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Pourquoi l'hypnose fonctionne même si vous êtes sceptique

Les raisons pour lesquelles votre esprit ouvert fait la différence.

TSThierry Sudan
24 avril 202613 min de lecture

Vous êtes venu me voir en me disant : « Je ne crois pas trop à l’hypnose, mais je veux essayer parce que je n’en peux plus. » Cette phrase, je l’entends plusieurs fois par mois. Elle vient souvent de personnes qui ont tout tenté : médicaments, thérapies classiques, régimes, parfois même des approches plus alternatives. Et au bout du compte, elles se retrouvent dans mon cabinet avec un mélange d’espoir et de scepticisme. Je le vois dans leur posture : bras croisés, regard qui fuit, ou au contraire un sourire un peu forcé qui cache une mise à l’épreuve silencieuse. « Prouve-moi que ça marche. »

Je dois vous dire quelque chose d’important : ce scepticisme, loin d’être un obstacle, est souvent un atout. Je ne plaisante pas. Les personnes qui doutent, qui posent des questions, qui veulent comprendre le « comment » avant de se laisser aller, sont celles avec qui le travail est le plus solide. Pourquoi ? Parce que leur esprit critique est un signe d’intelligence et d’autonomie. Et l’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, ne cherche pas à endormir votre esprit critique. Elle lui donne une place, elle l’utilise.

L’hypnose n’est pas un spectacle. Ce n’est pas un pendule qui vous endort, ni un pouvoir mystérieux qu’un praticien exercerait sur vous. C’est un état naturel que vous vivez déjà tous les jours. Vous êtes-vous déjà surpris à conduire sans vous souvenir des cinq derniers kilomètres ? À être absorbé par un film au point d’en oublier votre fatigue ? À être tellement concentré sur une tâche que le temps a filé sans que vous le remarquiez ? Ce sont des états de conscience modifiée, spontanés, que votre cerveau génère tout seul.

L’hypnose thérapeutique, c’est cela : apprendre à utiliser ces états de manière intentionnelle pour résoudre un problème. Pas en vous forçant à « arrêter de penser », mais en donnant à votre inconscient les clés pour trouver ses propres solutions.

Alors, si vous êtes sceptique, restez-le. Gardez votre esprit ouvert, mais critique. Posez vos questions. Et laissez-moi vous montrer pourquoi cela fonctionne. Non pas malgré votre doute, mais grâce à lui.

Pourquoi votre esprit critique est votre meilleur allié en hypnose

J’ai reçu un jour un homme d’une cinquantaine d’années, cadre supérieur, qui gérait des équipes de cent personnes. Il venait pour une anxiété chronique qui l’empêchait de dormir et lui donnait des douleurs au dos. Dès les premières minutes, il m’a dit : « Je ne suis pas du genre à me faire endormir. Je contrôle tout. Si vous voulez que je lâche prise, ça va être compliqué. » Je lui ai souri et je lui ai répondu : « Tant mieux. On va utiliser ce contrôle. »

Voici ce que je voudrais que vous compreniez : l’hypnose ericksonienne ne cherche pas à contourner votre vigilance. Elle la respecte, elle l’intègre. Quand vous êtes sceptique, votre cerveau est en mode « test de réalité ». Il vérifie, il compare, il cherche les incohérences. C’est un mécanisme de survie. Dans l’hypnose de spectacle, on cherche à endormir ce mécanisme. Dans l’hypnose thérapeutique, on le fait travailler pour vous.

Milton Erickson, le père de cette approche, disait que chaque personne est unique et que le praticien doit s’adapter à elle, pas l’inverse. Si vous êtes sceptique, cela signifie que vous avez besoin de comprendre, de voir par vous-même, de garder un pied dans la réalité. C’est parfait. On va utiliser votre besoin de contrôle comme une porte d’entrée.

