3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Les facteurs qui rendent un choc plus ou moins durable.
Tu es assis dans mon bureau, le regard rivé sur le bord de la tasse de thé que tu tiens sans boire. Tu viens de me raconter un accident de voiture survenu il y a trois ans. Rien de grave matériellement – une tôle froissée, une nuit à l’hôpital pour des examens de routine, et pourtant, depuis, chaque fois que tu prends le volant, ton cœur s’emballe, tes mains deviennent moites, et tu évites les ronds-points. À côté de ça, ton ami Paul, qui a vécu le même type de collision le même mois, a repris la route dès le lendemain, comme si de rien n’était. Tu te demandes, et je le lis dans tes yeux : pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi ce qui glisse sur certains s’incruste-t-il en moi comme une écharde ?
Cette question, je l’entends plusieurs fois par semaine, que ce soit pour un accident, une séparation brutale, une agression ou un événement médical. La réponse n’est ni simple ni magique, mais elle existe. Elle tient dans une combinaison de facteurs qui, mis bout à bout, expliquent pourquoi un même choc peut être digéré par l’un et laisser une cicatrice profonde chez l’autre. Et comprendre ces facteurs, c’est déjà commencer à desserrer l’étreinte du traumatisme.
Avant de plonger dans les différences individuelles, posons une base claire. Un événement ne devient traumatique que lorsque ton système nerveux, à un moment donné, a été submergé. Ce n’est pas la nature objective de l’événement qui compte – un bruit fort, une chute de vélo, une parole violente – mais la façon dont ton cerveau et ton corps l’ont traité sur le moment.
Imagine ton système nerveux comme une casserole d’eau sur le feu. Tant que le feu est doux, l’eau chauffe, mais tu peux ajuster la flamme, ajouter un couvercle, ou retirer la casserole. Si le feu devient soudainement une explosion, l’eau déborde, la casserole se renverse. Le traumatisme, c’est ce débordement : un événement a été trop rapide, trop intense, ou trop long pour que ton système puisse le réguler. Il laisse une trace – non pas dans ta mémoire consciente, mais dans ton corps et tes réflexes.
Je reçois souvent des personnes qui minimisent leur vécu : “Ce n’est pas un drame, je n’ai pas été violée, je n’ai pas fait la guerre.” Et pourtant, leur corps tremble, leur sommeil est haché, leur humeur est en dents de scie. Le traumatisme n’a pas de hiérarchie : un licenciement peut être aussi traumatique qu’un accident grave si le contexte émotionnel était le même – le sentiment d’impuissance, la peur de mourir, la trahison.
Le traumatisme n’est pas dans l’événement, il est dans la réponse que ton système nerveux n’a pas pu compléter.
C’est pour ça que deux personnes vivant le même choc peuvent en sortir totalement différentes. L’une va le digérer, l’autre va le garder en travers. Les facteurs qui font pencher la balance sont nombreux, et les voici, un par un.
C’est le facteur numéro un, celui que je vois le plus souvent faire la différence entre un souvenir douloureux et un traumatisme installé. Le soutien post-immédiat – ce qui se passe dans les minutes, les heures, les jours qui suivent l’événement – est un véritable bouclier.
Prenons deux exemples réels. Une femme est victime d’une agression dans la rue. Elle est secouée, pleure, tremble. Une passante s’arrête, lui met une main sur l’épaule, lui dit “je reste avec toi, je vais appeler les secours”. Elle l’emmène boire un café, l’écoute sans la presser de questions. Cette femme, trois mois plus tard, va mieux. Elle a eu peur, mais elle a été contenue.
Un autre homme, lui, vit un cambriolage chez lui. Les voisins appellent la police, mais personne ne vient le voir après. Il reste seul dans son salon retourné, à attendre les constatations, sans que personne ne valide son état de choc. L’absence de ce soutien transforme l’événement en une blessure qui va s’infecter.
Le mécanisme est simple : quand tu es en état de choc, ton cerveau limbique – la partie émotionnelle – est en alerte maximale. Un regard, une voix calme, une main sur le bras, envoient un signal à ton système nerveux : “Tu n’es pas seul, tu es en sécurité.” Ce signal active ton nerf vague, celui qui freine la réaction de survie. Sans ce signal, ton corps reste en état d’alerte, et le souvenir se fige.
Ce que tu peux retenir : si tu vis un choc, cherche une présence humaine, même brève. Si tu es témoin d’un événement choquant pour quelqu’un, ne te sens pas obligé de trouver les mots justes. Ta simple présence, ton regard, ton souffle calme, suffisent. Ne pose pas de questions, ne donne pas de conseils. Sois là.
Voici un autre facteur crucial, et il explique pourquoi des événements objectivement mineurs peuvent laisser des traces durables. Quand tu as l’impression de ne rien pouvoir faire face à ce qui arrive, ton cerveau enregistre l’événement comme une menace vitale, même s’il ne l’est pas.
