3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Exercice pas-à-pas pour retrouver un sentiment de sécurité.
Tu es en train de lire ces lignes, et peut-être que quelque chose, dans ton corps ou dans ton esprit, est en train de trembler encore. Une scène, un mot, une sensation qui est revenue sans prévenir. Tu as l’impression d’être aspiré·e dans un tunnel, le cœur qui s’emballe, la respiration qui se bloque, comme si le temps s’était arrêté sur ce moment précis. C’est ça, une réaction traumatique aiguë. Ce n’est pas une faiblesse, ni un caprice. C’est ton système nerveux qui fait son boulot : il essaie de te protéger, mais il le fait avec des outils d’un autre âge, comme s’il croyait que le danger est encore là, maintenant, dans cette pièce.
Quand je reçois des personnes à Saintes – des adultes qui viennent pour des angoisses, des souvenirs qui reviennent en boucle, des insomnies ou des crises de colère inexpliquées –, elles me disent souvent : « Je sais que c’est fini, mais mon corps ne le sait pas. » Et c’est exactement ça. Le traumatisme, ce n’est pas l’événement en lui-même, c’est ce qui reste coincé dans le système nerveux. Un verrouillage. Une alarme qui ne s’éteint plus.
Je vais te proposer ici un protocole simple, concret, que tu peux utiliser seul·e, chez toi, pour sortir de cet état. Ce n’est pas une thérapie complète, mais c’est un outil de premier secours. Un peu comme un extincteur émotionnel. Il repose sur trois piliers que j’utilise en hypnose ericksonienne et en IFS (Internal Family Systems) : la régulation sensorielle, la réorientation de l’attention, et la réintégration de la sécurité dans le corps.
Avant de commencer, une chose importante : si tu te sens submergé·e, si tu as des pensées suicidaires ou si tu es en pleine crise de panique, ne fais pas cet exercice seul·e. Appelle un proche, un médecin, ou le 3114 (numéro national de prévention du suicide en France). Ce protocole est pour les moments où tu es encore capable de tenir une intention, même fragile. Pour les moments où tu sens que ça monte, mais que tu n’es pas encore noyé·e.
Alors, installe-toi. Assieds-toi, les pieds à plat sur le sol. Si tu es debout, pose-toi. Si tu es allongé·e, c’est bien aussi. L’important, c’est que tu sois dans une position où tu peux ressentir ton corps sans avoir à le soutenir activement. On commence.
Avant de plonger dans le protocole, il faut qu’on comprenne ce qui se passe. Quand tu vis un événement traumatique – un accident, une agression, une perte brutale, une humiliation violente –, ton cerveau limbique (la partie la plus ancienne, celle qui gère la survie) prend le contrôle. Il n’a pas de langage, pas de notion du temps. Pour lui, tout est binaire : danger ou sécurité. Et quand le danger est trop intense, il fait une chose étonnante : il gèle la réponse. Comme un ordinateur qui plante parce qu’il a trop de données à traiter.
Ce gel, c’est la réaction traumatique aiguë. Tu peux trembler, avoir froid, être incapable de parler, ou au contraire être hyperactif·ve, parler vite, ne pas tenir en place. Certaines personnes se sentent déconnectées de leur corps, comme si elles regardaient un film. D’autres revivent la scène en boucle, avec des flashbacks sensoriels (une odeur, un bruit, une image). Tout ça, c’est normal. C’est le système nerveux qui essaie de digérer ce qu’il n’a pas pu traiter sur le moment.
Le problème, c’est que ce gel peut durer des heures, des jours, voire des années si on ne fait rien. Le corps reste en alerte, les muscles contractés, la respiration courte. Et à la moindre stimulation qui ressemble de près ou de loin à l’événement original – un ton de voix, une lumière, une date anniversaire –, l’alarme se déclenche à nouveau.
Le protocole que je vais te donner vise à dégeler ce système. Pas en forçant, pas en parlant de l’événement (on ne va pas te demander de raconter ce qui s’est passé si tu n’es pas prêt·e), mais en donnant à ton corps des preuves tangibles que le danger est passé. On va utiliser tes sens, ton mouvement, et ton attention pour recréer un sentiment de sécurité.
« Le traumatisme n’est pas ce qui t’est arrivé, mais ce qui est resté coincé dans ton système nerveux. Le guérir, ce n’est pas oublier, c’est permettre à ton corps de savoir que c’est fini. » — Bessel van der Kolk
La première chose à faire, c’est de sortir de la boucle mentale. Quand tu es en réaction traumatique, ton cerveau est obnubilé par le passé ou par une menace future imaginaire. Il a oublié que tu es là, dans cette pièce, en sécurité. L’ancrage sensoriel, c’est comme jeter une ancre dans le moment présent.
