PsychologieTrauma Et Resilience

Votre corps qui garde le score : symptômes physiques du trauma

Douleurs, tensions, fatigue : quand le corps parle.

TSThierry Sudan
26 avril 202613 min de lecture

Vous êtes venu me voir parce que vous n’en pouviez plus. Pas de ces grandes souffrances psychiques que l’on imagine dans les films, non. Plutôt cette douleur lancinante dans le bas du dos, qui ne passe pas malgré les séances d’ostéopathie. Ou cette fatigue qui vous cloue au lit le week-end, alors que vous n’avez rien fait d’exténuant. Peut-être même ces tensions dans la mâchoire, que vous serrez la nuit sans vous en rendre compte, et qui vous réveillent avec un mal de tête tenace.

Vous avez consulté. On vous a dit « stress », « anxiété », ou pire, « tout est dans votre tête ». Comme si c’était une excuse, une faiblesse. Comme si votre corps inventait des symptômes pour vous embêter.

Alors je vais être clair avec vous : votre corps ne vous ment pas. Il ne fabrique pas de faux symptômes. Il garde le score, c’est le titre d’un livre célèbre du psychiatre Bessel van der Kolk. Et ce score, c’est celui de ce que vous avez traversé. Les événements que vous avez vécus, les chocs que vous avez encaissés, les émotions que vous n’avez pas pu exprimer sur le moment — tout cela s’inscrit dans votre chair. Dans vos muscles, vos articulations, votre système nerveux.

Je ne parle pas de traumatismes spectaculaires. Je parle de ces choses qui vous ont dépassé, que vous n’avez pas pu digérer sur le moment. Un deuil mal fait. Une rupture brutale. Une enfance où il fallait être fort, ne pas pleurer, ne pas déranger. Un environnement professionnel toxique où vous avez serré les dents pendant des années. Tout cela, votre corps l’a enregistré. Et aujourd’hui, il vous parle.

Le problème, c’est que personne ne vous a appris à écouter ce langage-là.

Pourquoi votre corps refuse-t-il de lâcher prise alors que votre esprit dit « ça va » ?

Vous avez probablement déjà vécu ce moment étrange. Vous dites : « Ça va, c’est bon, je suis passé à autre chose. » Mentalement, vous avez fait le tri. Vous avez compris, rationalisé, accepté. Et pourtant, votre corps continue de vous envoyer des signaux. Une boule dans la gorge quand vous évoquez un sujet anodin. Des mains qui deviennent moites dans une situation qui ne présente aucun danger. Un cœur qui s’emballe sans raison apparente.

Ce décalage vous rend fou, je le sais. Vous vous dites : « Mais pourquoi mon corps ne suit pas ? Pourquoi je continue d’avoir mal alors que j’ai tout compris ? »

La réponse est simple, mais elle demande d’accepter une idée qui bouscule : votre cerveau rationnel et votre système nerveux ne parlent pas la même langue. Votre esprit peut comprendre que le danger est passé, que la situation est sous contrôle, que vous êtes en sécurité. Mais votre système nerveux, lui, a enregistré l’événement traumatique comme une menace vitale. Et il continue de vous protéger, comme si la menace était encore là.

Prenons un exemple anonymisé, celui de Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Marc a 42 ans, il est commercial, il court des marathons pour se vider la tête. Mais depuis six mois, il a une douleur récurrente au mollet gauche. Rien à l’IRM, rien à l’échographie. Les kinés disent « contracture chronique », les ostéos parlent de « blocage ». Marc fait tout ce qu’on lui dit : étirements, renforcement, repos. Rien n’y fait.

En discutant, on découvre que cette douleur est apparue juste après une période où Marc a dû gérer seul le départ de son associé, qui l’a laissé avec les dettes de l’entreprise. Moralement, Marc dit : « C’est bon, j’ai géré, c’est derrière moi. » Mais son mollet gauche — celui qui lui permet de fuire, de s’extraire des situations dangereuses — continue de serrer, de verrouiller. Comme s’il disait : « Je ne suis pas prêt à repartir. Je me souviens du danger. »

Votre corps ne fait pas la différence entre une menace réelle (un prédateur, un accident) et une menace symbolique (une trahison, une perte, un rejet). Pour lui, c’est la même alarme qui sonne. Et tant que le message n’a pas été entendu, il continue de sonner.

