HypnoseFondamentaux

Comment l'hypnose a guéri mes migraines sans médicaments

Récit d'un protocole qui a changé la vie d'un patient à Saintes.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Je ne prends plus de cachets contre la migraine depuis dix-huit mois.

Avant, c’était trois à quatre crises par semaine. Des élancements derrière l’œil droit, une nausée qui montait comme une marée noire, et cette lumière qui devenait une torture. Jean-Paul, 52 ans, commercial dans une entreprise de matériaux à Saintes, avait tout essayé. Les triptans, les anti-inflammatoires, l’acupuncture, le kiné crânien, le régime sans gluten pendant trois mois. Rien n’avait tenu sur la durée. Quand il a poussé la porte de mon cabinet, rue des Jacobins, il ne croyait plus à grand-chose. Il venait « parce que sa femme l’avait forcé ». Il repartait souvent au bout de vingt minutes, parce que la douleur l’obligeait à s’allonger dans la salle d’attente.

Aujourd’hui, il court le semi-marathon de La Rochelle. Sans migraine. Sans médicament. Sans peur de la prochaine crise.

Je ne raconte pas l’histoire de Jean-Paul pour faire de la réclame. Je la raconte parce qu’elle illustre quelque chose que j’observe depuis que je me suis installé comme praticien en hypnose ericksonienne, à Saintes, en 2014. Les migraines chroniques ne sont pas une fatalité. Et l’hypnose n’est pas une baguette magique. C’est un outil qui permet au corps de retrouver un chemin que la douleur avait verrouillé.

Dans cet article, je vais vous expliquer comment ça marche concrètement. Pas avec des promesses en l’air. Avec des mécanismes que vous pouvez comprendre et, si vous le souhaitez, expérimenter.

Pourquoi les médicaments seuls ne suffisent pas toujours

Je vais être direct : les traitements médicamenteux contre la migraine sont nécessaires dans bien des cas. Je ne suis pas là pour vous dire d’arrêter votre traitement du jour au lendemain. Ce serait irresponsable. Mais force est de constater que, pour une partie significative des migraineux chroniques, les médicaments finissent par perdre en efficacité. Ou bien ils soulagent la crise sans toucher à la fréquence des attaques.

Prenons Jean-Paul. Il prenait des triptans depuis six ans. Au début, une prise suffisait à couper la crise en une heure. Progressivement, il a dû doubler la dose. Puis ajouter un anti-inflammatoire. Puis un anti-nauséeux. À la fin, il vivait dans un cycle infernal : une crise traitée aux triptans, deux jours d’effet secondaire (fatigue, brouillard mental), puis une nouvelle crise qui pointait.

Ce que les médicaments ne traitent pas, c’est le terrain. La migraine n’est pas qu’un problème vasculaire ou neurologique. C’est aussi une question de sensibilité du système nerveux. Une hyperréactivité. Le cerveau du migraineux chronique a appris à déclencher une crise pour des stimuli qui, chez une autre personne, passeraient inaperçus : un changement de pression atmosphérique, une lumière fluorescente, une odeur de café, une nuit trop courte, une émotion contenue.

Et c’est là que l’hypnose intervient. Non pas pour « guérir » la migraine comme on guérit une infection, mais pour rééduquer le système nerveux à ne plus surréagir.

Blockquote : « La douleur n’est pas une punition. C’est un signal d’alarme que votre cerveau a laissé allumé trop longtemps. L’hypnose ne coupe pas l’alarme. Elle apprend à votre cerveau à l’éteindre quand le danger est passé. »

Comment l’hypnose agit sur le cerveau du migraineux

Je vais vous épargner le jargon neuroscientifique, mais un mécanisme mérite d’être expliqué parce qu’il est au cœur de ce qui a changé pour Jean-Paul.

Le cerveau d’un migraineux chronique présente souvent ce qu’on appelle une « sensibilisation centrale ». En clair : les circuits de la douleur sont devenus hyperactifs. Là où une personne normale aurait une légère tension dans la nuque, le migraineux sent monter la douleur. Là où une personne normale fermerait les yeux une seconde devant une lumière forte, le migraineux sent le crâne qui pulse.

