HypnoseFondamentaux

Les mécanismes de la transe expliqués à un enfant

Métaphores simples pour comprendre l'état hypnotique.

TSThierry Sudan
23 avril 202613 min de lecture

Tu te souviens de ce moment, hier soir, quand tu lisais ton livre et que soudain quelqu’un t’a appelé ? Tu as sursauté. Pendant quelques secondes, tu ne savais plus où tu étais. Pourtant, tu n’avais pas bougé de ton fauteuil. Tu étais juste… ailleurs.

Cet ailleurs, c’est exactement ce dont je veux te parler aujourd’hui. Mes patients me demandent souvent : « Mais concrètement, Thierry, qu’est-ce qui se passe dans ma tête quand je suis en hypnose ? » Et moi, je leur réponds toujours pareil : « Laisse-moi te raconter une histoire. »

Alors voilà. Installe-toi confortablement. On va parler de la transe comme si on avait huit ans et qu’on découvrait le monde pour la première fois. Parce qu’au fond, c’est un peu ça : redécouvrir un état que tu connais déjà, sans le savoir.

C’est quoi, une transe ? Imagine que ton cerveau a deux vitesses

Tu as déjà fait du vélo ? Bien sûr que oui. Alors souviens-toi de la première fois où tu as appris à en faire. Tu regardais tes pieds, le guidon, la roue avant. Tu calculais chaque mouvement. « Je vais tomber, je vais tomber… » Ton cerveau était en pleine ébullition. Tout était conscient, volontaire, un peu stressant.

Maintenant, repense à ta dernière balade. Tu pédales, tu regardes le paysage, tu sens le vent sur ton visage. Parfois, tu ne te souviens même plus d’avoir passé tel carrefour. Ton corps a fait tout le travail tout seul. Tes jambes ont pédalé, tes mains ont tourné le guidon, tes yeux ont évité le trou. Pendant ce temps, ton esprit était ailleurs : tu pensais à ta journée, à une chanson, à rien du tout.

C’est ça, la transe. C’est le passage de la première vitesse à la seconde.

La première vitesse, c’est celle du mental analytique. Celle qui calcule, critique, compare, doute. « Est-ce que je fais bien ? Et si ça ne marche pas ? » C’est une vitesse utile, rassurante, mais fatiguante. On l’utilise pour apprendre, pour résoudre des problèmes logiques, pour conduire dans une ville inconnue.

La seconde vitesse, c’est celle du pilote automatique. Celle qui sait déjà faire les choses sans y penser. C’est la vitesse des routines, des habitudes, des automatismes. C’est celle qui te permet de faire les lacets de tes chaussures sans regarder, de reconnaître le visage de ta mère en un dixième de seconde, de respirer sans y penser.

Entre les deux, il y a un levier. La plupart du temps, tu es en première vitesse. C’est normal, c’est utile. Mais parfois, ce levier, tu le bascules sans même t’en rendre compte. Et tu passes en seconde. Tu entres en transe.

La transe n’est pas un état étrange ou magique. C’est juste ton cerveau qui passe en pilote automatique pour te permettre de faire des choses complexes sans t’épuiser.

Tu passes en transe plusieurs fois par jour sans le savoir. Quand tu es absorbé par un film, quand tu conduis sur une route familière, quand tu prends une douche chaude et que tu te perds dans tes pensées. À chaque fois, ton cerveau ralentit son rythme, il se met en mode « économie d’énergie », et il laisse ton inconscient prendre les commandes.

Pourquoi ton cerveau a besoin de cette seconde vitesse ? Le secret du pilote automatique

Imagine que tu doives réfléchir à chaque geste de ta journée. « Maintenant, je lève le bras. Maintenant, je plie le coude. Maintenant, j’ouvre la main. Maintenant, j’attrape la tasse. » Tu serais épuisé au bout de cinq minutes. Ton cerveau, lui, il est malin. Il a inventé un système pour économiser de l’énergie.