Je pense à ce coureur que j’accompagne en préparation mentale. Il s’est blessé pendant un marathon, une déchirure musculaire. Rien de grave, trois semaines d’arrêt. Mais il a développé une anxiété de performance qui a duré un an. Pourquoi ? Parce que sur le moment, il était à 30 km, seul, sans téléphone, et il a cru qu’il allait rester là, incapable de bouger, sans aucun moyen d’appeler à l’aide. Ce n’est pas la douleur qui a fait le traumatisme, c’est l’impuissance absolue.
À l’inverse, prenons un soldat entraîné qui se retrouve sous le feu. Il a peur, mais il a un protocole, un ordre, une action possible – se mettre à couvert, riposter, évacuer. Le sentiment de contrôle, même minime, réduit la charge traumatique.
L’impuissance est le terreau du traumatisme. Plus tu te sens acteur, même dans une micro-action, plus l’événement reste digérable.
Concrètement, si tu vis un choc, essaie de trouver une chose, même infime, que tu peux faire. Respirer consciemment. Bouger un doigt. Dire “non” ou “stop” à voix haute. Ce geste, aussi petit soit-il, envoie à ton cerveau un message : “Je ne suis pas totalement passif.” C’est une brèche dans la toute-puissance de l’événement.
Ce facteur est souvent négligé, et pourtant il est central. Ce n’est pas l’événement brut qui compte, mais l’histoire que tu te racontes sur lui. Deux personnes peuvent vivre la même chute, la même parole, la même perte, et en tirer des conclusions radicalement différentes.
Un exemple courant : un enfant se fait gronder sévèrement par son parent pour une bêtise. Si l’enfant se dit “j’ai fait une erreur, je vais faire attention la prochaine fois”, l’événement est digéré. Si l’enfant se dit “je suis nul, je ne mérite pas d’être aimé”, la trace est traumatique. La différence est dans le sens attribué.
Chez les adultes, c’est la même chose. Un licenciement peut être vécu comme une injustice, une trahison, une preuve de son incompétence, ou au contraire comme une libération, une chance. Ce n’est pas la réalité objective – tu as perdu ton emploi – qui est traumatique, c’est la signification que tu lui donnes.
En séance, je travaille souvent avec l’IFS (Internal Family Systems) pour dénouer ces croyances. Une partie de toi, souvent une partie jeune, a attribué un sens à l’événement pour te protéger. Par exemple : “Si je reste invisible, je ne serai plus blessé.” Cette croyance a peut-être été utile à l’époque, mais aujourd’hui, elle te limite. Le travail n’est pas de nier l’événement, mais de revisiter la signification que tu lui as donnée.
Ce que tu peux faire maintenant : prends un événement qui te revient souvent en mémoire. Demande-toi : quelle est l’histoire que je me raconte sur cet événement ? Est-ce que cette histoire est vraie aujourd’hui ? Est-ce qu’elle m’aide ou me freine ? Parfois, juste poser ces questions ouvre une porte.
Un événement isolé peut être digéré. Mais quand il se répète, ou quand il survient dans un contexte déjà chargé émotionnellement, la charge traumatique s’accumule. C’est le principe de la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Prenons un exemple : une personne subit des micro-agressions au travail – des remarques dévalorisantes, des silences, des exclusions. Chaque micro-événement, pris isolément, est supportable. Mais à force de répétition, le système nerveux s’épuise. Un jour, une simple parole anodine fait tout basculer. On dit alors que la personne “a craqué”. En réalité, son système était en surcharge depuis des mois.
De même, le contexte émotionnel compte. Si tu vis un choc alors que tu es déjà en deuil, en burn-out, ou en pleine séparation, ta capacité de régulation est réduite. Ton système nerveux est comme une batterie déjà à 10 %. Un seul événement de plus, même léger, peut le faire disjoncter.
Je pense à cette patiente qui a développé un syndrome de stress post-traumatique après une opération chirurgicale bénigne. L’opération s’est bien passée, mais elle était déjà épuisée par des années de soins à son parent malade. Le choc de l’anesthésie, combiné à la fatigue, a été la goutte de trop.
Ce que tu peux retenir : si tu traverses une période difficile, sois particulièrement attentif aux petits chocs du quotidien. Un accident de voiture, une dispute, une mauvaise nouvelle – tout cela a plus d’impact quand tu es déjà vulnérable. Donne-toi du temps, allège ton agenda, et surtout, ne minimise pas tes réactions. Ton système nerveux te parle ; écoute-le.
Ce facteur est le plus intime, et aussi le plus modifiable. Chacun de nous naît avec une sensibilité différente de son système nerveux – certains sont plus réactifs, d’autres plus stables. Mais cette sensibilité n’est pas une fatalité. La régulation émotionnelle s’apprend, se développe, se renforce.
