3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
L’évitement comme mécanisme de survie expliqué.
Tu as peut-être déjà ressenti cette boule au ventre en approchant d’un supermarché un samedi après-midi. Ou cette impression d’étouffer dans une salle de réunion bondée, alors que la réunion elle-même n’a rien de spécial. Parfois, c’est plus discret : tu changes de trottoir pour éviter un groupe de personnes, tu refuses une invitation sans vraiment savoir pourquoi, ou tu trouves toujours une bonne excuse pour ne pas prendre l’autoroute aux heures de pointe.
Sur le moment, tu te dis que c’est juste une préférence, une habitude, un peu de fatigue. Mais si tu creuses un peu, tu sens qu’il y a quelque chose de plus fort, quelque chose qui te dépasse. Une espèce d’alarme intérieure qui se déclenche sans que tu aies le temps de comprendre. Et tu finis par t’adapter : tu organises ta vie autour de ces évitements, sans jamais les remettre en question.
Je vois ça très souvent dans mon cabinet à Saintes. Des adultes intelligents, actifs, qui ont construit des stratégies complexes pour ne pas se retrouver dans certaines situations. Ils viennent me voir pour autre chose – une fatigue chronique, une difficulté à s’affirmer, une anxiété diffuse – et on découvre ensemble que leur vie est un parcours d’obstacles invisible, pavé d’évitements qu’ils ne s’expliquent pas.
Alors, pourquoi ton cerveau prend-il ces décisions à ta place ? Et surtout, que faire quand tu te rends compte que tu évites sans comprendre ?
Avant de juger cet évitement comme un défaut ou une faiblesse, il faut comprendre ce qu’il fait pour toi. Et là, je vais être très clair : l’évitement est un mécanisme de survie extrêmement efficace. Il a sauvé des vies pendant des millénaires.
Imagine notre ancêtre chasseur-cueilleur. Il entend un bruit dans les buissons. S’il s’arrête pour analyser rationnellement si c’est un tigre ou le vent, il risque de se faire dévorer. Son cerveau a donc développé un système d’alarme rapide : bruit suspect = fuite ou évitement. Pas de question, pas d’analyse. Ça se joue en quelques millisecondes.
Aujourd’hui, tu n’as plus de tigres dans les buissons. Mais ton cerveau a conservé ce circuit. Sauf que les dangers ont changé : ils sont devenus sociaux, émotionnels, relationnels. Un regard critique, une situation d’impuissance, un souvenir douloureux réactivé par un lieu ou une ambiance. Ton cerveau ne fait pas la différence entre un tigre et un regard froid. Il active la même réponse : évite.
Le problème, c’est que cette protection est devenue automatique. Elle s’est programmée à une époque où tu avais peut-être besoin de te protéger vraiment. Peut-être après un événement traumatique, une période de stress intense, ou une accumulation de micro-violences relationnelles. À ce moment-là, éviter était la meilleure chose à faire. Ça t’a permis de tenir, de survivre, de ne pas t’effondrer.
Sauf qu’aujourd’hui, la menace n’est plus là. Les lieux, les situations, les personnes ont changé. Mais ton système nerveux, lui, n’a pas mis à jour sa carte des dangers. Il continue à te protéger d’un danger qui n’existe plus. Et toi, tu te retrouves à éviter le rayon fruits et légumes sans savoir pourquoi.
L’évitement n’est pas un choix conscient. C’est la mémoire du corps qui a décidé à ta place, pour te protéger d’un danger qui n’existe peut-être plus.
Alors, concrètement, qu’est-ce qui se passe dans le cerveau quand tu évites un lieu sans comprendre ? Il y a un mécanisme bien identifié : l’amygdale prend le contrôle du volant.
L’amygdale, c’est une petite structure en forme d’amande au cœur de ton cerveau. Son job, c’est la détection des menaces. Elle scanne en permanence ton environnement, bien en dessous de ta conscience. Elle ne réfléchit pas, elle ne raisonne pas. Elle associe des indices sensoriels – une odeur, une lumière, un bruit, une sensation corporelle – à des souvenirs émotionnels stockés.
Si elle détecte une correspondance avec un souvenir désagréable ou traumatique, elle déclenche une réponse de stress immédiate. Le cortex préfrontal, la partie rationnelle de ton cerveau, est court-circuité. C’est ce qu’on appelle un détournement amygdalien. Tu n’as pas le temps de penser. Tu agis. Tu évites.
