HypnoseFondamentaux

Comment l'hypnose ericksonienne transforme vos blocages en leviers

Apprenez comment vos difficultés deviennent des alliées pour changer.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

« Je n’arrive pas à arrêter de fumer. C’est plus fort que moi. »

Quand Paul s’est assis dans mon cabinet pour la première fois, il avait cette phrase qui revenait comme un disque rayé. Il avait déjà essayé les patchs, la volonté à toute épreuve, les applications de suivi. Rien n’avait tenu plus de trois semaines. Pour lui, cette cigarette était un ennemi à abattre, un blocage à détruire. Et plus il luttait, plus l’envie devenait tenace, presque joueuse.

Je lui ai proposé une autre piste : et si cette cigarette n’était pas un obstacle, mais une alliée ? Et si elle essayait de lui dire quelque chose ?

Paul a levé un sourcil, sceptique. C’est normal. Nous avons tous appris à considérer nos difficultés comme des problèmes à résoudre par la force. Mais l’hypnose ericksonienne, celle que j’utilise depuis mon installation à Saintes en 2014, prend le chemin inverse. Elle ne combat pas le symptôme. Elle l’écoute. Elle le réoriente.

Dans cet article, je vais vous montrer comment vos blocages – ceux qui vous semblent les plus solides – peuvent devenir les moteurs les plus puissants de votre transformation. Et comment l’hypnose ericksonienne, par sa souplesse et son respect de votre rythme, rend cela possible.

Pourquoi vos blocages résistent-ils à la volonté ?

Commençons par une question simple mais fondamentale : pourquoi est-ce si difficile de changer par un simple acte de volonté ?

Imaginez que vous conduisez une voiture. Vous voulez tourner à droite, mais une force invisible tire le volant vers la gauche. Vous tirez plus fort. La voiture résiste. Vous forcez encore. Finalement, vous êtes épuisé, et la voiture finit par aller là où elle veut.

Cette force invisible, c’est votre inconscient. Et il n’est pas votre ennemi.

En hypnose ericksonienne, nous considérons que tout comportement, même celui qui vous fait souffrir, a une intention positive. Votre inconscient a mis en place ce mécanisme pour vous protéger, pour vous permettre de survivre, ou pour répondre à un besoin profond non satisfait.

Prenons l’exemple de Sophie. Elle venait me voir parce qu’elle n’arrivait pas à prendre la parole en réunion. « Je sais ce que je dois dire, mais ma voix se bloque, mon cœur s’accélère, et je me tais. » Elle avait tout essayé : préparer des notes, respirer profondément, se répéter des mantras. Rien.

En explorant son histoire, nous avons découvert que ce blocage était apparu à l’adolescence, après une humiliation en classe. Son inconscient avait alors décidé que « parler devant un groupe = danger ». Pour la protéger, il avait installé un verrou automatique. Chaque fois qu’elle était en situation de prise de parole, ce verrou s’activait, non par faiblesse, mais par loyauté envers cette jeune fille blessée.

La volonté ne peut pas désactiver ce verrou. Parce que la volonté parle une langue que l’inconscient ne comprend pas : la langue de la raison, des injonctions, des « il faut ». L’inconscient, lui, parle en sensations, en images, en métaphores.

C’est là que l’hypnose ericksonienne entre en jeu. Elle ne cherche pas à forcer le verrou. Elle cherche à comprendre pourquoi il est là, à le remercier pour son travail, puis à lui proposer une autre manière de protéger la personne.

« En hypnose, nous ne brisons pas les chaînes. Nous apprenons à les utiliser comme des outils pour grimper plus haut. » – Milton Erickson

Comment l’hypnose ericksonienne parle-t-elle à votre inconscient ?

Milton Erickson, le fondateur de cette approche, était un observateur hors pair. Il avait compris que chaque personne est unique, et qu’il n’existe pas de méthode universelle pour changer. Ce qui marche pour l’un peut être inefficace, voire contre-productif, pour l’autre.

