3 phrases à répéter (avec l'hypnose) pour gagner en confiance
Des affirmations qui changent vraiment votre dialogue intérieur.
Créez un refuge mental pour apaiser les souvenirs douloureux.
Je vois souvent arriver dans mon cabinet des personnes qui portent des souvenirs lourds. Des images qui reviennent sans prévenir, des sensations corporelles qui rappellent un moment qu’on voudrait effacer. Pour beaucoup, le simple fait de fermer les yeux et de se détendre semble impossible : le corps reste en alerte, la tête tourne en boucle.
C’est là que l’induction par la visualisation d’un lieu sûr devient un outil précieux. Pas une baguette magique, mais une porte d’entrée vers un espace où votre système nerveux peut enfin baisser la garde. Je vais vous montrer comment ça fonctionne, pourquoi ça marche pour les traumatismes, et comment vous pouvez commencer à le pratiquer seul, en toute sécurité.
Ce que cette technique fait et ne fait pas
Avant d’aller plus loin, soyons clairs : visualiser un lieu sûr ne va pas effacer un traumatisme. Ce n’est pas une amnésie provoquée. Ce que ça permet, c’est de créer une base de sécurité dans votre esprit. Un endroit où vous pouvez aller quand le souvenir devient trop envahissant, pour reprendre pied, pour calmer le corps, pour vous rappeler que vous n’êtes plus dans la scène dangereuse. C’est un refuge, pas un effaceur.
Quand vous vivez un événement traumatique, votre cerveau enregistre tout : les images, les sons, les odeurs, les sensations corporelles. Le problème, c’est que ces souvenirs ne sont pas rangés comme des histoires ordinaires. Ils restent actifs, prêts à se déclencher au moindre signal qui ressemble à l’événement original.
Votre système nerveux ne fait pas bien la différence entre un souvenir et une menace réelle. C’est normal : c’est une fonction de survie. Mais quand le traumatisme est là, cette fonction devient dysfonctionnelle. Un bruit de casserole qui tombe peut vous faire sursauter comme si vous étiez encore en danger. Le corps réagit en mode combat-fuite, alors que la menace est passée depuis longtemps.
La visualisation d’un lieu sûr vient contrer ce mécanisme. Elle active les zones du cerveau associées à la sécurité, au calme, au contrôle. Votre système nerveux parasympathique – celui qui gère la détente et la récupération – se met en marche. Le rythme cardiaque ralentit, la respiration s’approfondit, les muscles se relâchent.
Point clé : Le cerveau ne fait pas bien la différence entre une expérience réelle et une visualisation vivante. En vous imaginant dans un lieu sûr avec tous vos sens, vous donnez à votre système nerveux la preuve que la sécurité existe. C’est une expérience corporelle, pas juste une pensée.
Ce n’est pas de la pensée positive naïvement appliquée à un problème grave. C’est une technique éprouvée qui s’appuie sur la neuroplasticité : la capacité de votre cerveau à créer de nouveaux chemins neuronaux. Chaque fois que vous visitez votre lieu sûr, vous renforcez la connexion entre ce souvenir sécurisant et l’état de calme. Petit à petit, le lieu sûr devient un ancrage puissant.
Il y a une idée reçue que je voudrais défaire tout de suite : votre lieu sûr ne doit pas ressembler à une carte postale de vacances. Beaucoup de personnes me disent : « Je n’arrive pas à imaginer une plage parfaite, ça me semble factice. » Et c’est très bien comme ça.
Votre lieu sûr peut être :
Ce qui compte, ce n’est pas l’esthétique, c’est la sensation de sécurité qu’il provoque. Si vous n’avez pas de souvenir positif clair, inventez. Le cerveau ne distingue pas le réel de l’imaginaire dans la réponse émotionnelle.
Les ingrédients essentiels
Pour que votre lieu sûr fonctionne, il doit activer plusieurs sens. Ne vous contentez pas de voir l’endroit en pensée. Ressentez-le :
Plus vous ajoutez de détails sensoriels, plus votre cerveau s’immerge. Et plus l’immersion est forte, plus la réponse de sécurité est efficace.
Les garde-fous indispensables
Un lieu sûr n’est pas un lieu parfait. Il peut contenir des éléments qui vous rappellent que la sécurité existe, même dans un monde imparfait. Par exemple, une fenêtre qui donne sur un paysage que vous aimez, mais qui a une petite fissure. Cette fissure ne menace pas votre sécurité, elle la rend crédible.