Ce système, c’est l’inconscient. Mais attention, pas l’inconscient des films d’horreur, celui qui cache des secrets terribles. Non. L’inconscient, c’est simplement la partie de toi qui sait faire les choses sans que tu aies à y penser. C’est un peu comme le chef d’orchestre de ton corps. Pendant que toi, tu es occupé à lire cet article, lui il gère ta respiration, ton rythme cardiaque, ta digestion, le maintien de ta posture, la régulation de ta température. Et il fait tout ça en silence, sans te déranger.

Quand tu es en transe, tu donnes encore plus de responsabilités à ce chef d’orchestre. Tu lui dis, en quelque sorte : « Voilà, je te confie le problème. Occupe-toi de ça pendant que je me repose. » Et ton inconscient, qui est bien plus puissant que ton mental conscient, se met au travail.

C’est pour ça que l’hypnose est si efficace pour les choses qui résistent à la volonté. Tu as déjà essayé d’arrêter de fumer « par la force » ? Tu t’es dit : « Je ne fumerai plus, c’est décidé. » Et puis, au bout de trois jours, tu as craqué. Pourquoi ? Parce que tu as utilisé la première vitesse contre elle-même. Tu as essayé de lutter contre un automatisme avec de la volonté consciente. C’est comme si tu essayais de calmer une tempête en soufflant dessus.

L’hypnose, elle, ne lutte pas. Elle passe en seconde vitesse. Elle va directement voir le chef d’orchestre et lui dit : « Tu vois cette habitude de fumer ? On peut la remplacer par autre chose ? » Et le chef d’orchestre, qui est bien plus malin que toi, trouve une solution.

Je me souviens d’un patient, appelons-le Marc. Il venait me voir parce qu’il se réveillait toutes les nuits à 3 heures du matin, en sueur, avec des pensées qui tournaient en boucle. Il avait tout essayé : les tisanes, la méditation, les somnifères légers. Rien n’y faisait. En séance, on n’a pas parlé de ses nuits. On a parlé de son jardin. De la façon dont il aimait tailler ses rosiers. De la sensation de la terre entre ses doigts. Pendant qu’il me racontait ça, sa respiration a changé. Ses épaules sont descendues. Ses yeux se sont perdus dans le vague. Il était en transe. Son inconscient a pris le relais. Quelques séances plus tard, il dormait comme un bébé. Je n’ai jamais su exactement ce qui s’était passé dans sa tête. Et lui non plus. Mais ça a marché.

La métaphore du cinéma intérieur : comment ton mental crée la réalité

Tu es dans une salle de cinéma. L’écran est immense. Le son est parfait. Tu regardes un film. Tu es captivé. Tu ris, tu pleures, tu as peur. Pendant une heure et demie, tu oublies que tu es assis dans un fauteuil, que tu as soif, que ton téléphone est en silencieux dans ta poche. Tu es dans le film.

Maintenant, imagine que quelqu’un allume la lumière dans la salle. Tu clignes des yeux. Tu vois les rangées de sièges, le sol collant, le projecteur au fond. Le film continue, mais tu n’es plus dedans. Tu es conscient de la mécanique. Le charme est rompu.

La transe, c’est l’inverse de la lumière allumée. C’est plonger encore plus profondément dans le film. Mais avec une différence cruciale : dans la transe hypnotique, tu peux changer le scénario.

Ton mental conscient, celui qui calcule et critique, c’est le projectionniste. Il est dans sa cabine, il vérifie que la pellicule défile correctement. Il est utile, mais il ne voit pas le film. Il ne vit pas l’histoire. Ton inconscient, lui, c’est le spectateur. Il est dans le fauteuil, il vit chaque scène intensément.

Quand tu es en transe, tu invites le projectionniste à descendre de sa cabine et à s’asseoir à côté du spectateur. Ensemble, ils regardent le film. Et là, quelque chose de magique se produit : ils peuvent modifier les images. Ils peuvent changer la fin d’une scène douloureuse, ajouter des couleurs à un souvenir gris, remplacer une musique angoissante par une mélodie apaisante.

