HypnoseDouleur Et Sante

Hypnose ou médicaments : que choisir pour un soin douloureux ?

Comparez les approches et trouvez celle qui vous convient.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Je reçois régulièrement des messages de personnes qui doivent subir un soin médical et qui redoutent ce moment. Parfois c’est une simple extraction dentaire, une pose de stent, une coloscopie, ou même une petite intervention sous anesthésie locale. La peur est là, légitime, et avec elle une question qui revient sans cesse : « Docteur, est-ce que je peux éviter les médicaments ? » ou à l’inverse : « Je préfère qu’on me gave de calmants, je ne veux rien sentir. »

Cette question, vous vous la posez peut-être en ce moment. Vous avez un rendez-vous médical qui vous angoisse, et vous cherchez la meilleure option pour traverser cette épreuve avec le moins de stress possible. Faut-il opter pour des anxiolytiques, des antalgiques, une sédation consciente ? Ou bien l’hypnose peut-elle vraiment remplacer tout ça ? Est-ce que c’est sérieux, ou juste un effet placebo ? Et si vous choisissez l’hypnose, est-ce que ça marche pour tout le monde, même quand on est très anxieux ?

Je vais tenter de répondre à ces questions avec honnêteté, en m’appuyant sur ce que je vois dans mon cabinet à Saintes depuis 2014, et sur ce que la science nous dit aujourd’hui. Parce que le choix entre hypnose et médicaments n’est pas un combat. C’est une décision personnelle, qui dépend de vous, de votre histoire, de votre rapport à la douleur et au contrôle.

Pourquoi on oppose souvent hypnose et médicaments ?

La première chose que j’entends quand je parle d’hypnose pour un soin douloureux, c’est : « D’accord, mais moi je suis trop stressé, l’hypnose ne pourra rien pour moi. » Ou encore : « Je préfère prendre un cachet, au moins je suis sûr que ça marche. »

Cette opposition est compréhensible. D’un côté, on a le médicament : une molécule, une dose, un effet prévisible, mesurable. De l’autre, l’hypnose : quelque chose de plus flou, qui dépend de votre état d’esprit, de votre capacité à vous laisser aller, de la compétence du praticien. Forcément, on peut avoir des doutes.

Pourtant, dans la réalité, ces deux approches ne sont pas en compétition. Elles répondent à des besoins différents, et parfois elles se complètent parfaitement. L’erreur serait de croire qu’il faut choisir l’une ou l’autre, ou que l’une est supérieure à l’autre. Ce qui compte, c’est ce qui fonctionne pour vous, dans votre situation précise.

Prenons un exemple concret. J’ai accompagné il y a quelques mois une femme d’une cinquantaine d’années, appelons-la Sophie. Elle devait subir une extraction dentaire complexe, avec une dent incluse. Son dentiste lui avait proposé une sédation consciente au gaz (mélange protoxyde d’azote/oxygène) ou des anxiolytiques en comprimés. Sophie avait horreur des médicaments. Elle avait eu une mauvaise expérience avec des benzodiazépines quelques années plus tôt, et elle refusait catégoriquement d’en reprendre. Mais en même temps, elle était terrorisée par l’aiguille et par la sensation de ne pas pouvoir respirer pendant l’intervention.

Elle est venue me voir pour une séance d’hypnose préparatoire. On a travaillé sur la peur de l’étouffement, sur la sensation de contrôle, et on a construit une « bulle de sécurité » mentale qu’elle pourrait activer pendant le soin. Le jour J, elle est allée chez le dentiste sans médicament, uniquement avec l’hypnose. L’intervention s’est très bien passée. Elle m’a dit après : « Je n’ai rien senti, j’étais ailleurs. »

Mais j’ai aussi accompagné Marc, un homme de 62 ans, pour une coloscopie. Lui, il était très anxieux, et il avait déjà essayé l’hypnose une fois pour une autre chose, sans grand résultat. Il m’a dit : « Je n’y crois pas trop, mais je veux bien essayer pour réduire ma dose de sédatif. » On a fait une séance préparatoire, et le jour de l’examen, il a eu une demi-dose de sédatif par rapport à ce qu’on lui donnait d’habitude. Il était détendu, conscient, et l’examen s’est bien passé. L’hypnose n’a pas remplacé le médicament, mais elle a permis d’en réduire la dose.

