HypnoseEmotions Et Stress

Hypnose ou thérapie classique pour la perte d’un proche ?

Comparer les approches pour choisir la meilleure aide.

TSThierry Sudan
24 avril 202614 min de lecture

Vous venez de perdre quelqu’un d’important. Un parent, un conjoint, un ami proche, peut-être même un enfant. Depuis, vous avez l’impression que le monde s’est arrêté, ou au contraire qu’il continue de tourner sans vous, à une vitesse qui vous donne le vertige. Vous avez probablement entendu des phrases comme « il faut du temps », « le travail de deuil est nécessaire », ou encore « tu devrais consulter un psy ». Mais quand on vous parle de thérapie classique ou d’hypnose, une question vous taraude : quelle est la meilleure approche pour moi ? Est-ce que l’une est plus rapide ? Plus douce ? Plus efficace ?

Je reçois régulièrement des personnes qui hésitent entre ces deux chemins. Certaines ont déjà essayé une thérapie par la parole et en sont sorties avec le sentiment d’avoir compris leur peine sans pour autant la sentir diminuer. D’autres ont peur que l’hypnose les « force » à oublier leur proche, comme si on allait effacer une partie de leur histoire. Je veux être très clair : ni l’une ni l’autre ne va effacer qui que ce soit. La question n’est pas de choisir le « meilleur » outil dans l’absolu, mais de trouver celui qui correspond à votre manière de fonctionner, à votre histoire et à ce que vous êtes prêt à vivre dans les prochaines semaines.

Dans cet article, je vais vous aider à y voir plus clair. Pas avec des promesses miracles, mais avec des mécanismes concrets, des exemples de ce que je vois dans mon cabinet à Saintes, et une invitation à écouter ce dont vous avez vraiment besoin.

Un point clé d’entrée : La perte d’un proche n’est pas une maladie. Ce n’est pas un trouble à guérir. C’est une expérience humaine profonde qui peut devenir une souffrance envahissante. L’hypnose et la thérapie classique ne sont pas des concurrentes, mais des alliées possibles selon où vous en êtes.

Pourquoi la thérapie classique reste une référence solide ?

Quand on parle de « thérapie classique », on pense souvent à la psychothérapie d’inspiration analytique ou cognitivo-comportementale (TCC). Concrètement, cela signifie s’asseoir face à un professionnel, parler de ce qui s’est passé, de vos émotions, de vos souvenirs, et parfois explorer comment votre histoire plus ancienne résonne avec cette perte.

Prenons l’exemple de Claire, une femme de 52 ans que j’ai accompagnée il y a quelques mois. Elle avait perdu sa mère six ans plus tôt, mais elle se sentait toujours « bloquée ». Elle pleurait chaque soir, ne supportait plus d’entendre certains morceaux de musique, et évitait de passer devant la maison de son enfance. En thérapie classique, elle a pu raconter en détail les derniers jours de sa mère, mais aussi explorer une relation complexe : sa mère avait été aimante mais aussi très exigeante, et Claire portait une culpabilité diffuse de ne pas avoir été « assez présente » à la fin.

Ce que la thérapie classique a permis à Claire, c’est de donner un sens à sa douleur. Pas un sens philosophique, mais un sens émotionnel : comprendre pourquoi cette perte la touchait autant, quels schémas anciens (son besoin d’approbation, sa peur de l’abandon) étaient réactivés. Elle a pu, au fil des séances, revisiter ses souvenirs sans être submergée, et peu à peu, la charge émotionnelle a diminué.

Les forces de la thérapie classique dans le deuil :

  • Un cadre sécurisé et structuré : Vous venez régulièrement, vous parlez, vous êtes écouté sans jugement. Pour des personnes qui ont besoin de poser des mots, c’est essentiel.
  • Une exploration en profondeur : Si votre deuil est compliqué par des conflits non résolus, des traumatismes antérieurs, ou une histoire familiale lourde, la thérapie classique permet de dénouer ces nœuds.
  • Un travail sur le long terme : Elle ne cherche pas à « accélérer » le processus, mais à l’accompagner à votre rythme.

