HypnoseFondamentaux

5 différences concrètes entre hypnose classique et ericksonienne

Un tableau simple pour comprendre ce qui change dans votre séance.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes allongé confortablement, les yeux fermés. Le praticien parle d’une voix douce, presque monotone. Il vous dit : « Vous allez sentir vos paupières devenir lourdes… de plus en plus lourdes… » Vous attendez. Rien ne se passe vraiment. Vous vous forcez à vous détendre, mais votre mental continue de tourner. « Je ne suis pas réceptif », pensez-vous. Vous ressortez de la séance avec l’impression de n’avoir rien vécu de particulier, et un petit sentiment d’échec.

Cette scène, je l’ai entendue des dizaines de fois dans mon cabinet à Saintes. Des personnes intelligentes, actives, qui ont tenté l’hypnose une ou deux fois, et qui en sont ressorties avec l’impression d’être « mauvais sujets ». Puis, un jour, un collègue ou un ami leur parle d’une autre forme d’hypnose. Une approche où l’on ne vous endort pas avec des phrases toutes faites. Où l’on ne vous dit pas que vous allez « sentir une vague de chaleur dans le bras gauche ». Où l’on semble presque discuter avec vous, mais de manière décalée. Et là, la magie opère.

Cette différence, ce n’est pas une question de talent ou de réceptivité. C’est une différence de philosophie, de technique, de regard sur ce qu’est l’hypnose. C’est la différence entre l’hypnose classique (parfois appelée directe, autoritaire ou traditionnelle) et l’hypnose ericksonienne (nommée d’après Milton H. Erickson, le psychiatre américain qui l’a révolutionnée dans la première moitié du XXe siècle).

Pour vous aider à y voir clair, et à savoir à quoi vous attendre concrètement lors d’une séance, je vais détailler cinq différences fondamentales. Pas de théorie abstraite : des exemples, des mécanismes, et ce que cela change pour vous, que vous consultiez pour arrêter de fumer, gérer une phobie, ou simplement mieux vivre une période de stress.

1. Le praticien est-il un chef d’orchestre ou un guide qui marche à vos côtés ?

La première différence, et la plus visible, tient dans la posture du thérapeute.

En hypnose classique, le praticien adopte une position d’autorité. Il sait, il guide, il commande. L’idée sous-jacente est que l’état hypnotique est un état particulier, un « sommeil » ou une « transe » profonde, que le praticien doit induire par des suggestions fortes et directes. Le langage est souvent impératif : « Vous allez maintenant… », « Votre bras devient léger comme une plume… », « Quand je compterai jusqu’à trois, vous serez profondément endormi… »

Cette approche fonctionne très bien pour des personnes qui aiment qu’on prenne les rênes, qui sont naturellement suggestibles, ou qui ont besoin d’un cadre très structurant. C’est un peu comme si vous embauchiez un guide de haute montagne qui vous dit : « Suivez-moi, ne posez pas de questions, je connais le chemin. »

En hypnose ericksonienne, la posture est radicalement différente. Le praticien n’est pas au-dessus, ni même devant : il est à côté. Il ne cherche pas à vous commander, mais à créer une collaboration. Erickson disait souvent qu’il ne « faisait » pas d’hypnose à ses patients, mais qu’il « utilisait » l’hypnose avec eux. Son rôle est d’observer finement vos réactions, votre langage corporel, votre rythme respiratoire, et d’ajuster ses mots pour épouser votre fonctionnement unique.

Concrètement, je ne vais pas vous dire « détendez-vous », car pour certaines personnes, l’ordre de se détendre génère exactement l’inverse : la tension de ne pas y arriver. Je vais plutôt dire, en observant votre posture : « Et peut-être qu’en écoutant le bruit de la ventilation, vous remarquez que votre épaule droite, celle qui est un peu plus haute, trouve un appui… » Je ne force rien. Je propose. Je valide ce qui est déjà là. Je marche à votre rythme.

Ce qui change pour vous : Vous n’êtes plus un « sujet » à endormir, mais un partenaire actif. Si vous avez une personnalité plutôt contrôle, analytique, ou si vous avez déjà vécu une mauvaise expérience avec l’hypnose directe, l’approche ericksonienne vous semblera plus respectueuse de votre rythme. Vous n’aurez pas l’impression de résister, parce que rien ne vous force à quoi que ce soit.

2. Le langage est-il un ordre ou un jeu de possibilités ?

La deuxième différence est la plus subtile et la plus puissante. Elle concerne le langage utilisé.

L’hypnose classique utilise un langage direct, appelé suggestions directes. Les phrases sont claires, sans ambiguïté, et visent un résultat précis. Exemples typiques : « Vous n’aurez plus envie de fumer », « Vous aurez confiance en vous en public », « Votre anxiété disparaîtra ».

C’est simple, efficace pour certains, mais cela peut aussi déclencher une résistance inconsciente. Votre mental logique peut se rebeller : « Ah bon, je n’aurai plus envie ? Et si ce n’est pas vrai ? » Cette résistance n’est pas un échec de votre part, c’est une réaction saine de votre cerveau qui n’aime pas qu’on lui impose des ordres sans les comprendre.