En hypnose, tu ne fuis pas la réalité. Tu changes le rapport que tu entretiens avec elle. Tu deviens le réalisateur de ton propre film intérieur.

C’est pour ça que l’hypnose fonctionne si bien avec les souvenirs traumatiques. Pas pour les effacer – ce serait dangereux et contraire à l’éthique – mais pour en changer la charge émotionnelle. Le souvenir reste, mais il ne te fait plus mal. Il devient juste une image parmi d’autres, sans pouvoir sur toi.

Une patiente, Sophie, était terrifiée par les chiens depuis qu’elle avait été mordue enfant, à 7 ans. En séance, on n’a pas parlé du chien. On a parlé de la couleur du ciel ce jour-là. De l’odeur de l’herbe. De la sensation du vent. Puis on a imaginé qu’on peignait le chien en bleu, avec des pois roses. Absurde, n’est-ce pas ? Mais son cerveau a adoré cette absurdité. Le souvenir a perdu sa gravité. Aujourd’hui, Sophie peut croiser un labrador sans paniquer. Elle n’a pas oublié l’incident, mais il ne la définit plus.

Le langage de la transe : pourquoi les mots deviennent des ponts

Quand tu es en transe, ton cerveau n’entend plus les mots de la même façon. Il les reçoit comme des sensations, des images, des invitations. C’est un peu comme quand tu lis un poème dans une langue étrangère que tu connais mal. Tu ne comprends pas chaque mot, mais tu ressens l’émotion. Tu vois les images.

Le thérapeute, en hypnose ericksonienne, utilise un langage particulier. Un langage qui contourne le mental critique, celui qui dit « oui mais », « c’est pas vrai », « ça va pas marcher ». Ce langage, c’est un peu comme un chemin de traverse. Au lieu de forcer la porte du château fort, on emprunte un petit sentier qui mène directement au jardin secret.

Concrètement, ça donne quoi ? Au lieu de dire « Tu vas te détendre », ce qui est un ordre et qui peut faire résistance, on dit quelque chose comme : « Et peut-être que quelque part en toi, il y a déjà une sensation de détente qui commence à s’installer, comme une lumière douce qui grandit lentement… » Tu vois la différence ? La première phrase est une injonction. La seconde est une invitation. Elle laisse la place à ton inconscient de choisir, d’accepter, de faire sienne cette sensation.

C’est pour ça que les métaphores sont si puissantes. Elles parlent directement à l’inconscient, sans passer par la barrière du mental logique. Si je te dis : « Ton anxiété, c’est comme un fleuve en crue qui emporte tout sur son passage », ton cerveau va immédiatement visualiser le fleuve. Il va ressentir la puissance, le danger. Mais si je te dis : « Et si ce fleuve pouvait apprendre à couler plus paisiblement, en trouvant son lit naturel ? », ton cerveau va commencer à imaginer des solutions. Sans effort. Sans lutte.

Je travaille souvent avec des sportifs, des coureurs de fond. Avant une course, leur mental s’emballe : « Je vais craquer au 30e kilomètre, je n’y arriverai pas. » Je ne leur dis pas « Arrête de penser ça ». Je leur raconte l’histoire d’un vieux moteur de bateau qui tousse au démarrage, mais qui, une fois lancé, ronronne pendant des heures. Leur cerveau capte l’image. Il sait quoi faire. Il arrête de lutter contre la peur, il se concentre sur le ronronnement.

Pourquoi la résistance est une alliée déguisée

Tu es peut-être en train de te dire : « Tout ça c’est bien joli, mais moi, je n’arrive pas à me détendre. Je contrôle tout, je ne lâcherai jamais prise. » Devine quoi ? Tu as raison. Et c’est parfait.

