PsychologieTrauma Et Resilience

Témoignage : quand j’ai compris que ma colère était un trauma

Récourt fictif d’une prise de conscience libératrice.

TSThierry Sudan
26 avril 202612 min de lecture

Il y a encore quelques mois, je ne me serais jamais reconnue dans le mot « trauma ». Pour moi, un trauma, c’était un accident de voiture, une agression, une guerre. Pas une enfance normale dans une famille aimante, avec des parents qui faisaient de leur mieux. Pourtant, je me retrouvais régulièrement dans des colères noires, des explosions qui me surprenaient moi-même. Des colères qui me laissaient vidée, honteuse, et surtout, incomprise. Mon entourage me disait que j’étais « trop sensible », qu’il fallait que j’apprenne à « lâcher prise ». Mais au fond de moi, je sentais que quelque chose de plus profond se jouait. Quelque chose que je n’arrivais pas à nommer. C’est en poussant la porte du cabinet de Thierry que j’ai compris que ma colère n’était pas un défaut de caractère, mais une alarme. L’alarme d’un vieux traumatisme que j’avais soigneusement enfoui sous des années de bonnes manières et de contrôle.


Pourquoi ma colère débordait-elle toujours au mauvais moment ?

Je me souviens d’une scène en particulier. C’était un mardi soir, banal. Mon conjoint avait oublié de sortir les poubelles. Rien de grave, vous en conviendrez. Pourtant, en une fraction de seconde, j’étais passée de « ce n’est pas grave » à une rage froide, presque incontrôlable. Ma voix avait monté d’un ton, mes poings s’étaient serrés, et j’avais claqué la porte de la cuisine. Mon conjoint était resté interdit, et moi, je me suis effondrée dans le salon, en larmes, sans comprendre ce qui venait de m’arriver.

Pendant des années, j’ai cru que j’avais un problème de gestion des émotions. J’ai lu des livres sur la communication non-violente, j’ai essayé la méditation, j’ai compté jusqu’à dix. Mais à chaque fois, la colère revenait, plus forte, comme un geyser que je tentais en vain de maintenir sous pression. Le pire, c’est que je n’étais pas une personne colérique au quotidien. Au travail, on me décrivait comme calme, posée, professionnelle. En société, je souriais, je plaisantais. Mais dans l’intimité – avec mon conjoint, mes enfants, parfois même avec mes parents – je devenais une autre personne.

Ce décalage était un premier indice. Pourquoi la colère ne sortait-elle que dans des contextes sécurisés, avec des personnes qui ne me quitteraient pas ? Pourquoi explosais-je pour des broutilles, alors que je restais impassible face à des vraies difficultés ? Je sentais bien qu’il y avait une logique, mais elle m’échappait. C’est Thierry qui m’a posé la question qui a tout changé : « Et si ta colère n’était pas une émotion primaire, mais une réaction de défense ? »

« La colère est souvent la partie émergée de l’iceberg. En dessous, il y a de la peur, de la tristesse, de l’impuissance. Des émotions que le système nerveux a appris à ne pas ressentir. »

Cette phrase a résonné en moi comme une évidence. Je n’avais jamais envisagé ma colère comme une protection. Pourtant, quand je repensais à mes explosions, je sentais qu’elles arrivaient toujours après un sentiment d’injustice, de rejet ou d’abandon. Un oubli de poubelle, c’était anodin. Mais ce que mon corps interprétait, c’était : « Il ne pense pas à moi. Je ne compte pas. Je suis invisible. » Et ça, c’était intolérable. Pas parce que j’étais égoïste, mais parce que cette sensation réveillait quelque chose de bien plus ancien.


Comment j’ai découvert que ma colère avait une histoire

Thierry ne m’a pas demandé de raconter mon enfance tout de suite. Il a d’abord travaillé avec moi sur ce qui se passait dans mon corps au moment de la colère. « Où sens-tu cette colère ? » me demandait-il. Je pointais ma poitrine, là où ça serrait, et ma gorge, comme si un nœud m’empêchait de parler. Puis il m’a invitée à laisser cette sensation exister sans la juger, sans chercher à la chasser. C’était étrange, presque inconfortable, mais peu à peu, quelque chose s’est débloqué.

Au fil des séances, j’ai commencé à faire des liens avec des souvenirs que j’avais rangés dans la case « insignifiants ». Ma mère qui, fatiguée par une longue journée, me disait : « Arrête de pleurer, ce n’est pas grave. » Mon père qui, pour me consoler d’une dispute avec une copine, me répondait : « Ne t’en fais pas, ce n’est rien. » Des phrases banales, répétées des centaines de fois, et qui pourtant avaient construit en moi une certitude : mes émotions n’étaient pas valides. Qu’elles dérangeaient. Qu’il fallait les taire.

