PsychologieTrauma Et Resilience

Témoignage : « J’ai cru devenir fou avec mon C-PTSD »

Un récit sans filtre pour se sentir moins seul.

TSThierry Sudan
25 avril 202611 min de lecture

Il y a des matins où le simple fait d’ouvrir les yeux est une épreuve. Pas parce qu’on est fatigué, mais parce qu’on ne sait pas qui va se réveiller. Le moi capable, le moi en alerte, ou celui qui a l’impression d’être une coquille vide posée sur le bord du lit.

Je reçois des personnes qui vivent ça depuis des années. Elles viennent me voir avec un diagnostic posé par un médecin ou un psychiatre : « trouble de stress post-traumatique complexe », ou C-PTSD. Mais souvent, ce qu’elles me disent en premier, c’est : « Thierry, j’ai cru devenir fou. »

Ce n’est pas une métaphore. C’est une sensation physique, une certitude intérieure. Perdre le fil de sa propre histoire, ne plus savoir si ce qu’on ressent est une réaction normale ou le symptôme d’une fragmentation intérieure.

Aujourd’hui, je vais partager le récit d’un accompagnement. Pas pour faire joli, ni pour donner des leçons. Mais pour que ceux qui lisent ces lignes se sentent un peu moins seuls. Parce que la première étape pour sortir de l’enfer, c’est de savoir qu’on n’est pas le seul à y être passé.


Pourquoi le C-PTSD fait-il croire qu’on devient fou ?

Le trouble de stress post-traumatique complexe n’est pas un simple stress qui passe après une mauvaise journée. C’est une réorganisation complète de votre système nerveux, de votre mémoire et de votre identité.

Contrairement à un traumatisme unique (un accident, une agression brutale), le C-PTSD naît de traumatismes répétés, prolongés ou cumulés, souvent dans l’enfance ou dans des relations où on ne pouvait pas s’échapper. Violences psychologiques, négligences affectives, abus physiques ou sexuels, humiliations constantes.

Le cerveau, pour survivre, fait quelque chose de terrifiant : il se coupe en morceaux.

C’est ce qu’on appelle la dissociation. Et c’est ça qui fait qu’on se sent fou.

« Je me souviens d’un patient qui me disait : “Parfois, je me vois de l’extérieur, comme si je regardais un film. Mais je ne suis pas le personnage principal. Je suis juste un spectateur coincé dans la salle.” »

La dissociation n’est pas un défaut. C’est une solution de survie. Le problème, c’est qu’elle devient automatique. Et quand elle s’active pour tout, même pour les émotions douces, on finit par ne plus se reconnaître.

Voici les signes qui font croire qu’on devient fou :

  • Trous de mémoire : vous oubliez des pans entiers de votre journée, des conversations, des heures entières.
  • Changements d’humeur brutaux : en une seconde, vous passez de calme à une rage incontrôlable ou à une tristesse sans fond.
  • Sensation d’irréalité : le monde semble flou, déformé, comme si vous étiez sous une cloche de verre.
  • Dialogue intérieur violent : une voix intérieure vous répète que vous êtes nul, que vous exagérez, que vous êtes fou.
  • Hypervigilance : vous scannez constamment l’environnement, les visages, les intonations. Vous ne vous détendez jamais.

Quand on vit ça au quotidien, on cherche des explications. On se dit : « Je fais une dépression sévère », « Je suis bipolaire », « Je perds la raison ». On consulte. On entend parfois des diagnostics erronés. Et on se sent encore plus perdu.

Pourtant, il y a une logique derrière tout ça. Une logique de survie.


Un récit anonyme : celui de Mathieu, 38 ans

Mathieu est venu me voir il y a deux ans. Il avait été diagnostiqué « trouble anxieux généralisé » et prenait des anxiolytiques. Mais rien ne changeait vraiment.

Lors de notre première séance, il m’a dit : « Je ne sais pas qui je suis. Je change tout le temps. Je suis gentil, puis méchant. Je suis hyper performant au travail, puis je passe trois jours au lit à pleurer. Je crois que je suis un imposteur. »

Mathieu a grandi dans une famille où l’amour était conditionnel. Sa mère était imprévisible : parfois aimante, parfois froide, parfois violente verbalement. Son père était absent, absorbé par le travail. Mathieu a appris très tôt à surveiller l’humeur de sa mère pour éviter les crises. Il est devenu un expert en lecture des émotions des autres, mais il a perdu la connexion avec les siennes.

