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Hypnose et douleur chronique : ce que l'histoire nous apprend

Solutions concrètes issues de deux siècles de pratique pour vous.

TSThierry Sudan
23 avril 202612 min de lecture

Je ne vais pas vous raconter l’histoire de l’hypnose en partant de Mesmer et de ses baquets magnétiques. Vous l’avez déjà lue vingt fois. Ce qui m’intéresse, c’est ce que deux cents ans de pratique nous ont appris sur un sujet qui concerne des millions de personnes : la douleur chronique.

Je reçois des adultes à Saintes depuis 2014. Beaucoup arrivent avec un dossier médical épais, des examens d’imagerie, des ordonnances. Ils ont vu des rhumatologues, des neurologues, des kinésithérapeutes. Parfois un psychiatre. On leur a dit : « Il faut apprendre à vivre avec. » Ou pire : « C’est dans votre tête. »

Ni l’un ni l’autre n’est acceptable. Mais l’histoire de l’hypnose, elle, nous offre une troisième voie. Elle nous montre que la douleur n’est pas un simple signal d’alarme, mais une expérience construite par le cerveau. Et que cette construction peut être modifiée.

Prenons un exemple récent. Un coureur amateur, la quarantaine, vient me voir pour une douleur au genou droit. Diagnostic : tendinite rotulienne. Il a réduit son entraînement, fait des étirements, pris des anti-inflammatoires. Ça va mieux, mais ça revient dès qu’il reprend. Il me dit : « Je sens que mon genou me lâche. » En séance, sous hypnose, on explore la sensation. Elle prend une forme, une couleur, un mouvement. On lui propose de la déplacer vers la gauche, puis de la réduire. En quelques minutes, la douleur passe de 7 à 2 sur une échelle de 0 à 10. Il ouvre les yeux, stupéfait.

Est-ce que la tendinite a disparu ? Non. Est-ce que la sensation de « lâchage » a changé ? Oui, complètement. Et cela a suffi pour qu’il reprenne la course sans peur, progressivement, sans rechute.

Ce n’est pas un miracle. C’est un mécanisme que l’on comprend mieux grâce à deux siècles de tâtonnements, d’échecs et de découvertes.

Pourquoi votre cerveau fabrique encore de la douleur alors que la blessure est guérie

La douleur chronique, c’est un fantôme qui a pris le contrôle de la maison. La blessure initiale est partie depuis longtemps, mais le système d’alarme reste allumé. Pourquoi ? Parce que votre cerveau a appris à avoir peur.

L’histoire de l’hypnose nous éclaire ici. Au 19e siècle, John Elliotson, chirurgien londonien, pratiquait des amputations sous hypnose. Ses patients ne ressentaient aucune douleur. À l’époque, on parlait de magnétisme animal, de fluide. Aujourd’hui, on sait que l’hypnose modifie l’activité du cortex cingulaire antérieur, une région clé dans la perception de la douleur. Elle ne bloque pas le signal, mais change la façon dont le cerveau l’interprète.

Quand vous avez mal au dos depuis trois ans, votre cerveau a créé des connexions neuronales spécifiques. Chaque fois que vous vous penchez, une petite décharge électrique parcourt un réseau qui dit : « Attention, danger, douleur. » Même si vos disques intervertébraux sont en parfait état. Le problème n’est plus mécanique, il est neurologique.

C’est là que l’hypnose intervient. Elle permet de « réécrire » le scénario. Sous hypnose, je ne vous demande pas d’oublier la douleur. Je vous propose de la regarder autrement. De lui donner une texture, une couleur, une température. Et ensuite, de modifier ces qualités. La douleur devient floue, chaude, lointaine. Le cerveau, qui est un fabricant de sens, se dit : « Tiens, ce signal a changé. Il n’est plus aussi menaçant. »

Un patient que j’ai suivi pour une fibromyalgie décrivait sa douleur comme « une barre de fer rouillée plantée dans le dos ». Après trois séances d’hypnose, la barre est devenue « un tube en plastique souple ». Le signal était toujours là, mais il avait perdu sa capacité à déclencher la peur. Et sans peur, la douleur perd son emprise.

La douleur chronique n’est pas un capteur qui dysfonctionne, c’est un système d’alarme qui a appris à rester allumé. L’hypnose ne coupe pas l’alarme, elle en change le volume.

L’hypnose ne guérit pas, elle désapprend

Je dois être clair. L’hypnose n’est pas un médicament. Elle ne répare pas un ligament déchiré, ne fait pas fondre une hernie discale, ne régule pas une thyroïde. Ce n’est pas son rôle.

Ce qu’elle fait, c’est désapprendre la douleur.

Revenons à l’histoire. Au début du 20e siècle, le psychiatre Milton Erickson, considéré comme le père de l’hypnose moderne, traitait des patients avec des douleurs chroniques sévères. Il ne cherchait pas à les guérir au sens médical. Il leur apprenait à vivre autrement avec leur corps. Une de ses patientes, souffrant de douleurs faciales depuis des années, ne pouvait plus sourire sans grimacer. Erickson lui a suggéré, sous hypnose, que sa douleur était « une vieille connaissance bruyante » qu’elle pouvait inviter à s’asseoir dans un coin de la pièce. La douleur était toujours là, mais elle n’occupait plus tout l’espace.

