3 exercices d’hypnose pour sortir de la torpeur
Des techniques simples pour retrouver calme et clarté mentale.
Histoire vraie d'une reconstruction par l'hypnose et l'IFS.
Il y a des matins où tout bascule. Pour Lucie, 34 ans, ce fut un mardi de novembre. Un tracteur qui refuse de s’arrêter au stop, un choc latéral, et le silence qui suit. Le corps retenu par la ceinture, la tête qui a cogné la vitre. Les pompiers, l’hôpital, les radios. Rien de cassé, lui dit-on. Tout va bien.
Sauf que non. Depuis ce mardi, Lucie ne dort plus. Elle sursaute au moindre bruit de moteur. Elle évite les intersections. Elle a arrêté de conduire. Son médecin lui propose des anxiolytiques, « pour passer le cap ». Elle les prend deux semaines, puis les laisse dans le fond du tiroir de la cuisine. « Je ne me reconnaissais plus. J’avais l’impression d’être dans du coton, mais la peur était toujours là, juste en dessous. »
C’est là que je l’ai rencontrée. Elle cherchait « autre chose ». Pas une baguette magique, mais une manière de retrouver sa place dans sa propre vie, sans que le traumatisme décide à sa place. Ce qu’elle a vécu, je vais vous le raconter ici, avec son accord. Parce que son histoire dit quelque chose d’important : on peut traverser un choc sans médicaments. Pas par idéologie, mais parce que le corps et l’esprit ont leurs propres ressources pour guérir, quand on leur donne les bonnes conditions.
Avant d’entrer dans son parcours, posons une chose : cet article n’est pas un réquisitoire contre les médicaments. Pour beaucoup, ils sont une aide précieuse, parfois indispensable. Mais pour Lucie, et pour d’autres, l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) ont ouvert une porte que les comprimés ne pouvaient pas déverrouiller. Voici comment.
Lucie était rationnelle. Elle me disait : « Je sais que le tracteur n’est plus là. Je sais que je suis en sécurité dans ma voiture. Mais mon corps, lui, ne le sait pas. » Cette phrase, je l’entends presque mot pour mot chez la plupart des personnes qui ont vécu un choc. Et c’est normal.
Quand vous vivez un événement traumatique, votre système nerveux ne fonctionne pas comme un ordinateur. Il ne classe pas l’information dans un dossier « souvenirs », avec la date et l’heure. Il la range dans un dossier « danger immédiat ». Pourquoi ? Parce que, du point de vue de l’évolution, votre cerveau a une priorité absolue : vous maintenir en vie. Si un jour vous avez failli mourir sur une route, il considère que toute situation similaire (une voiture qui approche, un bruit de frein, une intersection) est potentiellement mortelle. Il ne va pas prendre le risque de vérifier. Il active l’alarme.
Cette alarme, c’est l’amygdale cérébrale. Elle fonctionne en 0,1 seconde. Elle envoie un signal à votre corps : accélération du cœur, respiration courte, muscles tendus, sueurs. Vous êtes en mode survie. Le problème, c’est que cette alarme ne s’éteint pas toute seule quand le danger est passé. Elle continue de sonner, parfois pendant des mois ou des années, à chaque fois qu’un déclencheur ressemble de près ou de loin à l’événement original.
Les médicaments, comme les benzodiazépines, agissent en calmant l’alarme. Ils abaissent le volume. Mais ils ne réparent pas le circuit. Ils ne disent pas à l’amygdale : « Tu peux reclasser ce souvenir dans le dossier “passé”. » Lucie l’a ressenti : sous médicaments, la peur était assourdie, mais elle était toujours là, tapie. Dès qu’elle arrêtait la dose, l’alarme revenait à plein volume. C’est pour ça qu’elle a cherché une autre voie. Une voie qui permette au corps de véritablement apprendre que le danger est fini.
« Le traumatisme n’est pas l’événement en lui-même, mais la manière dont le système nerveux reste bloqué dans la réponse de survie, même après le retour à la sécurité. » — Une phrase qui a tout changé pour Lucie.
Quand Lucie est arrivée dans mon cabinet, elle était tendue. Elle avait peur que je lui demande de « revivre » l’accident. Beaucoup de personnes imaginent l’hypnose comme une plongée forcée dans le souvenir, façon film d’horreur. Ce n’est pas ça du tout.
Milton Erickson, le père de cette approche, avait compris une chose essentielle : l’inconscient n’est pas un ennemi. Ce n’est pas un monstre caché qui vous veut du mal. C’est une partie de vous qui a pris une décision à un moment donné pour vous protéger. Dans le cas de Lucie, son inconscient avait décidé : « Les voitures = danger. On évite. » C’était une décision intelligente, prise en une fraction de seconde, le jour de l’accident. Le problème, c’est que cette décision n’a jamais été mise à jour.