À 38 ans, il avait construit une vie professionnelle solide, une relation de couple stable, deux enfants. Mais à l’intérieur, il vivait dans un état d’alerte permanent.

« Je fais des cauchemars où je cherche ma mère dans une maison vide. Je me réveille en sueur, et je mets une heure à me souvenir que je suis adulte, que je suis en sécurité. C’est épuisant. »

Ce que Mathieu vivait, c’était un C-PTSD non reconnu. Les symptômes étaient là : dissociation, hypervigilance, difficulté à réguler ses émotions, image de soi négative, difficultés relationnelles. Mais personne ne lui avait jamais expliqué que tout ça formait un syndrome cohérent.

Il se sentait fou parce qu’il essayait de comprendre ses réactions avec une logique de personne non traumatisée. Et ça ne marchait pas.


Le piège de l’auto-observation : quand le mental devient un ennemi

Une des choses les plus sournoises dans le C-PTSD, c’est la façon dont le mental se retourne contre vous. Vous observez vos réactions, vous les jugez, vous les analysez, vous les condamnez.

« Pourquoi je réagis comme ça ? C’est disproportionné. Je suis ridicule. Je devrais passer à autre chose. »

Cette auto-observation constante est un mécanisme de contrôle. Vous essayez de tout comprendre pour tout maîtriser. Mais plus vous observez, plus vous vous sentez fragmenté. Parce que vous ne voyez pas la cause réelle.

Voici un exemple concret, tiré de mon expérience avec des sportifs de haut niveau. Un coureur que j’accompagnais avait un blocage mental avant chaque compétition. Il se disait : « Je dois me détendre, je dois respirer. » Mais plus il essayait, plus il se tendait.

Pourquoi ? Parce que son cerveau associait la compétition à un danger (un traumatisme ancien lié à un père exigeant). La tentative de se détendre était perçue comme un ordre venu d’une partie de lui-même, mais une autre partie (la partie traumatisée) disait : « Ne te détends pas, c’est dangereux. »

C’est la même chose pour le C-PTSD. Vous avez en vous des parties qui ont des objectifs contradictoires :

  • Une partie qui veut guérir, qui lit des livres, qui cherche des solutions.
  • Une partie qui veut rester en sécurité, qui évite les émotions, qui fuit l’intimité.
  • Une partie qui a honte, qui se dévalorise.
  • Une partie qui est en colère, qui veut tout casser.

Ces parties ne sont pas des défauts. Ce sont des stratégies de survie qui ont été créées à un moment où elles étaient nécessaires. Le problème, c’est qu’elles sont devenues automatiques et qu’elles ne sont plus adaptées à votre vie d’adulte.

Quand vous ne comprenez pas ce mécanisme, vous vous sentez fou. Parce que vous avez l’impression d’être plusieurs personnes à l’intérieur. Et c’est exactement le cas. Mais ce n’est pas une pathologie honteuse. C’est une structure psychique que l’on peut comprendre et apaiser.


Comment l’hypnose et l’IFS aident à retrouver une cohérence intérieure

Je travaille principalement avec l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems). Je ne vais pas vous faire un cours théorique, mais je veux vous expliquer pourquoi ces approches sont particulièrement adaptées au C-PTSD.

L’hypnose, dans ce cadre, n’est pas un spectacle ou un état de sommeil. C’est un état de conscience modifié où l’on peut accéder aux parties de soi qui sont habituellement hors de portée de la pensée consciente. C’est un peu comme si on ouvrait une porte vers l’intérieur.

L’IFS, de son côté, est un modèle qui considère que notre psyché est composée de multiples « parties ». Certaines sont protectrices (elles nous évitent la douleur), d’autres sont exilées (elles portent les souvenirs douloureux). Le but n’est pas de supprimer ces parties, mais de dialoguer avec elles pour qu’elles puissent se détendre.

Dans le cas de Mathieu, nous avons fait un travail progressif.

  1. Reconnaître les parties : nous avons identifié une partie « performante » qui le poussait à toujours en faire plus, une partie « critique » qui le jugeait sans cesse, et une partie « enfant » qui avait peur de décevoir sa mère.

  2. Créer un espace de sécurité : grâce à l’hypnose, nous avons installé un « lieu intérieur » où Mathieu pouvait se retirer quand il se sentait submergé. Un endroit imaginaire, mais réel dans ses sensations.

