3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Signes physiques d’un vécu non intégré.
Tu es allongé sur la table, je pose ma main à plat sur ton ventre. Instinctivement, tu sursautes. « C’est glacé, là », tu me dis. Je retire ma main, je la réchauffe entre les miennes, je repose. « C’est toujours froid ? » — « Oui, comme un bloc de glace, ça ne part pas. »
Cette scène, je la vis plusieurs fois par semaine dans mon cabinet à Saintes. Un homme de 45 ans, marathonien, vient me voir parce qu’il a mal au dos. Il me décrit une zone lombaire « morte », comme anesthésiée. Une femme de 32 ans, victime d’un accident de voiture deux ans plus tôt, a l’épaule droite qui reste froide même en plein été. Un footballeur amateur, 28 ans, sent son mollet gauche « endormi » depuis une faute qui a mal tourné sur le terrain, mais les examens médicaux ne montrent rien.
Ces zones froides, engourdies, qui ne répondent pas à la chaleur, au massage ou au temps, ne sont pas des anomalies médicales au sens classique. Elles sont des signatures physiques d’un vécu non intégré. Le corps stocke ce que l’esprit n’a pas pu digérer. Et parfois, la seule façon qu’il trouve pour nous le dire, c’est de couper le courant.
Si tu as une partie du corps qui reste froide, qui semble « ailleurs », qui ne réagit pas comme le reste de ton corps, cet article est pour toi. Je vais t’expliquer ce qui se passe, pourquoi ça résiste, et comment on peut, ensemble, redonner de la chaleur à cette zone.
Quand tu touches ta peau, tu sens la température, la texture, la pression. Ce toucher est possible parce que des nerfs remontent l’information jusqu’à ton cerveau, qui l’interprète. C’est un circuit électrique vivant. Mais parfois, ce circuit est coupé. Pas parce que le nerf est abîmé (les IRM et examens neurologiques sont souvent normaux), mais parce que le cerveau a décidé, à un moment, de ne plus envoyer de courant à cet endroit.
Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Pour te protéger. Imagine que tu as vécu un événement où ton corps a été en danger : une chute, une agression, une opération, un accouchement traumatique, ou même une période prolongée de stress intense. À ce moment-là, ton système nerveux a fait un choix de survie : « Je coupe l’alimentation de cette zone pour que la douleur ou la peur ne submerge pas tout le système. » C’est comme un disjoncteur qui saute pour éviter l’incendie.
Le problème, c’est que le disjoncteur ne se réenclenche pas tout seul une fois le danger passé. La zone reste en « mode veille ». Elle n’est pas morte, elle est juste déconnectée. Et cette déconnexion se manifeste par du froid (parce que le sang circule mal, les vaisseaux sont contractés), par un engourdissement (parce que les signaux nerveux ne passent pas), ou par une sensation d’étrangeté (comme si cette partie du corps ne t’appartenait pas vraiment).
Prenons l’exemple de ce marathonien. Il a commencé à courir après un divorce douloureux. Pendant des mois, il a couru pour « oublier », pour « évacuer ». Mais à force de pousser son corps sans jamais lui demander ce qu’il ressentait, son bas du dos a fait grève. La zone lombaire est devenue froide. Ce n’était pas un problème de disque ou de muscle, c’était une mémoire gelée de la période où il devait « tenir debout » coûte que coûte.
« Le corps ne ment pas. Il garde le score. » — Bessel van der Kolk
Quand une zone est froide, elle te dit : « Ici, il s’est passé quelque chose que je n’ai pas pu traiter. Aide-moi à le dégeler. »
Tu as peut-être déjà essayé de mettre une bouillotte, de faire des étirements, de consulter un ostéopathe ou un kiné. Parfois, ça soulage quelques heures, mais le froid revient. Pourquoi ? Parce que tu traites le symptôme, pas la cause. La cause n’est pas dans le muscle ou la peau, elle est dans le système nerveux et dans la mémoire implicite du corps.
Le système nerveux autonome (celui qui gère la respiration, le rythme cardiaque, la digestion et la circulation sans que tu aies à y penser) a deux grands modes : le mode « sympathique » (accélération, défense, action) et le mode « parasympathique » (ralentissement, repos, digestion). Une zone froide est souvent le signe que le sympathique est bloqué en position « on » pour cette zone. Le corps continue à faire comme si le danger était toujours là.