L’hypnose ericksonienne utilise un langage indirect, appelé suggestions indirectes ou permissives. Le but n’est pas de contourner votre vigilance, mais de l’utiliser. Le langage est plus souple, plus ouvert, plus poétique parfois. On utilise des métaphores, des histoires, des questions ouvertes, des ambiguïtés grammaticales.

Exemple concret : au lieu de dire « Vous arrêtez de fumer », je pourrais dire, en parlant d’autre chose : « Vous savez, j’ai un ami qui courait un marathon. Il avait l’habitude de s’arrêter à chaque kilomètre pour boire. Un jour, il a réalisé que boire trop tôt le coupait dans son élan. Alors, il a commencé à différer sa pause. D’abord de quelques mètres, puis d’un virage, puis d’une colline. Et à son grand étonnement, il a découvert qu’il n’avait plus soif au même endroit. Son corps s’était adapté tout seul. »

Votre mental analytique va écouter cette histoire sans se sentir attaqué. Il ne va pas se braquer. Mais votre inconscient, lui, va capter le message : « On peut différer une habitude, et le corps s’adapte. » La suggestion a été déposée comme une graine, sans forcer la terre.

Un autre outil courant est l’utilisation de la suggestion par implication : « Je me demande si vous allez commencer à ressentir un changement dans votre respiration avant même que vous n’en preniez vraiment conscience. » Cette phrase ne vous ordonne rien. Elle crée une attente, une possibilité. Votre cerveau ne peut pas la contredire, car elle contient déjà l’idée que le changement peut survenir avant votre conscience. C’est un jeu subtil avec le temps et l’attention.

Ce qui change pour vous : Vous ne luttez pas contre les suggestions. Elles vous parviennent de manière latérale, comme un ami qui vous glisse une idée sans vous imposer. Votre résistance diminue, car votre mental logique n’est pas en mode combat. Le changement peut se faire en douceur, sans violence.

3. L’état de transe : un état spécial ou une capacité naturelle ?

La troisième différence concerne la définition même de l’hypnose.

L’hypnose classique postule que la transe est un état modifié de conscience spécial, différent du sommeil et de l’éveil, accessible uniquement après un rituel d’induction (fixation du regard, comptage, relaxation progressive). On parle souvent d’un « état hypnotique » que le praticien « provoque » ou « induit ». Le patient doit « entrer en transe », et l’on mesure la profondeur de la transe à l’échelle de certains phénomènes (lourdeur, catalepsie, amnésie).

L’hypnose ericksonienne part d’un postulat radicalement différent : la transe n’est pas un état exceptionnel. C’est un phénomène naturel, quotidien, que nous expérimentons tous plusieurs fois par jour sans le savoir. Être absorbé par un film, rêvasser en conduisant, lire un livre et ne plus entendre ce qui se passe autour, se brosser les dents en pensant à autre chose… Ce sont des états de conscience modifiée, des micro-transes.

Erickson considérait que l’hypnose n’est pas quelque chose que l’on fait à quelqu’un, mais quelque chose que l’on utilise à partir de ce que la personne amène déjà. L’induction n’est pas un rituel, mais une observation et une accentuation de l’état de transe déjà présent. Lorsque vous arrivez dans mon cabinet, vous êtes déjà dans une forme de transe : vous êtes absorbé par vos pensées, par l’inquiétude qui vous amène. Mon travail n’est pas de vous faire « entrer » dans un autre état, mais d’utiliser l’état actuel pour le transformer.

Concrètement, je ne vais pas vous dire : « Fermez les yeux et détendez-vous. » Je vais peut-être commencer par une simple observation : « En arrivant ici, vous avez traversé la place Bassompierre. Peut-être que vous avez remarqué la lumière sur les pierres, ou le bruit des voitures, ou rien de tout ça… » Pendant que vous écoutez, vous êtes déjà en train de revivre mentalement le trajet. Vous êtes absorbé. La transe a commencé. Je n’ai rien « induit », j’ai simplement mis en lumière votre capacité naturelle à être absorbé.

Ce qui change pour vous : Vous n’avez pas à « réussir » à entrer en transe. Vous êtes déjà en transe. Vous n’avez pas à atteindre un état spécial. Le travail se fait dans l’état ordinaire de votre conscience, simplement canalisé. Cela enlève énormément de pression. Vous n’êtes plus un « bon » ou un « mauvais » sujet. Vous êtes un humain, avec une capacité naturelle à être absorbé. Et c’est tout ce dont nous avons besoin.

4. Le changement vient-il d’une instruction ou d’une exploration de vos ressources ?

La quatrième différence est fondamentale pour le résultat thérapeutique.

L’hypnose classique a une approche plutôt symptomatique et directe. Le praticien identifie le problème (la phobie, la dépendance, la douleur) et applique une suggestion ou un protocole standardisé pour le supprimer. C’est un peu comme un médecin qui diagnostique une infection et prescrit un antibiotique. Le changement vient de l’extérieur, de l’intervention du praticien. Le patient est relativement passif dans le processus de guérison, il reçoit le traitement.

