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Hypnose : entre suggestibilité élevée et peur de perdre le contrôle

Apprivoisez la sensation de lâcher-prise sans crainte.

TSThierry Sudan
23 avril 202614 min de lecture

« Je n’arrive pas à lâcher prise. Dès que je ferme les yeux, mon cerveau s’emballe. » C’est la phrase que j’entends le plus souvent en consultation, parfois dès les premières minutes. La personne est installée dans le fauteuil, les mains croisées sur les genoux, le regard un peu tendu. Elle vient chercher un apaisement, une solution à son anxiété, à son insomnie ou à cette manie de toujours tout contrôler. Mais en même temps, quelque chose la retient : une peur diffuse de perdre la main, de ne plus maîtriser ce qui se passe dans sa tête. « Et si je restais bloqué ? Et si je disais des choses que je ne veux pas dire ? Et si je ne revenais pas ? »

Je comprends cette crainte. Elle est légitime, et même logique. Quand on a passé des années, parfois des décennies, à construire une carapace de contrôle pour se sentir en sécurité, l’idée de lâcher prise peut ressembler à un saut dans le vide sans parachute. Pourtant, l’hypnose ne demande pas de lâcher prise comme on abandonne les commandes d’un avion. Elle propose autre chose : un lâcher-prise apprivoisé, progressif, où vous restez aux commandes, même si la sensation est différente.

Alors, comment faire quand on est à la fois très sensible à l’hypnose – ce qu’on appelle une suggestibilité élevée – et terrifié à l’idée de perdre le contrôle ? C’est le paradoxe que beaucoup de mes patients vivent. Et c’est exactement ce dont nous allons parler dans cet article.

Pourquoi la peur de perdre le contrôle est-elle si intense chez les personnes suggestibles ?

Commençons par un constat : plus vous êtes réceptif aux suggestions, plus votre esprit est capable de plonger rapidement dans un état modifié de conscience. C’est une grande force. Les personnes hautement suggestibles ont souvent une imagination vive, une capacité à se projeter dans des images mentales, à ressentir des émotions de manière intense. Ce sont des qualités précieuses pour l’hypnose thérapeutique, mais aussi pour la vie quotidienne : elles permettent de s’adapter, de ressentir l’art, de comprendre les autres.

Mais cette même sensibilité peut devenir un piège. Parce que vous sentez que vous pourriez « partir » très loin, très vite. Et cette perspective fait peur. Vous avez peut-être déjà expérimenté des moments où vous étiez tellement absorbé par un film, une lecture ou une conversation que vous avez perdu la notion du temps. Pour certains, c’est agréable. Pour d’autres, c’est une perte de repères inquiétante.

La peur de perdre le contrôle est souvent liée à un besoin profond de sécurité. Elle se manifeste chez des personnes qui ont appris, souvent très tôt, à ne pas faire confiance à leur environnement ou à leurs propres émotions. Peut-être avez-vous grandi dans un contexte où il fallait être parfait, où les imprévus étaient mal vus, ou où vous avez dû gérer des situations imprévisibles en vous accrochant à un semblant de maîtrise. Le contrôle est devenu une bouée de sauvetage.

« Le contrôle n’est pas un défaut, c’est une stratégie de survie. Votre esprit a appris à tout gérer pour vous protéger. L’hypnose ne vise pas à briser cette stratégie, mais à lui offrir un congé mérité. »

Quand vous arrivez en séance, votre système nerveux est en alerte. L’idée de « lâcher prise » active les mêmes zones cérébrales que celles qui s’activent face à un danger. Votre corps se prépare à fuir ou à combattre. C’est pour cela qu’une approche trop directe (« Détendez-vous, respirez, laissez aller ») peut provoquer l’effet inverse : plus vous essayez de lâcher prise, plus vous vous crispez.

Je vois souvent des patients qui me disent : « Je suis trop dans ma tête. » En réalité, ils ne sont pas trop dans leur tête. Ils sont trop dans une partie de leur tête qui essaie de tout contrôler. Et cette partie, qui a très bien fait son travail pendant des années, a juste besoin d’apprendre à se mettre en veille, pas à disparaître.

