HypnoseFondamentaux

Les 4 profils de suggestibilité : lequel êtes-vous ?

Identifiez votre profil pour mieux collaborer avec votre praticien.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Vous êtes allongé dans un fauteuil confortable, les yeux fermés. Vous entendez ma voix, mais vos pensées vagabondent. Vous vous demandez si vous allez « réussir » à être hypnotisé, si vous allez « lâcher prise » ou si, au contraire, votre mental va rester aux commandes, à analyser chacune de mes phrases.

Cette interrogation, je l’entends presque à chaque première séance. Elle est légitime. On a tous une idée, plus ou moins vague, de ce qu’est l’hypnose, nourrie par les spectacles de scène ou les clichés du regard magnétique. Pourtant, la réalité est bien plus subtile et, surtout, bien plus humaine. Il n’y a pas une « bonne » façon d’entrer en hypnose. Il y a votre façon.

Au fil des années, j’ai observé que les personnes qui viennent me voir se répartissent dans quatre grandes catégories, que j’appelle les profils de suggestibilité. Les connaître, c’est comme avoir la carte du chemin qui mène à votre inconscient. Cela ne rend pas le voyage plus court, mais il devient plus fluide, plus efficace et, surtout, plus respectueux de qui vous êtes.

L’objectif de cet article n’est pas de vous mettre dans une case, mais de vous offrir une boussole. Que vous soyez déjà venu me consulter ou que vous envisagiez de le faire, identifier votre profil dominant va transformer votre regard sur la séance. Vous ne serez plus un « patient qui essaie de se laisser aller », mais un acteur éclairé de votre propre transformation. Alors, prêt à découvrir lequel de ces quatre voyageurs intérieurs vous êtes ?

Qu’est-ce que la suggestibilité, vraiment ?

Avant de plonger dans les profils, mettons-nous d’accord sur un mot qui fait souvent peur : la suggestibilité. Non, ce n’est pas une faiblesse, ni le signe d’un esprit crédule. C’est simplement la capacité de votre cerveau à accepter une idée, une image ou une sensation sans la filtrer par le jugement critique habituel.

Pensez à la dernière fois que vous avez regardé un film d’horreur. Votre corps sait que vous êtes dans un fauteuil, en sécurité. Pourtant, votre cœur s’accélère quand le monstre surgit. Pendant un instant, vous avez suspendu votre incrédulité. Vous avez été suggestible à l’histoire. L’hypnose, c’est un peu ça : un état d’attention focalisée où votre inconscient est plus réceptif aux suggestions qui vont dans le sens de vos objectifs.

Cette suggestibilité n’est ni figée ni binaire. Elle se décline en quatre grandes familles. Chacune a sa porte d’entrée préférée vers l’inconscient. Certaines passent par le corps, d’autres par l’imaginaire, d’autres encore par la logique. Et la vôtre ? C’est ce que nous allons découvrir.

Le Profil Émotionnel (ou « l’Absorbé »)

Imaginez un instant Claire. Elle arrive en séance avec une anxiété sociale qui la paralyse. Dès que je commence à parler de « l’endroit calme », ses yeux s’embuent. Elle ne me dit pas « oui, je vois une plage », elle ressent le sable, l’air salin, la chaleur sur sa peau. Elle est happée par l’expérience.

Claire est une « Absorbée ». C’est le profil le plus connu, souvent associé à l’idée que l’on se fait de l’hypnose « profonde ». Les personnes de ce profil ont une grande capacité à se laisser immerger par une histoire, une sensation ou une émotion. Leur suggestibilité est émotionnelle et sensorielle.

Comment les reconnaître ?

  • Elles sont facilement captivées par un film, un livre, une musique.
  • Elles « vivent » les choses de manière très corporelle (frissons, larmes, sensation de chaleur).
  • En séance, elles peuvent sembler « parties » très vite, avec un relâchement musculaire visible.
  • Leur langage est souvent imagé : « J’ai ressenti comme un poids qui s’enlève », « C’était flou mais je le sentais ».