Cette idée est fondamentale. La plupart des traitements contre la douleur chronique visent à supprimer le signal. Médicaments, blocages, chirurgie. Mais le signal n’est que la partie émergée de l’iceberg. En dessous, il y a l’apprentissage. Le corps a mémorisé la douleur.

Prenons l’exemple d’une entorse de la cheville. La blessure guérit en six semaines. Pourtant, certains patients continuent à boiter un an après. Pourquoi ? Parce que le cerveau a appris à éviter certains mouvements. Il a créé une « carte » de la douleur. Boiter devient une habitude, un réflexe. L’hypnose permet d’effacer cette carte et d’en dessiner une nouvelle.

Je travaille régulièrement avec des footballeurs amateurs. Un jeune joueur, 22 ans, s’est blessé à la cheville gauche. Après trois mois de rééducation, il n’avait plus de douleur, mais il ne pouvait pas tirer de l’intérieur du pied. Son cerveau avait gardé la mémoire du choc. Sous hypnose, on a revisité la scène de la blessure, puis on a « réécrit » la fin. Il a recommencé à tirer sans appréhension en deux séances.

Est-ce que l’hypnose a guéri sa cheville ? Non, elle était déjà guérie. Elle a guéri sa peur.

Comment l’hypnose transforme une sensation insupportable en simple gêne

Vous avez peut-être déjà vécu ceci : vous vous cognez l’orteil contre un meuble, la douleur est atroce pendant trente secondes, puis elle s’estompe. Maintenant, imaginez que cette douleur atroce dure des mois. C’est la réalité de la douleur chronique.

Ce qui rend la douleur chronique insupportable, ce n’est pas l’intensité, c’est la durée et l’absence de sens. Une douleur aiguë a une cause, une fin prévisible. La douleur chronique n’a ni l’un ni l’autre.

L’hypnose agit sur trois leviers.

Le premier : la dissociation. Sous hypnose, vous pouvez vous détacher de la sensation. Vous la regardez de l’extérieur, comme un spectateur. Un patient décrivait sa douleur au dos comme « un marteau-piqueur dans les lombaires ». Après une séance de dissociation, il disait : « Je vois le marteau-piqueur, mais il est derrière une vitre. Je l’entends, je le vois, mais il ne me touche plus. » La sensation était toujours là, mais elle avait perdu son pouvoir de souffrance.

Le deuxième : la modification sensorielle. On peut changer les qualités de la douleur. La rendre plus froide, plus floue, plus lointaine. Une patiente atteinte de névralgie faciale décrivait sa douleur comme « un courant électrique brûlant ». Sous hypnose, on a transformé le courant en « eau tiède qui coule ». La douleur n’a pas disparu, mais elle est devenue tolérable. Elle pouvait manger, parler, dormir.

Le troisième : la recontextualisation. On donne un nouveau sens à la douleur. Un ancien rugbyman que j’ai suivi pour des douleurs chroniques aux épaules avait du mal à accepter son corps qui vieillissait. Sous hypnose, on a transformé la douleur en « mémoire de tous les plaquages réussis ». La sensation est devenue un signe de force, pas de faiblesse. Son rapport à la douleur a changé du tout au tout.

Ce qui rend la douleur chronique insupportable, ce n’est pas l’intensité, c’est l’absence de sens. L’hypnose lui redonne un sens, et donc une limite.

Pourquoi certaines douleurs résistent à tout sauf à l’hypnose

J’ai une confession à faire. L’hypnose ne fonctionne pas à tous les coups. Parfois, elle échoue. Mais quand elle réussit, c’est souvent là où tout a échoué.

Pourquoi ? Parce que la douleur chronique est un problème de rapport au corps. Et l’hypnose est un outil qui travaille directement ce rapport.

Prenons le cas des douleurs neuropathiques. Ce sont des douleurs causées par une lésion du système nerveux lui-même. Les médicaments classiques (anti-inflammatoires, paracétamol) sont souvent inefficaces. Les antidépresseurs et les antiépileptiques peuvent aider, mais avec des effets secondaires lourds. L’hypnose, elle, n’a pas d’effets secondaires.

Je pense à une patiente de 58 ans, atteinte de zona ophtalmique. La douleur était décrite comme « des coups de poignard dans l’œil toutes les cinq minutes ». Elle avait tout essayé. En première séance, sous hypnose, on a transformé les coups de poignard en « picotements de fourmis ». La douleur n’a pas disparu, mais elle n’était plus insupportable. Après six séances, les crises étaient passées de trente par jour à trois.

Comment expliquer cela ? Le zona attaque les nerfs, mais la douleur chronique qui persiste après la guérison est entretenue par le cerveau. L’hypnose ne répare pas le nerf, mais elle apprend au cerveau à ignorer le signal erroné.

