PsychologieTrauma Et Resilience

Votre histoire n'est pas finie : réécrire le chapitre après le trauma

Comment reprendre la plume de votre vie avec espoir.

TSThierry Sudan
26 avril 202614 min de lecture

Il y a quelques semaines, un homme est venu me voir. Appelons-le Julien. La quarantaine, il était assis face à moi, les épaules rentrées, le regard fuyant. Il m’a dit : « Je suis comme un livre dont on a arraché les dernières pages. Je sais comment l’histoire a commencé, mais je n’arrive plus à imaginer la suite. » Julien avait vécu un accident de travail grave. Depuis, son corps s’était remis, mais pas le reste. Il ne reconnaissait plus sa vie, ni lui-même.

Je l’entends souvent, cette métaphore du livre. Vous aussi, peut-être, vous avez cette impression. Qu’un chapitre s’est fermé brutalement, sans prévenir, et que depuis, vous tournez en rond dans le même couloir sombre. Vous relisez les mêmes phrases, les mêmes scènes de douleur, de colère ou de vide. Et vous vous demandez : Est-ce que mon histoire s’arrête là ?

La réponse est non. Votre histoire n’est pas finie. Seulement, il y a un chapitre que vous n’avez pas encore écrit. Un chapitre où vous ne serez plus le personnage qui subit, mais l’auteur qui choisit. Ce n’est pas de la pensée positive à deux euros. C’est un travail concret, parfois douloureux, mais profondément libérateur. Dans cet article, je vais vous montrer comment reprendre la plume, pas à pas, avec des outils que j’utilise chaque jour dans mon cabinet à Saintes.


Pourquoi le trauma vous fait croire que l’histoire est terminée

Le trauma n’est pas seulement un souvenir désagréable. C’est une déchirure dans la trame de votre existence. Quand vous vivez un événement traumatique — un accident, une agression, une perte brutale, une trahison — votre cerveau ne l’enregistre pas comme une simple expérience. Il le grave comme une menace existentielle. La partie la plus archaïque de votre système nerveux, celle qui gère la survie, prend le contrôle. Et elle a une seule mission : vous protéger pour que ça ne se reproduise plus.

Le problème, c’est que cette partie ne fait pas la différence entre se souvenir et revivre. Alors, elle verrouille tout. Elle vous maintient dans un état d’alerte permanent. Elle vous coupe de vos émotions pour que vous ne sentiez plus la douleur. Elle vous isole, parce que les autres sont potentiellement dangereux. Et surtout, elle vous raconte une histoire : C’est fini. Tu es cassé. Il n’y a pas d’après.

C’est ce que j’appelle le récit gelé. Vous avez une version de votre histoire figée dans le temps, comme une photo que vous regardez en boucle. Et cette version vous définit. Vous dites : « Je suis quelqu’un qui a été brisé par… » ou « Depuis ce jour, je ne suis plus le même. » C’est vrai, vous n’êtes plus le même. Mais ça ne veut pas dire que vous êtes moins. Ça veut dire que vous êtes en transformation, même si vous ne le voyez pas encore.

En IFS (Internal Family Systems), on dirait que la partie de vous qui porte ce récit est une partie protectrice qui essaie de vous garder en vie en vous empêchant de prendre des risques. Elle est venue vous aider, à un moment où vous en aviez besoin. Mais aujourd’hui, elle vous enferme. Et la première étape pour réécrire votre histoire, c’est de reconnaître cette partie, sans la combattre.

« Le trauma ne change pas qui vous êtes. Il révèle la force que vous avez dû déployer pour survivre. Le problème, c’est que cette force, devenue habitude, vous empêche de vivre. »


Le piège de la chronologie linéaire : et si vous pouviez sauter des pages ?

On a tous appris qu’une histoire se déroule dans l’ordre : début, milieu, fin. Sauf que le trauma n’a rien de linéaire. Il fait des allers-retours. Il vous projette dans le passé comme si c’était le présent. Il vous fait anticiper des catastrophes futures. Et il vous colle dans un présent où vous ne vous sentez pas vraiment vivant.