Exercice pratique : Commence par regarder autour de toi. Ne cherche pas à comprendre, juste à voir. Choisis cinq objets que tu peux voir distinctement. Dis-les à voix haute ou dans ta tête. Par exemple : « Je vois une lampe, une chaise, une tasse bleue, un livre, une fenêtre. » Si tu n’arrives pas à cinq, fais trois, ou même un. L’important, c’est que ton œil se pose et que tu nommes.
Ensuite, passe au toucher. Prends un objet près de toi – un coussin, un vêtement, une table. Ressens sa texture. Est-ce lisse, rugueux, chaud, froid ? Si tu n’as rien à toucher, touche tes propres bras. Passe tes doigts sur ta peau. Sens la température, la pression.
Puis, l’ouïe. Qu’est-ce que tu entends ? Peut-être le frigo, une voiture dehors, le vent, ta propre respiration. Distingue un son, puis deux.
Enfin, l’odorat et le goût si tu peux. Respire profondément par le nez. Qu’est-ce que tu sens ? L’air, le café, la poussière ? Si tu as une boisson, prends une gorgée et sens le goût.
Cet exercice, que les thérapeutes appellent « grounding » (mise à la terre), force ton cerveau à quitter le mode survie pour revenir au mode réalité. Tu ne peux pas être simultanément en train de revivre un traumatisme et de décrire la texture d’un coussin. L’un chasse l’autre. C’est un peu comme un interrupteur : tu bascules d’un circuit à un autre.
Fais-le plusieurs fois si nécessaire. Si tu sens que la panique remonte, refais-le. C’est ton filet de sécurité.
Une fois que tu as posé un premier ancrage, on va aller plus loin. Le système nerveux autonome a deux branches principales : le sympathique (l’accélérateur, la réponse combat-fuite) et le parasympathique (le frein, la réponse repos-digestion). Le nerf vague est le chef d’orchestre du parasympathique. Quand il est activé, il envoie un signal à tout le corps : « On peut se détendre, tout va bien. »
Le problème, c’est qu’en réaction traumatique, le sympathique est en surrégime et le vague est comme écrasé. On va le réveiller en douceur.
Exercice pratique : Place une main sur ton ventre, l’autre sur ton cœur. Inspire lentement par le nez pendant 4 secondes. Pas de précipitation. Laisse l’air remplir ton ventre, pas seulement ta poitrine. Puis expire très lentement par la bouche, comme si tu soufflais doucement sur une bougie, pendant 6 secondes. L’expiration plus longue que l’inspiration est la clé pour activer le nerf vague.
Répète ça 5 à 10 fois. Si tu as du mal à compter, utilise une application de respiration ou visualise une vague qui monte à l’inspiration et qui redescend à l’expiration.
Tu vas peut-être sentir des bâillements, des soupirs, une chaleur dans les mains. C’est bon signe. C’est le système qui se relâche. Si tu sens des tremblements, ne les arrête pas. Laisse-les faire. C’est une décharge d’énergie qui était bloquée.
Pendant cette respiration, tu peux aussi ajouter une intention : à l’inspiration, imagine que tu inspires de la sécurité. À l’expiration, imagine que tu expires la tension. Ce n’est pas magique, c’est juste une façon de donner une direction à ton attention.
Je vois souvent des personnes qui me disent : « Mais je n’arrive pas à respirer lentement, j’ai l’impression d’étouffer. » Si c’est ton cas, ne force pas. Respire à ton rythme, mais essaye juste de faire l’expiration un tout petit peu plus longue que l’inspiration. Même une micro-seconde de différence suffit à envoyer un signal au cerveau.
Le traumatisme, c’est de l’énergie qui n’a pas pu être déchargée sur le moment. Quand un animal sauvage vit un danger, il tremble, il court, il se secoue. Une fois le danger passé, il libère cette énergie et retourne à ses occupations. Nous, humains, on a appris à se retenir. On se fige, on serre les dents, on fait « comme si de rien n’était ». Résultat : l’énergie reste coincée.
Cette étape consiste à donner à ton corps une sortie pour cette énergie, sans avoir à revivre la scène.
Exercice pratique : Commence par des mouvements très petits. Secoue doucement tes mains, comme si tu voulais les égoutter. Puis tes poignets. Puis tes pieds, un par un. Si tu es assis·e, tu peux taper doucement des pieds sur le sol. Si tu es debout, tu peux piétiner sur place.
Ensuite, lève les épaules vers les oreilles, tiens 3 secondes, puis relâche d’un coup. Recommence plusieurs fois. Tu peux aussi ouvrir grand la bouche, comme un bâillement forcé, puis la fermer. Bouger la mâchoire aide souvent à libérer la tension.
L’idée, c’est de créer un petit tremblement contrôlé. Tu n’es pas en train de faire une séance de sport, tu es en train de dire à ton corps : « Tu peux bouger, tu peux évacuer, c’est autorisé maintenant. »
Si tu sens une envie de pleurer, de crier, ou de rire nerveusement, laisse venir. Ces décharges sont naturelles. Le corps sait comment se libérer si on ne l’en empêche pas.