Prenons un exemple concret. Quand je travaille avec un sportif de haut niveau, il est souvent très rationnel, analytique. Il ne « croit » pas en l’hypnose, il veut des résultats mesurables : un temps au chrono, une meilleure récupération, une blessure qui guérit plus vite. Avec lui, je ne vais pas lui demander de « se détendre » ou de « lâcher prise ». Je vais lui proposer un exercice de focalisation mentale sur une sensation précise, comme la contraction de son poignet. C’est concret, c’est contrôlable. Et c’est en faisant cela qu’il entre naturellement dans un état hypnotique. Son esprit critique est rassuré : il ne perd pas le contrôle, il le dirige ailleurs.

« Le scepticisme n’est pas une résistance. C’est une demande de respect. Si vous respectez suffisamment quelqu’un pour lui expliquer comment ça marche, il vous respectera assez pour essayer. »

Votre esprit critique est une ressource. Il vous a protégé de croyances erronées, de manipulations, de déceptions. Il ne va pas s’éteindre parce que je vous dis de fermer les yeux. Et c’est très bien comme ça. L’hypnose fonctionne avec lui, pas contre lui.

Le vrai mécanisme : l’hypnose n’est pas un état de sommeil

Une des plus grandes idées reçues sur l’hypnose, c’est qu’il s’agit d’un état de sommeil ou d’inconscience. Je vois régulièrement des personnes qui arrivent en me disant : « J’ai peur de ne pas me souvenir de ce qui s’est passé », ou « J’ai peur de faire des choses contre ma volonté ». Ces craintes sont légitimes, mais elles reposent sur une méconnaissance de ce qu’est vraiment l’hypnose thérapeutique.

L’hypnose, ce n’est pas un sommeil. C’est un état de conscience modifiée, oui, mais avec un niveau d’attention très particulier. En réalité, pendant une séance d’hypnose, vous êtes plus conscient de certaines choses que d’habitude. Votre attention se focalise sur des sensations internes, des images mentales, des souvenirs. Vous êtes dans un état de « concentration relaxée », comme lorsque vous êtes tellement absorbé par un livre que vous n’entendez plus la télévision allumée à côté de vous. Vous n’êtes pas endormi. Vous êtes simplement ailleurs.

Les études en neurosciences le confirment. Les IRM fonctionnelles montrent que pendant l’hypnose, certaines zones du cerveau – comme le cortex cingulaire antérieur, impliqué dans la détection des conflits et l’attention – restent actives, voire le sont davantage. Ce n’est pas un état passif. C’est un état actif d’écoute intérieure.

Alors, pourquoi la sensation de « ne pas se souvenir » ? Parce que la mémoire de l’état hypnotique est différente. Vous êtes tellement concentré sur l’expérience intérieure que vous ne portez pas attention à l’enregistrement explicite de ce qui se passe. C’est comme lorsque vous êtes en pleine conversation passionnante : vous ne vous souvenez pas du décor, des bruits de fond, mais vous vous souvenez parfaitement de l’émotion et du sens de l’échange. En hypnose, c’est pareil. Vous vous souviendrez de l’essentiel, de ce qui est important pour vous, mais peut-être pas de chaque mot que j’ai prononcé. Et c’est normal.

Quant à la peur de faire quelque chose contre votre volonté, elle est infondée dans un cadre thérapeutique. L’hypnose ericksonienne ne vous fera jamais faire quoi que ce soit que vous ne voulez pas. Votre esprit critique reste en veille, prêt à intervenir si une suggestion vous semble inacceptable. Vous gardez le contrôle. Si je vous disais « vous allez vous lever et danser la salsa », vous ouvririez les yeux et me regarderiez comme si j’étais fou. Parce que votre inconscient, qui est votre allié, sait ce qui est bon pour vous et ce qui ne l’est pas.

Pourquoi l’hypnose peut fonctionner sur des problèmes que la conscience ne résout pas

Je reçois beaucoup de personnes qui ont déjà tout essayé pour leur problème. Des années de thérapie, des médicaments, des coachings, des lectures. Elles savent intellectuellement ce qu’il faudrait faire : arrêter de fumer, moins s’inquiéter, mieux dormir, se détendre. Mais savoir ne suffit pas. C’est là que l’hypnose entre en jeu.

