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Hypnose : est-ce que vous perdez le contrôle ? Réponse

La vérité sur la conscience et la volonté en transe.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Je reçois régulièrement cette question, presque timidement, en début de séance. Parfois, elle est formulée autrement : « Est-ce que je vais dire des choses que je ne veux pas dire ? », « Vous allez prendre le contrôle de mon esprit ? », ou encore « Si je suis trop réceptif, est-ce que je vais rester bloqué en transe ? ».

Je comprends ces craintes. Elles sont légitimes. L’hypnose, dans l’imaginaire collectif, est souvent associée à des shows télévisés où des participants semblent transformés en marionnettes, obéissant à des ordres ridicules. Pourtant, la réalité est bien différente, et sans doute plus rassurante.

Prenons un exemple. La semaine dernière, un homme d’une cinquantaine d’années, cadre stressé, s’est assis dans mon fauteuil. Il m’a dit : « Je veux bien essayer, mais si je sens que je perds le contrôle, j’arrête tout. » Je lui ai souri et répondu : « C’est justement parce que vous gardez le contrôle que ça fonctionnera. »

Cette réponse l’a surpris. Elle surprend presque tout le monde. Alors, clarifions une bonne fois pour toutes ce qui se passe vraiment dans votre tête pendant une séance d’hypnose.

Qu’est-ce que l’hypnose change vraiment dans votre conscience ?

Pour comprendre si vous perdez le contrôle, il faut d’abord comprendre ce qu’est l’état hypnotique. Ce n’est ni un sommeil, ni un coma, ni une possession. C’est un état de conscience modifié, naturel, que vous expérimentez déjà plusieurs fois par jour sans le savoir.

Vous êtes-vous déjà surpris à conduire sur une route familière, arrivé à destination sans vous souvenir du trajet ? Avez-vous déjà été absorbé par un film au point d’oublier l’heure ? Ou bien, en lisant un roman captivant, avez-vous cessé d’entendre les bruits autour de vous ?

Voilà. Vous venez de faire l’expérience de la transe légère.

L’hypnose que je pratique, l’hypnose ericksonienne, ne crée pas un état artificiel. Elle utilise cette capacité naturelle de votre cerveau à focaliser son attention. Pendant une séance, votre conscience ne disparaît pas. Elle se déplace. Imaginez que votre attention soit un projecteur. En temps normal, il éclaire une large scène : vos pensées, votre corps, les bruits extérieurs, votre liste de courses, votre anxiété. En hypnose, ce projecteur se resserre sur un point précis, mais le reste de la scène reste là, en arrière-plan.

Concrètement, que ressentez-vous ? Vous entendez ma voix, mais elle semble venir de loin. Vous êtes conscient de votre respiration, mais elle semble presque automatique. Vous pourriez ouvrir les yeux à tout moment, mais vous n’en avez pas envie. Vous pourriez vous lever et partir, mais vous choisissez de rester.

La différence fondamentale avec l’état ordinaire, c’est que votre critique intérieur – cette petite voix qui analyse, juge, commente – s’apaise. Votre cerveau passe en mode « traitement de fond », comme un ordinateur qui lance une grosse mise à jour sans bloquer les autres applications. Vous êtes toujours là, vous êtes toujours vous, mais vous avez accès à des ressources auxquelles vous n’aviez pas accès en pleine conscience analytique.

« L’hypnose ne vous enlève rien. Elle vous prête une loupe pour regarder ce que vous cachiez. »

Pourquoi vous gardez le contrôle (et comment le vérifier)

C’est le point qui fâche, celui qui inquiète le plus. Alors, faisons un test mental ensemble.

Imaginez que je vous dise : « Maintenant, vous allez oublier votre prénom. » Vous êtes en train de lire cet article, vous êtes éveillé, conscient. Est-ce que vous pourriez soudainement ne plus savoir comment vous vous appelez ? Non. Votre prénom est trop ancré, trop connecté à votre identité.