L’hypnose ericksonienne se distingue de l’hypnose classique par plusieurs points essentiels.

D’abord, elle est permissive. Le praticien ne donne pas d’ordres directs (« Vous allez arrêter de fumer »). Il utilise un langage indirect, des suggestions ouvertes, des métaphores. Il crée un cadre où votre inconscient peut trouver lui-même la solution qui vous correspond.

Ensuite, elle est utilisatrice. Erickson disait : « Utilisez tout ce qui se présente. » Si un patient résiste, s’il bouge, s’il parle, s’il doute – tout cela devient matière à travail. Rien n’est un obstacle. Tout est une information.

Enfin, elle est centrée sur les ressources. Au lieu de se focaliser sur ce qui ne va pas, elle cherche ce qui fonctionne déjà, même partiellement, et le renforce. Votre inconscient regorge de ressources que vous ignorez. L’hypnose les rend accessibles.

Concrètement, comment cela se passe-t-il en séance ?

Je ne vous demande pas de vous détendre complètement. Je ne vous fais pas fixer une pendule. Je commence par vous parler de votre expérience, de ce que vous vivez, de vos sensations. Peu à peu, j’oriente votre attention vers l’intérieur. Je vous invite à laisser venir des images, des souvenirs, des sensations.

Certaines personnes ont peur de « perdre le contrôle ». Rassurez-vous : en hypnose ericksonienne, vous restez conscient, vous pouvez parler, vous pouvez bouger. Vous êtes simplement dans un état de focalisation intérieure, un peu comme quand vous êtes absorbé par un bon film ou une promenade. Vous êtes là, mais autrement.

C’est dans cet état que votre inconscient devient plus réceptif aux nouvelles perspectives. Il peut entendre une suggestion sans la filtrer par vos croyances habituelles. Il peut envisager une autre possibilité.

Prenons le cas de Marc, un coureur que j’accompagne en préparation mentale. Il avait un blocage sur les courses longues : à partir du 15e kilomètre, il ralentissait systématiquement, sans raison physique apparente. En hypnose, nous avons exploré ce moment précis. Il a vu une image : un mur blanc. En l’interrogeant, ce mur représentait la peur de ne pas y arriver, installée depuis une compétition difficile plusieurs années auparavant.

Nous n’avons pas détruit le mur. Nous l’avons transformé en un portail. Chaque fois qu’il atteignait ce point, il pouvait désormais choisir de passer à travers, porté par une nouvelle intention : « Je traverse ce que j’ai déjà traversé. » Ce simple changement d’image a modifié son expérience. Ses temps ont progressé de 8 % en trois mois.

Vos émotions ne sont pas des ennemis – et si vous les écoutiez ?

Un des blocages les plus fréquents que je rencontre concerne les émotions. Beaucoup de personnes viennent en disant : « Je veux arrêter d’être anxieux », « Je veux supprimer ma colère », « Je veux ne plus être triste ».

Je comprends cette demande. L’anxiété est inconfortable. La colère peut être destructrice. La tristesse pèse. Mais essayer de supprimer une émotion, c’est comme essayer de retenir un ballon sous l’eau. Plus vous poussez fort, plus il remonte violemment.

L’hypnose ericksonienne propose une autre voie : l’accueil et l’exploration.

Quand une émotion survient, au lieu de la combattre, nous l’invitons à s’asseoir avec nous. Nous lui posons des questions : « Qu’est-ce que tu veux me dire ? Depuis quand es-tu là ? Qu’est-ce que tu essaies de protéger ? »

Je me souviens d’Elise, une cheffe d’entreprise qui souffrait d’attaques de panique. Elle les vivait comme une faiblesse, une perte de contrôle. En séance, nous avons invité cette panique à se manifester sous une forme symbolique. Pour elle, c’était une vague puissante, écrasante.