Notre cerveau fonctionne avec deux systèmes principaux. Le système conscient, analytique, logique, qui raisonne, planifie, décide. Et le système inconscient, qui gère les automatismes, les émotions, les habitudes, les croyances profondes. Quand vous voulez arrêter de fumer, votre conscient dit : « C’est mauvais pour ma santé, j’arrête. » Mais votre inconscient a enregistré que fumer vous calme, vous donne une pause, est lié à des moments agréables. Il va donc résister, créer des envies, des justifications. Vous êtes en conflit interne.

L’hypnose permet de communiquer directement avec ce système inconscient. Pas en le forçant, mais en lui proposant de nouvelles associations, de nouvelles perspectives. C’est comme si vous parliez à la partie de vous qui gère les habitudes, sans passer par le filtre du jugement conscient.

Prenons l’exemple d’une patiente que j’ai suivie pour une phobie des aiguilles. Elle savait parfaitement que les piqûres ne sont pas dangereuses, que la douleur est brève, que c’est nécessaire pour sa santé. Mais son corps réagissait avant même que sa conscience ne puisse intervenir : accélération du cœur, sueurs, nausées, parfois même perte de connaissance. Son inconscient avait associé l’image d’une aiguille à un danger immédiat, probablement suite à une expérience douloureuse dans l’enfance. Le conscient ne pouvait rien contre cette réaction automatique.

En hypnose, nous avons travaillé à modifier cette association. Je lui ai proposé de revisiter la mémoire de cette expérience passée, non pas en la revivant douloureusement, mais en l’observant depuis un lieu de sécurité intérieure. Nous avons créé une nouvelle image mentale : l’aiguille n’était plus un objet menaçant, mais un outil précis, contrôlé, qui apporte un bénéfice. En quelques séances, sa réaction a changé. Elle a pu se faire vacciner sans crise d’angoisse. Son conscient n’a pas eu à se battre contre son inconscient. L’inconscient a simplement appris une nouvelle association plus utile.

C’est pour cela que l’hypnose fonctionne sur des problèmes qui résistent à la volonté. Vous ne pouvez pas décider d’arrêter d’avoir peur, de ne plus être triste, de ne plus avoir mal. Ce sont des réactions qui échappent au contrôle conscient. Mais vous pouvez apprendre à votre inconscient à réagir différemment. Et l’hypnose est un outil remarquable pour cela.

« Vous ne pouvez pas résoudre un problème avec le même niveau de pensée qui l’a créé. L’hypnose vous offre un autre niveau. »

Comment l’hypnose agit sur la douleur et les symptômes physiques

Un domaine où l’hypnose est particulièrement efficace, et où le scepticisme est souvent le plus fort, c’est la douleur. J’ai vu arriver des personnes souffrant de douleurs chroniques – migraines, fibromyalgie, douleurs dorsales, arthrose – qui avaient épuisé toutes les options médicales. Elles venaient souvent en dernier recours, sans y croire vraiment. Et pourtant, les résultats sont souvent surprenants.

Comment l’hypnose peut-elle agir sur une douleur physique ? La douleur n’est pas un simple signal nerveux qui remonte du corps vers le cerveau. C’est une expérience complexe, intégrée, interprétée par le cerveau. Le même stimulus peut être ressenti comme très douloureux dans un contexte et presque indolore dans un autre. Vous avez déjà eu une petite blessure pendant un match de sport que vous n’avez ressentie qu’après le match ? C’est votre cerveau qui a modulé la perception de la douleur.

L’hypnose permet d’apprendre à moduler cette perception. Ce n’est pas magique. Ce n’est pas une anesthésie qui supprime le signal. C’est un entraînement à changer la manière dont votre cerveau interprète ce signal. Vous pouvez apprendre à « distancier » la douleur, à la percevoir comme une sensation neutre, à la localiser ailleurs, à lui donner une texture différente.