Et taire une émotion, ça ne la fait pas disparaître. Ça l’enfouit. La colère, surtout, est une émotion qui demande à être exprimée. Elle a une énergie motrice, une force qui pousse à agir. Quand on l’empêche de sortir, elle se retourne contre nous ou elle attend patiemment le moment où la digue craquera. Dans mon cas, elle craquait sur mon conjoint, parce qu’il était le seul avec qui je me sentais suffisamment en sécurité pour ne pas avoir à faire semblant.

Thierry m’a expliqué que mon système nerveux avait appris, très tôt, que montrer ma tristesse ou ma peur était risqué. Peut-être que ça n’avait pas été accueilli, ou que ça avait été minimisé. Du coup, mon cerveau avait trouvé une solution de rechange : la colère. La colère, au moins, elle se voit. Elle impose le respect. Elle met une distance. Elle protège. Mais elle isole aussi.

« Le trauma n’est pas toujours dans ce qui vous est arrivé. Il est parfois dans ce qui ne vous est pas arrivé : l’écoute, la validation, le réconfort dont vous aviez besoin et que vous n’avez pas reçu. »

Cette phrase a été un deuxième déclic. Je n’avais pas vécu de maltraitance, ni de négligence grave. Mais j’avais grandi dans une famille où l’on ne parlait pas des émotions difficiles. Où l’on « passait à autre chose ». Où l’on valorisait le stoïcisme et l’autonomie affective. Et ce manque – ce vide d’écoute – avait laissé une trace. Une trace qui se manifestait aujourd’hui par des colères disproportionnées.


Le moment où j’ai enfin arrêté de me battre contre ma colère

Le tournant est arrivé lors d’une séance où Thierry m’a proposé un exercice d’hypnose. Je n’y croyais pas trop, je l’avoue. Mais j’étais prête à essayer n’importe quoi. Il m’a guidée vers un état de relaxation profonde, puis m’a demandé d’imaginer ma colère comme une personne. « À quoi ressemble-t-elle ? » a-t-il demandé. J’ai vu une petite fille, les poings serrés, le visage rouge, plantée au milieu d’un champ vide. Elle criait, mais personne ne l’entendait.

Cette image m’a bouleversée. Cette petite fille, c’était moi. C’était la partie de moi qui avait appris à crier pour être vue, parce que pleurer doucement ne marchait pas. Thierry m’a invitée à m’approcher d’elle, à lui demander ce dont elle avait besoin. Elle m’a répondu, d’une voix à peine audible : « J’ai besoin qu’on me prenne au sérieux. J’ai besoin qu’on me croie. »

À partir de ce jour, ma relation avec ma colère a changé. Je n’ai pas arrêté d’être en colère du jour au lendemain. Mais j’ai arrêté de la combattre. Quand je sentais la montée de cette chaleur dans ma poitrine, au lieu de l’étouffer ou de la laisser exploser, je m’arrêtais. Je prenais une respiration. Et je me demandais : « Qu’est-ce qui se cache derrière cette colère ? Qu’est-ce que je n’ai pas pu dire ou ressentir à ce moment-là ? »

Parfois, c’était de la tristesse. Parfois, de la peur. Parfois, un sentiment d’impuissance profond, lié à une situation du passé que le présent venait de réveiller. Et à chaque fois, nommer cette émotion secondaire me permettait de redescendre. Je ne réagissais plus. Je répondais.

J’ai aussi appris à communiquer différemment. Au lieu de dire « Tu m’énerves quand tu fais ça », j’ai commencé à dire : « Quand ça arrive, je me sens invisible. J’ai besoin que tu me voies. » C’était désarmant pour mon conjoint, mais ça a ouvert un dialogue que nous n’avions jamais eu. Lui aussi s’est mis à parler de ses propres colères, de ses propres peurs. Nous avons découvert que nous étions tous les deux des enfants qui avaient appris à se défendre, chacun à sa manière.


Ce que j’ai appris sur le lien entre trauma et colère

Avec le recul, je comprends mieux les mécanismes que Thierry m’a expliqués. Le trauma, ce n’est pas seulement l’événement. C’est la façon dont notre système nerveux s’organise pour survivre à cet événement. Quand un enfant vit une situation où il se sent submergé – que ce soit par une émotion trop forte, une absence de réconfort, ou une répétition de micro-rejets – son cerveau met en place des stratégies de protection.

La colère est l’une des plus courantes. Elle permet de :

  • Créer une distance : en se fâchant, on repousse l’autre avant qu’il ne nous blesse.
  • Retrouver un sentiment de contrôle : dans l’impuissance, la colère redonne l’illusion d’agir.
  • Exprimer une détresse sans paraître vulnérable : il est souvent plus acceptable socialement d’être en colère que d’être triste ou effrayé.