Pourquoi ce profil est-il un atout ? L’Absorbé fait un tiers du chemin tout seul. Son inconscient est perméable, réceptif. Le travail est souvent rapide et profond. Les métaphores et les voyages imaginaires sont ses meilleurs alliés.

Et la vigilance ? Le piège de l’Absorbé, c’est la dépendance à l’état. Certains peuvent penser « Il faut que je ressente cette sensation forte pour que ça marche ». Ou, à l’inverse, ils peuvent être submergés par une émotion qui remonte trop vite. Mon rôle est alors de les ancrer, de leur rappeler qu’ils ont le contrôle, et que l’hypnose ne se résume pas à une expérience sensorielle intense.

« Je ne suis pas venu pour ressentir des choses, je suis venu pour arrêter de souffrir. » Cette phrase, je l’entends souvent. Et c’est valable pour tous les profils, surtout le suivant.

Le Profil Dissocié (ou « l’Observateur »)

À l’opposé de Claire, il y a Marc. Marc est un ingénieur, rationnel, cartésien. Quand il ferme les yeux, la première chose qu’il fait, c’est d’écouter le bruit de la ventilation, de sentir le tissu du fauteuil, et de se demander intérieurement : « Ok, et maintenant, qu’est-ce que je suis censé ressentir ? ». Il garde un œil (intérieur) sur tout.

Marc est un « Observateur ». Il ne se laisse pas immerger, il regarde la scène de l’extérieur. C’est un profil de suggestibilité cognitive et dissociée. Son esprit critique reste en éveil, non pas pour résister, mais pour analyser. Il ne « vit » pas l’hypnose, il la « regarde ».

Comment les reconnaître ?

  • Ils commencent souvent par dire « Je ne suis pas sûr d’être hypnotisé », « Je t’entendais tout le temps ».
  • Ils décrivent les sensations avec distance : « Je voyais une image, mais elle était floue », « C’était comme si je regardais un film ».
  • Ils peuvent bouger, se gratter, ouvrir les yeux un instant, puis les refermer.
  • En dehors de l’hypnose, ce sont des personnes très analytiques, qui ont besoin de comprendre pour avancer.

Pourquoi ce profil est-il un atout ? L’Observateur a un accès privilégié à la métaphore et à la restructuration cognitive. Comme il ne se laisse pas submerger par l’émotion, il peut observer ses propres mécanismes de pensée avec une clarté déconcertante. C’est le profil idéal pour travailler sur des croyances limitantes, des schémas répétitifs. L’hypnose devient une sorte de « debug » intérieur.

Et la vigilance ? L’Observateur peut douter de l’efficacité de la séance car il ne ressent pas « l’état modifié » classique. Il peut penser qu’il « n’a pas marché ». C’est faux. Son inconscient travaille en coulisses, même si son mental de surface est aux commandes. Mon défi est de valider son expérience, de lui expliquer que c’est sa façon à lui de fonctionner, et de l’inviter à faire confiance au processus, pas à la sensation.

Le Profil Rêveur (ou « le Créatif »)

Maintenant, je vais vous parler de Sophie. Sophie est artiste peintre. Elle vient pour une addiction au tabac. Quand je lui propose de « laisser venir une image », elle ne voit pas une cigarette, mais une forêt dense, des couleurs vives, un chemin qui serpente. Elle part dans des histoires complexes, des symboles. Parfois, elle me raconte des choses qui, en apparence, n’ont rien à voir avec son problème.

Sophie est une « Rêveuse ». C’est le profil de la suggestibilité imaginaire et symbolique. Son inconscient communique par images, par scénarios, par métaphores. L’hypnose n’est pas pour elle une relaxation, mais un terrain de jeu créatif où les solutions prennent des formes inattendues.

Comment les reconnaître ?