L’hypnose ericksonienne part du principe que la solution est déjà en vous, quelque part, même si vous ne la voyez pas. Le problème n’est pas un manque de quelque chose, mais un blocage, une rigidité, une manière de fonctionner qui ne sert plus. Le rôle du praticien n’est pas d’apporter la solution, mais de créer les conditions pour que vous la trouviez. C’est une approche profondément non-directive, qui fait confiance à votre inconscient.

Je ne vais pas vous dire « arrêtez d’avoir peur ». Je vais plutôt explorer avec vous comment votre peur fonctionne. « Cette peur, quand elle vient, où est-elle dans votre corps ? Est-ce une tension, une chaleur, un vide ? Si elle avait une couleur, quelle serait-elle ? Et si elle pouvait se déplacer, de quelques centimètres, juste pour voir ce qui se passerait… »

L’idée n’est pas de supprimer le symptôme, mais de le déplacer, de le transformer, de le rendre moins rigide. Et souvent, en l’explorant avec curiosité, votre inconscient trouve une nouvelle voie. Vous n’êtes pas un problème à résoudre, mais une personne avec des ressources à réveiller.

Je me souviens d’un patient, footballeur amateur, qui avait une peur panique de rater un penalty. Il avait essayé des techniques de visualisation classiques (« Imagine-toi marquer »), mais ça ne marchait pas. En explorant sa peur, il a réalisé qu’elle se manifestait par une sensation de « poignée de main glacée » dans l’estomac. Je ne lui ai pas dit de la supprimer. Je lui ai simplement proposé : « Et si cette sensation de froid, tu la transformais en une sensation de fraîcheur dans les jambes, comme après un bon effort ? » Quelques semaines plus tard, il m’a dit qu’il avait marqué un penalty décisif. Il n’avait pas supprimé sa peur, il l’avait utilisée comme carburant.

Ce qui change pour vous : Vous n’êtes pas juste un réceptacle de suggestions. Vous êtes un explorateur. Le changement n’est pas imposé, mais découvert. Cela renforce votre confiance en vous et votre autonomie. Vous repartez avec une compétence, pas juste un symptôme supprimé. Et un symptôme supprimé a tendance à revenir sous une autre forme. Une compétence, elle, reste.

5. Le patient doit-il se taire ou est-il invité à dialoguer ?

La cinquième différence est pratique et concerne le déroulement même de la séance.

En hypnose classique, la séance est souvent un monologue du praticien. Le patient est silencieux, yeux fermés, et écoute. Les échanges sont limités. Le praticien pose des questions pour valider la transe, mais la communication est unidirectionnelle. Le patient « reçoit » et « obéit ». Si le patient parle, c’est souvent pour décrire son état après la séance.

En hypnose ericksonienne, la séance est un dialogue permanent, même pendant la transe. Je parle, mais je vous observe. Je laisse des silences. Je pose des questions ouvertes. Je vous invite à répondre, parfois verbalement, parfois par un signe (un doigt qui bouge pour « oui », un autre pour « non »). La transe n’est pas un état de passivité, mais d’activité intérieure.

Par exemple, je peux dire : « Et je me demande si votre inconscient, qui sait ce qui est bon pour vous, veut commencer par explorer la sensation de lourdeur… ou peut-être la sensation de légèreté… ou peut-être autre chose que je ne sais pas encore… » Puis je me tais. Je vous laisse le temps de ressentir. Je peux vous demander : « Est-ce que vous sentez une différence entre votre jambe droite et votre jambe gauche ? » Vous pouvez hocher la tête ou dire « oui ». Ce n’est pas une rupture de la transe, c’est une intégration.

Cette interaction permet d’ajuster la séance en temps réel. Si je vous propose une métaphore et que je vois votre visage se fermer, je change de cap. Je ne suis pas attaché à un protocole. Je suis attaché à votre expérience. Le dialogue permet de valider que nous allons dans la bonne direction, et de respecter votre rythme unique.

Ce qui change pour vous : Vous n’êtes pas un spectateur passif. Vous êtes acteur. Vous pouvez donner votre avis, même non verbalement. Vous pouvez dire « stop » ou « pas ça ». La séance est co-construite. Cela rassure les personnes qui ont besoin de garder un certain contrôle, ou qui ont peur de « perdre le contrôle » en hypnose. Vous ne perdez rien, vous gagnez en conscience.

Conclusion : Et maintenant, concrètement ?

Ces cinq différences ne sont pas une compétition. L’hypnose classique a sa place, son efficacité, et certaines personnes y répondent parfaitement. Mais si vous avez déjà vécu une séance d’hypnose qui vous a laissé sur votre faim, si vous êtes plutôt du genre à avoir besoin de comprendre, à poser des questions, à garder un pied dans la réalité, alors l’approche ericksonienne est probablement faite pour vous.

Elle vous offre une liberté : celle de changer à votre rythme, avec votre langage, en utilisant vos propres ressources. Elle ne vous demande pas de « lâcher prise », elle vous invite à « laisser venir ». Elle ne vous dit pas quoi faire, elle vous aide à découvrir ce que vous savez déjà.

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À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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