Comment l’hypnose ericksonienne contourne le besoin de contrôle sans le nier

Milton Erickson, le père de l’hypnose que je pratique, avait une compréhension très fine de la résistance. Il ne considérait pas la résistance comme un obstacle, mais comme une information précieuse. Si une personne ne « lâche pas prise », ce n’est pas qu’elle est « coincée ». C’est qu’elle a une bonne raison de ne pas le faire. Erickson disait souvent que l’hypnose n’est pas un rapport de force, mais un partenariat.

Concrètement, comment ça se passe ? Au lieu de vous demander de fermer les yeux et de vous détendre immédiatement, je vais commencer par valider votre contrôle. Je vais vous dire : « Vous pouvez garder les yeux ouverts si vous préférez. Vous pouvez bouger. Vous pouvez parler. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec ce que je dis. » Cette permission, aussi simple soit-elle, change tout. Votre cerveau n’est plus en mode défense. Il n’a pas besoin de lutter contre une suggestion qui lui dit de lâcher prise, parce que la suggestion lui dit exactement le contraire : « Tu peux rester en contrôle. »

C’est ce qu’on appelle l’utilisation. On utilise la résistance comme un levier. Si vous êtes tendu à l’idée de lâcher prise, on va travailler avec cette tension, pas contre elle. On peut même l’amplifier volontairement pendant quelques secondes, pour que votre corps comprenne qu’il peut aussi choisir de se détendre. C’est contre-intuitif, mais terriblement efficace.

Prenons un exemple anonyme. Un patient, appelons-le Marc, est venu me voir pour une anxiété sociale. Il était hyper-vigilant, incapable de se détendre en public. En séance, dès que je lui demandais de fermer les yeux, il les rouvrait au bout de dix secondes, avec un regard paniqué. Je lui ai proposé de garder les yeux ouverts, de regarder un point fixe sur le mur. Puis je lui ai dit : « Tu peux bouger un doigt si tu veux, ou cligner des yeux. Tu es le seul maître à bord. » Petit à petit, son souffle s’est calmé. Il a commencé à cligner des yeux plus lentement. Au bout de vingt minutes, il a fermé les yeux de lui-même, sans que je le lui demande. Il avait simplement décidé que c’était sûr.

L’hypnose ericksonienne ne vous endort pas. Elle ne vous fait pas perdre le contrôle. Elle vous apprend à déléguer une partie de la gestion à votre inconscient, tout en gardant un œil sur le tableau de bord. C’est comme passer d’une conduite manuelle à une conduite assistée : vous êtes toujours au volant, mais la voiture fait une partie du travail.

La suggestibilité élevée : un super-pouvoir à apprivoiser

Avoir une suggestibilité élevée, c’est comme avoir un moteur de Formule 1 dans une voiture de ville. C’est puissant, mais ça demande un apprentissage. Si vous êtes très suggestible, vous allez probablement ressentir les suggestions très rapidement. Vous pourriez avoir des sensations de lourdeur, de légèreté, de chaleur, ou des images très nettes qui apparaissent dans votre esprit. C’est un atout énorme pour la thérapie, parce que cela signifie que votre inconscient est réceptif et prêt à intégrer de nouvelles ressources.

Mais cette même rapidité peut faire peur. Vous pouvez avoir l’impression que tout va trop vite, que vous êtes « aspiré ». C’est pourquoi il est essentiel de ralentir le processus, de le fractionner. On ne plonge pas en eau profonde du premier coup. On commence par mettre un orteil, puis le pied, puis la cheville.

En pratique, je guide souvent les personnes avec une suggestibilité élevée vers un état de conscience modifié très léger, presque imperceptible. Un état où vous êtes encore totalement présent, où vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment, mais où vous commencez à ressentir une différence. Une sensation de flottement, une respiration plus ample. On reste dans une zone de confort. Et on y reste jusqu’à ce que vous soyez prêt à aller un cran plus loin.