  3. Accueillir les parties exilées : progressivement, Mathieu a pu entrer en contact avec la partie « enfant » qui portait la honte et la peur. Pas pour la forcer à guérir, mais pour l’écouter, la comprendre, lui dire qu’elle n’était plus seule.

« Un jour, il m’a dit : “J’ai parlé à ce petit garçon. Je lui ai dit qu’il avait fait de son mieux. Je ne l’ai jamais jugé. Il s’est mis à pleurer, et moi aussi. Mais c’était différent. Ce n’était plus des larmes de détresse. C’était des larmes de soulagement.” »

Le travail n’est pas magique. Il demande du temps, de la patience, et parfois des rechutes. Mais le changement profond, c’est de passer de « Je suis fou » à « Je comprends pourquoi je réagis comme ça ». Et cette compréhension, à elle seule, est déjà une guérison.


Ce que l’accompagnement ne fait pas (soyons honnêtes)

Je veux être clair. L’hypnose et l’IFS ne sont pas des baguettes magiques. Elles ne vont pas :

  • Effacer les souvenirs : les traumatismes restent dans votre histoire. Ce qui change, c’est leur charge émotionnelle et la façon dont ils influencent votre présent.
  • Vous rendre « normal » : la normalité n’existe pas. Vous ne serez pas comme si rien ne s’était passé. Vous serez vous-même, mais avec plus de paix et de clarté.
  • Supprimer les émotions : vous continuerez à ressentir de la tristesse, de la colère, de la peur. Mais vous ne serez plus submergé par elles. Vous pourrez les accueillir sans vous y noyer.

Ce que ces approches font, c’est restaurer votre capacité à être en relation avec vous-même. C’est vous redonner un centre, un point d’ancrage, une voix intérieure bienveillante qui remplace la voix critique.

Certains patients s’attendent à une transformation radicale en quelques séances. Ce n’est pas réaliste. Le C-PTSD s’est construit sur des années, parfois des décennies. Le défaire prend du temps. Mais chaque séance est un pas de plus vers la sortie du tunnel.


Et maintenant ? Ce que vous pouvez faire concrètement

Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans ce récit, voici trois choses que vous pouvez mettre en place dès maintenant.

1. Arrêtez de vous juger pour vos réactions

Quand vous ressentez une émotion intense, une réaction disproportionnée, ou une envie de fuir, ne vous dites pas « Je suis faible ». Dites-vous : « Mon système nerveux réagit à un déclencheur. Il essaie de me protéger. C’est normal. »

Ce simple changement de discours intérieur est puissant. Il vous sort du cycle de la honte.

2. Créez un « refuge sensoriel »

Trouvez un endroit chez vous, ou même un objet, qui vous apaise. Une couverture douce, une musique, une odeur, une image. Quand vous sentez la dissociation arriver ou l’anxiété monter, allez vers ce refuge. Pas pour fuir, mais pour vous ancrer.

3. Apprenez à reconnaître vos parties

Posez-vous la question : « Quelle partie de moi réagit en ce moment ? Est-ce la partie qui veut tout contrôler ? Celle qui a peur ? Celle qui est en colère ? » Ne cherchez pas à la changer. Contentez-vous de l’observer. C’est déjà un acte de présence.

Si vous sentez que vous avez besoin d’un accompagnement plus structuré, n’hésitez pas à me contacter. Je reçois à Saintes depuis 2014, et je propose aussi des séances à distance pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer.


Conclusion : vous n’êtes pas fou. Vous êtes un survivant qui cherche la paix.

Le C-PTSD est un trouble complexe, mais il n’est pas une condamnation. Il est une conséquence, et les conséquences peuvent être adoucies, comprises, transformées.

Mathieu va mieux aujourd’hui. Pas parfait, pas « guéri » au sens où tout serait effacé. Mais il a retrouvé une continuité intérieure. Il sait qui il est. Il sait pourquoi il a réagi comme il l’a fait. Et surtout, il a cessé de se battre contre lui-même.

« Je ne me sens plus fou. Je me sens simplement humain. Avec des cicatrices, mais humain. Et c’est bien suffisant pour avancer. »

Si vous traversez cette épreuve, sachez que vous n’êtes pas seul. Il existe des chemins, des outils, des personnes pour vous accompagner. Le premier pas, c’est de dire : « Je suis prêt à comprendre. »

Et si vous avez besoin d’une oreille, d’un regard extérieur, ou simplement d’un espace pour poser ce qui pèse trop lourd, je suis là. Prenez soin de vous.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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