HypnoseFondamentaux

5 mythes sur l'hypnose que l'histoire a détruits pour toujours

Démêlez le vrai du faux pour oser franchir la porte du cabinet.

TSThierry Sudan
23 avril 202612 min de lecture

Il y a des portes qu’on n’ose pas pousser parce que ce qu’on croit savoir derrière fait peur. La porte d’un cabinet d’hypnose en fait partie pour beaucoup de mes patients, avant leur première séance.

Je les reçois souvent avec un mélange d’espoir et d’appréhension. Ils ont entendu des histoires, vu des spectacles, lu des articles. Leur tête est remplie d’images de montre balancée, de sommeil profond, de perte de contrôle. Ils arrivent en me disant : « Je ne suis pas sûr de pouvoir être hypnotisé », ou pire : « J’ai peur de ne plus pouvoir me réveiller ».

Je ne leur en veux pas. Pendant des décennies, l’hypnose a été racontée par ceux qui la pratiquaient sur scène, par des films d’horreur, par une méconnaissance médicale. Le résultat ? Un brouillard épais de mythes qui empêche des gens de bénéficier d’un outil thérapeutique puissant, doux et concret.

Alors aujourd’hui, j’ai décidé de m’attaquer à cinq de ces légendes. Pas avec des discours théoriques, mais avec ce que j’observe chaque jour dans mon cabinet à Saintes depuis 2014, avec l’histoire de l’hypnose médicale, et avec ce que la recherche contemporaine nous apprend.

Si vous hésitez encore à franchir cette porte, j’espère que ces quelques lignes vous aideront à voir plus clair. Et si vous êtes déjà convaincu, peut-être trouverez-vous les mots pour rassurer un proche qui, lui, reste bloqué par ces idées reçues.

Commençons par le plus tenace de tous.

Mythe n°1 : « L’hypnose, c’est un état de sommeil ou de perte de conscience »

C’est l’image la plus ancrée. Celle du patient qui ferme les yeux, qui semble « parti », que le praticien doit « réveiller » en claquant des doigts. Je vois encore des patients arriver en me disant : « Je ne veux pas dormir, j’ai besoin de comprendre ce qui se passe ».

Rassurez-vous : vous ne dormirez pas. Vous n’êtes pas inconscient. Vous êtes simplement ailleurs.

L’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est un état de conscience modifié, pas éteint. C’est un peu comme lorsque vous êtes plongé dans un bon livre et que vous n’entendez plus votre conjoint vous appeler. Ou quand vous conduisez sur une route familière et que vous réalisez soudain que vous avez parcouru dix kilomètres sans vous en rendre compte. Vous étiez présent, mais votre attention était focalisée ailleurs.

En séance, vous êtes parfaitement conscient. Vous entendez ma voix, vous pouvez parler si je vous le demande, vous pouvez bouger, vous pouvez même ouvrir les yeux à tout moment. Ce n’est pas un sommeil, c’est un état d’hyper-concentration intérieure.

Ce malentendu historique vient des premiers spectacles d’hypnose au XIXe siècle, où les sujets semblaient « endormis » pour le public. Puis les films ont amplifié cette image. Mais la réalité clinique est tout autre.

En 2016, une étude en neuro-imagerie (IRMf) menée par l’équipe du Dr Rainville à l’Université de Montréal a montré que l’état hypnotique n’éteint pas le cortex préfrontal (la zone de la conscience et de la prise de décision). Au contraire, il modifie les connexions entre certaines régions du cerveau. Vous restez aux commandes, même si votre attention voyage ailleurs.

Ce que l’histoire a détruit : l’idée que l’hypnose est un sommeil. Non, c’est un état d’éveil intérieur, où vous êtes plus connecté à vous-même que jamais.

Si vous venez me voir, vous ne vous endormirez pas. Vous entrerez dans un état de calme actif, où votre esprit conscient lâche un peu de contrôle pour laisser votre inconscient travailler. Mais vous pourrez, à tout moment, dire « stop », ouvrir les yeux et reprendre une conversation normale.

Mythe n°2 : « L’hypnose, c’est un outil de spectacle, pas une thérapie »

Celui-ci me fait sourire, mais il m’a aussi coûté des patients. Beaucoup arrivent en me disant : « Je croyais que c’était juste pour faire des tours sur scène ».

C’est vrai que l’hypnose de spectacle existe. Elle est impressionnante. Un volontaire monte sur scène, le praticien le met en transe, et le voilà qui imite une poule ou oublie son prénom. C’est spectaculaire, mais cela n’a presque rien à voir avec l’hypnose thérapeutique.

La différence est fondamentale.

L’hypnose de spectacle utilise la suggestibilité du sujet pour produire un effet immédiat et visible. Le but est de divertir le public. Le sujet accepte, consciemment ou non, de jouer le jeu. Il y a une part de performance, de mise en scène, et parfois même de triche (certains « sujets » sont des complices).

