HypnoseFondamentaux

Les 3 phases clés d'une séance d'hypnose expliquées

Accueil, induction, travail thérapeutique : le guide complet.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

« Je ne me souviendrai de rien, hein ? »

C’est souvent la première question que l’on me pose quand on vient pour la première fois. Derrière, il y a un mélange d’excitation et d’appréhension. On a tous une image de l’hypnose qui traîne quelque part : celle du spectacle, avec un sujet qui se met à danser comme une poule ou qui oublie tout ce qui s’est passé. Pourtant, la réalité est bien différente. Et plus utile.

Je reçois un jour un coureur amateur, appelons-le Marc. Il vient me voir pour une douleur au genou qui le bloque à chaque sortie au-delà de 10 kilomètres. Les examens médicaux sont nets : rien d’organique. Mais la douleur, elle, est bien réelle. Marc me dit : « J’ai peur que ce soit dans ma tête. » Je lui réponds : « C’est dans votre tête, oui. Mais c’est aussi dans votre genou. Et c’est justement pour ça qu’on peut travailler ensemble. »

Ce jour-là, comme pour toutes les séances que je propose, nous avons traversé trois grandes phases. Les voici, décrites simplement, sans mystère ni promesse magique.

1. L’accueil : bien plus qu’un café

Quand vous poussez la porte de mon cabinet à Saintes, je ne vous hypnotise pas tout de suite. On ne commence pas par un « regard fixe » ou une voix grave. On commence par s’asseoir, face à face, et parler.

Cette première phase, je l’appelle l’accueil. Elle dure entre 10 et 30 minutes selon les personnes. Certains ont besoin de vider un sac, d’autres de poser des questions techniques. Mon rôle ici est d’écouter, de reformuler, et surtout de construire un cadre de confiance.

L’hypnose ne fonctionne pas si vous ne vous sentez pas en sécurité. C’est un état naturel, oui, mais c’est un état vulnérable. Si votre cerveau perçoit un danger – un inconnu, un jugement, une attente floue – il reste en alerte. L’accueil permet de baisser cette garde.

Pendant cette phase, je pose des questions précises : « Qu’est-ce qui vous amène aujourd’hui ? », « Qu’avez-vous déjà essayé ? », « Que ressentez-vous quand vous pensez à votre problème ? », « Qu’est-ce qui serait différent dans votre vie si ce problème disparaissait ? »

Marc, le coureur, me raconte son genou. Mais très vite, il me parle aussi de son père, qui courait le marathon de Paris dans les années 80. Il me dit : « Mon père, il ne s’arrêtait jamais. Même blessé, il finissait. » Je note. Ce n’est pas anodin. Derrière la douleur physique, il y a souvent une histoire, une injonction, une loyauté familiale invisible.

L’accueil, c’est aussi le moment où j’explique ce que l’hypnose va faire – et ne pas faire. Je dis toujours : « Vous ne perdrez pas le contrôle. Vous resterez conscient de ce qui se passe. Vous pourrez même ouvrir les yeux à tout moment. L’hypnose, c’est un état de concentration profonde, pas un coma. »

Point clé : L’accueil n’est pas une formalité. C’est le socle de tout le travail. Si vous ne vous sentez pas entendu, si vous avez l’impression que le praticien applique une recette, la séance ne portera pas ses fruits. La confiance ne se décrète pas, elle se construit.

Pour les sportifs que je prépare mentalement, cette phase est encore plus stratégique. Avec un footballeur qui vient pour un manque de confiance devant le but, je ne parle pas tout de suite de technique d’hypnose. Je lui demande : « Raconte-moi ton dernier match. Décris-moi l’action où tu as raté. » Et là, je vois son corps se crisper. Il revit l’échec. L’accueil me permet d’identifier où se situe la blessure émotionnelle, pas seulement le symptôme.

Concrètement, si vous venez me voir, attendez-vous à ce que je prenne le temps. Parfois, je pose des questions qui semblent hors-sujet : « Comment était votre enfance ? », « Quel est votre rapport à l’autorité ? », « Qu’est-ce qui vous met en colère ? » Ce n’est pas de la curiosité gratuite. C’est une cartographie. Je cherche les nœuds, les tensions, les ressources.

L’accueil se termine par un accord mutuel. Je résume ce que j’ai compris, je propose une direction de travail, et je demande : « Est-ce que ça vous parle ? Est-ce que vous êtes d’accord pour qu’on aille explorer ça ensemble ? » Si la réponse est oui, on passe à la phase suivante. Si c’est non, on ajuste. Parfois, on ne fait même pas d’hypnose lors d’une première séance. Parfois, on parle pendant 45 minutes et on décide de reporter l’induction. Ce n’est pas un échec. C’est du respect du rythme.

2. L’induction : entrer dans l’état modifié de conscience

« Et maintenant, vous allez vous installer confortablement. »

C’est la phrase qui annonce le passage à la deuxième phase. L’induction. C’est le moment où je vous accompagne d’un état de conscience ordinaire à un état de conscience modifié. Mais attention : ce n’est pas un passage brutal. C’est une transition douce, comme lorsque vous êtes sur le point de vous endormir, mais que vous restez conscient de ce qui vous entoure.