Ces deux exemples montrent que la question n’est pas « hypnose OU médicaments », mais plutôt « comment je combine les deux pour que ce soit le plus confortable possible pour moi ? ».

Comment fonctionne vraiment l’hypnose pour la douleur ?

Pour comprendre pourquoi l’hypnose peut être efficace, il faut d’abord comprendre ce qu’elle fait dans votre cerveau. Et ce n’est pas de la magie, ni un simple effet placebo, même si le placebo a aussi son intérêt.

Quand vous ressentez une douleur, votre cerveau reçoit des signaux nerveux provenant de la zone concernée. Mais la douleur que vous ressentez n’est pas la simple traduction de ces signaux. Elle est le résultat d’un traitement complexe par votre cerveau, qui intègre vos émotions, vos souvenirs, votre attention, vos croyances. C’est pour ça que deux personnes peuvent avoir la même lésion et ressentir des douleurs très différentes.

L’hypnose agit à plusieurs niveaux sur ce traitement. D’abord, elle modifie votre attention. Pendant un soin, vous êtes généralement focalisé sur ce qui se passe : le bruit de l’instrument, la sensation de pression, l’appréhension du geste à venir. En hypnose, on vous propose de déplacer votre attention ailleurs : dans un paysage imaginaire, dans une sensation agréable, dans une histoire que vous construisez. Votre cerveau a une capacité d’attention limitée. S’il est occupé à visualiser une plage ou à suivre une métaphore, il a moins de ressources pour traiter les signaux douloureux.

Ensuite, l’hypnose modifie la perception de la douleur. Des études d’imagerie cérébrale ont montré que sous hypnose, l’activité des régions cérébrales impliquées dans la sensation douloureuse (comme le cortex somatosensoriel) peut être diminuée. En clair, le signal arrive toujours, mais votre cerveau l’interprète différemment. La douleur devient une pression, une chaleur, une vibration, quelque chose de moins désagréable.

Enfin, l’hypnose agit sur l’anxiété. La peur amplifie la douleur. C’est un cercle vicieux : plus vous avez peur, plus vous êtes tendu, plus vous ressentez la douleur, et plus vous avez peur. L’hypnose permet de casser ce cercle en induisant un état de relaxation profonde et de dissociation. Vous êtes là, mais pas tout à fait. Vous entendez ce qui se dit, mais c’est lointain. Vous sentez quelque chose, mais ça ne vous dérange pas.

« L’hypnose ne supprime pas la douleur, elle change votre relation à elle. Vous n’êtes plus en lutte. Vous l’observez, vous l’accueillez, et elle perd de son pouvoir. »

C’est important à comprendre : l’hypnose ne rend pas insensible. Elle ne fait pas disparaître la douleur comme un médicament anesthésiant. Elle vous donne des outils pour la traverser différemment. Pour certains, c’est suffisant. Pour d’autres, c’est un complément qui permet de réduire les doses de médicaments.

Les médicaments : une solution fiable mais pas sans inconvénients

Je ne suis pas médecin, et je ne donnerai jamais de conseil médical. Mais en tant que praticien, je vois régulièrement des personnes qui ont eu des expériences difficiles avec les médicaments utilisés pour les soins. Il est important d’en parler honnêtement, parce que le choix éclairé passe par la connaissance des deux côtés de la balance.

Les anxiolytiques (comme les benzodiazépines) et les sédatifs (comme le midazolam ou le propofol) sont très efficaces pour réduire l’anxiété et la conscience pendant un soin. Ils permettent de réaliser des gestes qui seraient insupportables autrement. Pour beaucoup de personnes, c’est une bouée de sauvetage. Et c’est tout à fait légitime de vouloir les utiliser.