Le problème, c’est que l’amygdale ne fait pas la différence entre un souvenir réel et une imagination. Elle ne distingue pas le passé du présent. Si tu as vécu une situation difficile dans une salle de sport il y a dix ans, ton amygdale peut encore associer l’odeur du chlore ou le bruit des machines à un danger. Et chaque fois que tu passes devant une salle de sport, même différente, même avec des gens sympas, elle te dit : « danger, on évite ».
C’est pour ça que tu peux te retrouver à éviter des situations qui, objectivement, n’ont rien de menaçant. Ce n’est pas la situation actuelle que tu évites. C’est la situation d’autrefois, celle qui a laissé une empreinte dans ton système nerveux.
Voilà le vrai problème. L’évitement n’est pas juste une gêne passagère. C’est un piège qui se referme sur lui-même.
Chaque fois que tu évites un lieu ou une situation, tu envoies un message très clair à ton cerveau : « On a eu raison d’éviter, c’était dangereux. » Tu ne lui donnes pas l’occasion de vérifier que le danger n’est plus là. Tu confirmes sa carte des menaces.
Résultat : la peur ne diminue pas. Au contraire, elle s’ancre. Elle s’étend. Ce qui était un évitement ponctuel devient une règle de vie. Tu commences par éviter un supermarché, puis tous les supermarchés, puis les magasins en général, puis les lieux publics. Le cercle s’élargit.
Et en plus, tu développes des stratégies d’évitement de plus en plus sophistiquées. Tu fais les courses à des heures creuses. Tu évites certaines rues. Tu prépares des excuses à l’avance. Tu deviens un expert de la planification anti-inconfort. Mais cette planification te coûte une énergie considérable. Elle te vole ta spontanéité, ta liberté. Elle te maintient dans une vigilance constante.
Au fond, l’évitement te fait croire que tu contrôles la situation, alors que c’est la peur qui contrôle ta vie.
Avant de pouvoir agir, il faut déjà mettre des mots sur ce qui se passe. Beaucoup de personnes vivent avec des évitements sans les identifier comme tels. Elles pensent que c’est leur personnalité. « Je suis du genre à ne pas aimer la foule », « Je ne suis pas très soirée », « Les grands magasins, très peu pour moi. »
Parfois, c’est effectivement une préférence. Mais quand cette préférence devient une contrainte qui limite ta vie, il est temps de regarder ça de plus près.
Voici quelques signes qui indiquent que l’évitement est actif, même si tu ne t’en rends pas compte :
Tu passes beaucoup de temps à anticiper des situations. Avant d’aller quelque part, tu visualises les issues de secours, tu vérifies les horaires d’affluence, tu te demandes si tu pourras partir facilement. Cette anticipation mentale est épuisante.
Tu as des sensations physiques sans raison claire. Quand tu penses à un lieu ou une situation, tu ressens une tension dans le ventre, une accélération du cœur, une oppression thoracique, des mains moites. Ce sont des signaux de ton système nerveux.
Tu trouves des excuses systématiques. Tu refuses des invitations en invoquant la fatigue, le travail, les enfants, alors qu’au fond, ce qui te freine, c’est une angoisse que tu ne t’expliques pas.
Tu évites les conversations sur le sujet. Quand quelqu’un te demande pourquoi tu ne viens pas, tu changes de sujet ou tu donnes une réponse vague. Parce que tu sais toi-même que ta raison n’est pas claire.
Tu ressens un soulagement intense quand tu te désistes. Au moment où tu annules, tu sens un poids qui se lève. Ce soulagement est le signe que l’évitement a fonctionné. Mais il est temporaire.
Si tu reconnais plusieurs de ces signes, il y a de fortes chances que ton cerveau ait programmé des évitements à ton insu. Et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut reprogrammer ça.
C’est ici que mon travail rejoint le tien. En tant que praticien, j’accompagne des adultes qui veulent comprendre pourquoi ils évitent et comment sortir de ce cercle. Et j’utilise des approches qui parlent directement à ce cerveau qui a pris le contrôle sans te demander ton avis.
L’hypnose ericksonienne, par exemple, est particulièrement adaptée. Pourquoi ? Parce qu’elle ne passe pas par la volonté ou la raison. Elle parle directement au système nerveux, à cette partie de toi qui a enregistré les peurs. En état d’hypnose, on peut revisiter la situation qui a déclenché l’évitement, non pas pour la revivre douloureusement, mais pour la recontextualiser. On peut apprendre à ton amygdale que le danger est passé, que tu es en sécurité maintenant.