Alors, quand vous essayez de « réécrire votre histoire », vous tombez souvent dans un autre piège : vous voulez tout réparer d’un coup. Vous voulez comprendre pourquoi c’est arrivé. Vous voulez retrouver la personne que vous étiez avant. Vous voulez que tout redevienne comme avant.

Je vais être honnête avec vous : ce n’est pas possible. Et c’est une bonne nouvelle.

Parce que la personne que vous étiez avant le trauma n’existe plus. Elle a vécu quelque chose qui l’a transformée. Mais ça ne veut pas dire que vous êtes condamné à être une version diminuée de vous-même. Ça veut dire que vous pouvez écrire un nouveau chapitre, avec ce que vous avez appris. Et pour ça, il faut sortir de la chronologie.

En hypnose ericksonienne, on utilise souvent l’idée que le temps est une ressource flexible. Vous pouvez aller chercher des ressources dans votre passé — des moments où vous vous êtes senti fort, aimé, compétent — et les ramener dans votre présent. Vous pouvez aussi imaginer un futur possible, un futur où vous avez déjà traversé cette épreuve, et laisser ce futur vous guider.

C’est ce que j’ai proposé à Julien. Je lui ai demandé : « Si tu pouvais sauter cinq ans dans le futur, et que tu croisais ton toi-même de l’époque, qu’est-ce qu’il te dirait ? » Il a pleuré. Puis il a dit : « Il me dirait que j’ai survécu à pire. Et que je peux encore être heureux. »

Cette simple phrase a ouvert une brèche. Parce qu’elle ne venait pas de moi, mais de lui. De la partie de lui qui savait déjà, au fond, que l’histoire n’était pas finie.

L’idée, ici, n’est pas de nier la douleur. C’est de ne pas la laisser définir toute la suite. Vous pouvez écrire un chapitre qui commence par « Et pourtant… » au lieu de « À cause de… ».


Les trois piliers pour reprendre la plume : sécurité, sens, lien

Quand vous êtes dans l’après-coup d’un trauma, votre système nerveux est comme un détecteur de fumée qui sonne en continu. Même quand il n’y a pas de feu. Vous ne pouvez pas écrire une nouvelle histoire tant que vous êtes en mode survie. C’est comme essayer de composer un poème au milieu d’un incendie. Alors, avant toute chose, il faut ramener le calme.

Je travaille avec trois piliers. Ils sont simples, mais ils demandent de la pratique.

1. La sécurité : ancrer votre corps dans le présent

Le trauma se vit dans le corps. Les souvenirs ne sont pas seulement dans votre tête, ils sont dans vos tensions, votre souffle court, votre estomac noué. Pour réécrire votre histoire, vous devez d’abord montrer à votre corps que le danger est passé.

Un exercice que je donne souvent : l’ancrage sensoriel. Asseyez-vous confortablement. Posez les pieds à plat sur le sol. Appuyez vos mains sur vos cuisses. Maintenant, regardez autour de vous et nommez cinq choses que vous voyez. Quatre choses que vous pouvez toucher. Trois sons que vous entendez. Deux odeurs. Un goût.

Ça paraît bête. Mais ce simple geste dit à votre cerveau : Je suis ici, maintenant. Pas là-bas, pas avant. Vous sortez du flashback. Vous revenez dans votre corps. Et dans votre corps, il y a une histoire qui continue.

2. Le sens : donner une direction à la douleur

Le trauma vous laisse souvent avec une question qui tourne en boucle : Pourquoi moi ? C’est une question légitime, mais elle ne mène nulle part. Parce que la plupart du temps, il n’y a pas de réponse satisfaisante. En revanche, il y a une autre question, plus puissante : Maintenant que c’est arrivé, qu’est-ce que je veux en faire ?

