HypnoseAutohypnose

Pourquoi certaines personnes n'arrivent pas à s'autohypnotiser

Les raisons cachées derrière les blocages et comment les dépasser.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Tu as déjà essayé l’autohypnose. Tu t’es installé confortablement, tu as lancé un enregistrement ou suivi les consignes d’un livre. Et puis… rien. Ou presque. Une sensation vague, un moment d’absence, mais pas cette profondeur dont tout le monde parle. Tu as peut-être même pensé : « Je ne suis pas fait pour ça », « Mon esprit est trop rationnel », ou pire : « Je dois faire quelque chose de travers ».

Je reçois régulièrement des personnes dans mon cabinet à Saintes qui me disent la même chose. Elles viennent pour une séance d’hypnose ericksonienne, et en préparant le travail, elles m’expliquent qu’elles ont tenté l’autohypnose seules, sans succès. Certaines ont abandonné après plusieurs tentatives. D’autres ont persisté des semaines, frustrées, avant de conclure que ce n’était pas pour elles.

Je vais être honnête avec toi : l’autohypnose, ce n’est pas la même chose que l’hypnose accompagnée. Et il y a des raisons précises – souvent invisibles – qui empêchent certaines personnes d’y accéder seules. Ces raisons ne sont pas des défauts. Ce sont des mécanismes que tu peux comprendre et, surtout, dépasser.

Dans cet article, je vais t’expliquer pourquoi l’autohypnose peut bloquer, et comment faire pour que ça fonctionne vraiment. Pas avec des recettes miracles, mais avec une compréhension fine de ce qui se joue dans ta tête.

Ce que l’autohypnose n’est pas (et pourquoi ça change tout)

Commençons par démonter un mythe : l’autohypnose n’est pas un état de sommeil ou de perte de contrôle. Beaucoup de personnes imaginent qu’elles vont sombrer dans une transe profonde, comme dans les spectacles, et que leur esprit va s’éteindre. Ce n’est pas ça. L’hypnose – qu’elle soit accompagnée ou auto-induite – est un état de conscience modifié, hyperfocalisé. Tu es plus alerte sur certaines choses, moins sur d’autres. Ton cerveau n’est pas « éteint », il est juste orienté différemment.

Quand tu essaies de t’autohypnotiser, tu es à la fois le guide et l’explorateur. C’est un peu comme conduire une voiture tout en regardant la carte. Tu dois gérer deux rôles en même temps. Et ça, c’est exigeant.

Prenons l’exemple de Marc, 42 ans, que j’ai reçu l’année dernière. Il est ingénieur, habitué à contrôler les processus. Il avait acheté un livre d’autohypnose et suivi les exercices à la lettre. Résultat : il restait bloqué en surface, avec une sensation de « faire semblant ». Il me disait : « Je sais que je devrais me détendre, mais mon cerveau continue d’analyser si ça marche. » C’est exactement le problème : quand tu es en mode contrôle, tu ne peux pas lâcher prise. L’autohypnose ne demande pas de contrôle, elle demande de l’orientation.

L’autohypnose, ce n’est pas un combat contre ton esprit. C’est une négociation avec lui. Et pour négocier, il faut d’abord comprendre qui parle.

La première raison pour laquelle certaines personnes n’y arrivent pas, c’est qu’elles confondent l’état hypnotique avec un état passif. Alors elles forcent, elles essaient de « se vider la tête ». Plus elles essaient, plus le mental résiste. C’est comme dire à quelqu’un : « Ne pense pas à un ours blanc. » Devine ce qui arrive ?

L’autohypnose, c’est l’inverse : tu ne forces pas, tu invites. Tu crées un espace où ton inconscient peut répondre à une suggestion, sans que ton conscient vienne tout contrôler. Si tu n’arrives pas à le faire seul, ce n’est pas un échec. C’est juste que tu n’as pas encore trouvé la bonne porte d’entrée.