  • Ils ont une vie intérieure riche, des rêves très vivants, une imagination débordante.
  • En séance, ils peuvent sembler « décrocher » du sujet principal pour suivre une piste imaginaire.
  • Leur langage est poétique, analogique : « C’était comme un labyrinthe de miroirs », « J’ai vu un arbre qui pleurait des larmes d’or ».
  • Ils peuvent avoir du mal à se souvenir précisément de ce qui a été dit, mais se rappellent très bien de l’ambiance et des images.

Pourquoi ce profil est-il un atout ? Le Rêveur a un accès direct à l’inconscient créatif. C’est le profil des solutions surprenantes. L’hypnose, avec lui, devient une co-création. Je lance une suggestion, son inconscient la transforme, l’enrichit, la détourne. C’est un processus puissant pour dénouer des blocages complexes, des traumatismes ou des problèmes d’identité.

Et la vigilance ? Le Rêveur peut se perdre dans son propre labyrinthe. Il peut confondre l’exploration intérieure avec la résolution du problème concret. Mon rôle est de garder un cap, de poser des jalons. « C’est magnifique cette image de la forêt, Sophie. Comment est-ce que ce chemin pourrait t’aider à laisser cette cigarette au bord du chemin ? » Je canalise sa créativité sans la brider.

Le Profil Concret (ou « le Pragmatique »)

Enfin, il y a Antoine. Antoine est artisan. Il vient pour gérer un stress chronique lié à son activité. Quand je lui parle de « lâcher prise », il me dit : « Concrètement, ça veut dire quoi ? Je dois faire quoi de mes mains ? ». Il a besoin de repères physiques, de sensations tangibles. Il ne se voit pas dans une bulle de lumière, mais il sent ses pieds sur le sol, la tension qui quitte ses épaules quand on travaille sur sa respiration.

Antoine est un « Pragmatique ». C’est le profil de la suggestibilité corporelle et kinesthésique. L’hypnose, pour lui, n’est pas une affaire d’images ou d’émotions floues. C’est une question de sensations, de tensions et de relâchements, d’ancrage dans le réel.

Comment les reconnaître ?

  • Ils sont souvent mal à l’aise avec les métaphores trop abstraites.
  • Ils bougent, changent de position, ajustent leur corps.
  • Ils répondent mieux aux suggestions directes et sensorielles : « Sentez le poids de vos bras », « Ressentez la fraîcheur de l’air », « Imaginez que vous tenez ce problème dans votre main ».
  • En dehors de l’hypnose, ce sont des gens d’action, qui apprennent en faisant.

Pourquoi ce profil est-il un atout ? Le Pragmatique est le roi de l’ancrage et de la concrétisation. Ce qu’il vit en séance, il peut le reproduire dans sa vie quotidienne. On ne travaille pas sur des concepts, on travaille sur des ressentis transférables. « Quand vous sentez cette chaleur dans le ventre, c’est la confiance. Vous pouvez la retrouver à volonté, en posant votre main ici. » C’est simple, efficace, durable.

Et la vigilance ? Le Pragmatique peut être impatient. Il veut du résultat, et vite. Si la séance est trop « dans la tête », il peut se sentir frustré, voire penser que l’hypnose « ne marche pas pour lui ». Mon travail est de rester très concret, de valider ses sensations corporelles, et de lui donner des « devoirs » kinesthésiques simples à faire chez lui.

« L’hypnose, ce n’est pas un état que l’on subit, c’est une compétence que l’on apprend. » Quel que soit votre profil, cette phrase est vraie. Et la connaître change tout.

Pourquoi ces profils ne sont pas des prisons

Vous avez probablement reconnu une dominante chez vous. Peut-être même plusieurs. Et c’est tout à fait normal. Ces quatre profils ne sont pas des cases étanches. Nous sommes tous un mélange, avec une ou deux couleurs dominantes. Un Observateur peut avoir un accès émotionnel puissant dans certains contextes. Un Rêveur peut être très pragmatique quand il s’agit de ses douleurs physiques.