Cette hyperréactivité est en grande partie involontaire et inconsciente. Les médicaments agissent sur les récepteurs de la douleur, mais ils ne rééduquent pas le système nerveux à être moins sensible.

L’hypnose, elle, travaille sur deux plans complémentaires.

D’abord, elle permet de modifier la perception de la douleur. En état d’hypnose, vous pouvez apprendre à « déplacer » la sensation douloureuse. Par exemple, transformer la pression dans la tête en une sensation de chaleur dans la main. Ou bien visualiser la douleur comme une couleur et la diluer progressivement. Ce n’est pas du déni. C’est une réorganisation des circuits sensoriels. Des études en imagerie fonctionnelle (IRMf) montrent que, sous hypnose, l’activité des zones cérébrales liées à la perception de la douleur (comme le cortex somatosensoriel) diminue significativement, tandis que des zones liées au contrôle et à la régulation (comme le cortex préfrontal) s’activent.

Ensuite, et c’est peut-être le plus important pour les migraines chroniques, l’hypnose permet d’identifier et de désamorcer les déclencheurs émotionnels. Vous avez peut-être remarqué que vos migraines surviennent souvent après un stress, un conflit, une période d’excitation intense ou, au contraire, après le relâchement d’une tension (c’est la fameuse « migraine du week-end »). Ces émotions ne sont pas la cause de la migraine, mais elles abaissent le seuil de déclenchement. L’hypnose, associée à l’IFS (Internal Family Systems) que j’utilise régulièrement, permet d’aller explorer la partie de vous qui produit cette réponse migraineuse. Parfois, cette partie protège quelque chose. Une peur. Un souvenir. Une charge émotionnelle non digérée.

Jean-Paul, par exemple, a découvert en séance que ses migraines étaient systématiquement précédées d’une sensation d’oppression dans la poitrine, qu’il n’avait jamais reliée à ses crises. En travaillant avec cette sensation sous hypnose, il a mis au jour une colère ancienne liée à son père, colère qu’il n’avait jamais exprimée. Je ne dis pas que sa migraine était « psychologique ». Je dis que cette colère maintenait son système nerveux en état d’alerte permanent, rendant chaque petit stress potentiellement migraineux.

Le protocole en trois étapes qui a changé la donne pour Jean-Paul

Je ne vais pas vous vendre un protocole secret ou une méthode miracle. Ce que j’ai proposé à Jean-Paul est une trame que j’adapte à chaque personne, mais qui repose sur trois piliers.

Étape 1 : La phase de stabilisation

Pendant les trois premières séances, nous n’avons pas cherché à « enlever » la migraine. Nous avons appris à Jean-Paul à entrer rapidement dans un état de relaxation profonde, et à y associer une image de sécurité. Pour lui, c’était un chemin forestier près de Saintes, là où il allait courir adolescent. À chaque début de séance, je l’invitais à retrouver cet endroit en imagination, avec tous ses sens : l’odeur des pins, le bruit des feuilles sous ses pas, la lumière tamisée.

Ce n’est pas anodin. En neurologie, on appelle ça la « réponse de relaxation ». C’est l’inverse de la réponse de stress. Plus vous apprenez à votre cerveau à activer ce circuit rapidement, plus vous abaissez le seuil de réactivité. Jean-Paul s’est entraîné chez lui, cinq minutes par jour, avec un enregistrement audio que je lui avais préparé. Au bout de deux semaines, il parvenait à réduire une tension naissante en moins de trois minutes.

Étape 2 : Le travail sur le seuil de déclenchement

Une fois la relaxation installée, nous sommes passés à une phase plus active. Sous hypnose, j’ai guidé Jean-Paul pour qu’il « dialogue » avec sa migraine. Attention : ce n’est pas une conversation imaginaire farfelue. C’est une technique d’IFS qui consiste à entrer en contact avec la partie de vous qui produit la douleur, non pas pour la combattre, mais pour comprendre ce qu’elle essaie de protéger.