Maintenant, imaginez que vous soyez en séance, bien installé, relaxé, en état de transe. Je répète la même suggestion. Est-ce que vous l’oublieriez ? Non plus. Pourquoi ? Parce que votre cerveau possède un mécanisme de protection puissant : il n’accepte une suggestion que si elle est en accord avec ses valeurs, sa sécurité et sa réalité.

En hypnose, vous n’êtes pas passif. Vous êtes un explorateur actif. Votre inconscient – que je préfère appeler votre « partie créative » ou votre « intelligence intérieure » – écoute mes propositions et décide ce qui est pertinent pour vous. Si je vous suggère de lever le bras, vous pouvez le faire. Mais si je vous suggère de faire quelque chose qui vous semble absurde ou dangereux, votre inconscient refusera net. Vous ouvrirez les yeux, ou vous direz simplement « non » intérieurement.

Je me souviens d’une patiente, professeure des écoles, très anxieuse. En première séance, elle avait peur de « craquer » et de révéler des secrets honteux. Je lui ai proposé un test simple : « Je vais vous demander de lever l’index droit si vous êtes d’accord pour continuer, et l’index gauche si vous voulez faire une pause. » Elle a levé le doigt droit. Puis, en transe, je lui ai dit : « Vous pouvez maintenant ouvrir les yeux quand vous le souhaitez, pour vérifier que vous êtes libre. » Elle a ouvert les yeux au bout de trente secondes, a souri, et a refermé les yeux pour continuer. Elle venait de vérifier par elle-même qu’elle gardait la main.

Le contrôle ne se perd pas. Il se transforme. Vous passez d’un contrôle volontaire, musculaire, analytique, à un contrôle plus subtil, celui de l’intention. Vous pouvez interrompre la séance à tout moment. Vous pouvez refuser une suggestion. Vous pouvez même vous moquer intérieurement de ma voix si elle vous agace. Rien ne vous est imposé.

Les vrais mécanismes : attention, suggestion, et votre filtre critique

Alors, comment ça marche vraiment si vous ne perdez pas le contrôle ? Il y a trois ingrédients clés.

Le premier, c’est l’attention focalisée. En hypnose, je vous aide à concentrer votre attention sur une sensation, une image ou une idée. Votre attention est une ressource limitée. Quand elle est concentrée, le bruit de fond mental s’estompe. Votre cerveau libère de la capacité de traitement. C’est comme si vous aviez un bureau en désordre, et que soudain vous posiez tout ce qui n’est pas utile sur une étagère.

Le deuxième, c’est la suspension du jugement critique. Votre cortex préfrontal, cette partie du cerveau qui analyse, compare, évalue, ralentit son activité. Ce n’est pas une extinction, c’est une baisse de volume. Les suggestions que je formule passent alors plus facilement, non pas parce que vous êtes sans défense, mais parce que vous ne les combattez pas d’avance. Vous les laissez résonner.

Le troisième, c’est la suggestion. Une suggestion, ce n’est pas un ordre. C’est une proposition. Je dis : « Et peut-être que votre respiration peut devenir plus profonde, plus lente, comme si elle trouvait son rythme naturel. » Votre inconscient peut l’accepter, l’ignorer, ou la transformer. Parfois, vous ne respirez pas plus profondément, mais vous sentez vos épaules se relâcher. Votre cerveau a pris la suggestion et l’a adaptée à vos besoins.

Prenons un exemple concret. Un sportif que j’accompagne, coureur de fond, avait une peur panique de « lâcher prise » dans les derniers kilomètres. Il croyait que s’il arrêtait de contrôler sa foulée, il allait ralentir ou se blesser. En séance, je lui ai suggéré que sa foulée pouvait devenir plus fluide, que ses jambes pouvaient trouver leur propre cadence. Il a immédiatement senti une résistance intérieure : « Si je ne contrôle pas, je vais m’effondrer. » Nous avons exploré cette résistance. Ce n’était pas une perte de contrôle, c’était une peur de la confiance. Une fois cette peur identifiée, il a pu accepter la suggestion, et sa foulée s’est améliorée de manière significative.