L’intérêt de cette cartographie n’est pas de vous étiqueter, mais de vous outiller. La prochaine fois que vous viendrez en séance, vous pourrez me dire : « Écoute, Thierry, je pense que je suis plutôt Observateur aujourd’hui. Laisse-moi du temps, et ne cherche pas à me faire ressentir des émotions fortes tout de suite. » Cette simple phrase change tout.

Pour vous, cela signifie :

  • Moins de pression. Vous n’essayez plus d’entrer dans un moule qui n’est pas le vôtre.
  • Plus d’efficacité. Nous parlons le même langage, celui de votre inconscient.
  • Un meilleur suivi. Vous comprenez pourquoi certaines séances sont plus « faciles » que d’autres, et vous apprenez à accueillir votre propre fonctionnement.

Un dernier exemple, anonyme. Un patient, grand Obserrvateur, venait pour des TOC. Pendant trois séances, il me disait « Je ne ressens rien, je ne vois rien ». Je ne l’ai pas poussé. Je l’ai invité à observer ses pensées comme des nuages. Un jour, il m’a dit : « J’ai vu le nuage du TOC. Il était gris et lourd. Et je me suis rendu compte que je pouvais juste le regarder passer sans monter dedans. » Il n’avait pas « ressenti » de lâcher-prise. Il avait observé un changement. Et ça a marché.

Comment utiliser cette connaissance dès maintenant ?

Voici trois choses concrètes que vous pouvez faire, avant même de prendre rendez-vous, pour collaborer avec votre propre profil.

  1. Auto-observation. Prenez cinq minutes, ce soir. Repensez à une situation où vous étiez très absorbé (un bon film, une conversation passionnante, un moment de solitude). Comment étiez-vous ? Plongé dans l’émotion ? En train d’analyser ? En train de visualiser des images ? Ou simplement concentré sur les sensations de votre corps ? Notez-le.

  2. Préparez votre séance. Si vous avez un rendez-vous, dites à votre praticien, dès le début : « Je pense être plutôt [votre profil]. Est-ce qu’on peut adapter ? » Un bon praticien saura s’adapter. C’est son métier. Mais lui donner cette information, c’est comme lui offrir une carte au trésor.

  3. Pratiquez l’hypnose « à votre sauce ». Si vous êtes Pragmatique, ne cherchez pas à faire des visualisations complexes. Asseyez-vous, fermez les yeux, et concentrez-vous uniquement sur la sensation de votre respiration dans votre ventre pendant 2 minutes. Si vous êtes Rêveur, laissez votre esprit vagabonder sur une image agréable sans chercher à la contrôler. Si vous êtes Observateur, observez vos pensées défiler comme les voitures sur une autoroute. Si vous êtes Émotif, écoutez une musique qui vous touche et laissez l’émotion vous traverser.

L’hypnose n’est pas une technique magique réservée à une élite de « bons sujets ». C’est une conversation profonde avec votre propre esprit. Et comme toute bonne conversation, elle est plus riche quand on connaît la langue de son interlocuteur.

Alors, quel est votre profil ? Peut-être l’avez-vous déjà reconnu. Peut-être êtes-vous encore dans le doute. C’est très bien aussi. L’important n’est pas la réponse, mais l’attention que vous portez désormais à votre propre fonctionnement.

Un chemin fait pour vous, pas l’inverse

Je ne vais pas vous promettre que la connaissance de votre profil va tout résoudre. Elle ne fera pas disparaître votre anxiété, votre addiction ou votre blocage comme par magie. Mais elle va changer radicalement votre rapport à l’accompagnement. Vous n’allez plus subir la séance, vous allez la co-construire.

Vous allez cesser de vous demander « Suis-je un bon sujet ? » pour commencer à vous dire « Comment est-ce que mon esprit fonctionne, et comment puis-je l’aider à guérir ? ». C’est un basculement puissant. Vous passez d’une position de patient à une position de partenaire.

Et c’est dans ce partenariat que se trouve la vraie transformation. Que vous soyez

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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