PsychologieTrauma Et Resilience

Trauma et posture : pourquoi votre dos raconte votre histoire

Les tensions vertébrales comme mémoire émotionnelle.

TSThierry Sudan
25 avril 202613 min de lecture

Vous êtes-vous déjà surpris à vous tenir voûté après une journée difficile, les épaules remontées vers les oreilles, comme si vous portiez un poids invisible ? Peut-être que ce mal de dos chronique qui vous pourrit la vie depuis des années n’a rien à voir avec votre matelas, votre chaise de bureau ou votre façon de soulever des charges. Et si votre colonne vertébrale était en train de vous raconter une histoire bien plus ancienne, une histoire que votre corps n’a jamais eu l’occasion de mettre en mots ?

Je suis Thierry Sudan, praticien à Saintes, et depuis 2014, je vois défiler dans mon cabinet des hommes et des femmes qui viennent pour une douleur physique – souvent un dos bloqué, des cervicales qui craquent, une lombalgie tenace – et qui repartent avec la découverte que leur corps a gardé la mémoire d’événements qu’ils croyaient oubliés. Ce n’est pas de la magie, ni une mode bien-être. C’est de la physiologie et de la psychologie qui s’embrassent. Aujourd’hui, je veux vous montrer comment votre posture raconte votre histoire, et surtout, comment vous pouvez commencer à l’écouter autrement.

Pourquoi votre dos est-il le gardien silencieux de vos émotions ?

Quand on parle de traumatisme, on imagine souvent un événement violent, un accident, une agression. Mais la réalité est plus subtile. Un traumatisme, c’est tout ce que votre système nerveux n’a pas pu digérer sur le moment. Une enfance où il fallait être parfait pour être aimé. Un parent imprévisible. Un deuil non pleuré. Un harcèlement scolaire. Toutes ces situations laissent une trace, non pas dans un coin abstrait de votre cerveau, mais dans votre corps.

Le lien entre émotion et posture n’est pas une invention de thérapeute. Il est documenté depuis les travaux de Wilhelm Reich, puis de Peter Levine (le père du Somatic Experiencing), et plus récemment par Bessel van der Kolk dans son livre Le corps n’oublie rien. Le principe est simple : face à un danger, votre corps active trois réponses : lutte, fuite, ou figement. Quand vous ne pouvez ni lutter ni fuir (parce que vous êtes un enfant, parce que la situation sociale l’interdit, parce que le choc est trop brutal), le figement s’installe. L’énergie de l’action inachevée reste piégée dans vos muscles, vos fascias, vos articulations.

Votre dos, avec sa colonne vertébrale et ses centaines de muscles, devient le classeur de ces énergies bloquées. Chaque vertèbre peut correspondre à une couche émotionnelle. Les cervicales portent souvent la charge de ce que vous n’avez pas pu dire (« j’ai la tête sous l’eau », « je dois tout porter »). Les dorsales encaissent les chocs émotionnels liés au cœur et à l’estime de soi (se tenir droit, ou au contraire s’effacer). Les lombaires, elles, sont le socle, le rapport à la terre, à la sécurité de base, à l’argent et à la survie.

Prenons un exemple concret. Je reçois un jour un homme d’une quarantaine d’années, cadre commercial, qui souffre d’une hernie discale lombaire récidivante. Il a tout essayé : kiné, ostéopathe, anti-inflammatoires. Rien ne tient. En discutant, il me raconte qu’il a grandi avec un père alcoolique et violent. Enfant, il passait son temps à se faire tout petit, à rentrer les épaules pour ne pas se faire remarquer, à verrouiller son bassin pour ne pas trembler de peur. Son corps a appris une posture de survie : rigidité lombaire pour ne pas s’effondrer, épaules en avant pour protéger le torse. Trente ans plus tard, son dos continue de jouer le même rôle, même quand le danger a disparu. Sa hernie n’est pas une fatalité mécanique : c’est une mémoire qui demande à être libérée.