Imagine un soldat qui, des années après la guerre, se jette à terre quand il entend un pétard. Son corps a appris une réponse, et cette réponse est devenue automatique, indépendante de la réalité présente. C’est pareil pour une zone froide. Le corps a appris à la contracter, à la vider de son sang, à la rendre insensible. Et cet apprentissage est stocké dans les tissus, dans les fascias (ces membranes qui enveloppent les muscles), dans la mémoire cellulaire.
Les massages profonds ou les étirements forcés peuvent même aggraver les choses. Parce qu’ils viennent « frotter » la zone sans d’abord demander la permission au système nerveux. C’est comme si tu essayais de réveiller quelqu’un qui fait un cauchemar en le secouant violemment. Tu risques de le faire sursauter encore plus. Le corps a besoin qu’on l’approche avec douceur, avec conscience, et surtout avec une compréhension de ce qui s’est joué à ce moment-là.
Cette femme à l’épaule froide, après son accident, a passé des mois à faire de la rééducation classique. Les kinés lui disaient : « Il faut bouger, il faut forcer. » Mais chaque fois qu’elle essayait, son épaule se bloquait, devenait glacée, et elle avait envie de pleurer sans savoir pourquoi. Ce n’est qu’en séance d’hypnose, quand on a revisité l’accident non pas en le racontant mais en le ressentant dans son corps, que l’épaule a commencé à se réchauffer. Parce que le système nerveux a enfin reçu le message : « Le danger est passé, tu peux relâcher. »
Mon travail, en tant que praticien, consiste à créer un espace où ton système nerveux se sent suffisamment en sécurité pour baisser la garde. L’hypnose ericksonienne est particulièrement adaptée pour ça. Elle ne force pas, elle suggère, elle contourne les résistances. Elle parle directement à la partie inconsciente qui a mis en place ce verrouillage.
En séance, je vais d’abord t’inviter à porter ton attention sur cette zone froide, sans jugement, sans vouloir la changer. Juste la sentir. Souvent, les gens me disent : « C’est bizarre, je n’avais jamais vraiment pris le temps de la ressentir. » Et c’est déjà un premier pas. Parce que le corps a besoin d’être écouté, pas réparé.
Ensuite, je vais utiliser l’IFS (Internal Family Systems), un modèle qui considère que notre psyché est composée de différentes « parties ». La zone froide est souvent liée à une partie protectrice qui a pris le contrôle à un moment de vulnérabilité. Par exemple, une partie qui dit : « Si je rends cette zone insensible, tu ne sentiras plus la peur. » Ou : « Si je coupe la circulation ici, tu pourras continuer à avancer sans t’effondrer. »
Le travail consiste à dialoguer avec cette partie. Pas pour la combattre, mais pour la remercier et lui montrer qu’aujourd’hui, tu es en sécurité. C’est un processus très doux. Je ne te demande jamais de revivre le traumatisme en détail. On y va par petites touches, en restant dans une fenêtre de tolérance où tu te sens capable de rester présent.
Le footballeur au mollet engourdi, par exemple, a découvert en séance que son mollet s’était « endormi » le jour où il avait subi une faute violente, mais aussi le jour où son entraîneur lui avait crié dessus après le match en le traitant de « mauviette ». La honte et la douleur s’étaient mêlées, et son corps avait choisi de tout éteindre. En IFS, on a accueilli la partie « honteuse » qui voulait disparaître, et la partie « protectrice » qui l’avait anesthésiée. Une fois que ces parties se sont senties entendues, le mollet a commencé à se réchauffer spontanément. La première fois qu’il a senti la chaleur remonter, il a pleuré. Pas de tristesse, de soulagement.
Il y a une cartographie émotionnelle du corps que l’on retrouve souvent. Sans tomber dans le dogme, certaines zones sont plus fréquemment associées à certaines émotions. Le dos, par exemple, est souvent lié au soutien, à la charge, à ce que l’on porte pour les autres. Les épaules, à la responsabilité, au poids du monde. Le bassin, à la sexualité, à la créativité, à la peur de l’intimité. La gorge, à la parole retenue, à ce qui n’a pas été dit.