Au lieu de lui demander de partir, je lui ai proposé de la regarder, de la décrire. Peu à peu, Elise a compris que cette vague n’était pas là pour la noyer. Elle était là pour la pousser à ralentir, à prendre du recul. Son corps, épuisé par des années de surcharge, utilisait la panique pour la forcer à s’arrêter.

En reconnaissant cela, la vague a changé. Elle est devenue une houle régulière, un mouvement qui l’emmenait vers un rivage plus calme. Elise n’a pas supprimé son anxiété. Elle a appris à la comprendre et à l’utiliser comme un signal. Aujourd’hui, quand elle sent les premiers signes, elle sait qu’elle doit prendre une pause, et non pas accélérer.

« Ce que vous résistez persiste. Ce que vous accueillez se transforme. »

De la lutte à l’alliance : un changement de posture

Le plus grand changement que j’observe chez mes patients n’est pas la disparition du symptôme. C’est la transformation du rapport au symptôme.

Avant, ils luttaient. Après, ils dialoguent.

Cette bascule est fondamentale. Quand vous cessez de considérer votre blocage comme un ennemi, vous libérez une énergie immense. L’énergie que vous utilisiez pour combattre devient disponible pour créer, pour explorer, pour avancer.

Je travaille régulièrement avec des footballeurs, en préparation mentale. L’un d’eux, Julien, jeune espoir, avait un problème de concentration en match. Dès qu’il ratait une passe, il entrait dans une spirale négative : « Je suis nul, je vais tout rater, le coach va me sortir. » Cette voix intérieure le paralysait.

Nous avons utilisé l’hypnose pour transformer cette voix. Au lieu de la faire taire, nous l’avons invitée à parler. Elle s’est révélée être une part de lui très exigeante, qui voulait le pousser à la perfection, par peur de décevoir. Une fois reconnue, cette part a accepté de se mettre au service d’un autre objectif : la concentration sur le jeu, plutôt que sur le résultat.

Julien a appris à dire, intérieurement : « Merci de vouloir m’aider. Maintenant, je vais me concentrer sur le prochain ballon, pas sur le dernier. » Ce n’est pas magique. C’est un entraînement. Mais les résultats parlent d’eux-mêmes : il a retrouvé de la fluidité, et son temps de jeu a augmenté.

Ce changement de posture, je l’appelle le passage de la lutte à l’alliance. Vous n’êtes plus en guerre contre vous-même. Vous devenez le chef d’orchestre de vos différentes parties, chacune ayant un rôle à jouer.

Le rôle du praticien : un guide qui ne vous dit pas quoi faire

Dans cette approche, mon rôle n’est pas de vous donner des solutions toutes faites. Je ne suis pas un médecin qui prescrit un traitement standard. Je suis un guide qui vous accompagne dans votre propre exploration.

Je crée un espace sécurisé où vous pouvez laisser tomber vos défenses. Je pose des questions qui ouvrent des portes. Je propose des métaphores qui résonnent avec votre histoire. Je vous aide à entendre ce que votre inconscient essaie de vous dire.

Mais c’est vous qui trouvez le chemin. C’est vous qui avez les ressources. Mon travail est de vous aider à y accéder.

Prenons l’exemple de la phobie. Une personne a peur des araignées. En hypnose classique, on pourrait lui faire une désensibilisation systématique. En hypnose ericksonienne, on va explorer ce que représente cette araignée pour elle. Peut-être est-elle liée à un sentiment d’impuissance, à une situation où elle s’est sentie piégée. En transformant la signification, la peur diminue naturellement.

Je ne vous demande pas de croire. Je vous invite à expérimenter. L’hypnose ericksonienne est une pratique, pas une croyance. Vous pouvez être sceptique et pourtant ressentir des changements. Beaucoup de mes patients le sont au début.

Ce qui compte, c’est votre expérience. Et votre expérience, c’est que vous êtes capable de changer bien plus que vous ne le pensez.

Ce que l’hypnose ericksonienne ne fait pas

Pour être honnête, il est important de dire ce que cette approche ne fait pas.