Mais ils ont aussi des effets secondaires. Les plus courants sont la somnolence prolongée, les troubles de la mémoire (amnésie antérograde : vous ne vous souvenez plus de ce qui s’est passé pendant le soin), les nausées, les vertiges. Certaines personnes décrivent une sensation de « gueule de bois » ou de confusion qui dure plusieurs heures, voire toute la journée. Pour des gens qui travaillent ou qui ont des responsabilités, c’est compliqué.

Il y a aussi la question de la dépendance. Les benzodiazépines, même utilisées ponctuellement, peuvent créer une accoutumance. Et pour certaines personnes, le simple fait de prendre un comprimé pour affronter un soin renforce l’idée que « je ne peux pas y arriver tout seul », ce qui peut entretenir l’anxiété à long terme.

Enfin, il y a des contre-indications médicales. Certaines personnes ne peuvent pas prendre ces médicaments à cause d’autres pathologies, d’allergies, ou d’interactions avec d’autres traitements. Dans ce cas, l’hypnose devient une alternative précieuse.

Je pense à Paul, un homme de 58 ans, qui devait subir une biopsie de la prostate. Il était très anxieux, et son médecin lui avait prescrit un anxiolytique à prendre une heure avant. Problème : Paul prenait déjà un traitement pour la tension et un anticoagulant. Le médecin a vérifié, c’était compatible, mais Paul avait peur de mélanger les molécules. Il est venu me voir pour apprendre l’auto-hypnose. On a fait deux séances, et le jour J, il a géré tout seul, sans médicament. Il m’a dit : « Je préfère avoir le contrôle plutôt que d’être dans le brouillard. »

Pour qui l’hypnose est-elle vraiment adaptée ?

Tout le monde peut bénéficier de l’hypnose, mais tout le monde n’est pas réceptif de la même manière. Certaines personnes entrent très facilement en état d’hypnose, d’autres ont plus de difficultés. Ce n’est pas une question de volonté ou d’intelligence. C’est simplement une capacité naturelle, comme la souplesse ou la mémoire visuelle.

Les personnes qui ont une bonne imagination, qui sont capables de se laisser porter par des images mentales, qui ont déjà expérimenté des états de « flow » (être absorbé par un film, un livre, une activité) sont généralement plus réceptives. Mais même si vous vous considérez comme « terre-à-terre » ou « cartésien », vous pouvez apprendre. L’hypnose, ça se travaille. C’est comme un muscle.

Ce qui fait vraiment la différence, c’est votre motivation et votre confiance. Si vous venez en vous disant « ça ne marchera pas », effectivement, ça risque d’être plus compliqué. Mais si vous êtes ouvert, même avec des doutes, ça peut fonctionner. Je reçois régulièrement des sceptiques qui repartent étonnés.

L’hypnose est particulièrement adaptée pour :

  • Les personnes qui ont peur des piqûres, du sang, des odeurs médicales
  • Celles qui veulent garder le contrôle et rester conscientes pendant le soin
  • Les personnes qui ont eu des mauvaises expériences avec les médicaments
  • Celles qui doivent subir des soins répétés (soins dentaires, ponctions, endoscopies)
  • Les personnes qui veulent réduire leur dose de sédatif ou d’anxiolytique
  • Les enfants et les adolescents, souvent très réceptifs

En revanche, l’hypnose seule peut ne pas suffire dans certaines situations :

  • Douleurs très intenses et brutales (comme une fracture non anesthésiée)
  • Interventions longues et complexes qui nécessitent une immobilisation totale
  • Personnes en état de stress aigu très élevé, incapables de se concentrer
  • Troubles psychiatriques sévères (psychose, dissociation pathologique) – dans ce cas, l’hypnose est contre-indiquée

Dans ces cas-là, l’hypnose peut être un complément précieux, mais pas un substitut aux médicaments.

Comment se préparer concrètement à un soin avec l’hypnose ?