Mais elle a aussi des limites :

  • Elle peut être longue, parfois plusieurs années. Pour certaines personnes, c’est trop lent face à une souffrance quotidienne.
  • Elle reste très centrée sur la parole et la cognition. Si vous êtes quelqu’un de très rationnel, ou au contraire submergé par des sensations physiques (oppression thoracique, fatigue intense, troubles du sommeil), le simple fait de parler peut ne pas suffire à apaiser le corps.
  • Elle peut réactiver la douleur entre les séances, ce qui est normal mais difficile à vivre seul.

La thérapie classique est donc un excellent choix si vous avez besoin de comprendre, de mettre en récit, et si vous êtes prêt à un travail qui peut prendre du temps. Mais si vous sentez que votre corps aussi a besoin d’être entendu, ou que vous avez l’impression de tourner en rond dans vos pensées sans parvenir à avancer, l’hypnose peut apporter quelque chose de différent.

Comment l’hypnose ericksonienne aborde-t-elle la perte ?

L’hypnose que je pratique, l’hypnose ericksonienne, n’a rien à voir avec le spectacle ou la perte de contrôle. C’est un état naturel que nous expérimentons tous plusieurs fois par jour : quand vous êtes absorbé par un film, quand vous conduisez sur une route familière sans vous souvenir du trajet, ou quand vous rêvassez les yeux ouverts. Dans cet état, votre esprit critique s’apaise, et votre inconscient devient plus réceptif aux suggestions et aux changements.

Concrètement, quand une personne endeuillée vient me voir, je ne cherche pas à lui faire « oublier » son proche. Je cherche plutôt à modifier la relation qu’elle entretient avec sa douleur. La perte est un fait. La souffrance, elle, peut être apaisée.

Je me souviens de Marc, un coureur amateur que j’accompagnais en préparation mentale. Quelques mois après avoir perdu son père, il avait complètement perdu sa motivation. Il n’arrivait plus à courir, se sentait vide, et chaque tentative de reprendre le sport se soldait par une crise d’angoisse. En hypnose, nous n’avons pas parlé des détails de la mort de son père. Nous avons plutôt travaillé sur la sensation de vide dans sa poitrine, sur l’image d’un chemin qu’il parcourait avec son père à ses côtés, et sur la possibilité de transformer cette présence en une énergie douce plutôt qu’un poids.

Comment l’hypnose agit dans le deuil :

  1. Elle apaise le système nerveux : La perte active souvent une réponse de stress chronique. L’hypnose induit un état de relaxation profonde qui permet au corps de « redescendre ». Vous n’êtes plus en alerte permanente, ce qui vous redonne de l’énergie pour vivre le reste de votre journée.
  2. Elle travaille avec les métaphores et les symboles : Votre inconscient parle en images, en sensations. En hypnose, on peut « rencontrer » le proche disparu dans un espace symbolique, lui dire ce qui n’a pas été dit, ou simplement ressentir sa présence d’une manière nouvelle. Cela n’a rien de mystique : c’est un travail sur la représentation intérieure que vous avez de cette personne.
  3. Elle permet de reconsolider les souvenirs : Un souvenir douloureux n’est pas fixe. Chaque fois que vous le rappelez, il peut être légèrement modifié. En hypnose, vous pouvez revisiter un moment de la fin de vie ou de l’annonce du décès, mais avec des ressources nouvelles (calme, force, tendresse) que vous n’aviez pas à ce moment-là. Cela ne change pas ce qui s’est passé, mais cela change l’empreinte émotionnelle qu’il laisse.