L’hypnose thérapeutique, elle, n’a rien à voir avec un spectacle. Elle ne cherche pas à vous faire faire des choses absurdes. Elle cherche à vous aider à résoudre un problème concret : arrêter de fumer, gérer une anxiété, traverser un deuil, améliorer votre sommeil, ou préparer un examen.

L’histoire de l’hypnose médicale est d’ailleurs bien plus ancienne que celle du spectacle. Dès le XVIIIe siècle, Franz Anton Mesmer (dont le nom a donné le verbe « mesmeriser ») utilisait des techniques proches de l’hypnose pour soigner. Mais c’est surtout au XIXe siècle que des médecins comme James Braid (qui a inventé le mot « hypnose ») ou plus tard John Milne Bramwell l’ont utilisée comme anesthésie avant l’invention des produits chimiques.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’hypnose a été utilisée pour traiter les traumatismes des soldats. Aujourd’hui, elle est reconnue par la Haute Autorité de Santé en France pour la prise en charge de la douleur, de l’anxiété, des troubles du sommeil, et des addictions. Des hôpitaux l’utilisent en routine pour des opérations chirurgicales sans anesthésie générale.

Ce que l’histoire a détruit : la confusion entre hypnose de spectacle et hypnose thérapeutique. L’une est un divertissement, l’autre est un outil clinique sérieux, validé par des décennies de recherche et de pratique médicale.

Quand vous venez dans mon cabinet, je ne vous demande pas de faire le pitre. Je vous propose un espace de travail sur vous-même. Si vous voulez du spectacle, allez au théâtre. Si vous voulez du changement, venez en séance.

Mythe n°3 : « L’hypnose fait perdre le contrôle, on peut vous faire faire n’importe quoi »

Celui-ci est le plus effrayant pour mes patients. L’idée que le praticien « prend le contrôle » de leur esprit, qu’il peut les forcer à révéler leurs secrets, ou pire, leur faire faire des choses contre leur volonté. C’est le mythe du « lavage de cerveau » version hypnose.

Je vais être très clair : c’est impossible.

L’hypnose ne vous prive pas de votre libre arbitre. Vous ne ferez jamais rien sous hypnose que vous ne feriez pas en état normal. Votre système de valeurs, votre morale, votre instinct de survie restent intacts. Si je vous demandais, sous hypnose, de voler une banque ou de vous faire du mal, vous sortiriez instantanément de l’état hypnotique, ou vous refuseriez tout simplement.

Pourquoi ? Parce que l’hypnose n’est pas un état de soumission. C’est un état de collaboration entre votre conscient et votre inconscient. Votre inconscient est votre allié, pas un esclave. Il a ses propres mécanismes de protection. Il ne va pas accepter une suggestion qui mettrait en danger votre intégrité physique ou morale.

Ce mythe vient en grande partie des films d’horreur des années 50 et 60, où des hypnotiseurs maléfiques manipulaient des femmes innocentes. Il a été renforcé par des procès médiatisés où des accusés ont tenté de se défendre en disant : « C’est l’hypnose qui m’a fait faire ça » (sans succès, d’ailleurs).

La réalité clinique est tout autre. En hypnose ericksonienne, le praticien ne vous impose rien. Il vous propose des pistes, des métaphores, des suggestions indirectes. C’est vous, avec votre inconscient, qui choisissez ce qui est bon pour vous. Si une suggestion ne vous convient pas, votre esprit la rejette automatiquement.

Ce que l’histoire a détruit : l’idée que l’hypnose prive de contrôle. Vous êtes toujours maître de vous-même, même en transe profonde. Personne ne peut vous faire faire ce que vous ne voulez pas.

Je le dis souvent à mes patients : « Je ne suis pas un magicien. Je suis un guide. C’est vous qui faites le voyage. » Vous avez le contrôle. Vous pouvez arrêter la séance à tout moment. Vous pouvez refuser une suggestion. Vous pouvez même décider de ne pas entrer en transe si vous ne vous sentez pas prêt.

Mythe n°4 : « Tout le monde n’est pas hypnotisable »

Combien de fois ai-je entendu : « Je suis trop rationnel pour être hypnotisé », ou « J’ai un esprit trop critique, ça ne marchera pas sur moi ». Et à chaque fois, je réponds : « Laissez-moi vous montrer le contraire. »

La croyance populaire veut que certaines personnes soient « réceptives » à l’hypnose et d’autres non. On imagine que les personnes créatives, émotionnelles ou « sensibles » seraient plus faciles à hypnotiser, tandis que les esprits logiques, cartésiens, scientifiques, seraient imperméables.

C’est faux.

L’hypnose n’est pas une question de personnalité. C’est une question de capacité à focaliser son attention. Et tout le monde en est capable. Certaines personnes entrent en transe plus rapidement que d’autres, mais tout le monde peut y accéder. C’est comme la relaxation : il y a des gens qui se détendent en deux minutes et d’autres qui mettent vingt minutes. Mais tout le monde finit par y arriver.