Le corps n’oublie pas ce que l’esprit veut effacer. Chaque tension vertébrale peut être une phrase inachevée, une émotion qui n’a jamais eu le droit de sortir.

Comment le stress chronique sculpte-t-il votre colonne vertébrale ?

Vous connaissez sans doute l’effet d’une grosse frayeur : le cœur qui s’emballe, les mains qui tremblent, la respiration qui s’accélère. C’est normal, c’est la réponse sympathique, celle qui vous prépare à l’action. Mais quand cette activation devient permanente – à cause d’un travail stressant, de relations toxiques, de souvenirs non résolus – votre système nerveux s’épuise à maintenir l’alerte. Et vos muscles paient la note.

Le stress chronique agit comme un signal d’alarme qui reste coincé en position ON. Vos muscles paravertébraux, ceux qui longent la colonne, se contractent en permanence. Normalement, après un danger, ils devraient se relâcher, comme un élastique qui retrouve sa forme. Mais si le danger est émotionnel ou mémoriel, il n’y a pas de fin claire. Le muscle reste en hypertonie. Résultat : des points de tension, des nœuds, des déséquilibres qui tirent sur les vertèbres, compriment les disques, et finissent par créer douleurs chroniques, sciatiques, cervicalgies.

Je vois souvent des personnes qui me disent : « Je n’ai pourtant rien fait de particulier, je me suis juste levé et j’ai eu le dos bloqué. » En réalité, ce n’est jamais « juste » un mouvement. C’est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà plein de micro-tensions accumulées. Le corps n’a pas de mémoire linéaire : il réagit aux émotions comme s’elles se produisaient maintenant. Une dispute avec votre conjoint peut réveiller une tension lombaire qui date d’un conflit parental vieux de trente ans.

Un autre cas marquant : une femme de 35 ans, professeure des écoles, vient me voir pour des douleurs entre les omoplates, une zone qu’elle décrit comme « une barre de fer ». Elle se tient très droite, presque militaire. Elle raconte qu’elle a été victime de violences conjugales quelques années plus tôt. Pendant cette période, elle devait constamment faire bonne figure devant ses élèves, ses collègues, sa famille. Elle a appris à verrouiller son dos pour ne pas pleurer, pour ne pas s’effondrer. Sa posture droite n’est pas une fierté : c’est une armure. Et chaque fois qu’elle entend une voix forte ou qu’elle se sent jugée, son dos se raidit automatiquement, comme si le danger était de retour.

Le stress chronique ne se contente pas de tendre vos muscles. Il modifie votre façon de respirer. Une cage thoracique verrouillée empêche le diaphragme de descendre correctement. Vous respirez alors avec les épaules et les muscles du cou, ce qui aggrave les tensions cervicales et dorsales. Vous entrez dans un cercle vicieux : plus vous êtes tendu, moins vous respirez bien, et moins vous respirez bien, plus vous êtes tendu.

Quels signes dans votre corps indiquent une mémoire émotionnelle non résolue ?

Votre corps vous parle en permanence. Mais comme il ne parle pas avec des mots, il utilise des symptômes. Voici quelques signes qui peuvent indiquer que votre dos porte une charge émotionnelle, et pas seulement une mauvaise posture de sommeil.

Une raideur matinale qui ne passe pas. Vous vous levez et vous avez l’impression d’avoir dormi sur une planche. Vous vous étirez, vous prenez une douche chaude, mais la rigidité persiste. Cela peut indiquer que votre système nerveux ne s’est pas vraiment reposé la nuit. Il est resté en alerte, et vos muscles paravertébraux ont passé la nuit à se contracter.

Des douleurs qui changent de place. Une semaine, c’est la lombalgie. La semaine d’après, c’est la nuque. Puis l’épaule gauche. Puis la fesse droite. Les douleurs « migrateuses » sont typiques d’une mémoire émotionnelle qui cherche une sortie, qui se déplace parce qu’elle n’est pas entendue.