« L’hypnose n’est pas un état binaire (dedans/dehors). C’est un spectre. Vous pouvez être à 10 % d’hypnose, à 40 %, à 80 %. Et vous contrôlez le curseur. »

Un autre point important : la suggestibilité élevée ne signifie pas que vous êtes « faible » ou « influençable » dans la vie réelle. C’est une capacité cognitive, comme d’autres ont une bonne mémoire visuelle ou une oreille musicale. Et comme toute capacité, elle peut être dirigée. Une personne très suggestible peut aussi très bien dire non. En séance, si une suggestion ne vous convient pas, votre inconscient la rejettera automatiquement. Vous ne ferez jamais quelque chose que vous ne voulez pas faire, même en état d’hypnose. Votre système de valeurs reste intact. C’est une idée fausse très répandue : non, vous ne pouvez pas être forcé à révéler un secret ou à faire quelque chose de contraire à votre éthique sous hypnose. Votre esprit a des garde-fous.

Les 3 étapes concrètes pour lâcher prise sans peur en séance

Je vais vous donner ici les trois étapes que j’utilise systématiquement avec les personnes qui ont cette double sensibilité : forte suggestibilité et peur de perdre le contrôle. Ce sont des repères que vous pouvez garder en tête, que ce soit pour votre première séance ou pour approfondir votre pratique.

1. La phase de sécurisation : le cadre d’abord

Avant même de commencer l’induction, nous passons du temps à construire un cadre de sécurité. Cela signifie que vous savez exactement comment va se dérouler la séance, ce que vous pouvez attendre, et surtout ce que vous pouvez faire si vous ne vous sentez pas bien. Je vous propose toujours un signal de sortie : lever un doigt, ouvrir les yeux, dire un mot. Ce signal est sacré. Si vous le faites, la séance s’arrête immédiatement. Pas de discussion, pas de « continuez un peu ». Cela vous donne un pouvoir absolu sur le processus. Votre cerveau peut alors se détendre, parce qu’il sait qu’il a une issue de secours.

2. L’induction par la dissociation : regarder de loin

Au lieu de vous demander de « vous concentrer sur votre corps » (ce qui peut être anxiogène si vous êtes tendu), je vais vous inviter à observer votre expérience comme si vous étiez un témoin. Par exemple : « Vous pouvez simplement remarquer la sensation de votre souffle, sans la modifier. Et si vous voulez la modifier, vous le pouvez aussi. » Cette position de témoin crée une distance. Vous n’êtes plus dans l’expérience, vous la regardez. Et regarder une expérience est bien moins menaçant que de la vivre pleinement. C’est une forme de contrôle subtil mais très puissant.

3. La suggestion de « contrôle partagé »

Je vais utiliser des suggestions qui incluent votre conscient et votre inconscient. Par exemple : « Une partie de vous écoute ma voix, et une autre partie peut explorer des sensations intérieures. » Ou encore : « Votre esprit conscient peut continuer à penser à ce qu’il veut, pendant que votre inconscient fait ce qu’il a à faire. » Cela permet à votre besoin de contrôle de rester actif, tout en laissant de l’espace pour le lâcher-prise. C’est comme avoir un pied sur le frein et un pied sur l’accélérateur. Les deux peuvent coexister.

Ces trois étapes ne sont pas magiques. Elles sont le fruit d’une pratique qui respecte le rythme de chacun. Avec certains patients, on passe plusieurs séances à juste « jouer » avec ces sensations, sans jamais entrer dans un état d’hypnose profond. Et c’est très bien. L’important n’est pas d’atteindre un état particulier, mais de se sentir en sécurité pour explorer.

Ce que l’hypnose ne fait pas (et pourquoi c’est rassurant)

Il est aussi important de dire ce que l’hypnose ne fait pas. Parce que les peurs viennent souvent d’idées reçues, de films ou de spectacles de scène. L’hypnose thérapeutique n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. Voici donc quelques vérités rassurantes.