Il existe des centaines de techniques d’induction. Certaines sont très classiques : la relaxation progressive, la fixation d’un point, la respiration guidée. D’autres sont plus créatives : la métaphore, le souvenir agréable, le mouvement des yeux. Mon approche à moi, c’est de m’adapter à la personne en face. Avec un sportif, je vais souvent utiliser l’imagerie mentale : « Souviens-toi de ton meilleur entraînement, celui où tout était fluide, où ton corps répondait avant même que tu aies pensé à bouger. » Avec une personne anxieuse, je vais plutôt partir sur une sensation corporelle : « Porte ton attention sur le contact de tes pieds avec le sol. Sens le poids de ton corps. »

L’objectif de l’induction n’est pas de vous endormir. C’est de vous amener dans un état où votre critique intérieur se met en veille. Vous savez, cette petite voix qui juge, analyse, anticipe, doute ? Eh bien, en état d’hypnose, elle accepte de se taire un moment. Pour laisser place à une autre partie de vous : celle qui sait, qui ressent, qui peut changer sans avoir besoin de comprendre.

Pendant l’induction, je parle lentement, avec des pauses. J’utilise des phrases ouvertes : « Et peut-être que vous commencez à sentir une légère lourdeur dans vos jambes… ou peut-être une légèreté… ou peut-être rien de particulier. » Le mot « peut-être » est une invitation, pas une injonction. Votre cerveau n’a pas à obéir. Il est simplement invité à explorer.

Marc, le coureur, était plutôt réticent au début. « Je ne vais pas y arriver, j’ai l’esprit trop analytique », m’a-t-il dit. Je lui ai proposé une induction basée sur sa respiration et sur la visualisation de ses foulées sur un chemin qu’il connaissait bien. Au bout de cinq minutes, ses paupières ont commencé à trembler. Sa respiration s’est ralentie. Il était dedans. Son cerveau analytique s’était laissé distraire par une sensation familière.

Point clé : L’induction n’est pas un combat. Vous n’avez pas à « réussir » à être hypnotisé. Plus vous essayez de contrôler, moins ça marche. L’hypnose, c’est l’art de lâcher prise. Si vous êtes du genre à vouloir tout maîtriser, vous risquez de trouver ça frustrant au début. Mais c’est justement là que se joue le changement.

Une fois l’état installé, je vérifie avec un test simple. Par exemple, je dis : « Si vous le souhaitez, vous pouvez laisser votre main droite se soulever légèrement, comme si un ballon la soulevait. » Si la main bouge, même un peu, c’est le signe que la communication est ouverte avec l’inconscient. Si elle ne bouge pas, ce n’est pas grave. On continue, on ajuste.

L’induction dure généralement entre 10 et 20 minutes. Pour certaines personnes, elle est très rapide : en une minute, elles sont déjà en état. Pour d’autres, il faut plus de temps. Il m’est arrivé de passer 30 minutes sur une induction avec une personne très stressée, qui avait du mal à se poser. Ce n’est pas un problème. Le temps n’est pas une contrainte, c’est une ressource.

3. Le travail thérapeutique : là où les choses bougent

Vous êtes maintenant dans un état d’hypnose. Vous êtes détendu, mais pas endormi. Vous êtes conscient, mais moins critique. C’est le moment où je vais proposer un travail thérapeutique.

Cette phase, c’est le cœur de la séance. C’est là que je vais utiliser des techniques spécifiques pour aider votre inconscient à trouver ses propres solutions. Je ne vous « programme » pas. Je ne vous force pas à arrêter de fumer ou à ne plus avoir peur. Je crée un espace où votre propre système peut se réorganiser.

Mon approche est fortement influencée par l’IFS (Internal Family Systems), ce modèle qui considère que notre psyché est composée de plusieurs « parties », comme des sous-personnalités. Par exemple, il y a une partie de vous qui veut arrêter de fumer, une autre qui vous pousse à allumer une cigarette dès que vous êtes stressé. En hypnose, on peut dialoguer avec ces parties, les comprendre, les apaiser.

Avec Marc, le coureur, j’ai utilisé une technique de dissociation. Je lui ai demandé d’imaginer son genou comme un personnage. « Si ton genou pouvait parler, qu’est-ce qu’il dirait ? » Marc a souri, puis son visage s’est assombri. Il a dit : « Il dirait : arrête. Tu n’es pas assez fort. Tu vas te blesser. » C’était la voix de son père, déguisée en douleur physique.

On a alors travaillé avec cette partie. Je lui ai demandé : « Qu’est-ce que cette partie essaie de protéger ? » La réponse est venue spontanément : « Elle veut m’empêcher de décevoir mon père. Si je m’arrête avant d’être blessé, je ne suis pas un échec. » Nous avons passé le reste de la séance à remercier cette partie, à lui donner une nouvelle mission : celle de protéger Marc en lui signalant les vraies limites, pas les injonctions familiales.