Je ne parle pas de « trouver un sens » comme si le trauma était un cadeau déguisé. Non. Je parle de choisir une direction. Le sens, ce n’est pas une explication. C’est une intention. Vous pouvez décider que votre expérience vous rendra plus attentif aux autres, ou plus déterminé à vivre pleinement, ou plus créatif. Peu importe ce que vous choisissez. L’important, c’est de choisir.

Un patient m’a dit un jour : « Je ne peux pas effacer ce qui m’est arrivé. Mais je peux décider que ça ne sera pas la dernière ligne de mon histoire. » Il a écrit un blog sur le deuil. Il aide d’autres personnes. Il a donné un sens à sa douleur, non pas en la justifiant, mais en la mettant au service de quelque chose.

3. Le lien : ne pas écrire seul

Le trauma isole. Vous avez l’impression que personne ne peut comprendre. Et c’est vrai : personne ne peut vivre exactement votre expérience. Mais vous n’avez pas besoin que quelqu’un la vive. Vous avez besoin que quelqu’un soit là, à côté de vous, pendant que vous écrivez.

Le lien, c’est un regard qui ne fuit pas. Une présence qui n’essaie pas de tout réparer. C’est un thérapeute, un ami, un groupe de parole. C’est quelqu’un qui vous dit : Je ne sais pas ce que tu ressens, mais je suis là. Et ça change tout.

En Intelligence Relationnelle, on appelle ça la présence ajustée. Ce n’est pas du soutien à tout-va. C’est une qualité d’écoute qui vous permet de vous sentir vu, sans être jugé. Et quand vous vous sentez vu, vous pouvez poser des mots sur ce qui s’est passé. Et poser des mots, c’est déjà écrire.


Comment l’hypnose et l’IFS vous aident à devenir l’auteur de votre vie

Je ne vais pas vous vendre de la magie. L’hypnose et l’IFS ne font pas disparaître le trauma. Ils ne réécrivent pas l’histoire à votre place. Mais ils vous donnent des outils pour le faire vous-même.

L’hypnose ericksonienne : accéder à vos ressources oubliées

L’hypnose, ce n’est pas un état de sommeil ou de contrôle. C’est un état de conscience focalisée, où vous êtes plus réceptif à vos propres ressources internes. En séance, je ne vous dicte pas ce que vous devez ressentir. Je vous guide pour que vous trouviez, en vous, les solutions qui sont déjà là.

Par exemple, si vous avez vécu un accident, votre corps peut être resté figé dans la peur. En hypnose, on peut revisiter la scène, mais en sécurité. On peut ajouter des éléments de protection, de force, de soutien. On peut réécrire la mémoire traumatique, non pas pour la nier, mais pour l’intégrer différemment.

C’est ce qu’on appelle la restructuration de la mémoire. Vous ne changez pas le fait que l’événement a eu lieu. Mais vous changez la façon dont il est stocké dans votre système nerveux. La charge émotionnelle diminue. Vous pouvez enfin penser à cette période sans être submergé. Et à partir de là, vous pouvez écrire la suite.

L’IFS : dialoguer avec les parties qui vous bloquent

L’IFS, c’est un peu comme une réunion de famille intérieure. Vous avez en vous différentes parties : une partie qui a peur, une partie qui se met en colère, une partie qui veut tout contrôler, une partie qui se sent vide. Chacune a une bonne intention, même si ses méthodes sont parfois destructrices.

Quand vous dites « Je n’arrive pas à avancer », c’est souvent une partie qui vous retient. En IFS, on ne la combat pas. On l’écoute. On lui demande : Qu’est-ce que tu crains qu’il se passe si on tourne la page ? Et souvent, la réponse est surprenante. Elle dit : J’ai peur que si tu tournes la page, tu oublies ce qui s’est passé. Et si tu oublies, tu risques que ça recommence.

Cette partie vous protège. Elle est venue vous aider à un moment où vous étiez vulnérable. Mais aujourd’hui, elle peut lâcher prise, si vous lui montrez que vous êtes capable de prendre soin de vous.