Mais cette colère, aussi utile soit-elle pour survivre, devient toxique quand elle persiste à l’âge adulte. Elle use les relations, elle épuise, et elle nous empêche d’accéder à ce qui se cache vraiment sous la surface. Le travail que j’ai fait avec Thierry m’a appris à ne pas diaboliser ma colère, mais à l’écouter. À la remercier d’avoir été là pour moi, puis à lui demander de s’asseoir à côté de moi, plutôt que de prendre les commandes.

J’ai aussi découvert que le corps garde la mémoire de ces traumatismes invisibles. Pendant des années, j’avais des tensions chroniques dans les épaules et la mâchoire. Je serrais les dents la nuit. Thierry m’a fait remarquer que c’était une façon de retenir les mots, de contrôler l’explosion. En travaillant sur la respiration et la détente musculaire, j’ai progressivement relâché cette garde. Aujourd’hui, je peux ressentir de la colère sans qu’elle m’envahisse. Je peux l’observer, la nommer, et choisir quoi en faire. C’est une liberté immense.


Comment j’ai appris à accueillir mes émotions sans exploser

Si vous lisez ce témoignage et que vous vous reconnaissez, sachez que ce chemin est possible. Il n’est pas linéaire, il demande du temps et de la patience, mais il est accessible. Voici quelques étapes qui m’ont aidée, et que Thierry m’a apprises.

1. Reconnaître les signes avant-coureurs J’ai appris à repérer les signaux physiques qui précèdent une explosion : la chaleur dans la poitrine, la tension dans la mâchoire, la respiration qui s’accélère. Dès que je les sens, je sais que je suis dans une phase d’activation. Je ne laisse pas la situation dégénérer. Je prends une pause. Parfois, je dis simplement : « J’ai besoin de cinq minutes. Je reviens. »

2. Nommer l’émotion secondaire Je me demande : « Qu’est-ce que je ressens vraiment, en dessous de la colère ? » La réponse est souvent surprenante. Tristesse, peur, honte, impuissance. Le simple fait de mettre un mot sur cette émotion la désamorce en partie. Elle n’est plus un ennemi, mais un messager.

3. Utiliser l’auto-compassion J’ai longtemps été très dure avec moi-même après une crise. Je me traitais de « folle », d’« hystérique ». Thierry m’a appris à me parler comme je parlerais à une amie. « Tu as eu peur. C’est normal. Tu as survécu à ce qui s’est passé avant. Tu peux traverser ça aussi. »

4. Communiquer sans accuser J’ai remplacé le « Tu » accusateur par le « Je » de l’expression personnelle. Au lieu de « Tu m’énerves », je dis « Je me sens submergée quand… ». Ce changement tout simple a transformé mes conversations. Mon conjoint ne se sent plus attaqué, il peut m’écouter.

5. Accepter que la guérison prenne du temps Je n’ai pas réglé trente ans de conditionnement en trois séances. Certains jours, je retombe dans mes vieux schémas. Et c’est OK. L’important, c’est la direction, pas la perfection.


Conclusion : Et si votre colère vous parlait de vous ?

Aujourd’hui, je ne vois plus ma colère comme une ennemie. Je la vois comme une partie de moi qui a longtemps porté un fardeau trop lourd. Une partie qui mérite d’être entendue, pas réprimée. Comprendre que ma colère était un trauma m’a libérée d’un poids immense. Je n’ai plus à me battre contre moi-même. Je peux accueillir ce qui est là, avec douceur et curiosité.

Si vous sentez que votre colère vous dépasse, que vous ne comprenez pas pourquoi certaines situations vous font réagir de façon explosive, je vous invite à vous poser cette question : « Qu’est-ce que cette colère essaie de me dire ? » Peut-être qu’elle vous parle d’un besoin non écouté, d’une blessure ancienne, d’une peur qu’on vous a appris à taire.

Vous n’êtes pas obligé de faire ce chemin seul. Un accompagnement professionnel, que ce soit par l’hypnose, l’IFS ou l’Intelligence Relationnelle, peut vous offrir un cadre sécurisé pour explorer ces territoires intérieurs. Comme Thierry me l’a dit un jour : « La colère n’est pas le problème. Le problème, c’est ce qu’on fait avec elle – et surtout, ce qu’on ne fait pas avec ce qui se cache derrière. »

Alors, si ce témoignage résonne en vous, peut-être est-ce le moment d’écouter cette petite voix qui, derrière la colère, attend d’être prise au sérieux. Vous méritez cette écoute. Vous méritez de vous libérer. Et surtout, vous n’êtes pas seul.


Si vous souhaitez explorer ces questions en toute confidentialité, je vous reçois à Saintes. Parfois, il suffit d’une première rencontre pour que le chemin s’éclaire.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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