Le piège du mental qui veut trop bien faire

Tu es probablement une personne consciencieuse. Tu veux que ça marche. Alors tu lis les consignes attentivement, tu suis le script, tu vérifies que tu « ressens bien quelque chose ». Et c’est précisément là que le bât blesse.

Quand tu veux trop bien faire, ton cerveau analytique prend le dessus. Il évalue, compare, juge. « Est-ce que je suis assez détendu ? » « Mon corps réagit-il comme prévu ? » « Pourquoi je n’ai pas encore cette sensation ? » Cette surveillance constante est l’ennemi numéro un de l’hypnose. L’état hypnotique ne se produit pas sous le regard critique du mental. Il se produit quand tu cesses de regarder.

Je pense à Sophie, 35 ans, professeure des écoles. Elle venait pour une anxiété sociale. En première séance, elle m’a dit : « J’ai essayé l’autohypnose tous les soirs pendant un mois. Je me suis même chronométrée. Rien. » En creusant, j’ai compris qu’elle abordait l’autohypnose comme un exercice scolaire : il y a une bonne façon de faire, et elle cherchait à l’exécuter parfaitement. Mais l’hypnose ne fonctionne pas comme ça. Ce n’est pas une performance. C’est une expérience.

Quand tu te mets en mode « exécution parfaite », tu actives ton cortex préfrontal – la partie du cerveau qui planifie, analyse et contrôle. Or, l’hypnose demande une baisse d’activité de cette zone. C’est contradictoire. Plus tu veux réussir, plus tu échoues. C’est un paradoxe que j’observe souvent chez les personnes qui viennent me voir : ce sont souvent des gens compétents, exigeants avec eux-mêmes, habitués à maîtriser les situations. Et justement, cette maîtrise les bloque.

La solution ? Arrêter de chercher à faire « bien ». Accepter que l’autohypnose puisse ressembler à n’importe quoi : une rêverie, une sensation de flottement, ou même un moment où tu t’endors un peu. Il n’y a pas de bonne façon. Il y a ta façon. Et elle peut être étrange, imparfaite, chaotique. C’est souvent là que ça commence à fonctionner.

Pourquoi l’autohypnose peut réveiller des peurs que tu ignorais

C’est une raison dont on parle peu. Pourtant, elle est centrale. Certaines personnes n’arrivent pas à s’autohypnotiser parce que, inconsciemment, elles en ont peur. Pas peur de l’hypnose en elle-même, mais peur de ce qu’elles pourraient découvrir ou ressentir en lâchant prise.

Ton inconscient n’est pas un gentil nounours. C’est un gardien. Il stocke des souvenirs, des émotions, des croyances que ton conscient a mises de côté pour te protéger. Quand tu commences à te détendre et à baisser la garde, ces contenus peuvent remonter. Pas forcément de façon violente, mais comme une vague d’inconfort. Ton cerveau interprète alors cet inconfort comme un danger. Et il te sort de l’état hypnotique. C’est un réflexe de survie.

Je reçois régulièrement des personnes qui me disent : « Dès que je commence à me détendre, je ressens une angoisse. » Ce n’est pas un hasard. Le corps a mémorisé que la vulnérabilité est risquée. Alors il active le frein à main. L’autohypnose devient impossible parce que l’inconscient refuse de lâcher le volant.

Prenons un exemple concret. Julien, 29 ans, coureur de fond, est venu me voir pour améliorer sa concentration en compétition. Il pratiquait l’autohypnose pour la récupération, mais butait systématiquement sur une sensation d’oppression thoracique. En explorant avec lui, on a découvert que cette oppression était liée à un souvenir d’enfance – une situation où il avait dû rester silencieux et immobile alors qu’il était terrifié. Son corps avait appris que se détendre = danger. Tant que cette association n’était pas conscientisée, l’autohypnose restait bloquée.

