Thierry Sudan
— Hypnose

Hypnose et phobies : comment ça marche vraiment ?

Pourquoi une phobie ne se raisonne pas, ce que l’hypnose ericksonienne et l’imagerie cérébrale nous apprennent, et le déroulé pas à pas d’un accompagnement pour apaiser une peur irrationnelle.

Hypnose et phobies : comment ça marche vraiment ?
Photo par SHVETS production sur Pexels

Vous savez que l’araignée dans la salle de bain ne peut pas vous faire de mal. Vous savez que l’avion est l’un des moyens de transport les plus sûrs. Vous savez que l’ascenseur ne va pas se bloquer. Et pourtant, votre cœur s’emballe, vos mains deviennent moites, et tout votre corps vous pousse à fuir.

C’est le propre d’une phobie : une peur intense, disproportionnée, qui résiste à la raison. Ce n’est pas un manque de courage, c’est un mécanisme de protection mal calibré. L’hypnose est l’une des approches qui permettent de le recalibrer en douceur. Voici comment.

Pourquoi une phobie ne se contrôle pas par la volonté

Une phobie s’appuie sur un circuit d’alarme très rapide. Face au déclencheur (un animal, une situation, un objet), une région du cerveau spécialisée dans la détection des dangers, l’amygdale, réagit en quelques millisecondes, bien avant que la partie raisonnante n’ait analysé la situation. Le corps est déjà en mode fuite quand vous commencez à vous dire « ce n’est rien ».

Ce circuit a souvent été conditionné par une expérience : une frayeur dans l’enfance, une situation de panique, ou simplement l’observation de la peur d’un proche. Parfois, l’origine n’est pas identifiable. Et l’évitement entretient la phobie : chaque fois que l’on fuit, le cerveau enregistre que la fuite nous a sauvés.

Votre peur n’est pas un ennemi

En hypnose ericksonienne, on considère la phobie comme une tentative de protection. Quelque part, une partie de vous a appris que cette situation était dangereuse et fait de son mieux pour vous en tenir éloigné. La combattre de front la renforce souvent. La comprendre, la remercier et lui proposer une autre façon de vous protéger permet de la faire évoluer.

Ce que l’imagerie cérébrale nous apprend

Les études d’imagerie montrent que l’hypnose modifie l’activité des régions impliquées dans la vigilance et la réaction émotionnelle, et renforce les liens entre les zones de régulation et celles de la perception. En clair, l’alarme se calme et le cerveau dispose de plus de ressources pour moduler la réponse de peur.

Surtout, le cerveau ne fait pas complètement la différence entre une situation vécue et une situation imaginée en détail. C’est ce qui permet, en hypnose, de vivre la situation redoutée dans un état de sécurité, et d’apprendre progressivement une nouvelle réponse, sans être exposé brutalement à la réalité.

Le déroulé pas à pas

Étape 1 : installer une ancre de sécurité

Avant tout travail sur la peur, on construit une base solide : un lieu ressource intérieur, un état de calme associé à un geste ou à un mot. Cette ancre servira de point de retour à chaque étape, et vous pourrez l’utiliser seul ensuite.

Étape 2 : désactiver la charge émotionnelle

On approche ensuite le déclencheur, ou le souvenir à l’origine de la peur s’il existe, à distance et progressivement : sur un écran imaginaire, en noir et blanc, de loin, au ralenti. Chaque fois que la peur monte, on revient à l’ancre de sécurité. Peu à peu, la charge émotionnelle diminue.

Étape 3 : reprogrammer la réponse future

On imagine enfin les situations à venir (prendre l’avion, entrer dans l’ascenseur, croiser l’animal) dans une version où vous réagissez avec plus de calme. Avec l’IFS, on peut aussi dialoguer avec la partie qui porte la peur, pour l’aider à relâcher sa vigilance.

Les métaphores : des histoires qui changent la carte du monde

L’hypnose ericksonienne utilise beaucoup les métaphores : une histoire qui parle d’autre chose (un explorateur, un animal, un voyage) mais qui contient la structure du changement recherché. L’inconscient en tire ce qui lui sert, sans débat logique.

Un exemple concret

Prenons une personne qui a peur de l’avion depuis un vol agité il y a dix ans. Après avoir installé son ancre de sécurité, nous revisitons ce vol à distance, comme dans un film qu’elle peut arrêter à tout moment. Elle remarque ce que la jeune femme d’alors a ressenti, et ce dont elle aurait eu besoin. Puis nous travaillons les étapes d’un vol futur, de la réservation à l’atterrissage, en ancrant à chaque fois le calme. Entre les séances, elle pratique l’autohypnose. La peur ne disparaît pas forcément entièrement, mais elle devient gérable, et elle peut voyager.

Les phobies que l’hypnose peut aider

La plupart des phobies spécifiques : animaux (araignées, chiens, oiseaux), situations (avion, ascenseur, conduite, foule, hauteurs), éléments médicaux (aiguilles, sang, dentiste), et certaines peurs sociales. L’histoire de l’hypnose compte d’ailleurs de nombreux récits de phobies apaisées, bien avant que les neurosciences ne viennent l’expliquer.

Ce que l’hypnose ne fait pas

Elle ne fait pas disparaître toute prudence, et ce n’est pas souhaitable. Elle ne remplace pas un avis médical si la phobie s’accompagne d’attaques de panique fréquentes, d’une dépression, ou si elle vous empêche de vous soigner (phobie des soins). Elle est aussi complémentaire des thérapies cognitives et comportementales, qui ont fait leurs preuves sur les phobies : certaines personnes combinent les deux.

Comment savoir si l’hypnose est faite pour vous

L’hypnose est particulièrement adaptée si votre phobie est ciblée, si vous savez qu’elle est disproportionnée, et si l’idée d’une exposition brutale vous effraie. Elle demande généralement quelques séances, avec un travail personnel entre elles.

Un premier pas que vous pouvez faire maintenant

Installez dès aujourd’hui votre ancre de sécurité : retrouvez un moment de grand calme, revivez-le avec vos sens, et associez-y un geste discret. Répétez chaque jour pendant une semaine. Ce sera votre point d’appui pour la suite. Et si vous souhaitez être accompagné pour apaiser votre phobie, je vous reçois en cabinet à Saintes ou à distance.

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement — IFS, hypnose ericksonienne et Intelligence Relationnelle. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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