« Le corps garde le score. Il ne vous punit pas, il vous protège. Mais sa protection est devenue inadaptée, et c’est cela qui fait souffrir. »

Douleurs chroniques, tensions musculaires : quand le passé s’incruste dans vos fascias

Vous avez peut-être déjà entendu parler des fascias. Ce sont ces fines membranes qui enveloppent vos muscles, vos organes, tout votre corps. Imaginez un filet de pêche très fin qui maintiendrait chaque chose à sa place. Les fascias, c’est ça. Et ils ont une mémoire.

Quand vous vivez un choc, votre corps se crispe. C’est le réflexe de protection : vous vous recroquevillez, vous verrouillez vos épaules, vous serrez la mâchoire, vous bloquez votre respiration. Normalement, après le danger, le corps se relâche. Mais quand le choc est trop fort ou trop répété, le corps reste en position de défense. Les fascias se figent, les muscles restent contractés, et cette tension devient votre nouveau « normal ».

C’est pour cela que vous avez mal au dos sans raison mécanique claire. Ou que vos cervicales sont bloquées depuis des années. Ou que vous avez cette sensation d’avoir une barre dans la poitrine, comme si quelque chose pesait sur votre sternum.

Je reçois régulièrement des personnes qui ont des douleurs lombaires rebelles. On a tout essayé : anti-inflammatoires, infiltrations, kiné, ostéo. Parfois ça soulage quelques jours, puis ça revient. Quand on creuse un peu, on découvre souvent une histoire de charge insoutenable : une mère malade qu’il a fallu porter, un travail où l’on devait « porter l’entreprise sur ses épaules », une enfance où l’on a dû être adulte trop tôt.

Votre dos ne souffre pas parce que vous vous êtes mal assis. Il souffre parce qu’il a appris à porter des poids que vous n’auriez jamais dû porter. Et il continue de les porter, mécaniquement, même quand ils ne sont plus là.

Les tensions dans la mâchoire, elles, sont presque toujours liées à des choses que vous n’avez pas dites. Des paroles avalées, des cris retenus, des « non » que vous n’avez pas osé formuler. Chaque fois que vous serrez les dents, c’est comme si votre corps disait : « Je me retiens. Je ne vais pas exploser. Je vais garder ça à l’intérieur. »

Mais garder à l’intérieur a un coût. Ce coût, c’est la douleur, la fatigue, l’épuisement.

Fatigue chronique et épuisement : votre système nerveux est en surrégime permanent

La fatigue dont je parle n’est pas celle d’une nuit trop courte ou d’une semaine chargée. C’est cette fatigue profonde, qui ne passe pas avec le sommeil. Ce sentiment d’être vidé, lessivé, alors que vous n’avez rien fait d’extraordinaire. Comme si une pile interne était en permanence en train de se décharger.

Cette fatigue a un nom : l’épuisement du système nerveux. Quand vous avez vécu un traumatisme — même minime, même « ordinaire » — votre système nerveux reste en état d’alerte. Il scanne l’environnement en permanence, à la recherche d’un danger potentiel. C’est comme si vous laissiez votre moteur tourner au ralenti, jour et nuit, sans jamais couper le contact.

Ce fonctionnement a un coût énergétique énorme. Vous dépensez une énergie considérable à maintenir cette vigilance, à contrôler vos réactions, à empêcher les émotions de déborder. Cette énergie, vous ne l’avez pas pour vivre, pour être créatif, pour profiter. Vous êtes en mode survit, en permanence.