Un moment fort : Une patiente m’a dit un jour : « Je ne veux pas arrêter de pleurer, parce que pleurer, c’est aimer. » Je lui ai répondu : « L’hypnose ne va pas vous empêcher d’aimer. Elle va juste vous permettre de pleurer quand vous le choisissez, et de sourire quand vous en avez envie, sans trahir personne. »

Les limites de l’hypnose dans le deuil :

  • Elle ne remplace pas une thérapie de fond si vous avez des traumatismes complexes ou des troubles psychiatriques associés (dépression sévère, idées suicidaires).
  • Elle nécessite une certaine capacité à se laisser aller. Certaines personnes très contrôlantes ou très anxieuses peuvent avoir du mal à entrer en transe au début. C’est normal, ça s’apprend.
  • Elle peut être déstabilisante si vous avez des attentes irréalistes (par exemple, « je veux ne plus jamais ressentir de tristesse »). L’hypnose ne supprime pas les émotions, elle les rend plus vivables.

Comment choisir en fonction de votre situation personnelle ?

Il n’y a pas de réponse universelle, mais il y a des indices qui peuvent vous orienter. Voici quelques questions que je pose aux personnes qui viennent me voir, et que vous pouvez vous poser :

Question 1 : Où en êtes-vous dans votre processus de deuil ?

  • Si la perte est très récente (moins de 3 mois), le choc est encore là. Parler peut être trop douloureux, trop brut. L’hypnose peut offrir un espace de répit sans mots, un moment pour que votre corps souffle. Certaines personnes ont besoin de quelques séances d’hypnose pour « tenir le choc » avant de pouvoir entamer un travail plus long.
  • Si le deuil est ancien mais toujours aussi vif (plus d’un an), il y a probablement des blocages. Là, une thérapie classique peut aider à comprendre pourquoi vous êtes coincé, tandis que l’hypnose peut déverrouiller une émotion bloquée.

Question 2 : Quel est votre rapport à la parole et à l’émotion ?

  • Êtes-vous quelqu’un qui a besoin de tout verbaliser, d’analyser, de comprendre ? La thérapie classique sera votre alliée.
  • Êtes-vous plutôt quelqu’un qui vit les choses dans le corps, qui a du mal à mettre des mots sur ce qu’il ressent, ou qui se sent submergé par des sensations physiques (nœud à l’estomac, fatigue, tension dans les épaules) ? L’hypnose peut vous aider à libérer ces tensions sans passer par une longue explication.

Question 3 : Quelle est votre disponibilité émotionnelle et temporelle ?

  • La thérapie classique demande un engagement régulier (souvent une fois par semaine) et une disponibilité émotionnelle pour « travailler » entre les séances. Ce n’est pas toujours possible quand on est en plein tourbillon.
  • L’hypnose peut être plus ponctuelle : parfois 3 à 5 séances suffisent pour retrouver un équilibre, surtout si vous venez pour un accompagnement court. Cela ne veut pas dire que tout est réglé, mais que vous avez retrouvé des ressources pour continuer seul.

Question 4 : Y a-t-il des « non-dits » ou des conflits avec le proche disparu ?

  • Si vous avez des regrets, de la culpabilité, des choses non dites, les deux approches peuvent aider. La thérapie classique vous permettra de les explorer en détail. L’hypnose peut vous permettre de les « déposer » dans un espace symbolique (une lettre imaginaire, une conversation intérieure) et de ressentir un allègement immédiat.

Quand les deux approches peuvent se compléter ?

Je vais être honnête : dans ma pratique, je ne considère pas l’hypnose et la thérapie classique comme des options concurrentes. Je les vois comme des outils différents dans une même boîte à outils. Et parfois, les utiliser ensemble donne des résultats remarquables.

Prenons le cas de Julie, une femme de 38 ans qui avait perdu son frère deux ans plus tôt dans un accident de voiture. Elle était suivie par une psychologue depuis un an, ce qui l’avait beaucoup aidée à comprendre sa culpabilité (elle était au téléphone avec lui juste avant l’accident) et à mieux gérer ses crises d’angoisse. Mais elle se sentait « bloquée » : elle savait tout ça, mais le poids dans sa poitrine restait. Elle est venue me voir pour 4 séances d’hypnose.