Si tu ressens une résistance, une agitation, ou une envie de tout arrêter quand tu pratiques seul, demande-toi : « Qu’est-ce que mon corps essaie de me dire ? » Parfois, ce n’est pas un problème de technique. C’est une question de sécurité intérieure. Et ça, ça se travaille. Pas en forçant, mais en apprenant à négocier avec cette partie de toi qui a peur.

Ton inconscient ne te bloque pas par méchanceté. Il te bloque parce qu’il croit encore te protéger. Ton travail, c’est de lui montrer qu’il peut lâcher.

Le manque de relation de confiance avec soi-même

C’est une dimension que j’aborde souvent avec les personnes que j’accompagne. L’autohypnose, c’est une relation. Une relation entre toi et toi-même. Et comme toute relation, elle repose sur la confiance.

Quand tu travailles avec un hypnothérapeute, il y a une présence extérieure. Cette personne te guide, te rassure, ajuste son langage à tes réactions. Tu peux te laisser aller parce que tu sais que quelqu’un veille. En autohypnose, tu es seul. Et si tu n’as pas une relation de confiance solide avec toi-même, cette solitude peut être angoissante.

Je vois souvent des personnes qui se jugent sévèrement. Elles se parlent intérieurement avec des mots durs : « Je n’y arriverai jamais », « Je suis nul(le) », « Pourquoi je n’y arrive pas comme les autres ? ». Quand tu te parles comme ça, comment veux-tu te faire confiance pour te guider dans un état de vulnérabilité ? C’est comme demander à un ami qui te critique constamment de te soutenir dans un moment difficile. Ça ne marche pas.

L’autohypnose exige une forme de douceur envers soi-même. Pas de la faiblesse, mais de l’accueil. Accepter que ça ne marche pas du premier coup. Accepter que ton esprit vagabonde. Accepter que tu puisses t’endormir. Accepter que ce soit bizarre. Si tu n’as pas cette bienveillance intérieure, tu vas te mettre une pression inutile, et la boucle de l’échec se renforce.

Un exercice simple que je propose souvent : avant de commencer une séance d’autohypnose, prends 30 secondes pour poser ta main sur ton cœur et dire à voix basse : « Je suis là pour moi, sans exiger de résultat. » Ça peut sembler ridicule. Mais ça change la tonalité de la relation. Tu passes d’un rapport de contrôle à un rapport d’accompagnement.

L’absence d’un cadre sensoriel adapté

Autre raison fréquente : tu n’as peut-être tout simplement pas les bonnes conditions. Et je ne parle pas seulement de l’environnement extérieur (calme, lumière tamisée), mais surtout de ton état physiologique et sensoriel.

L’hypnose fonctionne mieux quand ton système nerveux est déjà en mode « repos et digestion ». Si tu arrives après une journée de stress, les hormones de stress encore dans le sang, ton corps est en mode alerte. Dans cet état, lâcher prise est quasi impossible. Ce n’est pas un problème de volonté, c’est de la physiologie.

J’ai travaillé avec Thomas, 38 ans, commercial. Il essayait de faire de l’autohypnose le soir, après des journées intenses. Résultat : soit il s’endormait, soit il restait tendu. En discutant, on a compris qu’il avait besoin d’un temps de transition entre le mode « travail » et le mode « hypnose ». On a mis en place une routine de 10 minutes : boire une tisane, respirer lentement, écouter un morceau de musique calme. À partir de là, ses séances d’autohypnose ont commencé à fonctionner.

Ton corps a besoin de signaux clairs pour passer en mode hypnotique. Si tu passes directement du stress à l’autohypnose, c’est comme demander à un moteur de passer de la 5e à la 1re sans débrayer. Ça craque.