Je travaille régulièrement avec des sportifs qui ont des douleurs de surmenage. Un coureur venait me voir pour une tendinite au genou qui le handicapanit depuis des mois. Les examens médicaux montraient une inflammation, mais les traitements classiques (repos, anti-inflammatoires, kiné) n’avaient qu’un effet temporaire. En hypnose, nous avons travaillé sur la perception de la douleur. Je lui ai proposé d’imaginer que son genou était entouré d’une lumière froide, apaisante, qui « parlait » à l’inflammation. Il a appris à modifier la sensation de brûlure en une sensation de fraîcheur. En quelques séances, la douleur a diminué de manière significative, et il a pu reprendre son entraînement progressivement.

Est-ce que l’hypnose a guéri sa tendinite ? Non. L’inflammation était toujours là. Mais elle a changé son rapport à la douleur. La douleur n’était plus un signal d’alarme insupportable, mais une information qu’il pouvait écouter sans panique. Et ce changement de perception a eu un impact sur le processus de guérison : moins de stress, moins de tension autour de la zone, une meilleure récupération.

L’hypnose ne remplace pas un diagnostic médical. Elle ne soigne pas une fracture ou une infection. Mais elle est un outil puissant pour gérer la douleur, l’anxiété liée à la maladie, les symptômes fonctionnels. Elle redonne du pouvoir au patient sur son propre corps.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important à savoir)

Je veux être honnête avec vous. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne fonctionne pas pour tout le monde, ni pour tous les problèmes. Et il est essentiel de le dire, parce que c’est aussi pour cela que les sceptiques ont raison d’être prudents.

L’hypnose ne peut pas vous faire oublier un traumatisme en une séance. Elle ne peut pas vous faire perdre 10 kilos sans changer votre alimentation. Elle ne peut pas guérir un cancer. Elle ne peut pas vous faire arrêter de fumer si vous n’avez pas une réelle motivation. Elle ne peut pas résoudre des problèmes relationnels profonds si vous n’êtes pas prêt à les affronter.

Ce qu’elle peut faire, c’est vous donner des outils pour aborder ces problèmes différemment. Elle peut vous aider à réduire l’anxiété qui vous pousse à manger. Elle peut vous aider à gérer la douleur liée à un traitement médical. Elle peut vous aider à renforcer votre motivation pour arrêter de fumer. Elle peut vous aider à accéder à des ressources intérieures que vous ne saviez pas avoir.

Un autre point important : l’hypnose n’est pas une thérapie « passive » où le praticien fait tout le travail. Vous êtes actif. Vous apprenez à entrer dans un état, à utiliser des suggestions, à créer des images mentales. C’est un apprentissage, comme apprendre à faire du vélo. Au début, c’est un peu étrange, on cherche l’équilibre. Puis ça devient naturel. Et plus vous pratiquez, plus c’est efficace.

Je vois parfois des personnes qui viennent en espérant que je vais « faire quelque chose » qui va tout changer sans qu’elles aient à bouger. Ce n’est pas comme ça que ça marche. L’hypnose est une collaboration. Je suis un guide, un entraîneur. Vous êtes l’explorateur. C’est vous qui faites le voyage.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous

Vous vous demandez peut-être si l’hypnose peut vous aider, vous, avec votre problème spécifique. La réponse est : probablement, si vous êtes prêt à essayer avec un esprit ouvert. Pas besoin d’y croire aveuglément. Il suffit d’être curieux.

Voici quelques signes que l’hypnose pourrait être une bonne piste pour vous :

  • Vous avez un problème qui résiste à la volonté et à la raison (anxiété, phobie, douleur chronique, addiction, trouble du sommeil).
  • Vous avez déjà essayé des approches classiques sans succès durable.
  • Vous êtes prêt à explorer votre monde intérieur, vos sensations, vos images mentales.
  • Vous acceptez l’idée que votre inconscient peut être un allié, même si vous ne savez pas exactement comment.

Et voici des situations où il vaut mieux consulter d’abord un médecin ou un psychiatre :

  • Si vous souffrez de troubles psychotiques (délire, hallucinations) non

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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