La résistance, en hypnose, n’est pas un obstacle. C’est une information précieuse. Quand quelqu’un me dit « Je n’y arriverai pas », je ne lutte pas contre. Je l’accueille. Je lui dis : « Bien. Alors ne cherche pas à y arriver. Reste exactement là où tu es. » Et souvent, à cet instant précis, quelque chose se détend.

C’est un paradoxe fascinant : plus on accepte sa résistance, plus elle s’efface. C’est comme essayer de ne pas penser à un ours blanc. Plus tu essaies, plus l’ours blanc apparaît dans ton esprit. Mais si tu te dis : « Bon, d’accord, je pense à un ours blanc. Je l’observe. Il est blanc, il est gros, il a des yeux noirs. » Que se passe-t-il ? L’ours perd de son pouvoir. Il devient juste une image parmi d’autres.

En hypnose, on ne force jamais rien. On suit le mouvement. On utilise la résistance comme une porte d’entrée. Tu veux garder le contrôle ? Très bien. Garde-le. Mais pendant que tu le gardes, laisse ton inconscient explorer autre chose. Laisse ton corps respirer un peu plus profondément. Laisse tes épaules descendre d’un millimètre. Ce n’est pas toi qui décides de ça, n’est-ce pas ? C’est ton corps. Et voilà, la transe s’installe, sans que tu aies à lâcher prise.

La résistance n’est pas un mur. C’est une porte que tu n’as pas encore remarquée.

J’ai eu un patient, Paul, ingénieur, cartésien jusqu’au bout des ongles. Il venait pour des migraines chroniques. À la première séance, il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « Je ne crois pas à tout ça. Je viens parce que ma femme m’a forcé. » Je lui ai répondu : « Parfait. Ne crois à rien. Reste critique. Observe tout ce que je fais, analyse-le. C’est même mieux comme ça. » Pendant vingt minutes, il a analysé. Puis, à un moment, sa respiration a changé. Ses paupières ont cligné. Il était en transe. Son mental critique avait été tellement occupé à analyser qu’il avait oublié de résister. La transe était arrivée par la porte de derrière.

Ce que l’hypnose ne fait pas : l’honnêteté dont tu as besoin

Je veux être clair avec toi. L’hypnose n’est pas une baguette magique. Elle ne va pas te transformer en poulet si quelqu’un te dit « Tu es une poule » (contrairement à ce qu’on voit dans les spectacles). Elle ne va pas effacer ta mémoire. Elle ne va pas te faire faire des choses contre ta volonté. Ton inconscient est bien trop malin pour ça. Il ne va accepter que ce qui est bon pour toi, ce qui est en accord avec qui tu es profondément.

L’hypnose ne remplace pas non plus un suivi médical ou psychiatrique. Si tu as des idées noires, des pensées suicidaires, des symptômes physiques inexpliqués, consulte d’abord un médecin. L’hypnose est un complément, pas un substitut.

Ce qu’elle fait, en revanche, c’est te donner accès à des ressources que tu possèdes déjà, mais que tu as oubliées. C’est un peu comme si tu avais un coffre à outils dans ton grenier, mais que tu avais oublié le code du cadenas. L’hypnose, c’est la clé qui te permet de rouvrir ce coffre. Les outils sont à toi. Tu les as toujours eus. Tu as juste besoin d’un coup de main pour t’en souvenir.

Elle ne va pas non plus résoudre tous tes problèmes en une séance. Parfois, un changement profond prend du temps. Parfois, il se produit en une seule fois. Chaque personne est unique. Chaque inconscient a son propre rythme. Mon rôle, c’est de t’accompagner, pas de te forcer.

Je reçois régulièrement des personnes qui ont déjà fait des « tentatives » d’hypnose ratées. « On m’a dit de fermer les yeux et de compter à l’envers, mais ça n’a pas marché.

À propos de l'auteur

TS

Thierry Sudan

Praticien en accompagnement (IFS, hypnose ericksonienne, Intelligence Relationnelle) et préparateur mental sportif. Cabinet à Saintes, séances également à distance.

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