Nous avons travaillé sur la sensation de « poids sur le cœur » en la transformant en une image : une pierre qu’elle portait dans son ventre. En transe, elle a pu imaginer poser cette pierre au bord d’une rivière, et sentir que son frère n’était plus dans cette pierre, mais dans la lumière du soleil. C’est une métaphore, oui, mais son corps a répondu. Après la 3e séance, elle m’a dit : « Je peux penser à lui sans avoir mal. Je peux sourire en me rappelant sa voix. »

Ce qui est intéressant, c’est que Julie avait déjà fait le travail de compréhension en thérapie classique. L’hypnose a permis de traduire cette compréhension en une expérience corporelle apaisante. Elle n’a pas arrêté sa psychothérapie pour autant. Les deux se sont nourries.

Comment combiner les deux ?

  • Commencez par une thérapie classique si vous avez besoin de poser un cadre, de comprendre, de mettre de l’ordre dans votre histoire.
  • Ajoutez des séances d’hypnose quand vous sentez que vous avez « compris » mais que vous n’arrivez pas à « sentir » le changement.
  • Ou inversement : si l’hypnose vous a aidé à retrouver un équilibre, vous pouvez ensuite entamer une thérapie classique pour explorer plus en profondeur ce qui a émergé.

Un point clé : Il n’y a pas de hiérarchie. L’hypnose n’est pas « mieux » ou « moins bien ». Elle est différente. Et parfois, ce qui fait la différence, ce n’est pas la méthode, mais la relation que vous établissez avec le thérapeute. Faites confiance à votre ressenti.

Et si vous ne voulez ni l’une ni l’autre pour l’instant ?

C’est tout à fait légitime. Beaucoup de personnes traversent un deuil sans aucune aide professionnelle, et elles s’en sortent très bien, avec le temps, le soutien de leurs proches, et leurs propres ressources. La question n’est pas de savoir si vous devez absolument consulter, mais si vous souffrez suffisamment pour que cela vaille le coup de tenter quelque chose.

Voici quelques signes qui peuvent indiquer qu’un accompagnement serait bénéfique :

  • Vous ne dormez plus depuis des semaines, ou vous dormez trop.
  • Vous avez perdu l’appétit, ou vous mangez de façon compulsive.
  • Vous vous isolez des autres, vous ne répondez plus aux messages.
  • Vous avez des pensées répétitives sur la mort, ou des idées noires.
  • Vous avez l’impression que la vie n’a plus de sens, que rien ne vaut la peine.
  • Vous utilisez l’alcool, les médicaments ou d’autres substances pour tenir.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces points, je vous encourage à consulter, que ce soit un psychologue, un hypnopraticien, ou même votre médecin traitant pour faire le point. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide. La perte d’un proche est l’une des expériences les plus difficiles qu’un être humain puisse traverser. Vous n’êtes pas faible de souffrir. Vous êtes humain.

Et si vous ne voulez pas d’aide professionnelle tout de suite, vous pouvez commencer par des choses simples : marcher 20 minutes par jour, écrire une lettre à votre proche (même si vous ne l’envoyez pas), ou simplement vous autoriser à pleurer sans vous juger. Le deuil n’est pas une performance. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de le vivre.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Avant de refermer cette page, je vous propose un petit exercice, simple, qui ne demande que quelques minutes. Asseyez-vous confortablement, fermez les yeux si vous le souhaitez, et portez votre attention sur votre respiration. Ne la modifiez pas, observez-la simplement. Maintenant, posez une main sur votre cœur ou sur votre ventre, là où vous sentez la présence de votre chagrin.

Dites-vous intérieurement : « Je reconnais que je souffre. Je reconnais que cette perte est réelle. Et je reconnais que je cherche une manière de traverser cela. »

Restez ainsi quelques instants. Vous n’avez pas besoin de changer quoi que ce soit. Juste accueillir ce qui est là.

Ensuite, ouvrez les yeux et prenez un carnet. Notez une seule chose : quel est le premier pas que vous êtes prêt à faire pour vous aider ? Ce n’est pas une décision définitive. C’est juste un

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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