L’hypnose ericksonienne, c’est un peu comme un langage pour communiquer avec cette partie. Pas en lui disant « t’as tort, arrête », mais en lui proposant une nouvelle information, de manière indirecte, sensorielle, sans forcer.
Avec Lucie, je ne lui ai pas demandé de revivre l’accident. Je lui ai proposé de se souvenir d’un endroit où elle s’était sentie calme et en sécurité. Elle a choisi une plage en Bretagne, un matin d’été, avec le bruit des vagues et le sable chaud. Sous hypnose, son corps s’est détendu. Sa respiration a ralenti. Son visage s’est adouci.
Puis, en restant dans cet état de sécurité, je lui ai suggéré de « regarder » l’accident comme si c’était un film sur un écran, au loin. Pas en étant dedans, mais en étant spectatrice. Elle pouvait voir la scène, mais elle n’était plus dedans. C’est une technique qu’on appelle la dissociation thérapeutique. Elle permet au système nerveux de traiter l’information traumatique sans se sentir submergé.
Petit à petit, son cerveau a commencé à reclasser le souvenir. L’amygdale a reçu un message : « On peut regarder ça sans mourir. C’est fini. » Ce n’est pas instantané. Il a fallu plusieurs séances. Mais à chaque fois, l’alarme sonnait un peu moins fort. Lucie a commencé à pouvoir passer devant une intersection sans que son cœur s’emballe. Elle a pu remonter dans sa voiture, d’abord avec quelqu’un à côté d’elle, puis seule, pour un trajet de cinq minutes.
L’hypnose ne fait pas disparaître le souvenir. Il reste. Mais il n’a plus le pouvoir de vous paralyser. Il devient une histoire que vous avez vécue, pas une menace qui vous habite encore.
L’hypnose a fait du bien à Lucie. Mais il restait quelque chose. Une espèce de honte. Elle me disait : « Je n’arrive pas à comprendre pourquoi je réagis comme ça. Je suis une personne forte, d’habitude. Je gère. Là, je me sens faible. »
Ce sentiment de honte est fréquent après un choc. On se juge de ne pas « aller mieux plus vite ». On se compare à d’autres qui ont vécu pire et qui « s’en sont sortis ». C’est là que l’IFS (Internal Family Systems) est devenu un outil précieux.
L’IFS part d’une idée simple : notre psychisme est composé de plusieurs « parties », comme une famille intérieure. Chaque partie a une intention positive, même si ses actions sont parfois problématiques. Par exemple, il y a une partie de Lucie qui était hyper-vigilante. Elle scrutait la route, anticipait chaque danger. Cette partie était épuisante, mais son intention était de protéger Lucie d’un nouvel accident. C’était un garde du corps, pas un tyran.
Il y avait aussi une partie critique, qui disait : « Tu exagères, ressaisis-toi, les autres n’ont pas ce problème. » Cette partie était dure, mais elle aussi avait une bonne intention : pousser Lucie à ne pas rester bloquée, à redevenir fonctionnelle vite, pour éviter qu’elle perde son travail ou ses relations sociales.
Sous l’hypnose, j’ai invité Lucie à dialoguer avec ces parties. Pas pour les chasser, mais pour les comprendre. Elle a pu remercier la partie hyper-vigilante : « Merci d’avoir essayé de me protéger. Mais tu peux te reposer maintenant. Je suis en sécurité. » Elle a pu dire à la partie critique : « Je sais que tu veux m’aider, mais ta méthode me fait plus de mal que de bien. J’ai besoin de douceur, pas de pression. »
Ce processus s’appelle le Self-Leadership. Le « Self » (le Soi) est votre centre calme, confiant, compatissant. En IFS, on dit que le Self possède les qualités des 8 C : Calme, Curiosité, Compassion, Confiance, Créativité, Courage, Connexion, Clarté. Le travail consiste à permettre au Self de reprendre les rênes, à la place des parties qui ont pris le contrôle en urgence.
Pour Lucie, ce fut un tournant. Elle a cessé de se battre contre elle-même. Elle a arrêté de se dire « je suis faible » et a commencé à se dire « j’ai une partie de moi qui a eu très peur, et c’est humain ». Cette acceptation a libéré une énergie énorme. La honte a fondu. Et avec elle, une grande partie de l’anxiété.
« Guérir, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est retrouver accès à la partie de soi qui n’a jamais été blessée, et lui permettre de prendre soin de celles qui l’ont été. »
Il faut être clair. L’hypnose et l’IFS ne sont pas des solutions miracles. Elles demandent un engagement. Lucie est venue me voir sept fois en trois mois. Entre les séances, elle avait des « devoirs » : des exercices de respiration, des moments de recentrage, des petits défis pour réhabituer son système nerveux (comme s’asseoir dans sa voiture sans démarrer, puis démarrer sans bouger, puis faire 100 mètres…).