Une sensation de « plaque » ou de « barre ». Beaucoup de personnes décrivent une zone du dos comme « dure », « froide », ou « comme une plaque de métal ». C’est souvent lié à une inhibition émotionnelle : la zone s’est figée pour empêcher une émotion de sortir. La colère, par exemple, se bloque souvent dans le haut du dos et la nuque. La tristesse, elle, se loge dans le milieu du dos, au niveau du cœur.

L’impression de ne pas pouvoir se tenir droit sans forcer. Si vous devez faire un effort conscient pour vous redresser, et que vous vous affaissez dès que vous relâchez l’attention, c’est que votre posture « naturelle » est une posture de protection. Votre corps a choisi de se faire petit pour se sentir en sécurité. Le problème, c’est que cette sécurité est illusoire : elle vous coupe de votre souffle, de votre puissance, et elle use vos articulations.

Des douleurs qui surviennent dans des contextes émotionnels précis. Par exemple, un mal de dos qui vous prend systématiquement avant une réunion avec votre patron, ou après un appel téléphonique avec un parent. Ce n’est pas une coïncidence. C’est votre corps qui réagit à une situation qu’il interprète comme dangereuse, même si votre esprit vous dit que tout va bien.

Je me souviens d’un sportif de haut niveau, coureur de fond, que j’ai suivi en préparation mentale. Il avait des douleurs récurrentes à la hanche droite et au bas du dos, qui le freinaient en compétition. L’orthopédiste ne trouvait rien d’organique. En explorant son histoire, on a découvert qu’il avait été victime d’une chute à vélo à 12 ans, une chute dont il s’était relevé avec une petite égratignure, mais qui avait provoqué une peur panique de retomber. Son bassin s’était verrouillé ce jour-là pour « ne pas tomber », et ce verrouillage resurgissait à chaque course importante. La douleur n’était pas dans le muscle : elle était dans la mémoire de la peur.

Si votre douleur a une histoire, elle a aussi une solution. Mais cette solution ne passe pas toujours par un anti-inflammatoire.

Comment l’hypnose et l’IFS peuvent-elles libérer votre colonne vertébrale ?

C’est là que mon travail rejoint le vôtre. Je ne vais pas vous promettre que votre dos guérira en une séance, ni que vous allez pleurer sur mon divan et repartir guéri. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Mais je peux vous dire ce que l’hypnose ericksonienne et l’IFS (Internal Family Systems) font concrètement.

L’hypnose ericksonienne, c’est l’art de parler à votre inconscient dans sa langue : celle des métaphores, des sensations, des images. Quand vous êtes en état d’hypnose, votre cortex préfrontal – le chef rationnel – se met en retrait. Votre système nerveux peut alors accéder à des souvenirs et des émotions qui étaient verrouillés, sans que vous ayez à les revivre de manière traumatique. On ne va pas « revivre » le trauma, on va le revisiter comme un film qu’on regarde depuis le balcon, en sécurité.

Concrètement, je peux vous guider pour entrer en contact avec la tension dans votre dos, non pas pour la combattre, mais pour l’écouter. Parfois, cette tension a une voix, une forme, une couleur. Elle peut dire : « Je te protège », ou « Je suis fatiguée », ou « Je veux qu’on me voie ». En hypnose, on peut dialoguer avec cette partie de vous, la remercier d’avoir fait son travail, et lui proposer un nouveau rôle. Le dos peut alors apprendre à se relâcher, parce que la partie qui le verrouillait se sent enfin entendue.

L’IFS, ou modèle des parties, va plus loin. Il considère que notre psyché est composée de multiples « parties » qui ont chacune une intention positive, même quand elles nous font souffrir. La partie qui raidit votre dos n’est pas une ennemie : c’est un gardien qui a pris son rôle très au sérieux. Dans mon cabinet, on ne cherche pas à la faire taire. On l’invite à se présenter, à raconter son histoire, à montrer la peur qui l’anime. Et souvent, quand cette peur est entendue par votre « Self » – votre centre calme et compatissant – la partie accepte de lâcher prise.