L’hypnose ne vous fait pas perdre conscience. Vous restez éveillé. Vous entendez tout ce qui se dit autour de vous, même si vous êtes très détendu. Vous pouvez ouvrir les yeux à tout moment. Certains patients me disent en fin de séance : « Je n’ai pas été hypnotisé, j’ai tout entendu. » Et c’est parfait. L’état hypnotique n’est pas un sommeil, c’est un état de conscience modifié, où l’attention est focalisée et où le filtre critique est abaissé, mais jamais supprimé.

L’hypnose ne vous fait pas faire des choses contre votre gré. Votre inconscient est un gardien fidèle de vos valeurs. Si une suggestion va à l’encontre de ce que vous êtes, elle sera rejetée. Vous ne pouvez pas être amené à révéler un mot de passe, à insulter quelqu’un, ou à faire le coq sur une table. Le cerveau a des mécanismes de protection très solides.

L’hypnose ne vous laisse pas « bloqué » dans un état. Il n’existe aucun cas documenté de personne restée coincée en état d’hypnose. Si le praticien s’arrêtait de parler, vous sortiriez naturellement de l’état hypnotique en quelques secondes ou minutes, comme on sort d’une rêverie. C’est un état physiologique normal, que votre cerveau traverse plusieurs fois par jour (quand vous êtes dans le train et que vous regardez par la fenêtre sans voir, par exemple).

Enfin, l’hypnose n’est pas une thérapie « rapide » qui règle tout en une séance. Parfois, des changements se produisent vite, surtout si la peur du contrôle est levée. Mais souvent, c’est un processus. On travaille en profondeur, on dénoue des nœuds qui sont là depuis longtemps. Et c’est tant mieux, parce que ces nœuds méritent d’être défaits avec douceur.

Un exercice simple pour expérimenter le contrôle dans le lâcher-prise

Avant de conclure, je voudrais vous proposer un petit exercice que vous pouvez faire seul, chez vous, sans aucun risque. Il vous permettra de goûter à cette sensation de contrôle partagé.

Installez-vous confortablement, dans un endroit calme. Posez vos mains sur vos cuisses, paumes vers le haut. Prenez une inspiration, et soufflez lentement. Maintenant, levez votre main droite à quelques centimètres de votre cuisse. Gardez-la en l’air. Vous sentez l’effort dans votre épaule ? C’est votre contrôle volontaire. Maintenant, tout en gardant votre main droite en l’air, imaginez que votre main gauche devient très légère, comme si un ballon la soulevait doucement. Ne faites rien pour l’aider. Juste imaginez. Peut-être que votre main gauche va bouger un peu, peut-être pas. L’important n’est pas le mouvement. L’important est que vous expérimentez deux choses en même temps : un contrôle actif (main droite levée) et une ouverture à une suggestion (main gauche qui pourrait s’alléger). Vous êtes à la fois acteur et spectateur.

Vous pouvez rester ainsi quelques secondes, puis poser votre main droite et laisser votre main gauche revenir doucement. Ce petit jeu, c’est l’essence même de l’hypnose : garder un point d’ancrage conscient tout en laissant de l’espace à l’inconscient.

Conclusion : l’hypnose n’est pas une perte de contrôle, mais un élargissement de celui-ci

Si vous lisez ces lignes et que vous vous reconnaissez dans cette peur de lâcher prise, sachez que vous n’êtes pas seul. Beaucoup de mes patients, sportifs, cadres, artistes, parents, partagent cette même appréhension. Et pourtant, ce sont souvent les mêmes qui, une fois apprivoisée, deviennent les plus réceptifs aux changements profonds.

L’hypnose ne vous demande pas de baisser la garde. Elle vous invite à ouvrir une porte intérieure, en sachant que vous pourrez la refermer à tout moment. Elle ne vous enlève rien, elle vous offre un outil supplémentaire pour dialoguer avec vous-même. La suggestibilité élevée n’est pas une vulnérabilité, c’est une sensibilité qui,

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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