L’histoire nous montre que l’hypnose a été utilisée avec succès dans des contextes où la médecine conventionnelle était impuissante. Pendant la guerre de Sécession, des médecins ont pratiqué des amputations sous hypnose, faute d’anesthésiques. Les patients ne ressentaient pas la douleur. Ce n’était pas de la suggestion, c’était une modification réelle de la perception.

Aujourd’hui, les neurosciences confirment ce que les praticiens du 19e siècle avaient observé : l’hypnose réduit l’activité des zones cérébrales liées à la douleur (insula, cortex cingulaire antérieur) et augmente l’activité des zones liées au contrôle (cortex préfrontal). Ce n’est pas magique, c’est neurologique.

L’erreur que tout le monde fait avec la douleur chronique

La plupart des personnes souffrant de douleur chronique font la même erreur : elles cherchent à éliminer la douleur complètement. Elles veulent le zéro douleur.

C’est compréhensible. Mais c’est contre-productif.

Pourquoi ? Parce que la quête du zéro douleur maintient le cerveau en état d’alerte. Chaque fois que vous vérifiez si la douleur est encore là, vous renforcez le réseau neuronal qui la produit. Vous arrosez la mauvaise herbe.

L’hypnose vous apprend à accepter la douleur sans la combattre. Ce n’est pas de la résignation, c’est de la stratégie. Quand vous cessez de lutter contre la douleur, elle perd une partie de son intensité. C’est le paradoxe de l’acceptation.

Un patient que j’ai suivi pour des migraines chroniques (15 crises par mois) était obsédé par la prévention. Il prenait des triptans au moindre signe, évitait la lumière, le bruit, certains aliments. Il vivait dans la peur de la prochaine migraine. En hypnose, on a travaillé sur l’accueil de la douleur. « Quand la migraine arrive, au lieu de paniquer, tu l’invites à s’asseoir. Tu lui dis : “Bonjour, je sais que tu es là, je ne vais pas lutter contre toi.” » Au début, il a trouvé ça absurde. Mais après trois séances, ses crises sont passées de 15 à 8 par mois. Et surtout, celles qui restaient étaient moins intenses.

Il n’a pas guéri de ses migraines. Mais il a cessé d’être leur victime.

Chercher le zéro douleur, c’est comme vouloir arrêter de pleuvoir en agitant un parapluie. L’hypnose vous apprend à danser sous la pluie.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant, sans rendez-vous

Je ne vais pas vous laisser sans rien. Voici trois choses que vous pouvez essayer ce soir, chez vous, avant même de prendre rendez-vous.

1. La respiration en triangle. Asseyez-vous confortablement. Inspirez en comptant jusqu’à 4. Retenez votre souffle en comptant jusqu’à 4. Expirez en comptant jusqu’à 4. Faites cela cinq fois. Pendant l’expiration, imaginez que la douleur s’écoule hors de votre corps comme de l’eau. Ce n’est pas miraculeux, mais ça calme le système nerveux.

2. La douleur comme objet. Fermez les yeux. Imaginez votre douleur. Donnez-lui une forme, une couleur, une texture. Maintenant, imaginez que vous la posez sur une table à côté de vous. Vous la regardez de l’extérieur. Elle est là, mais elle n’est plus en vous. Restez ainsi trente secondes. C’est un exercice de dissociation simple.

3. Le changement de température. Concentrez-vous sur la zone douloureuse. Imaginez que vous appliquez de la glace sur la zone. La douleur devient froide, engourdie. Puis imaginez que vous appliquez de la chaleur. La douleur devient chaude, diffuse. Alternez plusieurs fois. Vous apprendrez à votre cerveau que la douleur n’est pas fixe, qu’elle peut changer.

Ces exercices ne remplacent pas une séance d’hypnose. Mais ils vous montrent que vous avez plus de contrôle que vous ne le croyez.

Pourquoi j’écris cet article aujourd’hui

Je pourrais vous parler de l’IFS (Internal Family Systems) ou de l’Intelligence Relationnelle, qui sont des approches que j’utilise aussi avec les personnes que je reçois. Mais sur la douleur chronique, l’hypnose reste l’outil le plus direct, le plus rapide, le plus documenté.

L’histoire de l’hypnose est une histoire de pragmatisme. Depuis deux cents ans, des praticiens ont observé des choses qui fonctionnaient, sans toujours comprendre pourquoi. Aujourd’hui, on commence à comprendre. Et ce qu’on comprend, c’est que la douleur chronique n’est pas une fatalité. C’est un apprentissage. Et ce qui s’apprend peut se désapprendre.

Si vous lisez ces lignes et que vous souffrez depuis des mois ou des années, je ne vous promets pas que l’hypnose effacera votre douleur. Mais je vous promets qu’elle peut changer votre rapport à elle. Et parfois, ce changement suffit à redonner de l’espace pour vivre.

Je reçois à Saintes, en cabinet, du lundi au jeudi. Les séances durent une heure. La première est un entretien pour comprendre votre histoire. Si vous voulez essayer, vous pouvez me contacter via mon site. Pas d’obligation, pas de pression. Juste une porte ouverte.

Prenez soin de vous.

Thierry Sudan

À propos de l'auteur

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Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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