Ce mythe a été en partie nourri par les premières recherches en hypnose expérimentale, qui utilisaient des échelles de suggestibilité (comme la Stanford Hypnotic Susceptibility Scale). Ces échelles mesuraient une forme très spécifique d’hypnose (directive, autoritaire) et les résultats ont été interprétés comme : « Certaines personnes ne peuvent pas être hypnotisées ».

Mais l’hypnose ericksonienne, celle que je pratique, est bien plus flexible. Elle s’adapte à chaque individu. Il n’y a pas une « bonne » façon d’être hypnotisé. Certains vont ressentir des fourmillements dans les doigts, d’autres une lourdeur dans les jambes, d’autres encore simplement un grand calme intérieur. Certains vont visualiser des images vives, d’autres non. Tout est valable.

Ce que l’histoire a détruit : l’idée qu’il y a des élus de l’hypnose. Tout le monde peut être hypnotisé. La seule condition ? Accepter de lâcher prise un instant.

Si vous êtes quelqu’un de très rationnel, vous serez peut-être même un excellent sujet. Pourquoi ? Parce que vous savez exactement ce que vous voulez, et vous êtes capable de suivre une consigne. Le problème n’est pas votre rationalité, c’est votre peur de lâcher prise. Et ça, on le travaille ensemble.

Mythe n°5 : « L’hypnose est une solution rapide qui efface les problèmes d’un coup »

Celui-ci est plus subtil, car il contient une part de vérité. Oui, l’hypnose peut produire des changements rapides. J’ai vu des patients arrêter de fumer en une séance, ou perdre une phobie en deux rendez-vous. C’est vrai, et c’est impressionnant.

Mais ce n’est pas une baguette magique.

Le mythe dit : « Une séance d’hypnose, et votre problème disparaît pour toujours ». La réalité est plus nuancée. L’hypnose est un outil puissant, mais elle ne fait pas le travail à votre place. Elle ne « supprime » pas un problème comme on efface un texte sur un ordinateur. Elle vous aide à changer votre relation au problème, à débloquer des ressources que vous avez déjà, à modifier des schémas automatiques.

Parfois, un changement profond demande plusieurs séances. Parfois, il y a des résistances inconscientes à lever. Parfois, le problème est lié à d’autres choses (un traumatisme, un deuil, une situation de vie difficile) qui nécessitent un accompagnement plus long.

L’hypnose ericksonienne est douce et respectueuse de votre rythme. Elle ne force pas. Elle propose, elle suggère, elle ouvre des portes. C’est vous qui décidez d’y entrer ou non.

Ce mythe vient de l’hypnose de spectacle et des promesses marketing de certains « gourous » qui vendent des séances miracles. Dans mon cabinet, je ne promets jamais un résultat en une séance. Je dis : « Je vais faire de mon mieux pour vous aider, mais le changement dépend aussi de vous, de votre engagement, de votre préparation. »

Ce que l’histoire a détruit : l’idée que l’hypnose est une pilule magique. C’est un catalyseur, pas une solution miracle. Le vrai changement vient de vous, et l’hypnose vous aide à le rendre possible plus rapidement et plus en douceur.

Si vous venez avec un problème complexe (une dépression, un trouble alimentaire, un traumatisme ancien), attendez-vous à un travail de fond. L’hypnose accélère le processus, mais elle ne le supprime pas. Et c’est très bien comme ça : un vrai changement, durable, a besoin de temps pour s’installer.

Conclusion : un outil pour ceux qui osent

Voilà, nous avons démoli cinq mythes. J’espère que cela vous a éclairé. L’hypnose n’est pas un sommeil, pas un spectacle, pas une perte de contrôle, pas réservée à une élite, et pas une solution miracle.

C’est un outil. Un outil puissant, doux, respectueux, qui a fait ses preuves dans des contextes médicaux et thérapeutiques depuis plus d’un siècle.

Si vous lisez ces lignes, peut-être que l’un de ces mythes vous retenait. Peut-être que vous avez une peur qui vous empêchait de pousser cette porte. Maintenant, vous savez que cette peur repose sur des histoires, pas sur la réalité.

Alors, si vous traversez une difficulté (anxiété, addiction, douleur chronique, stress, préparation mentale), je vous invite à considérer l’hypnose comme une option sérieuse. Pas comme un dernier recours, pas comme un miracle, mais comme un chemin possible.

Je ne peux pas vous promettre que tout ira mieux après une séance. Mais je peux vous promettre que vous serez accueilli sans jugement, que vous garderez le contrôle, et que nous travaillerons ensemble, à votre rythme.

Si vous êtes prêt à franchir le pas, ou simplement à poser des questions sans engagement, je suis là. Mon cabinet à Saintes est ouvert, et je reçois aussi en visio pour ceux qui sont loin ou qui préfèrent la distance.

Prenez soin de vous.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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