Pendant un événement traumatique, ton système nerveux active une réponse de survie : combat, fuite, ou figement. Le problème, c’est que si cette réponse n’est pas complétée – si tu n’as pas pu fuir, ni te battre, ni même trembler et pleurer après – l’énergie reste bloquée dans ton corps. C’est ce qui fait que des mois plus tard, un bruit, une odeur, une image, réactive la même terreur.
Les personnes qui ont une bonne capacité de régulation ont souvent des outils pour compléter la réponse : elles respirent, bougent, parlent, pleurent, ou même rient nerveusement. Elles permettent à l’énergie de se dissiper. Celles qui n’ont pas ces outils restent bloquées.
Le traumatisme n’est pas l’événement, c’est l’énergie qui n’a pas pu se décharger.
La bonne nouvelle, c’est que la régulation s’apprend. La respiration profonde, le mouvement lent, le fait de nommer ses sensations physiques – “j’ai la gorge serrée, mes épaules sont remontées” – sont des techniques simples qui aident ton système à revenir à l’équilibre. En séance d’hypnose, je guide souvent des personnes à revisiter l’événement tout en maintenant une sensation de sécurité dans le corps. Progressivement, le souvenir perd sa charge.
Ce que tu peux essayer aujourd’hui : la prochaine fois que tu sens une montée d’anxiété, arrête-toi. Mets une main sur ton ventre, l’autre sur ton cœur. Respire lentement, en comptant jusqu’à quatre à l’inspiration, quatre à l’expiration. Fais-le pendant une minute. Ce geste simple envoie un signal à ton système nerveux : “Je suis en sécurité ici, maintenant.”
Enfin, un facteur qui revient souvent : l’âge auquel tu vis l’événement, et l’histoire de tes traumatismes antérieurs. Un enfant n’a pas les mêmes ressources qu’un adulte. Son système nerveux est encore en développement, et sa capacité à donner du sens est limitée. Un événement qui serait digéré par un adulte peut devenir un traumatisme chez un enfant, simplement parce qu’il n’a pas les mots ni la maturité pour le traiter.
De plus, chaque traumatisme antérieur fragilise le système. C’est ce qu’on appelle l’effet cumulatif. Une personne qui a déjà vécu un deuil, une agression, ou une négligence dans l’enfance aura un seuil de tolérance plus bas. Son système nerveux est déjà en hypervigilance. Un nouveau choc, même mineur, peut tout faire basculer.
À l’inverse, une personne qui a eu une enfance sécurisée, avec des figures d’attachement stables, a développé une résilience naturelle. Son système nerveux sait qu’il peut compter sur le soutien, et il a des stratégies de régulation intégrées. Cela ne la rend pas invulnérable, mais cela élève son seuil.
Ce que tu peux retenir : si tu as des antécédents de traumatismes, sois particulièrement doux avec toi-même. Ne te compare pas à ceux qui “encaissent mieux”. Tu as une histoire, et cette histoire compte. Le travail thérapeutique peut t’aider à renforcer ce seuil, à dénouer les anciennes blessures pour que les nouvelles ne viennent pas s’y greffer.
Tu te reconnais peut-être dans certains de ces facteurs. Peut-être que tu as vécu un événement seul, sans soutien. Peut-être que tu t’es senti totalement impuissant. Peut-être que tu t’es raconté une histoire qui te blesse encore aujourd’hui. Ou peut-être que tu es dans une période vulnérable, et que le moindre choc te semble insurmontable.
Ce que je veux que tu entendes, c’est que comprendre pourquoi un événement t’a marqué ne va pas effacer la marque. Mais cela va te permettre de cesser de te juger. Tu n’es pas faible, tu n’es pas fragile. Tu as simplement un système nerveux qui a fait son travail – te protéger – et qui n’a pas encore trouvé le moyen de déposer cette charge.
La bonne nouvelle, c’est que ce n’est jamais trop tard. Un traumatisme, même vieux de vingt ans, peut se dénouer. Ton système nerveux est plastique, il peut apprendre de nouvelles réponses. L’hypnose, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle sont des chemins pour lui offrir cette sécurité qu’il n’a pas eue sur le moment.
Si cet article résonne en toi, si tu te dis “c’est exactement ce que je vis”, je t’invite à prendre une petite action concrète. Pas tout de suite, pas en force. Mais peut-être que tu peux noter ce que tu ressens en ce moment, ou prendre cinq minutes pour respirer, les mains sur le cœur. Ce geste, c’est déjà un premier pas vers toi-même.
Et si tu veux, on peut en parler. Je reçois à Saintes, en présentiel ou en visio, et je ne te promets pas de solutions miracles – juste un accompagnement respectueux de ton rythme, de ton histoire. Parce que tu mérites de vivre, pas seulement de survivre.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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