Évitez d’y inclure des personnes réelles, sauf si vous êtes absolument certain qu’elles représentent une sécurité totale et inconditionnelle. Pour beaucoup de personnes traumatisées, les relations humaines sont complexes. Un lieu sûr personnel, sans présence humaine, est souvent plus fiable. Vous pouvez y être seul, ou accompagné d’un animal imaginaire ou d’une présence bienveillante sans visage défini.
Assez de théorie. Voici comment pratiquer, étape par étape. Installez-vous dans un endroit où vous ne serez pas dérangé pendant 10 à 15 minutes. Asseyez-vous confortablement, ou allongez-vous si vous préférez. L’important est que votre corps soit soutenu.
1. L’ancrage corporel
Fermez les yeux. Portez votre attention sur votre respiration. Ne cherchez pas à la modifier. Observez simplement l’air qui entre et qui sort. Puis, déplacez votre attention vers vos pieds. Ressentez le contact de vos pieds avec le sol ou le lit. Prenez conscience de leur poids, de leur température.
Remontez lentement : mollets, cuisses, bassin, ventre, torse, épaules, bras, mains, cou, tête. À chaque étape, prenez 5 à 10 secondes pour ressentir simplement la présence de cette partie du corps. Si vous rencontrez des tensions, ne cherchez pas à les chasser. Observez-les.
2. La porte d’entrée
Maintenant, imaginez que devant vous se trouve une porte. Elle peut être en bois, en fer forgé, en pierre, ou simplement une arche de lumière. Cette porte mène à votre lieu sûr. Prenez le temps de la regarder : sa couleur, sa texture, sa poignée.
Avant de l’ouvrir, dites-vous intérieurement : « Derrière cette porte, je suis en sécurité. Rien ni personne ne peut entrer sans mon accord. Ce lieu est à moi, et seulement à moi. »
3. L’ouverture et l’exploration
Ouvrez la porte. Passez le seuil. Prenez quelques secondes pour ressentir le changement : l’air est peut-être plus frais ou plus chaud, la lumière différente, l’odeur particulière.
Explorez lentement. Ne cherchez pas à voir tout en même temps. Regardez un détail : un arbre, un meuble, une pierre, une vague. Puis un autre. Laissez votre regard se promener sans but.
Ressentez le sol sous vos pieds. Est-il dur, mou, chaud, froid ? Touchez ce qui est à portée de main : l’écorce d’un arbre, le tissu d’un fauteuil, l’eau d’une source. Écoutez : quels bruits emplissent cet espace ?
4. L’installation du signal de sécurité
Quand vous vous sentez bien, choisissez un geste simple qui deviendra votre signal d’ancrage. Par exemple : poser la main droite sur votre cœur, ou joindre le pouce et l’index, ou prendre une inspiration profonde. Associez ce geste à la sensation de sécurité que vous ressentez dans ce lieu.
Répétez mentalement : « Chaque fois que je ferai ce geste, je pourrai revenir ici, dans ce lieu de sécurité. »
5. Le retour progressif
Quand vous vous sentez prêt, remerciez votre lieu sûr. Puis, lentement, ramenez votre attention vers votre respiration. Vers votre corps dans la pièce. Vers les sons autour de vous. Bougez doucement les doigts, les orteils. Ouvrez les yeux quand vous le souhaitez.
Moment fort : Ne vous précipitez pas pour sortir de cet état. La transition est aussi importante que l’immersion. Si vous vous sentez un peu étourdi ou ailleurs, c’est normal. Donnez-vous 30 secondes à une minute avant de reprendre vos activités.
La visualisation d’un lieu sûr n’est pas réservée aux séances d’hypnose formelles. Vous pouvez l’utiliser dans des situations bien précises :
La régularité est plus importante que la durée
5 minutes par jour valent mieux qu’une heure une fois par semaine. Votre cerveau a besoin de répétition pour créer des chemins solides. Chaque visite renforce l’ancrage. Au bout de quelques semaines, le simple fait de penser à votre lieu sûr peut déclencher une réponse de calme.
Les pièges à éviter
Les thérapies pour les traumatismes, comme l’EMDR ou l’IFS que je pratique, ont un point commun : elles travaillent sur la régulation du système nerveux avant d’aborder le contenu traumatique lui-même. On ne peut pas traiter un souvenir si le corps est en mode survie.