Le travail thérapeutique peut prendre des formes très variées :

  • La métaphore : Je raconte une histoire qui parle indirectement de votre problème. Votre inconscient capte le message sans que votre conscient ne le filtre.
  • La régression : On remonte dans le temps, jusqu’à l’origine d’un blocage. Pas pour « revivre » la souffrance, mais pour la recontextualiser avec les ressources d’aujourd’hui.
  • La dissociation : On sépare la sensation, l’émotion, la pensée. Par exemple, « regarde ta peur comme un nuage qui passe dans le ciel. Tu n’es pas le nuage. Tu es le ciel. »
  • L’ancrage : On associe une sensation de ressource (confiance, calme) à un geste simple (presser le pouce et l’index). Vous pourrez ensuite reproduire cet état quand vous en aurez besoin.

Pendant tout ce temps, je reste en contact avec vous. Je vous parle régulièrement : « Et si vous laissez venir ce qui a besoin de venir… peut-être une image, une sensation, un mot… » Je ne vous laisse pas « partir » complètement. L’hypnose ericksonienne est une hypnose permissive, où le patient reste actif, même si son rôle est plus réceptif.

Pour les sportifs que je suis, cette phase est souvent très concrète. Avec un footballeur qui manque de confiance devant le but, je vais le faire revivre mentalement une action réussie, en amplifiant les sensations, les émotions, les pensées. Puis je vais lui proposer d’ancrer cet état de confiance dans un geste : serrer le poing gauche, toucher son short, inspirer profondément. Ensuite, je le guide pour qu’il visualise la prochaine occasion de but, en intégrant cette ressource. Le cerveau ne fait pas la différence entre une action vécue et une action imaginée intensément. C’est ce qu’on appelle la répétition mentale.

Point clé : Le travail thérapeutique n’est pas un tour de magie. Vous ne ressortirez pas transformé du jour au lendemain. Parfois, une seule séance suffit pour débloquer une situation simple. Mais souvent, il en faut plusieurs. Le changement durable prend du temps. L’hypnose accélère le processus, mais elle ne le court-circuite pas.

4. La sortie : revenir en douceur

On parle rarement de la sortie. Pourtant, c’est une phase cruciale. Vous ne pouvez pas revenir brutalement à l’état ordinaire, comme on sort d’un rêve en sursaut. Il faut une transition.

Je commence par dire : « Dans un moment, je vais compter de 1 à 5. À 5, vous pourrez ouvrir les yeux, en pleine forme, en pleine conscience. » Puis je compte lentement, en ajoutant des suggestions de bien-être : « À 1, vous commencez à sentir votre corps… À 2, les sensations reviennent dans vos bras et vos jambes… À 3, vous entendez les bruits de la pièce… À 4, vous avez envie de bouger… À 5, ouvrez les yeux, frais et dispos. »

Certaines personnes ont besoin de quelques minutes pour « revenir ». D’autres sont immédiatement présentes. Je leur laisse toujours le temps. On ne se lève pas tout de suite. On boit un verre d’eau, on échange quelques mots. Je demande : « Comment vous sentez-vous ? Qu’est-ce qui a été important pour vous dans cette séance ? »

La sortie, c’est aussi le moment où l’on intègre ce qui s’est passé. Parfois, les gens ont des larmes, des rires, des souvenirs. Parfois, ils ne se souviennent de rien de précis, mais ils se sentent plus légers. Les deux sont valables.

Ce que vous pouvez faire maintenant

Si vous lisez cet article et que vous vous dites : « J’aimerais essayer l’hypnose », voici ce que je vous propose.

D’abord, posez-vous cette question : « Qu’est-ce que je veux vraiment changer ? » Pas « arrêter de fumer » ou « perdre du poids », mais plus profond : « Qu’est-ce que ça changerait dans ma vie si ce problème n’existait plus ? » La réponse à cette question est votre moteur.

Ensuite, trouvez un praticien avec qui vous vous sentez en confiance. Lisez ses articles, regardez son site, appelez-le. Posez-lui des questions. Un bon praticien ne vous vendra pas de solutions miracles. Il vous proposera un cadre, un chemin, mais pas de garanties. L’hypnose est un outil, pas une pilule.

Enfin, venez avec une intention, pas une attente. Ne venez pas en exigeant un résultat précis. Venez avec une curiosité : « Je ne sais pas comment ça va se passer, mais je suis prêt à explorer. » C’est la meilleure disposition.

Je reçois à Saintes, dans mon cabinet du centre-ville. Je travaille aussi à distance pour les sportifs que je suis en préparation mentale. Si vous avez des questions, vous pouvez m’écrire. Je ne répondrai pas par un message automatique. Je prendrai le temps de vous lire et de vous répondre personnellement.

Parce qu’au fond, une séance d’hypnose, c’est comme une conversation entre deux humains. L’un guide, l’autre explore. Et parfois, au détour d’une phrase, d’un silence, d’une image, quelque chose se dénoue. Ce n’est pas spectaculaire. C’est juste vrai.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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