L’IFS vous permet de devenir le Self — cette partie de vous qui est calme, curieuse, compatissante. Et c’est depuis ce Self que vous pouvez reprendre la plume. Plus depuis la peur ou la colère, mais depuis une présence qui sait que l’histoire continue.


Les petits gestes d’écriture pour commencer aujourd’hui

Vous n’avez pas besoin d’attendre une séance pour commencer. Voici trois choses que vous pouvez faire dès maintenant, seuls, pour poser les premières lignes de votre nouveau chapitre.

1. Écrivez une lettre à votre trauma

Prenez une feuille. Écrivez : Cher trauma, et laissez venir ce qui vient. Sans filtre. Sans jugement. Vous pouvez dire votre colère, votre tristesse, votre fatigue. Vous pouvez même insulter. L’important, c’est de vider le sac. Ensuite, écrivez une deuxième lettre, cette fois depuis votre trauma. Que dirait-il s’il pouvait parler ? Souvent, il dirait : Je suis désolé. Je ne voulais pas te détruire. Je suis juste arrivé.

Ce n’est pas une réconciliation forcée. C’est un dialogue. Et dans le dialogue, il y a de l’espace pour autre chose.

2. Identifiez une petite action qui va dans le sens de votre nouvelle histoire

Demandez-vous : Qu’est-ce que la personne que je veux devenir ferait, différemment, aujourd’hui ? Pas dans un an. Aujourd’hui. Peut-être que c’est sortir marcher cinq minutes. Peut-être que c’est appeler un ami. Peut-être que c’est simplement boire un café en pleine conscience, sans scroller.

Cette action, aussi petite soit-elle, est une page que vous écrivez. Elle dit : Je ne suis plus défini par ce qui m’est arrivé. Je suis défini par ce que je choisis maintenant.

3. Créez un rituel de passage

Les histoires ont besoin de symboles. Vous pouvez inventer un geste qui marque la fin d’un chapitre et le début d’un autre. Brûler une lettre. Planter une graine. Changer un objet de place. Peu importe. L’important, c’est que votre corps et votre esprit s’accordent sur le fait que quelque chose a changé.

Un jour, une patiente est venue avec une pierre. Elle m’a dit : « Cette pierre, c’est mon trauma. Je la porte partout. » On a travaillé ensemble pour qu’elle apprenne à la poser, de temps en temps. Pas à la jeter. Juste à la poser. Et à la reprendre quand elle en avait besoin. Aujourd’hui, elle la pose plus souvent qu’elle ne la prend.


Conclusion : vous êtes plus qu’un chapitre

Je ne vais pas vous dire que tout va s’arranger comme par magie. Le trauma laisse des cicatrices. Mais une cicatrice, ce n’est pas une fin. C’est une preuve que vous avez guéri, même imparfaitement. C’est une ligne dans votre histoire, pas le livre entier.

Vous avez survécu à des jours où vous pensiez ne pas y arriver. Ça, c’est un fait. Et ce fait est la première ligne de votre nouveau chapitre. Pas la dernière.

Alors, si vous êtes là, à lire ces mots, c’est que quelque chose en vous sait qu’il y a une suite. Une partie de vous veut reprendre la plume. Une partie de vous est déjà en train d’écrire, même si vous ne le voyez pas encore.

Je vous reçois à Saintes, en face du square du 11 novembre, du lundi au vendredi. On peut travailler ensemble, à votre rythme, sans pression. En hypnose, en IFS, ou simplement en parlant. Ce n’est pas grave si vous ne savez pas par où commencer. L’important, c’est de commencer.

Vous pouvez prendre rendez-vous sur mon site ou m’appeler. Je ne promets pas de miracle. Je promets d’être là, avec vous, pendant que vous écrivez la suite.

Votre histoire n’est pas finie. Elle attend juste que vous tourniez la page.


Thierry Sudan, praticien en hypnose ericksonienne, IFS et Intelligence Relationnelle, accompagnement des adultes et préparation mentale sportive. Cabinet à Saintes.

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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