La visualisation d’un lieu sûr crée une fenêtre de tolérance. C’est un terme technique qui désigne la zone dans laquelle vous pouvez ressentir des émotions sans être submergé. Quand cette fenêtre est trop étroite – ce qui arrive dans les traumatismes complexes – le moindre rappel du souvenir vous fait basculer en hyperactivation (panique) ou en hypoactivation (engourdissement, dissociation).
Votre lieu sûr élargit cette fenêtre. Il vous donne un endroit où aller quand la fenêtre se referme. Vous apprenez à votre système nerveux que vous pouvez ressentir de la sécurité, même après avoir touché la douleur.
Ce que j’observe en cabinet
Je reçois souvent des sportifs de haut niveau qui utilisent cette technique pour gérer le stress de la compétition. Mais pour les personnes traumatisées, l’enjeu est différent. Il ne s’agit pas d’optimiser une performance, mais de retrouver une base de sécurité dans le corps.
Une patiente, que j’appellerai Sophie, avait des flashbacks quotidiens après un accident de voiture. Elle ne pouvait pas conduire, et même être passagère la faisait paniquer. Nous avons construit un lieu sûr : une petite clairière dans une forêt qu’elle avait visitée enfant. Au début, elle n’arrivait pas à y rester plus de 30 secondes sans que des images de l’accident n’envahissent l’espace.
Nous avons travaillé lentement. Elle a appris à renforcer les limites de son lieu sûr : un mur invisible que les souvenirs ne pouvaient pas traverser. Elle a ajouté une source dont le bruit couvrait les sons déclencheurs. Après plusieurs semaines, elle pouvait y rester 5 minutes. Puis elle a commencé à utiliser son lieu sûr dans la voiture, garée, moteur éteint, puis moteur allumé.
Aujourd’hui, elle conduit à nouveau. Pas sans appréhension, mais sans crise de panique. Son lieu sûr n’a pas effacé l’accident, mais il lui a donné un point d’ancrage pour ne pas être submergée.
Si vous sentez que cette technique vous aide, vous pouvez l’enrichir de plusieurs façons :
Ajouter des portes secondaires : Dans votre lieu sûr, imaginez une autre porte. Derrière elle, il y a un endroit encore plus sécurisé, plus intime. Vous pouvez y accéder quand vous avez besoin d’un refuge encore plus profond.
Créer un rituel d’entrée : Avant de visualiser, faites un petit rituel : boire une tasse de thé, allumer une bougie, mettre une musique douce. Le cerveau associe ce rituel à l’état de sécurité, ce qui rend l’induction plus rapide.
Enregistrer votre propre induction : Prenez votre téléphone et enregistrez-vous en lisant lentement le protocole que je vous ai donné. Utilisez votre propre voix, avec des pauses. Vous pourrez réécouter cet enregistrement quand vous en avez besoin.
Combiner avec l’autohypnose : Si vous pratiquez déjà l’autohypnose, utilisez votre lieu sûr comme point de départ pour d’autres explorations. C’est une base solide pour travailler sur d’autres objectifs.
Vous n’avez pas besoin d’attendre d’être calme pour essayer. Prenez 30 secondes, là où vous êtes. Fermez les yeux. Respirez une fois profondément. Imaginez un endroit où vous vous êtes senti en sécurité, ne serait-ce qu’un instant. Cela peut être un coin de votre salon, un banc dans un parc, le siège passager d’une voiture à l’arrêt.
Ressentez un seul détail sensoriel : la texture du tissu sous vos doigts, la température de l’air, la lumière qui filtre à travers vos paupières fermées. Restez 10 secondes. Puis ouvrez les yeux.
Vous venez de faire votre première induction. Ce n’est pas parfait, ce n’est pas long, mais c’est un début. Et c’est tout ce dont vous avez besoin pour commencer à apaiser ces souvenirs douloureux.
Si vous sentez que les traumatismes sont trop lourds pour les gérer seul, si les flashbacks restent trop envahissants malgré vos tentatives, je vous reçois à Saintes. Nous pouvons travailler ensemble, avec l’hypnose et l’IFS, pour que votre lieu sûr devienne une réalité solide, pas juste une échappatoire.
Prenez soin de vous. Et souvenez-vous : la sécurité n’est pas un luxe, c’est un besoin fondamental. Vous avez le droit de la ressentir, même après ce que vous avez traversé.
À propos de l'auteur
Thierry Sudan
Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.
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