Je vois cela souvent chez les personnes qui ont grandi dans des environnements imprévisibles. Un parent alcoolique, un conjoint colérique, un travail où il faut toujours anticiper les coups. Vous avez développé une hypervigilance : vous repérez les changements d’humeur avant tout le monde, vous sentez quand l’ambiance se tend, vous êtes toujours prêt à encaisser.

C’est une force, dans un sens. Mais c’est aussi une prison. Parce que votre corps ne sait plus s’arrêter. Même quand tout va bien, même quand vous êtes en sécurité, votre système nerveux continue de veiller. Il ne vous fait pas confiance pour le protéger. Il a pris le contrôle.

Et cette fatigue chronique, ce n’est pas de la paresse. C’est le signe que vous avez fonctionné en surrégime pendant des années. Votre corps vous dit : « Stop. Je n’en peux plus. Il faut ralentir. Il faut réparer. »

Troubles digestifs, douleurs thoraciques : quand l’émotion bloquée cherche une sortie

Le ventre, on l’appelle le deuxième cerveau. Ce n’est pas une métaphore. Votre système digestif est tapissé de neurones, de récepteurs sensibles à vos émotions. La peur, la colère, la tristesse — tout cela se traduit immédiatement dans votre ventre. C’est pour cela que vous avez « la boule au ventre » avant un examen, que vous avez « l’estomac noué » quand vous êtes stressé, ou que vous avez des diarrhées avant un événement important.

Quand le traumatisme s’installe, cette connexion se dérègle. Vous pouvez avoir des douleurs abdominales chroniques, des brûlures d’estomac, un syndrome du côlon irritable. Les médecins vous disent : « On ne trouve rien d’organique. » Et vous avez l’impression qu’on vous traite de menteur.

Mais ce n’est pas dans votre tête. C’est dans votre ventre. Des émotions que vous n’avez pas pu exprimer, des colères que vous avez ravalées, des peurs que vous avez niées — tout cela cherche une sortie. Et comme vous ne leur donnez pas de mots, elles prennent la voie du corps.

Les douleurs thoraciques, elles, sont souvent liées à la respiration bloquée. Quand vous avez peur, vous arrêtez de respirer. C’est le réflexe de la proie qui se fait toute petite pour ne pas être vue. Mais si vous restez en état d’alerte permanent, vous respirez de manière superficielle, saccadée. Vos muscles intercostaux se crispent, votre diaphragme se verrouille. Vous avez l’impression d’avoir un poids sur la poitrine, ou que quelqu’un vous serre dans un étau.

J’ai accompagné une femme, appelons-la Sophie, qui avait des douleurs thoraciques depuis des années. Cardiaque, tout était normal. Elle était suivie par un cardiologue, faisait des bilans réguliers. Rien. En travaillant ensemble, on a découvert que ces douleurs étaient apparues après un deuil non fait. Elle avait perdu sa mère brutalement, et elle avait « tenu le coup » pour ses enfants, sans jamais pleurer, sans jamais s’effondrer. Sa poitrine, elle, n’avait pas oublié. Elle portait le chagrin comme une pierre.

« Vous n’êtes pas fou. Vous n’êtes pas hypocondriaque. Votre corps essaie de vous raconter une histoire que vous n’avez pas encore écoutée. »

Migraines, douleurs articulaires : le corps qui dit non à votre place

Les migraines sont un autre signal fort. Elles surviennent souvent chez les personnes qui ont du mal à poser des limites, à dire non, à s’arrêter. Votre tête vous fait souffrir parce que vous n’arrêtez pas de tourner en rond, de ressasser, de vouloir tout contrôler. La migraine vous force à vous arrêter, à vous coucher dans le noir, à abandonner. C’est une manière pour votre corps de prendre le relais quand votre esprit refuse de lâcher prise.