Si vous envisagez d’utiliser l’hypnose pour un soin, il ne suffit pas de « décider » de le faire le jour J. Une préparation est nécessaire. Voici comment ça se passe généralement.

D’abord, vous venez me voir pour une ou deux séances préparatoires, idéalement quelques jours ou semaines avant le soin. Lors de ces séances, on ne fait pas de l’hypnose « pour le plaisir ». On construit ensemble des ressources sur mesure.

On commence par discuter de votre peur : qu’est-ce qui vous angoisse exactement ? La douleur ? La perte de contrôle ? Le bruit ? L’odeur ? Le fait de ne pas pouvoir bouger ? Chaque peur a sa solution. Pour la peur de la douleur, on peut créer une « anesthésie mentale » en imaginant une zone qui devient insensible, comme si vous mettez de la glace ou de la crème anesthésiante. Pour la peur de perdre le contrôle, on peut travailler sur un « endroit sûr » où vous vous retirez mentalement, tout en restant en lien avec le soignant.

Ensuite, on choisit un « ancrage ». C’est un signal (un geste, une respiration, un mot) que vous pourrez utiliser pendant le soin pour déclencher rapidement l’état d’hypnose. Par exemple, vous pouvez serrer le poing, inspirer profondément, et en expirant, vous imaginez que vous entrez dans votre bulle. Avec de la pratique, ce geste devient un déclencheur automatique.

On répète aussi le scénario. On imagine le soin, du début à la fin, en y intégrant les ressources. Votre cerveau ne fait pas bien la différence entre une expérience réelle et une expérience imaginée vivement. En répétant mentalement le soin dans un état de détente, vous préparez votre système nerveux à réagir calmement le jour J.

Le jour du soin, vous arrivez détendu, vous avez votre ancrage, vous communiquez avec le soignant (il est important qu’il soit informé et coopératif). Pendant l’intervention, vous êtes dans votre bulle. Vous pouvez parler si besoin, mais vous êtes ailleurs. Le soignant fait son travail, et vous, vous gérez votre expérience.

« La préparation est la clé. L’hypnose pour un soin, ce n’est pas une baguette magique qu’on agite au dernier moment. C’est un entraînement mental, comme un sportif se prépare pour une compétition. »

Comment choisir entre les deux ? Une question de contexte et de préférence

Alors, comment trancher ? Faut-il opter pour l’hypnose, les médicaments, ou les deux ? Voici quelques pistes pour vous aider à réfléchir.

D’abord, parlez-en avec votre médecin ou votre dentiste. Demandez-lui quelles sont les options possibles pour votre soin spécifique. Certains gestes sont plus douloureux que d’autres, et certaines personnes ont des seuils de douleur très bas. Un professionnel de santé pourra vous dire si l’hypnose seule est réaliste ou si une combinaison est préférable.

Ensuite, écoutez-vous. Quel est votre rapport au contrôle ? Certaines personnes détestent l’idée de perdre le contrôle, même sous médicaments. D’autres, au contraire, veulent être complètement « éteintes » pour ne rien vivre. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Ce qui compte, c’est ce qui vous met le plus à l’aise.

Considérez aussi votre expérience passée. Avez-vous déjà eu des nausées avec des médicaments ? Des sensations désagréables ? Avez-vous déjà essayé l’hypnose ? Si oui, comment avez-vous réagi ? Votre histoire personnelle est un indicateur précieux.

Enfin, posez-vous la question du temps et de l’investissement. L’hypnose demande une préparation (une ou deux séances, parfois plus). Les médicaments, c’est plus simple : vous prenez le comprimé et vous venez. Mais l’hypnose vous donne des compétences que vous pourrez réutiliser pour d’autres situations (examens, soins dentaires, accouchement, etc.). C’est un investissement à long terme.

Mon conseil, si je devais en donner un : ne vous fermez aucune porte. Vous pouvez très bien préparer le soin avec l’hypnose, et avoir un médicament en réserve « au cas où ». Beaucoup de personnes que j’accompagne font ce choix. Elles viennent avec leur boî

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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