Voici quelques éléments à vérifier :

  • Es-tu dans un état de fatigue modérée ? Trop fatigué, tu t’endors. Trop en forme, tu restes en surface.
  • As-tu faim, soif, ou besoin d’aller aux toilettes ? Ces sensations corporelles non satisfaites vont te distraire.
  • Ta température est-elle confortable ? Un frisson ou une sensation de chaleur peuvent te sortir de l’état.
  • As-tu un support auditif ou visuel qui te convient ? Certaines personnes préfèrent une voix, d’autres le silence, d’autres une musique douce. Il n’y a pas de règle universelle.

Adapte ton cadre. Si tu essaies toujours la même méthode et que ça ne marche pas, change quelque chose. Ton inconscient te dit simplement : « Cette approche ne me correspond pas. »

Comment sortir du blocage : une approche concrète

Maintenant que tu comprends les mécanismes, voici ce que tu peux faire concrètement. Pas une recette magique, mais des pistes que j’ai vues fonctionner avec des dizaines de personnes.

1. Change ton objectif. Ne cherche pas à « atteindre un état hypnotique profond ». Cherche juste à observer ce qui se passe quand tu fermes les yeux et que tu te donnes une intention. L’état viendra ou pas. Ce n’est pas le but. Le but, c’est d’être présent à toi-même. Si rien ne se passe, c’est une information. Pas un échec.

2. Utilise une suggestion indirecte. L’autohypnose classique avec des scripts rigides peut être contre-productive. Essaie plutôt une approche comme : « Je me demande ce que mon corps ressentirait s’il se détendait vraiment. » La formulation « je me demande » crée une ouverture, sans pression. C’est une astuce que j’utilise souvent en hypnose ericksonienne.

3. Fais-toi accompagner une fois. Parfois, le meilleur moyen d’apprendre l’autohypnose, c’est de vivre d’abord une séance guidée par un professionnel. Tu ressens ce que c’est, tu identifies tes résistances, et tu repars avec des clés adaptées à ton fonctionnement. Beaucoup de personnes que je reçois découvrent qu’elles peuvent se détendre profondément – mais pas seules, au début. C’est normal. C’est comme apprendre à nager : au début, tu as besoin d’une main.

4. Intègre l’IFS dans ta pratique. L’IFS (Internal Family Systems) est une approche que j’utilise beaucoup. Elle considère que nous avons différentes « parties » en nous. Si une partie de toi bloque l’autohypnose, tu peux dialoguer avec elle. Demande-lui : « Qu’est-ce que tu crains si je me détends ? » Souvent, la réponse est surprenante : « J’ai peur que tu perdes le contrôle », « J’ai peur que tu revoies ce souvenir », « J’ai peur que tu changes trop vite ». Une fois que tu entends ça, tu peux rassurer cette partie. Et le blocage se dissout.

5. Pratique en micro-doses. Ne fais pas des séances de 20 minutes si ça ne marche pas. Commence par 2 minutes. Juste 2 minutes où tu te concentres sur ta respiration et une sensation de lourdeur. Si ça fonctionne, tu passes à 5. Si ça bloque, tu restes à 2. L’important, c’est la régularité, pas la durée.

6. Accepte que ça prenne du temps. Certaines personnes vivent une expérience hypnotique profonde dès la première tentative. D’autres mettent des semaines, voire des mois. Ce n’est pas une compétition. Plus tu acceptes le rythme de ton propre système nerveux, plus il s’ouvre.

Ce que tu peux faire maintenant

Si tu es arrivé jusqu’ici, c’est que cette question te concerne vraiment. Alors voici une invitation concrète.

Prends un minuteur sur ton téléphone. Règle-le sur 3 minutes. Installe-toi confortablement, ferme les yeux, et pose ta main sur ton ventre. Ne cherche à rien faire. Juste écoute. Les bruits autour, les sensations dans ton corps, les pensées qui passent. Si une pensée arrive, dis-lui simplement : « Je te vois. » Sans la juger, sans la chasser. Pendant 3 minutes, tu es juste là.

À la fin, note sur un carnet ou dans ton téléphone ce que

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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