Un exemple typique : un patient avec une tension chronique dans les trapèzes. En IFS, on découvre une partie « responsable » qui dit : « Si je relâche, tout va s’effondrer. Je dois tout tenir. » Cette partie s’est activée à l’âge de 8 ans, quand ses parents ont divorcé et qu’il a dû « être fort » pour sa mère. Aujourd’hui, à 45 ans, cette partie continue de croire qu’il est en danger si le dos se détend. En travaillant avec elle, on peut lui montrer que l’adulte d’aujourd’hui est capable de gérer les choses sans cette rigidité. La libération est alors progressive, mais durable.

L’hypnose et l’IFS ne remplacent pas un suivi médical. Si vous avez une douleur aiguë, une hernie qui comprime une racine nerveuse, ou un problème structurel, consultez d’abord un médecin. Mon travail intervient en complément, sur la part émotionnelle et neuro-musculaire de la douleur. Et croyez-moi, cette part est souvent bien plus grande qu’on ne le pense.

Pourquoi la préparation mentale peut-elle aussi soulager votre dos ?

Vous êtes sportif ou sportive ? Peut-être que votre dos vous freine dans votre pratique, et que vous mettez ça sur le compte de la technique ou de l’âge. En tant que préparateur mental pour coureurs et footballeurs, je vois régulièrement des athlètes dont la performance est entravée par des tensions dorsales qui n’ont rien à voir avec leur geste technique.

Le sport de haut niveau, même amateur, est un révélateur de schémas émotionnels. Un coureur qui a peur de l’échec va verrouiller ses hanches et son bassin, ce qui va réduire sa foulée et augmenter les chocs sur ses lombaires. Un footballeur qui a été humilié par un coach va développer une rigidité dans le haut du dos pour « encaisser » la pression. Leur corps répète une histoire qu’ils n’ont pas verbalisée.

La préparation mentale que je propose intègre cette dimension. On ne travaille pas seulement sur la visualisation de la performance, mais sur la libération des mémoires corporelles qui entravent cette performance. Un exercice simple : avant une course ou un match, au lieu de vous concentrer uniquement sur votre stratégie, prenez 30 secondes pour scanner votre dos. Sentez-vous des zones de tension ? Respirez dedans. Imaginez que votre souffle entre dans cette zone et l’adoucit. Ce n’est pas miraculeux, mais ça crée les conditions pour que votre corps soit plus fluide, plus disponible.

Un coureur que j’ai suivi avait des douleurs lombaires systématiques au 15e kilomètre. On a découvert que cette distance correspondait à un moment de son enfance où il avait dû « tenir » émotionnellement pour sa mère dépressive. Le 15e kilomètre réveillait cette mémoire. En travaillant sur cette charge, ses douleurs ont diminué, et son chrono a suivi.

Par où commencer concrètement pour apaiser votre dos et votre histoire ?

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer à changer votre relation avec votre dos. Voici trois choses que vous pouvez faire dès aujourd’hui, seul, chez vous.

1. Tenez un journal de vos douleurs et de vos émotions. Pendant une semaine, chaque fois que vous avez mal au dos, notez la zone précise, l’intensité, et surtout : ce qui s’est passé juste avant. Une conversation ? Une pensée ? Un souvenir ? Vous allez peut-être voir apparaître des motifs. Par exemple : « mal aux lombaires après avoir parlé à mon père », ou « nuque tendue avant une réunion ». Ces motifs sont des pistes.

2. Pratiquez la respiration 3D. Allongez-vous sur le dos, les genoux pliés. Placez une main sur votre ventre, l’autre sur votre sternum. Inspirez en imaginant que votre souffle gonfle votre ventre, puis vos côtes latérales, puis votre poitrine. Expirez longuement. Faites cela 5 minutes par jour. Cela va mobiliser votre diaphragme, qui est souvent verrouillé par

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit