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Induction par la mémoire d'un souvenir positif : pour les dépressifs

Reconnectez-vous à une émotion joyeuse en quelques instants.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes allongé sur votre canapé, le regard perdu dans le vide. La lumière du jour vous semble grise, même en plein été. Votre corps est lourd, comme si quelqu’un avait glissé du plomb dans vos muscles. Vous savez que vous devriez vous lever, faire quelque chose, n’importe quoi. Mais l’énergie manque. Et cette voix intérieure, celle qui répète en boucle « à quoi bon », elle est plus forte que tout.

Je reçois ce récit presque chaque semaine dans mon cabinet à Saintes. La dépression, cette saloperie silencieuse, elle vous coupe de vos émotions agréables. Pas seulement de la joie explosive, mais aussi des petits bonheurs simples : le goût d’un café, la caresse du soleil sur la peau, un éclat de rire partagé. Quand on est en dépression, on sait que ces choses-là existent, on a des souvenirs, mais ils semblent appartenir à quelqu’un d’autre. Ils sont plats, décolorés, sans chair.

L’hypnose ericksonienne, et en particulier une technique que j’appelle « l’induction par la mémoire d’un souvenir positif », ne promet pas de guérir miraculeusement une dépression clinique. Ce n’est pas un cachet magique. Mais c’est un outil concret, que vous pouvez utiliser seul, pour rallumer une petite braise au milieu des cendres. Pas pour faire un feu de joie, mais pour vous rappeler que la flamme a existé, et qu’elle peut exister à nouveau.

Cette technique repose sur un principe simple : le cerveau ne fait pas toujours la différence entre un souvenir vivant et une expérience réelle. Quand vous revivez un moment joyeux avec tous vos sens, votre système nerveux peut se reconnecter à l’émotion correspondante. C’est comme mettre un disque vinyle sur la platine : même si la musique est enregistrée, elle fait vibrer l’air et vos tympans ici et maintenant.

Alors, comment fait-on concrètement ? Asseyez-vous confortablement, ou restez allongé si vous êtes déjà dans cette position. Fermez les yeux si cela vous est possible. Et laissez-moi vous guider.


Pourquoi un souvenir positif peut-il vraiment agir sur votre humeur ?

C’est la question que me pose souvent Laurent, un commercial de 42 ans venu me voir après deux ans d’antidépresseurs et de thérapie. « Ça ne marche pas, Thierry. Je me souviens de mes vacances à la mer, mais ça ne me fait rien. C’est juste une image, comme une photo dans un album poussiéreux. »

Il avait raison. Le souvenir « plat » ne sert à rien. Le piège, c’est de croire qu’il suffit de penser à un bon moment pour se sentir mieux. Ça ne marche pas comme ça. Quand vous êtes déprimé, votre cerveau a développé des autoroutes neuronales qui mènent directement à la tristesse, au vide, à l’auto-critique. Un souvenir positif non travaillé, c’est un petit chemin de terre que vous n’empruntez jamais. Il se referme.

L’induction par la mémoire positive fonctionne parce qu’elle contourne ce chemin de la rumination. Elle ne vous demande pas de « penser positif » (ce qui est souvent vécu comme une injonction violente quand on est dépressif). Elle vous invite à incarner un souvenir. À le faire entrer dans votre corps.

Il y a un mécanisme neurologique derrière ça : la mémoire épisodique (celle des événements vécus) est stockée avec les émotions associées dans le lobe temporal, mais elle est aussi connectée à l’amygdale et à l’hippocampe. Quand vous revisitez un souvenir de manière sensorielle complète — l’odeur, le son, la chaleur, le mouvement — vous activez les mêmes réseaux neuronaux que lors de l’expérience originale. C’est ce qu’on appelle la mémoire dépendante de l’état. En d’autres termes, si vous revivez un moment de joie avec votre corps, votre esprit a plus de chances de retrouver l’accès à cette joie.

C’est pour ça que je ne vous dirai jamais « souriez, ça va passer ». Mais je peux vous apprendre à retrouver le sourire de quelqu’un que vous aimez, la texture du sable sous vos doigts, le son de votre propre rire. Et ça, c’est une porte d’entrée vers une émotion qui vous semble inaccessible.

« Quand vous revisitez un souvenir de manière sensorielle complète, vous activez les mêmes réseaux neuronaux que lors de l’expérience originale. Vous ne vous souvenez pas du bonheur : vous le recréez, l’espace d’un instant. »


Comment choisir le bon souvenir pour que l’induction fonctionne ?

C’est l’étape cruciale, et celle où la plupart des gens se trompent. Vous ne pouvez pas prendre n’importe quel « bon souvenir ». Si vous choisissez la naissance de votre enfant, mais que cette naissance a été stressante, ou que vous êtes en conflit avec lui aujourd’hui, le souvenir est contaminé. De même, si vous choisissez un moment de vacances idylliques, mais que ce voyage était associé à une rupture qui a suivi, l’émotion ambivalente va parasiter l’exercice.

Le souvenir idéal pour cette induction doit répondre à trois critères :

  1. Il est simple et court. Pas une journée entière, mais un instant. Cinq secondes, trente secondes maximum. Un éclat de rire. La sensation de l’eau fraîche sur votre peau. Le goût d’une fraise bien mûre. Un bref câlin.

  2. Il est sensoriellement riche. Vous devez pouvoir en retrouver au moins trois sens : la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, le goût. L’émotion est souvent logée dans un détail sensoriel. Par exemple, ce n’est pas « le repas de Noël », mais « l’odeur de la cannelle et le bruit des papiers cadeau qu’on déchire ».

  3. Il est « pur ». Pas de conflit, pas d’ambivalence. Un moment où vous vous êtes senti pleinement bien, en sécurité, aimé ou joyeux, sans arrière-pensée. Cela peut être un souvenir d’enfance, un moment avec un animal, une réussite personnelle. L’important, c’est l’émotion positive dominante.

Je me souviens de Carole, 35 ans, professeure des écoles, en burn-out dépressif. Elle ne trouvait aucun souvenir « valable ». Tout lui semblait gâché par sa dépression. Je lui ai demandé de fermer les yeux et de penser à un moment où elle avait été surprise par une émotion agréable, sans l’avoir cherchée. Elle a souri, les yeux encore fermés : « Le matin où mon chat est venu se frotter contre ma joue en ronronnant, alors que je me réveillais. C’était doux, chaud, ça sentait le propre. » Ce souvenir de 10 secondes, sensoriel, sans conflit, a été le point de départ de sa première induction réussie.

Si vous ne trouvez rien, ne forcez pas. La dépression peut gommer l’accès à ces souvenirs. Commencez par un souvenir neutre : l’odeur du pain grillé, la sensation d’un drap frais. L’important est d’entraîner votre cerveau à incarner un souvenir, avant même de chercher l’émotion.


Le protocole étape par étape : l’induction par la mémoire positive

Je vais vous décrire le protocole exact que j’utilise en consultation, adapté pour que vous puissiez le pratiquer seul chez vous. Prenez votre temps. Ne cherchez pas la performance. L’idée n’est pas de « réussir » du premier coup, mais de créer une nouvelle habitude neuronale.

Étape 1 : L’ancrage corporel (30 secondes) Installez-vous confortablement. Posez une main sur votre ventre, l’autre sur votre cœur. Sentez le rythme de votre respiration. Ne cherchez pas à la modifier. Observez juste le mouvement de votre ventre qui se soulève, qui retombe. Si vous n’arrivez pas à vous concentrer sur votre respiration, c’est normal. Posez simplement les mains. Ce geste est un signal pour votre cerveau : « On change de mode, on se recentre. »

Étape 2 : La recherche du souvenir (1-2 minutes) Laissez venir un souvenir qui correspond aux critères. Ne le cherchez pas activement avec votre mental analytique. Laissez-le surgir comme une image, une sensation, une odeur. Si rien ne vient, partez d’un lieu que vous aimez (un coin de nature, une pièce de votre maison) et laissez un moment agréable émerger de ce lieu. Si vous êtes bloqué, utilisez une question : « Quel est le plus petit moment de bien-être que j’ai vécu cette semaine ? » Même une seconde de répit dans une douche chaude peut suffire.

Étape 3 : L’immersion sensorielle (3-5 minutes) C’est le cœur de l’induction. Une fois le souvenir trouvé, vous allez le déployer comme un réalisateur de cinéma.

  • La vue : Que voyez-vous ? Les couleurs, les lumières, les formes ? Regardez les détails. L’éclat du soleil sur l’eau, le grain du bois d’une table, le sourire d’une personne.
  • L’ouïe : Qu’entendez-vous ? Des voix, des rires, du vent, de la musique, un silence particulier ? Écoutez le timbre, le rythme.
  • Le toucher : Que ressentez-vous physiquement ? La chaleur du soleil sur votre peau, la fraîcheur d’une brise, la texture d’un tissu, la pression d’une main dans la vôtre, le poids d’un animal sur vos genoux.
  • L’odorat et le goût : Sentez-vous quelque chose ? L’odeur de l’herbe coupée, du café, de la mer, du pain chaud ? Y a-t-il un goût dans votre bouche ?

Ne vous contentez pas de penser à ces sensations. Essayez de les ressentir réellement. Si vous revoyez un coucher de soleil, sentez la chaleur imaginaire sur votre visage. Si vous entendez un rire, laissez votre propre bouche esquisser un sourire. Votre corps va suivre le mouvement.

Étape 4 : L’amplification (1 minute) Quand l’émotion positive commence à pointer (une légère chaleur, une détente, un picotement), amplifiez-la. Imaginez que vous tournez un bouton de volume. Rendez l’image plus lumineuse, le son plus présent, la sensation plus intense. Vous pouvez aussi associer un geste à cette émotion : presser le pouce et l’index l’un contre l’autre, ou poser une main sur votre cœur. Ce geste deviendra plus tard un « ancrage » rapide pour retrouver cette émotion.

