. Dans ce cas, ne force pas. Reviens à ton lieu de sécurité. Peut-être que cette mémoire a besoin d’être entendue, reconnue, avant de pouvoir changer. C’est là qu’intervient l’IFS (Internal Family Systems), une approche que j’utilise régulièrement en cabinet.

En IFS, on considère que chaque mémoire douloureuse est portée par une « partie » de toi qui a été blessée. Cette partie a besoin de protection, de compassion, pas de transformation forcée. Si tu sens une résistance, dis à cette partie : « Je te vois, je t’entends, tu as le droit d’exister. » Souvent, cette simple reconnaissance suffit à débloquer le processus.

Un exemple concret pour t’inspirer

La semaine dernière, j’ai reçu Laura, 45 ans. Elle venait pour une mémoire précise : son père lui avait dit, quand elle avait 12 ans, que « de toute façon, elle ne ferait jamais rien de sa vie ». Cette phrase l’avait suivie comme une ombre pendant 33 ans.

Nous avons fait l’exercice ensemble. Dans son lieu de sécurité (un jardin imaginaire avec des roses et un banc en pierre), elle a projeté la scène sur l’écran. La mémoire s’est présentée comme une masse grise et froide dans son ventre.

Elle a commencé par changer la couleur : du gris au bleu ciel. Puis la température : du froid à une chaleur douce. Enfin la forme : la masse est devenue une petite plume bleue. Elle a souri. « C’est léger, maintenant. » Puis elle a imaginé que cette plume était un mot de son père, mais un mot qu’elle pouvait laisser flotter sans le retenir.

Une semaine plus tard, elle m’a écrit : « Je repense à cette phrase, mais elle ne me coupe plus le souffle. Elle est là, comme une vieille chaussette oubliée dans un tiroir. Elle existe, mais elle ne me définit plus. »

Ce que tu peux faire maintenant

Tu n’as pas besoin d’attendre d’être dans mon cabinet à Saintes pour commencer. Tu peux essayer ce protocole dès ce soir, avant de dormir, ou demain matin au réveil.

Voici les trois choses que je te propose de faire maintenant :

1. Choisis une mémoire légère à travailler. Pas le traumatisme le plus lourd de ta vie. Prends un petit souvenir qui te gêne, qui te fait soupirer, mais qui ne te met pas en pleurs.

2. Installe-toi 10 minutes ce soir. Fais l’exercice. Note ce qui se passe. Ne juge pas le résultat. L’important est d’avoir essayé.

3. Observe les changements dans les jours qui suivent. Peut-être que cette mémoire te reviendra moins souvent. Peut-être que quand elle reviendra, elle sera moins intense. Peut-être que tu ressentiras une légèreté nouvelle.

Et si tu sens que certaines mémoires sont trop lourdes à porter seul, sache que je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert depuis 2014, et j’accompagne des adultes comme toi à travers l’hypnose ericksonienne, l’IFS et l’intelligence relationnelle. On peut travailler ensemble sur ces mémoires qui t’empêchent d’avancer.

Tu n’es pas obligé de tout porter tout seul. Parfois, il suffit d’une main tendue, d’un regard bienveillant, d’un espace où tu peux déposer ce qui pèse.

Prends soin de toi. Tu mérites la paix avec ton passé.

Thierry Sudan
Praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle
Saintes (17)
Préparateur mental sportif pour coureurs et footballeurs

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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