Le filtre critique n’est pas un ennemi. Il est un gardien. Il vous protège des suggestions qui ne sont pas bonnes pour vous. Si vous avez peur de perdre le contrôle, cette peur est une information précieuse. Elle dit : « Je tiens à mon autonomie. » Et c’est exactement ce qui fait de vous un bon candidat à l’hypnose.

Ce que l’hypnose ne peut PAS vous faire faire

Il est temps de dissiper les mythes les plus tenaces. L’hypnose ne peut pas :

  • Vous faire commettre un acte contraire à vos valeurs morales. Vous ne deviendrez pas un criminel ou un pantin. Votre inconscient est un gardien éthique. Il ne vous laissera pas faire du mal à vous-même ou à autrui.
  • Vous faire révéler des secrets contre votre gré. Si vous avez un secret, il reste votre secret. En transe, vous pouvez choisir de partager quelque chose, mais uniquement si vous êtes en sécurité et si cela sert votre processus. Je ne suis pas un interrogateur, je suis un guide.
  • Vous faire rester bloqué en transe. Personne n’est jamais resté coincé en hypnose. Si je quittais la pièce et ne revenais pas, vous ouvririez les yeux en quelques minutes, ou vous vous endormiriez, puis vous vous réveilleriez naturellement. La transe est un état auto-limitant.
  • Effacer votre mémoire ou implanter de faux souvenirs. L’hypnose n’est pas un lavage de cerveau. Elle peut faciliter l’accès à des souvenirs, mais elle ne peut pas en créer de toutes pièces sans que vous le sachiez. La mémoire reste votre mémoire.
  • Vous guérir magiquement. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne supprime pas une phobie en un claquement de doigts (malgré ce que certains shows laissent croire). Elle crée les conditions pour que votre cerveau trouve ses propres solutions. Cela prend du travail, de la répétition, et de l’implication de votre part.

Je me souviens d’un patient qui venait pour une dépendance au tabac. Il avait entendu dire qu’en une séance d’hypnose, il ne serait plus addict. Je lui ai dit honnêtement : « L’hypnose peut vous aider à changer votre relation à la cigarette, mais si vous n’avez pas envie d’arrêter, elle ne le fera pas à votre place. » Il a souri. Il savait. Nous avons travaillé sur son anxiété sous-jacente, et après trois séances, il a arrêté. Pas parce que je l’ai « contrôlé », mais parce que son inconscient a trouvé une nouvelle façon de gérer le stress.

« L’hypnose ne fait pas de miracles. Elle fait des rencontres. Entre vous et vous-même. »

Comment l’hypnose renforce votre autonomie (au lieu de la diminuer)

Voici le paradoxe le plus puissant de l’hypnose : en acceptant de lâcher un peu le contrôle volontaire, vous gagnez en contrôle réel sur votre vie.

Pensez à une personne qui souffre d’anxiété. Elle passe ses journées à essayer de contrôler ses pensées, ses émotions, ses réactions. Plus elle lutte, plus l’anxiété grandit. C’est le cercle vicieux du contrôle excessif. L’hypnose lui apprend une autre voie : observer sans juger, accueillir sans combattre, laisser passer sans s’accrocher.

En séance, j’accompagne les personnes à explorer leurs parties internes. Par exemple, une partie d’elles veut arrêter de fumer, une autre partie a peur de perdre ce plaisir. Au lieu de réprimer cette peur, nous l’écoutons. Nous lui demandons : « Qu’est-ce que tu protèges ? » Et souvent, la réponse est : « Je protège ta capacité à gérer le stress. » Une fois cette peur entendue, une nouvelle solution émerge, sans lutte.

Ce processus s’appelle l’IFS (Internal Family Systems), ou Système Familial Intérieur. C’est une approche que j’utilise régulièrement. Elle repose sur l’idée que nous sommes tous composés de multiples « parties » qui ont des rôles, des croyances et des émotions différentes. L’hypnose permet de dialoguer avec ces parties, de les apaiser, et de libérer le « Self » – votre essence calme, confiante et connectée.