Jean-Paul a été surpris. La migraine, quand il l’a « écoutée », lui a renvoyé une sensation de surcharge. Comme un disque dur qui chauffe parce que trop de fenêtres sont ouvertes. En état modifié de conscience, il a pu identifier que la migraine survenait toujours dans les heures suivant un moment où il avait « avalé » une émotion sans la dire. Un client désagréable, une remarque de son chef, une dispute étouffée avec sa femme.

Nous avons alors travaillé à créer un « espace intérieur » où ces émotions pouvaient être accueillies sans déclencher la crise. Concrètement, Jean-Paul a appris à, sous hypnose, visualiser un « sas de décompression » dans sa cage thoracique. Quand il sentait monter une tension émotionnelle, il imaginait la déposer dans ce sas, la laisser se dissiper, sans la juger.

Blockquote : « Vouloir supprimer la migraine, c’est comme vouloir faire taire un détecteur de fumée en l’écrasant. L’hypnose ne détruit pas le détecteur. Elle va voir ce qui brûle dans la cuisine, et elle éteint le feu. »

Étape 3 : L’ancrage corporel et la prévention des récidives

La dernière phase a consisté à ancrer un nouveau réflexe. Jean-Paul avait passé des années à anticiper la douleur. Chaque matin, il se réveillait et scrutait son crâne : « Est-ce que ça va venir aujourd’hui ? » Cette anticipation était en elle-même un facteur de stress qui maintenait son système en alerte.

Nous avons travaillé sur un « signal d’autorégulation » qu’il pouvait activer n’importe où, sans que personne ne le remarque. Pour lui, c’était un appui doux du pouce sur le poignet gauche, associé à une respiration particulière (inspiration sur trois temps, expiration sur six). Ce geste, répété des centaines de fois sous hypnose, est devenu un déclencheur conditionné. Quand il sentait les prémices d’une migraine, il faisait ce geste, et son corps entrait automatiquement dans un état de relaxation. Pas toujours suffisant pour annuler la crise, mais assez pour casser la dynamique.

Aujourd’hui, Jean-Paul utilise ce geste deux ou trois fois par semaine. Il n’a plus eu de migraine depuis seize mois. Il a repris la course à pied, a changé de poste dans son entreprise (moins de stress commercial), et il dort mieux.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est important d’être honnête)

Je vous dois une transparence. L’hypnose n’a pas guéri Jean-Paul comme un antibiotique guérit une angine. Elle n’a pas effacé sa migraine. Elle a permis à son système nerveux de sortir du cercle vicieux de l’hyperréactivité.

Il y a des personnes pour qui l’hypnose ne fonctionne pas, ou pas complètement. Les migraines ophtalmiques avec aura, par exemple, sont parfois plus résistantes. Les migraines liées à des lésions cervicales, aussi. Et certaines personnes ont du mal à entrer en état d’hypnose (c’est rare, mais ça arrive). Dans ces cas, je ne force pas. Je réoriente vers d’autres approches : ostéopathie, suivi neurologique, travail sur le sommeil.

Autre chose importante : l’hypnose ne remplace pas un diagnostic médical. Si vous avez des maux de tête, consultez d’abord un médecin. La migraine est un diagnostic d’élimination. Il faut exclure d’autres causes (tension artérielle, problèmes vasculaires, tumeur – oui, c’est rare, mais il faut le vérifier). Jean-Paul avait eu un scanner cérébral, un bilan sanguin, un avis neurologique. Le diagnostic de migraine chronique était posé. C’est dans ce cadre que l’hypnose a toute sa place.

Enfin, l’hypnose demande un engagement. Ce n’est pas une séance « clé en main ». Jean-Paul est venu huit fois en cabinet, espacées sur quatre mois. Il s’est entraîné tous les jours chez lui. Il a accepté de se confronter à des émotions qu’il avait mises de côté pendant trente ans. Ce n’est pas un effort surhumain, mais ce n’est pas non plus une pilule magique.