Étape 5 : L’intégration et le retour (1 minute) Laissez l’image s’évanouir doucement, comme un nuage qui se dissipe. Gardez la sensation dans votre corps. Puis, ramenez lentement votre attention dans la pièce. Bougez les doigts, les orteils. Ouvrez les yeux quand vous êtes prêt. Ne sautez pas du lit. Prenez le temps de noter ce qui a changé, même infime : un peu plus de légèreté, une respiration plus ample, un point de chaleur dans la poitrine.

« L’induction par la mémoire positive ne vous demande pas de “penser positif”. Elle vous invite à incarner un souvenir. À le faire entrer dans votre corps. »


Pourquoi cette technique peut échouer (et ce que vous pouvez y faire)

Vous avez essayé le protocole, mais rien ne s’est passé. Vous êtes resté bloqué, l’esprit vide, ou pire, vous avez ressenti de la frustration, de la colère contre vous-même. C’est normal. Cela arrive à 80% des personnes qui débutent avec une dépression modérée à sévère. Votre cerveau est en mode survie. Il a verrouillé l’accès aux émotions positives pour vous protéger. C’est un peu comme si un disjoncteur avait sauté.

Voici les trois obstacles les plus fréquents, et comment les contourner :

1. Le souvenir s’est transformé en rumination. Vous pensiez à un moment heureux, et soudain, votre esprit a dérivé vers « mais après, ça s’est mal passé », ou « je ne mérite pas d’avoir été heureux ». C’est le piège de la dépression. Si cela arrive, ne vous battez pas. Dites-vous simplement : « Ah, voilà mon vieux schéma. Je le reconnais. » Puis, ramenez doucement votre attention sur une sensation physique neutre (la respiration, le contact de vos pieds sur le sol). Vous pouvez réessayer plus tard, ou choisir un souvenir encore plus simple, plus court.

2. Vous ne ressentez aucune émotion. C’est le symptôme de l’anhédonie, très courant dans la dépression. L’incapacité à ressentir du plaisir. Dans ce cas, ne cherchez pas l’émotion. Cherchez la sensation. Contentrez-vous de décrire le souvenir comme un fact-checker : « Je vois du bleu. J’entends un bruit de vagues. Je sens une surface dure sous mes doigts. » Faites-le sans attendre de ressentir quoi que ce soit. Parfois, l’émotion arrive après plusieurs séances, comme un invité qui arrive en retard à une fête.

3. Vous vous endormez. Très fréquent. L’hypnose est un état de relaxation profonde, et quand on est épuisé par la dépression, le corps saisit la moindre occasion pour récupérer. Si vous vous endormez, c’est que vous en aviez besoin. L’exercice a au moins servi à ça. La prochaine fois, faites-le assis, dans une position plus droite, ou en début de journée plutôt qu’en fin de soirée.


Comment intégrer cette induction dans votre vie quotidienne

Une fois que vous avez réussi à ressentir ne serait-ce qu’une micro-seconde d’émotion positive, vous avez ouvert une porte. La clé, maintenant, c’est la répétition. Pas pour forcer la joie, mais pour créer un nouveau chemin neuronal qui deviendra plus accessible avec le temps.

Voici comment je le conseille à mes patients :

  • Une fois par jour, pas plus. La dépression n’aime pas la pression. 3 à 5 minutes maximum. Mieux vaut une courte séance quotidienne qu’une longue séance hebdomadaire qui vous épuise.
  • Choisissez un moment « creux ». Le matin au réveil, avant même de sortir du lit, ou le soir, juste avant de vous endormir. Liez l’exercice à un déclencheur existant : après vous être brossé les dents, par exemple.
  • Utilisez l’ancrage que vous avez créé. Ce geste (pouce-index pressé, main sur le cœur) peut devenir un rappel discret. Quand vous sentez la vague de tristesse monter dans la journée, faites ce geste. Il peut vous reconnecter à la sensation positive, ne serait-ce que pour vous donner une bouffée d’air de 5 secondes.
  • Soyez curieux, pas juge. Après la séance, notez sur une échelle de 0 à 10 votre niveau d’émotion positive avant et après. Ne cherchez pas à passer de 1 à 8. Si vous passez de 1 à 2, c’est une victoire. Votre cerveau a bougé. Il est capable de bouger.

Je pense à Marc, 58 ans, retraité, qui venait de perdre sa femme. Il était dans un état dépressif réactionnel profond. Les premiers jours, il n’arrivait même pas à fermer les yeux sans être submergé par les larmes. On a commencé par un souvenir sensoriel neutre : l’odeur du café moulu qu’il préparait chaque matin. Pendant deux semaines, il s’est contenté de respirer cette odeur en imagination, sans chercher d’émotion. Au bout de trois semaines, il m’a dit : « J’ai senti un petit quelque chose. Pas de la joie. Plutôt comme un souvenir de paix. » Ce n’était pas la guérison, mais c’était la preuve que son système nerveux n’était pas complètement verrouillé. La braise était encore chaude sous la cendre.


Ce que cette technique ne remplace pas (une mise au point honnête)

Je veux être clair, parce que mon métier repose sur la confiance, pas sur les promesses

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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