L’IFS (Internal Family Systems) va plus loin. Il considère que ces évitements sont protégés par des « parties » de toi qui ont été créées pour te protéger. Par exemple, une partie « évitante » s’est formée après une humiliation en public pour que tu ne prennes plus jamais ce risque. Cette partie n’est pas ton ennemie. Elle a fait son job. Mais aujourd’hui, elle est devenue trop stricte, trop généralisée. Avec l’IFS, on entre en dialogue avec cette partie, on comprend sa peur, et on négocie un nouveau rôle. On lui montre qu’elle peut lâcher un peu la garde, parce que le vrai toi, l’adulte d’aujourd’hui, est capable de gérer.
Est-ce que ces approches effacent la mémoire de ce qui s’est passé ? Non. Ce n’est pas leur objectif. La mémoire reste. Mais elles changent la charge émotionnelle associée à cette mémoire. Ce qui était une peur paralysante devient un souvenir désactivé. Tu peux alors te trouver dans une situation autrefois évitée et ressentir juste une petite gêne, ou même rien du tout.
Est-ce que ça marche pour tout le monde ? Non plus. Cela demande une certaine disposition à se laisser guider, à faire confiance au processus, à accepter de ne pas tout contrôler. Et parfois, un travail plus long est nécessaire si les évitements sont liés à des traumatismes complexes. Mais dans la majorité des cas, les personnes retrouvent une liberté qu’elles pensaient perdue.
Avant même de prendre rendez-vous, il y a quelque chose que tu peux commencer à faire tout de suite. C’est simple, mais c’est le premier levier pour reprendre le contrôle.
Prends un carnet ou une note sur ton téléphone. Pendant une semaine, note chaque situation où tu sens une hésitation, un repli, un évitement. Sois précis. Note le lieu, l’heure, ce que tu ressens dans ton corps, et surtout, la petite voix qui justifie l’évitement.
Par exemple :
Ne juge pas ces notes. Ne cherche pas à tout prix à comprendre. Contente-toi d’observer. Ce simple geste d’observation va commencer à désactiver l’automatisme. Parce que tu mets une conscience là où il n’y avait que de l’impulsion.
Après une semaine, regarde tes notes. Tu verras peut-être des schémas. Des lieux récurrents, des heures spécifiques, des types de situations. Et surtout, tu verras que ces évitements ne sont pas une fatalité. Ce sont des réponses conditionnées. Et ce qui a été conditionné peut être déconditionné.
Si tu veux aller plus loin, choisis un évitement parmi les plus légers de ta liste. Pas le plus gros, pas le plus effrayant. Un petit. Et décide d’y aller, sans pression, sans objectif. Juste pour vérifier. Et observe ce qui se passe. Peut-être que la première fois sera inconfortable. Peut-être que la deuxième sera moins difficile. C’est ainsi que le cerveau apprend que le danger n’est plus là.
L’évitement n’est pas un défaut de caractère. C’est une stratégie de survie qui a dépassé sa date de péremption. Ton cerveau a fait ce qu’il savait faire : te protéger. Mais aujourd’hui, cette protection te coûte plus qu’elle ne te sert.
Tu n’es pas obligé de vivre en contournant des zones invisibles. Tu n’es pas obligé de planifier ta vie autour de ce que tu ne peux pas affronter. Ces peurs, ces évitements, ils ne sont pas gravés dans le marbre. Ils sont stockés dans ton système nerveux, et le système nerveux peut apprendre de nouvelles réponses.
Ce que je te propose, c’est d’abord de regarder ça avec honnêteté et douceur. Pas de jugement, pas de violence. Juste une curiosité pour ce qui se joue en toi. Et ensuite, si tu sens que c’est le moment, de te faire accompagner pour aller dénouer ces nœuds qui t’empêchent de vivre pleinement.
Je reçois à Saintes, en face à face, mais aussi en visio pour ceux qui sont plus loin ou qui préfèrent la distance. Parfois, le premier pas, c’est juste d’envoyer un message. Pour poser une question, pour dire « je me reconnais dans ce que tu décris ». Il n’y a aucun engagement, juste une main tendue.
Tu peux aussi laisser faire le temps, et continuer à organiser ta vie autour de ces évitements. Beaucoup le font, et ça fonctionne plus ou moins. Mais si tu lis cet article jusqu’au bout, c’est peut-être qu’au fond, tu sais qu’il y a une autre façon de vivre. Une façon où tu choisis tes lieux, tes sorties, tes rencontres, non plus par peur, mais par désir.
Cette liberté-là, elle est possible. Tu n’as pas à la conquérir seul.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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