Pourquoi ça marche aussi pour d’autres douleurs chroniques

Vous l’aurez compris, le mécanisme que j’ai décrit n’est pas spécifique à la migraine. Il vaut pour d’autres douleurs chroniques : fibromyalgie, syndrome du côlon irritable, lombalgies chroniques, céphalées de tension.

Le point commun, c’est cette sensibilisation centrale dont j’ai parlé. Le système nerveux a appris à amplifier la douleur. L’hypnose, en travaillant sur la perception, l’émotion et le conditionnement, permet de « baisser le volume » de l’amplificateur.

J’ai accompagné une femme de 38 ans, professeure des écoles à Saintes, qui souffrait de migraines cataméniales (liées à son cycle). Elle avait des crises invalidantes trois jours par mois. En six séances, nous avons travaillé sur l’anticipation de la douleur et sur la régulation émotionnelle autour de son cycle. Ses crises ont diminué en intensité et en durée. Elle a pu réduire de moitié sa consommation de triptans. Pas de miracle, mais une amélioration significative.

Un autre patient, artisan menuisier, avait des migraines déclenchées par les odeurs de colle et de vernis. Impossible pour lui de changer de métier. Sous hypnose, nous avons créé une « bulle de protection olfactive » imaginaire. Il visualisait un filtre invisible devant ses narines, qui laissait passer l’air mais atténuait l’intensité des odeurs. Aujourd’hui, il travaille sans crise. Son cerveau a intégré ce filtre comme une réalité.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous

Je ne peux pas vous répondre à distance. Mais je peux vous donner des indices pour vous aider à décider.

Si vous avez des migraines chroniques (plus de huit jours par mois) depuis plus d’un an, que les médicaments vous soulagent partiellement ou provisoirement, et que vous sentez qu’il y a une dimension émotionnelle ou stressante dans vos crises (même si vous n’arrivez pas à la nommer), l’hypnose vaut la peine d’être essayée.

Si vos migraines sont déclenchées par des facteurs purement mécaniques (une hernie discale cervicale, une malformation) ou par une cause organique clairement identifiée (par exemple, un problème vasculaire), l’hypnose peut être un complément, mais elle ne résoudra pas la cause première.

Si vous n’êtes pas prêt à vous entraîner entre les séances, à tenir un petit carnet de bord, à faire cinq minutes d’exercice par jour, l’hypnose ne vous servira à rien. Ce n’est pas une question de volonté, c’est une question de répétition. Le cerveau a besoin de répéter un nouveau circuit pour qu’il devienne automatique.

Enfin, si vous cherchez quelqu’un qui va vous « guérir » sans que vous ayez à bouger, passez votre chemin. L’hypnose ericksonienne, l’IFS, l’Intelligence Relationnelle – ce sont des outils de collaboration. Je suis un guide, pas un magicien. Le travail, c’est vous qui le faites.

Blockquote : « La migraine n’est pas une ennemie qu’il faut écraser. C’est un messager qu’il faut apprendre à écouter. Quand vous comprenez ce qu’elle vous dit, elle n’a plus besoin de hurler. »

Ce que vous pouvez faire maintenant, avant même de prendre rendez-vous

Si cet article résonne avec votre situation, voici trois choses que vous pouvez mettre en place dès aujourd’hui.

Première chose : tenez un journal de bord de vos migraines pendant deux semaines.

Notez tout : le jour, l’heure, l’intensité (sur une échelle de 1 à 10), ce que vous avez mangé, votre niveau de stress, votre sommeil, les émotions que vous avez ressenties avant la crise (même fugaces). Ne cherchez pas à interpréter. Notez seulement. Au bout de quinze jours, vous aurez une cartographie. Vous verrez peut-être des patterns que vous ignoriez. Un motif revient toujours après

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

Prendre contact

Cet article vous a parlé ?

Parlons-en — premier échange, sans engagement.

Premier échange gratuit