Ces approches ne conviennent pas à tout le monde, ni à tous les moments. Si une personne est en état de stress extrême, avec des idées suicidaires ou une dissociation sévère, un accompagnement médical et psychiatrique est indispensable. Les médicaments peuvent alors être un pont qui permet de stabiliser la personne pour qu’elle puisse ensuite faire un travail plus profond.
Ce qu’elles peuvent faire, en revanche, c’est agir sur la cause plutôt que sur le symptôme. Là où un anxiolytique calme la peur, l’hypnose et l’IFS aident le système nerveux à apprendre à ne plus avoir peur. C’est un travail d’éducation du cerveau, pas un simple cachet.
Elles permettent aussi de restaurer un sentiment d’agentivité. « Je peux faire quelque chose pour moi. Je ne suis pas une victime passive de mon propre corps. » Ce sentiment est crucial dans la reconstruction. Quand on a été percuté par un tracteur, on a vécu une perte totale de contrôle. Retrouver du pouvoir sur son propre état, même petit à petit, est profondément réparateur.
Enfin, ces approches ne créent pas de dépendance. Lucie n’a pas eu de sevrage, pas de rebond. Elle a simplement, progressivement, repris sa vie. Aujourd’hui, elle conduit à nouveau. Elle évite encore certains grands axes, mais elle le fait avec conscience, sans panique. Elle dit : « Je n’ai plus peur de ma peur. »
Lucie avait un profil qui a bien répondu. Mais comment savoir si vous, ou quelqu’un que vous connaissez, pourriez bénéficier d’une approche similaire ? Voici quelques questions à vous poser :
Le lien avec le traumatisme est-il clair ? Lucie savait exactement ce qui avait déclenché son état. Pour d’autres, les symptômes (insomnies, anxiété diffuse, hypervigilance) sont là sans qu’on sache pourquoi. Dans ce cas, un travail d’exploration peut être nécessaire avant, mais l’hypnose peut aussi aider à remonter à la source.
Êtes-vous prêt à ressentir ? Les approches non médicamenteuses ne vous engourdissent pas. Elles vous demandent de vous reconnecter à votre corps, à vos émotions. Cela peut être inconfortable au début. Lucie a pleuré lors de la troisième séance, des larmes qu’elle n’avait pas réussi à verser depuis l’accident. Ce n’était pas agréable sur le moment, mais c’était libérateur.
Avez-vous un minimum de stabilité dans votre vie ? Si vous êtes en pleine crise (séparation, licenciement, deuil récent), un travail sur un traumatisme ancien peut être contre-productif. Mieux vaut d’abord traverser la crise avec un soutien adapté, puis revenir sur le choc.
Acceptez-vous l’idée de ne pas contrôler le processus ? L’hypnose, surtout ericksonienne, est indirecte. Vous ne saurez pas toujours ce qui se passe en séance. Certaines personnes ont besoin de tout comprendre, tout maîtriser. Si c’est votre cas, l’approche peut être frustrante. Mais c’est justement cette « non-maîtrise » qui permet au changement d’opérer en profondeur.
Si vous répondez oui à plusieurs de ces questions, il peut être pertinent d’explorer cette piste. Si vous êtes sous traitement médicamenteux, ne l’arrêtez jamais brutalement. Parlez-en à votre médecin. Une approche combinée (médicaments + thérapie) est souvent la plus efficace dans les cas sévères.
Lucie ne s’est pas « réveillée guérie » un matin. Son chemin a été fait de petites victoires. Le premier jour où elle a pu prendre sa douche sans que son esprit reparte dans l’accident. La première fois qu’elle a pu rire aux éclats avec une amie, sans que l’angoisse lui serre la gorge. Le soir où elle s’est endormie sans faire de cauchemar.
Ce qui a changé, c’est son rapport à elle-même. Avant, elle était en guerre contre ses propres réactions. Après, elle a appris à les écouter, à les comprendre, à les accueillir. Elle n’est pas devenue une autre personne. Elle est devenue une personne qui sait que la peur peut venir, mais qu’elle n’a pas à lui obéir.
Si vous lisez ces lignes et que vous traversez un choc, sachez une chose : ce que vous ressentez n’est pas un signe de faiblesse. C’est la preuve que votre système nerveux a fait son travail pour vous protéger. Mais ce système peut apprendre à se détendre, à reclasser le passé comme passé, à vous rendre la liberté que vous méritez.
Vous n’êtes pas obligé de passer par les médicaments. Vous n’êtes pas obligé de rester bloqué. Il existe d’autres chemins. Ils demandent du courage, un peu de temps, et une personne formée pour vous accompagner. Mais ils existent.
Et si vous sentez que ce chemin vous appelle, vous savez où me trouver. Pas pour vous promettre une guérison rapide ou une vie sans peur. Mais pour vous aider à retrouver le fil de votre histoire, à votre rythme, avec des outils qui respectent qui vous êtes.
Prenez soin de vous. Un pas après l’autre.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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