Elle ne fait pas disparaître les difficultés par magie. Un blocage ne se dissout pas en une séance, sauf exceptions. C’est un processus, un chemin. Parfois rapide, parfois plus long. Mais toujours respectueux de votre rythme.

Elle ne vous rend pas passif. Vous restez acteur de votre changement. L’hypnose n’est pas une pilule miracle. C’est un outil que vous apprenez à utiliser.

Elle ne remplace pas un suivi médical ou psychiatrique. Si vous souffrez de dépression sévère, de troubles psychotiques ou de pensées suicidaires, l’hypnose peut être un complément, mais elle ne doit pas être le seul recours. Consultez d’abord un médecin.

Elle ne vous transforme pas en quelqu’un d’autre. Elle vous aide à devenir plus pleinement vous-même. À déposer ce qui vous encombre, à retrouver ce qui est essentiel.

Je suis transparent sur ces limites. Je préfère que vous veniez avec des attentes réalistes plutôt qu’avec des espoirs irréalistes.

Un exemple concret pour finir

Je vais vous raconter l’histoire de Claire, parce qu’elle illustre bien ce processus.

Claire avait 42 ans, deux enfants, un métier prenant. Elle venait pour une lassitude chronique. « Je suis fatiguée tout le temps. J’ai tout vérifié : prise de sang, thyroïde, sommeil. Tout va bien. Mais je n’ai plus d’énergie. »

En l’écoutant, j’ai entendu autre chose. Elle disait « je suis fatiguée », mais elle parlait aussi de devoir être parfaite au travail, de ne jamais dire non, de gérer seule la maison. Sa fatigue n’était pas un problème médical. C’était un signal. Un blocage à être pleinement vivante.

Nous avons fait plusieurs séances. En hypnose, elle a rencontré une image d’elle-même : une petite fille qui portait une lourde valise. Cette valise contenait toutes les attentes des autres, tous les « il faut », tous les devoirs. Elle la portait depuis si longtemps qu’elle ne savait plus que c’était possible de la poser.

Nous n’avons pas forcé la petite fille à lâcher la valise. Nous l’avons aidée à voir qu’elle pouvait choisir ce qu’elle mettait dedans. Peu à peu, Claire a appris à poser des limites, à prioriser son repos, à accepter l’imperfection.

Sa fatigue n’a pas disparu du jour au lendemain. Mais elle a changé de sens. Ce n’était plus un ennemi à combattre. C’était une amie qui lui disait : « Ralentis. Prends soin de toi. »

Aujourd’hui, quand elle sent la fatigue monter, elle ne lutte plus. Elle s’arrête, elle respire, elle écoute. Et elle dit : « Merci de me rappeler ce qui compte. »

Ce que vous pouvez faire maintenant

Si vous vous reconnaissez dans ces histoires, si vous sentez qu’un blocage vous empêche d’avancer, je vous invite à faire une chose simple.

Prenez un moment, seul, dans un endroit calme. Posez-vous cette question : « Si mon blocage (cette anxiété, cette peur, cette habitude) avait un message pour moi, quel serait-il ? »

N’essayez pas de trouver une réponse logique. Laissez venir une image, une sensation, un mot. Peut-être rien ne viendra. C’est normal. Mais si quelque chose émerge, accueillez-le sans jugement. Notez-le.

Ce premier pas, celui de l’écoute intérieure, c’est déjà un début de transformation. Vous n’êtes plus en lutte. Vous êtes en dialogue.

Et si vous souhaitez aller plus loin, je suis là. Mon cabinet à Saintes vous accueille pour un premier échange, sans engagement. On prend le temps de se rencontrer, d’écouter ce qui se dit, et de voir si l’hypnose ericksonienne peut vous être utile.

Parce qu’au fond, vos blocages ne sont pas vos ennemis. Ils sont les gardiens d’une partie de vous qui attend d’être entendue.

Et quand vous les écoutez, ils deviennent vos meilleurs alliés.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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