Résultat ? Vous n’êtes plus en guerre contre vous-même. Vous n’avez plus besoin de contrôler chaque pensée. Vous développez une confiance profonde en votre capacité à gérer les situations. Votre autonomie réelle augmente. Vous devenez moins réactif, plus choisi.

Un exemple concret : une femme venue pour des crises de colère incontrôlables. Elle se sentait possédée par sa rage. En hypnose, nous avons rencontré la partie colérique. C’était une partie très jeune, qui avait appris à hurler pour se protéger dans l’enfance. Une fois reconnue, cette partie a accepté de lâcher prise. La patiente m’a dit après la séance : « Je ne suis plus en colère. Je me sens libre. » Elle n’avait pas perdu le contrôle, elle avait gagné la paix.

Comment vivre une première séance sans crainte

Si vous êtes encore hésitant, voici comment se déroule typiquement une première séance. Vous saurez exactement à quoi vous attendre, et cela vous rassurera.

D’abord, nous parlons. Pas d’hypnose tout de suite. Je vous écoute. Vous me racontez ce qui vous amène, vos peurs, vos espoirs. Je vous explique le processus, je réponds à vos questions. Vous gardez les yeux ouverts, vous êtes pleinement conscient.

Ensuite, je vous propose un test de réceptivité. Rien d’inquiétant. Par exemple, je vous demande de fixer un point au mur, et de lever un doigt quand vous sentez vos paupières devenir lourdes. Vous le faites, ou pas. C’est un jeu. Il n’y a pas d’échec.

Puis, je vous guide dans une induction. Je vous invite à vous installer confortablement, à fermer les yeux si vous le souhaitez, à suivre ma voix. Je vous propose de vous concentrer sur votre respiration, ou sur une sensation dans vos pieds. Vous pouvez suivre ou non. Si votre esprit vagabonde, c’est parfait. Si vous vous endormez, ce n’est pas grave. Si vous restez hyper-éveillé, c’est aussi valable.

Pendant la transe, je formule des suggestions. Je peux vous proposer de visualiser un lieu sûr, de ressentir une vague de détente, ou de dialoguer avec une partie de vous. Vous pouvez répondre par des signes (doigt qui bouge, hochement de tête) ou simplement en ressentant intérieurement.

À la fin, je vous ramène en douceur. Je compte de 1 à 5, et vous ouvrez les yeux. Vous êtes frais, détendu, souvent surpris par le temps passé. Nous échangeons sur votre vécu.

Le plus important : vous pouvez dire « stop » à tout moment. Littéralement. Si vous levez la main et dites « stop », j’arrête immédiatement. Je ne vous testerai jamais. Je ne vous mettrai jamais dans une situation inconfortable. Mon rôle est de créer un espace sécurisé où vous pouvez explorer en toute confiance.

« En hypnose, le seul qui décide vraiment, c’est vous. Moi, je ne fais que poser des questions à votre intelligence intérieure. »

Ce que vous pouvez faire maintenant pour vérifier par vous-même

Vous n’êtes pas obligé de prendre rendez-vous tout de suite. Vous pouvez expérimenter un mini-état hypnotique par vous-même, chez vous, en toute sécurité. Voici un exercice simple.

Asseyez-vous confortablement. Posez vos mains sur vos cuisses. Regardez un point fixe devant vous. Prenez une inspiration lente, et en expirant, laissez vos paupières se fermer doucement. Ne forcez pas. Si elles restent ouvertes, ce n’est pas grave.

Portez votre attention sur votre respiration. Sentez l’air entrer et sortir. Ne cherchez pas à la modifier. Observez-la simplement.

Maintenant, imaginez que vos mains deviennent très légères, comme si elles étaient remplies d’air. Peut-être que vous sentez une légère vibration, ou une envie de bouger les doigts. Peut-être que rien ne se passe. Ce n’est pas important.

Continuez à respirer. Si votre esprit s’égare, ramenez-le doucement sur votre respiration

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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