Quand une zone reste froide, c’est souvent qu’une émotion a été gelée à cet endroit. Pas une émotion abstraite, mais une émotion très concrète : la colère que tu n’as pas exprimée quand on t’a traité injustement, la tristesse que tu n’as pas pleurée après une perte, la peur que tu as dû cacher pour paraître fort.
Je reçois régulièrement des hommes qui ont des douleurs thoraciques froides, juste au niveau du sternum. En creusant, on trouve souvent un chagrin non pleuré. Une rupture, un deuil, une trahison. Ils ont serré les dents, serré la poitrine, et la zone s’est figée. Le corps dit : « Ici, j’ai gardé quelque chose pour toi. Je n’ai pas pu le laisser sortir. »
L’Intelligence Relationnelle, que j’intègre aussi dans mon accompagnement, permet de remettre du mouvement dans ces zones figées, non pas en forçant l’expression émotionnelle, mais en créant les conditions pour qu’elle puisse émerger naturellement, dans un cadre sécurisé. Parfois, il suffit de poser un mot sur ce qui s’est passé, de le dire à voix haute dans la pièce, pour que la chaleur revienne.
« La douleur est une information. Le froid est une protection. La chaleur est une libération. »
C’est contre-intuitif, surtout si tu es sportif, actif, habitué à en vouloir. On t’a appris que pour guérir, il faut « travailler », « renforcer », « ne pas lâcher ». Mais avec une zone froide et engourdie, c’est l’inverse qu’il faut faire. Plus tu forces, plus tu actives le système sympathique, plus la zone se verrouille.
Le marathonien dont je te parlais tout à l’heure, il est venu me voir après avoir enchaîné les séances de gainage, les étirements profonds, les séances de kiné douloureuses. Rien n’y faisait. Pire, son dos le réveillait la nuit. Quand je lui ai proposé de simplement poser sa main sur la zone froide, sans bouger, sans appuyer, juste en respirant, il a eu du mal. « Ça ne sert à rien », disait-il. Mais c’est exactement ce « ne rien faire » qui a commencé à déverrouiller le système.
Le corps a besoin de sécurité pour se réguler. Et la sécurité, ça passe par le ralentissement, par le contact doux, par la présence consciente. C’est pour ça que l’hypnose est si efficace : elle induit un état de relaxation profonde où le parasympathique peut enfin prendre le relais. Dans cet état, le corps peut libérer les tensions accumulées, rétablir la circulation, et réchauffer les zones froides.
Si tu es sportif, je te propose un changement de perspective : considère cette zone froide non pas comme un adversaire à vaincre, mais comme un allié qui te parle. Elle te dit que tu es allé trop vite, que tu as ignoré un signal, que tu as mis de côté une partie de toi. La guérison passe par l’écoute, pas par le combat.
Avant même de prendre rendez-vous, tu peux expérimenter quelque chose chez toi. C’est simple, gratuit, et ça te donnera une indication sur ce qui se joue.
Si tu fais cet exercice plusieurs jours de suite, tu constateras peut-être que la zone commence à s’animer. Parfois, des frissons, des picotements, une chaleur soudaine. C’est bon signe. Le système commence à se dégeler. Mais si rien ne bouge, ou si la zone devient douloureuse, ne force pas. C’est peut-être le signe qu’un accompagnement professionnel est nécessaire.
Cet exercice n’est pas une thérapie, c’est une porte d’entrée. Il te montre que ton corps a une mémoire, et que cette mémoire peut être revisitée en toute sécurité.
Tout le monde a des zones froides de temps en temps. Un stress aigu, une nuit blanche, une émotion forte, et le corps peut réagir temporairement. Mais si la zone froide persiste au-delà de quelques semaines, si elle s’accompagne d’une sensation d’étrangeté (comme si ce n’était pas ton corps), si elle réveille des souvenirs ou des émotions désagréables, ou si elle limite ta mobilité ou ta performance sportive, il est temps de consulter.
Je ne remplace pas un médecin. Si tu as un doute, commence par un check-up médical pour écarter une cause organique (problème vasculaire, neurologique, etc.). Mais si les examens sont normaux et que la sensation persiste, alors oui, il est probable que ce soit un vécu non intégré qui s’exprime.
Dans mon cabinet à Saintes, je reçois des personnes qui viennent avec ce genre de plainte. Parfois, elles ont déjà fait le tour des spécialistes. Elles sont
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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