Les douleurs articulaires, surtout aux genoux, aux hanches, aux chevilles, sont souvent liées à des mouvements de vie que vous n’avez pas faits. Des directions que vous n’avez pas prises, des chemins que vous n’avez pas osé emprunter. Les articulations sont faites pour bouger, pour vous porter là où vous voulez aller. Quand vous restez bloqué dans une situation qui ne vous convient pas, dans un travail qui vous use, dans une relation qui vous épuise, vos articulations peuvent devenir douloureuses. Comme si elles vous disaient : « Si tu ne bouges pas, je vais bouger pour toi, mais dans la douleur. »

Je ne dis pas que toutes les douleurs articulaires sont psychosomatiques. Il y a des causes mécaniques, inflammatoires, dégénératives. Mais quand on a tout exploré, tout traité, et que la douleur persiste, il est temps de se demander : « Qu’est-ce que cette douleur m’empêche de faire ? Ou qu’est-ce qu’elle me force à faire ? »

Parfois, la douleur est une protection inconsciente. Vous avez peur d’avancer, peur de changer, peur de quitter ce qui est familier même si c’est douloureux. Alors votre corps crée une douleur qui vous immobilise, qui vous donne une bonne raison de ne pas bouger. C’est paradoxal, mais c’est ainsi que fonctionne le système de protection traumatique.

Comment l’hypnose et l’IFS peuvent aider votre corps à lâcher prise

Vous l’avez compris : votre corps ne vous attaque pas. Il vous protège, mais sa protection est devenue inadaptée. Il continue de fonctionner comme si le danger était encore là, alors que vous êtes en sécurité. Le travail que je propose n’est pas de « combattre » les symptômes, mais de comprendre ce qu’ils essaient de dire, et de négocier avec votre système nerveux pour qu’il accepte de se détendre.

L’hypnose ericksonienne, que j’utilise depuis des années, est particulièrement adaptée à ce travail. Pourquoi ? Parce qu’elle ne passe pas par la volonté, par le mental. Vous avez déjà essayé de vous détendre par la force, ça ne marche pas. « Arrête de stresser ! » — c’est la pire injonction qui soit. L’hypnose, elle, parle directement à votre inconscient, à cette partie de vous qui a enregistré le traumatisme. Elle lui dit : « Tu peux lâcher maintenant. Le danger est passé. Je suis là. »

Concrètement, en séance, je vous guide vers un état de relaxation profonde. Votre esprit conscient s’apaise, et on va pouvoir dialoguer avec les parties de vous qui maintiennent les tensions. En IFS — Internal Family Systems, que j’utilise aussi — on considère que chaque symptôme est porté par une « partie » de vous qui a une bonne intention. Votre douleur au dos ? C’est une partie qui vous protège en vous empêchant de porter trop de poids. Votre fatigue ? C’est une partie qui vous force à ralentir parce qu’elle sait que vous êtes au bord de l’épuisement.

Le travail, c’est d’entrer en contact avec ces parties, de les remercier pour leur protection, et de leur montrer qu’aujourd’hui, vous pouvez les soulager. Vous n’avez plus besoin qu’elles portent seules la charge. Vous êtes adulte, vous êtes capable, vous êtes en sécurité. Progressivement, le système nerveux accepte de se détendre, et les symptômes s’atténuent.

Pour les sportifs que j’accompagne, c’est la même chose. Un coureur qui a une douleur récurrente au tendon d’Achille, ce n’est pas juste un problème biomécanique. C’est peut-être une peur de la performance, une pression intériorisée, un besoin de s’arrêter que le corps exprime. En travaillant sur le plan mental et émotionnel, on libère le corps.

Ce que vous pouvez faire maintenant, avant même de consulter

Je ne vais pas vous promettre que tout disparaîtra en une séance. Ce serait malhonnête. Mais il y a des choses que vous pouvez commencer à faire, dès aujourd’hui, pour amorcer ce dialogue avec votre corps.

La première, c’est d’arrêter de lutter contre vos symptômes. Arrêtez de dire « je veux que cette douleur disparaisse ». Dites plutôt : « Je reconnais que tu es là. Je ne te combats plus. Je t’écoute. » Cela semble contre-intuitif, mais la résistance alimente la tension. Quand vous acceptez la douleur, elle

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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