Un patient coureur que j’accompagne en préparation mentale m’a raconté qu’après un accident de vélo, il avait des flashbacks à chaque fois qu’il voyait une voiture approcher. On a intégré ce genre de micro-mouvements dans sa routine. Avant chaque sortie, il secouait les bras et les jambes pendant 30 secondes. Ça a réduit ses crises de panique de 70 % en deux semaines. Ce n’est pas un hasard.
Quand tu es en réaction traumatique, ton champ visuel se rétrécit. Tu vois comme dans un tunnel, focalisé·e sur la menace. C’est un mécanisme de survie : quand un tigre est devant toi, tu n’as pas besoin de voir le paysage. Mais dans ta vie quotidienne, ce tunnel te maintient dans l’alerte.
Cette étape va élargir ton champ visuel et envoyer un signal de sécurité à ton cerveau.
Exercice pratique : Fixe un point devant toi, à hauteur des yeux. Puis, sans bouger la tête, laisse ton regard glisser lentement vers la gauche, aussi loin que possible, sans forcer. Reste 2 secondes. Puis vers la droite. Puis vers le haut. Puis vers le bas. Fais ça 3 fois dans chaque direction.
Ensuite, regarde un objet loin, puis un objet près. Alterne. Par exemple, regarde un arbre par la fenêtre, puis le bout de ton nez. Fais ça 5 fois.
Ce mouvement des yeux, appelé « balayage visuel », est utilisé en EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), une thérapie reconnue pour le trauma. Ici, on ne va pas traiter le souvenir, juste calmer le système. Le fait de bouger les yeux horizontalement active les deux hémisphères du cerveau et réduit l’intensité émotionnelle.
Tu peux aussi faire ceci : assieds-toi dos à un mur, les pieds au sol. Tourne lentement la tête à gauche, puis à droite, en suivant du regard un point fixe. Comme si tu disais « non » avec la tête, mais très lentement. Ce mouvement, associé à la respiration, est particulièrement efficace pour les personnes qui ont vécu des traumatismes où elles se sentaient piégées ou immobilisées.
« Le traumatisme est une blessure invisible. Mais comme toute blessure, elle a besoin d’un environnement sécurisé pour guérir. Ton corps est cet environnement. » — Peter Levine
Les étapes précédentes t’ont aidé·e à sortir de l’urgence. Maintenant, on va construire un espace mental où tu peux te poser, même si tout ne va pas parfaitement bien.
Exercice pratique : Ferme les yeux (ou garde-les mi-clos si fermer les yeux te fait peur). Imagine un endroit où tu te sens totalement en sécurité. Ça peut être un lieu réel – ta chambre d’enfant, une plage, une forêt – ou un lieu imaginaire. Ne cherche pas la perfection. Si rien ne vient, invente : une cabane au milieu d’un champ, une pièce avec une lumière douce.
Remplis cet endroit avec des détails sensoriels : de quelle couleur est la lumière ? Quelle température ? Y a-t-il une odeur ? Un son ? Est-ce que tu es seul·e ou accompagné·e ? Laisse ton corps s’installer dans cet espace. Ressens le poids de ton corps sur le sol, dans ce lieu.
Puis, trouve un objet dans cet endroit qui représente la sécurité pour toi. Une couverture, un arbre, un animal, une lumière. Place-le près de toi. Tu peux même lui donner un nom. Dis-toi : « Ici, je suis en sécurité. Ce danger est passé. Mon corps peut se reposer. »
Reste dans cet espace 1 à 2 minutes. Si des pensées intrusives reviennent, ramène doucement ton attention sur un détail sensoriel de ton refuge.
Quand tu te sens prêt·e, ramène ton attention dans la pièce. Bouge doucement les doigts et les orteils. Ouvre les yeux si tu les avais fermés.
Cet exercice n’efface pas le traumatisme, mais il crée une mémoire positive que ton cerveau peut utiliser comme contrepoids. Plus tu le pratiques, plus ton système nerveux associe la sécurité à quelque chose de concret, et moins il reste coincé dans l’alerte.
Je veux être honnête avec toi. Ce protocole est un outil de régulation. Il peut te sortir d’une crise aiguë, te permettre de dormir, de passer une journée sans être submergé·e. Mais il ne guérit pas la blessure profonde. Il ne remplace pas un accompagnement thérapeutique si le traumatisme est ancien ou répété.
Ce que tu peux attendre : une diminution de l’intensité des flashbacks, un retour plus rapide au calme après une activation, une meilleure conscience de ton corps.
Ce que tu ne dois pas attendre : la disparition magique des souvenirs, ou le fait de ne plus jamais avoir de réaction. Le traumatisme laisse des traces. L’objectif n’est pas de les effacer, mais de ne plus être gouverné·e par elles.
Si tu te rends compte que tu utilises ce protocole plusieurs fois par jour, ou que les crises deviennent plus fréquentes, c’est un signe qu’il est temps de
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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